On ne constate aucune trace de violence ou de lutte
5° Le relâchement de l’anus et sa déformation infundibuliforme n’ont été constatés qu’après la mort et dans des conditions qui ne permettent pas d’affirmer que cet enfant ait été soumis à des actes de pédérastie.
3. Assassinat. Strangulation à la corde. — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par M. Atthalin, juge d’instruction, en
vertu d’une ordonnance, en date du 21 janvier 4885, ainsi conçue :
« Vu la procédure en information à l’effet de rechercher l’auteur d’un assassinat commis, 78, rue de Rome, à Paris, sur la personne de la demoiselle A..., dont le cadavre a, par nos ordres, été transporté à la Morgue, le mardi 20 janvier courant.
« Disons qu’il sera, parM. le docteur Brouardel, serment préalablement prêté, procédé :
« 1° A l’autopsie du cadavre, à l’effet de préciser les causes de la mort et de fournir à la justice tous renseignements médicaux pouvant servir à ses investigations.
« 2° A l’examen des vêtements dont le corps a été trouvé revêtq ainsi que des linges trouvés à hauteur de la tête, — vêtements et linges par nous saisis et placés sous scellés par M. le commissaire de police du quartier de l’Europe. »
Serment préalablement prêté, ai procédé à cette autopsie et à l’examen des scellés.
I. Autopsie de la fille A..., 2/ janvier 1885. — Le cadavre est celui d’une femme d’une trentaine d’années environ, d’une bonne constitution, vigoureuse, et de taille moyenne. La putréfaction n’est pas commencée. La peau du visage et des épaules est le siège d’un fin piqueté hémorrhagique abondant (fig. 35).
Sur la peau des différentes régions de la face et du cou, il existe un certain nombre d’érosions ainsi réparties :
Sur la partie latérale gauche de la région cervicale, au niveau de l’apophyse mastoïde, se trouve une érosion curviligne, coup d’ongle, mesurant 12 millimètres, doublée par une ecchymose et distante de 1 centimètre de la conque de l’oreille.
Sur la région latérale droite du cou on trouve un plus grand nombre de coups d’ongles ainsi disséminés :
1° Sur le lobule de l’oreille droite une petite érosion;
2° Au niveau de l’apophyse mastoïde un coup d’ongle de 3 à 4 millimètres ;
3° A 2 millimètres au-dessous de l’érosion précédente un coup d’ongle ayant une direction parallèle;
4° Au-dessous du lobule de l’oreille, une autre petite érosion;
5° Sur la peau qui recouvre la branche montante du maxillaire inférieur on trouve trois petites érosions onguéales ;
6° A droite de la ligne médiane et sur la peau du cou une érosion onguéale de 17 millimètres;
7° Sur le bord droit de la peau du menton se trouve une petite érosion.
Sous toutes ces empreintes onguéales il existe un épanchement sanguin notable.
Les conjonctives sont piquetées par des ecchymoses sanguinolentes. La conjonctive est doublée par un chémosis séreux.
La langue porte, à un demi-centimètre de son bord libre, à sa face supérieure et inférieure, l’empreinte des dents. Celles-ci sont intactes.
Par le conduit auditif externe gauche coule un peu de sang.
Le cou est entouré d’un sillon blanc, bordé de deux lignes un peu rougeâtres, haut de 7 à 8 millimètres, obliquement dirigé de bas en haut et d’avant en arrière, faisant complètement le tour du cou, mais présentant un petit ressaut au niveau de la nuque. Sur ce sillon on remarque un certain nombre de petits sillons parallèles obliquement dirigés par rapport à ceux décrits plus haut. La peau de ce sillon est parcheminée.
Sur la peau qui couvre la face antéro-interne du tibia gauche se trouve une petite contusion doublée d’une suffusion sanguine.
A la partie interne du tibia droit on constate un petit épanchement sanguin sous-cutané ainsi qu’un épanchement entre le périoste et le tibia. L’épanchement sanguin de cette région est noir, beaucoup plus foncé que les précédents.
Au niveau de la partie interne du cou'de gauche, la peau est le siège d’une ecchymose de 4 centimètres environ, avec suffusion sanguine sous-cutanée.
La peau de la partie externe du coude droit au niveau de l’épicondyle est également le siège d’une ecchymose plus petite avec suffusion sanguine.
En arrière du poignet gauche se trouve une petite ecchymose.
Au niveau du pli du coude droit siège une petite ecchymose.
La peau qui recouvre la tête du troisième métacarpien gauche est le siège d’une ecchymose avec suffusion sanguine de 2 centimètres environ.
Sous le cuir chevelu on constate, à la partie postérieure et gauche de l’occipital, un épanchement de sang assez considérable dans le tissu cellulaire sous-cutané.
Le muscle temporal gauche est également le siège d’une suffusion sanguine assez vaste.
Les os de la voûte du crâne ne sont pas fracturés. Il n’y a pas d’épanchement entre les os du crâne et la dure-mère, ni dans l’arachnoïde, ni dans le mailles de la pie-mère.
Les os de la base du crâne, notamment les rochers, ne sont pas fracturés.
Le cerveau se décortique très facilement; il n’est le siège d’aucune lésion ou tumeur, ainsi que le bulbe et le cervelet.
Au niveau de l’aile gauche du corps thyroïde on conslate une petite suffusion sanguine dans le tissu cellulaire rétropharyngien.
L’épiglotte et la trachée sont également le siège de petites ecchymoses.
Le larynx contient quelques mucosités sanguinolentes. L’œsophage est sain.
La trachée contient des mucosités rougeâtres, aérées et sanguinolentes. Par la pression des poumons on fait sourdre des bronches dans la trachée une certaine quantité de mucosités sanguinolentes.
Le sommet du poumon droit présente quelques adhérences. Il n’y a pas d’épanchement dans les plèvres, ni ecchymoses souspleurales, ni emphysème sous-pleural. Les poumons ne contiennent pas de tubercules. Les lobes inférieurs sont congestionnés.
Le péricarde est vide. Il n’y a pas d’ecchymoses sous-péricardiques.
Les cavités du cœur contiennent du sang liquide imbibant fortement les cavités cardiaques. Les valvules sont saines.
L’estomac contient quelques débris de matières alimentaires. La muqueuse stomacale est saine.
Le foie est gros, mais paraît sain. La vésicule biliaire ne contient pas de calculs.
La rate est petite et n’est pas diffluente.
Les reins sont sains et se décortiquent assez facilement, cependant le rein gauche présente quelques adhérences.
Les intestins sont sains.
La vessie est vide.
Les ovaires sont petits, mais sains.
L’utérus est petit et ne présente pas d'adhérences.
La cavité vaginale contient quelques mucosités. L’examen microscopique ne nous a pas permis de constater la présence de spermatozoïdes.
Conclusions. — 1° La mort de la fille A... est la conséquence d’une asphyxie par strangulation, pratiquée avec une corde à surface irrégulière, telle qu’une cordelière en passementerie.
2° Les traces de violences, ecchymoses, érosions onguéales, etc., que nous avons constatées sur les différentes régions du cou témoignent que, avant eu pendant la strangulation pratiquée à l’aide d’une corde, le meurtrier a essayé d’étrangler sa victime avec les mains.
3° L’épanchement sanguin qui siège en arrière de la tête, les ecchymoses des coudes, peuvent être le résultat d’une chute. La contusion qui a déterminé une suffusion dans le muscle temporal gauche résulte plus probablement d’un coup porté dans le but d’étourdir la victime et de la mettre hors d’état de se défendre.
4° Les érosions et contusions disséminées sur les autres parties du corps témoignent qu’une lutte a précédé ou accompagné la strangulation.
IL Examen des vêtements de la fille A... — Scellé. — « Un costume bleu marine et de velours. — Une jaquette en drap noir garnie de fourrure. — Un jupon tricoté en laine bleue. — Un corset en soie noire. — Un jupon blanc brodé. — Une chemise garnie de dentelles. — Un mouchoir blanc marqué A. L. — Un mouchoir en batiste marqué L. — Une paire de gants noirs et un manchon en loutre avec cordelière noire. — Un chapeau en velours noir avec plumes noires. — Ces vêtements sont ceux de la fille A..., trouvée assassinée rue de Rome, 78.
« Le commissaire de police,
« Aragon. »
Costume bleu marine et de velours. — Ce costume, qui paraissait en très bon état, a été complètement coupé, probablement dans le but de déshabiller plus facilement la victime. Les deux manches sont détachées au niveau des épaules. La face interne du col et des manches est garnie d’une petite ruche.
Sur le côté gauche de la ruche du col se trouventquelques petites taches sanguines paraissant résulter du contact de cet objet avec un autre taché de sang. La doublure porte également à ce niveau des taches sanguines ainsi que la face externe de la poche.
Jaquette en drap noir garnie de fourrure. — Comme le costume précédent, ce vêtement a été coupé en plusieurs morceaux. Cette jaquette est garnie de fourrures (castor naturel?). La partie supérieure de la manche gauche porte au niveau de l’épaule quatre taches de bougie et de nombreuses taches de sang. Au niveau du col la doublure porte, en rouge, la marque suivante : K. Grzebiencarz, 43, rue Le Peletier, Paris.
(Jn jupon tricoté en laine bleue. — Ce jupon en laine bleue tricoté est fendu en arrière dans toute la hauteur. Il porte une ceinture noire et ne présente aucune tache suspecte.
Un corset en soie noire. — Ce corset est en soie noire, évenlaillé en soie bleue et portant intérieurement la marque des Grands Magasins du Louvre. Le buse est cassé et l’on ne constate pas de taches sanguines.
Un jupon blanc brodé. — Ce jupon blanc est marqué L. A. — Il a été complètement coupé dans le sens de la hauteur et est garni, à sa partie inférieure, d’un volant avec broderie. Nous constatons sur ce jupon quelques petites taches sanguines et de nombreuses taches de matières fécales desséchées.
Une chemise garnie de dentelle. — Cette chemise porte, au-dessous du bras droit, la marque L. A. au fil rouge. La partie supérieure du pan antérieur est garnie de petits plis. Le tour du col et des bras est garni de dentelles. Les manches sont maintenues sur les épaules par un bouton de chaque côté. Comme les autres vêtements, cette chemise a été coupée dans toute sa longueur.
Sur la broderie du col, on constate en arrière et un peu à gauche, une petite tache verdâtre mélangée à un peu de sang et mesurant 2 ou 3 centimètres de diamètre. La moitié inférieure du pan postérieur porte de nombreuses taches de matières fécales. Le pan antérieur porte quelques petites taches sanguines, ainsi que quelques taches paraissant constituées par del’urine mélangée à un peu de sang.
Un mouchoir blanc marqué A. L. — Ce mouchoir présente quelques taches constituées par du mucus nasal. Il porte, brodée en coton blanc dans un de ses coins, la marque A. L. entrelacée.
Un mouchoir en batiste marqué L. — Sur ce mouchoir, qui porte également brodée, au coton blanc, la lettre L. dans un de ses coins, nous constatons quelques petites taches sanguines.
Une paire de gants noirs. — Cette paire de gants est en peau de chevreau noir, en très bon état.
Un manchon en loutre avec cordelière noire. — Ce manchon en loutre est en très bon état ; il porte de chaque côté un gland en ■soie grise, de la nuance du manchon.
La cordelière en passementerie noire mesure environ lm,25 de longueur sur un demi-centimètre d’épaisseur et porte un énorme nœud.
Un chapeau en velours noir avec plumes noires. — Ce chapeau, qui porte à l’intérieur la marque suivante : « Mme L’heureux, modes, b8, rue Laffitte » est en velours noir, garni de plumes noires frisées, et ne présente rien de spécial.
Nous trouvons également sous le même scellé, non mentionnés :
Une voilette en tulle noir à pois de chenille en bon état.
Un pantalon blanc marqué L. A. complètement déchiré, garni d’une broderie au bas de chaque jambe, et portant de nombreuses taches de matières fécales desséchées.
Conclusions — 1° Quelques-uns des vêtements placés sous scellé
P. Brouardel. — La Pendaison. V6
présentent les uns des taches sanguines et d’autres des taches de matières fécales.
2° La cordelière en passementerie noire qui se trouve avec le manchon a pu servir à pratiquer la strangulation à laquelle la fille A... a succombé. Les lignes obliques notées sur le sillon du cou concordent absolument avec les saillies de la passementerie.
III. Examen de l'ineulpê. — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par M. Allhalin, juge d’instruction près le tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d’une ordonnance, en date du 30 janvier 1885, ainsi conçue :
« Vu la procédure commencée contre M... (Joseph-Isaac),. quarante-neuf ans, détenu à Mazas.
« Inculpé d'assassinat et de vol commis, 78, rue de Rome, dans la nuit du 18 au 19 janvier courant.
« Vu la nécessité de constater judiciairement l’étal où se trouve en ce moment le nommé M..., et d’examiner s'il porte des traces de lutte.
« Ordonnons qu’il y sera procédé par M. Brouardel, docteur en médecine, lequel, après avoir reconnu l’état où se trouve M..., sus-nommé, s’expliquera en un rapport qui nous sera ensuite remis par ledit docteur, après en avoir affirmé en nos mains le contenu sincère et véritable. »
Serment préalablement prêté ai procédé à cet examen le 2 février 1885.
M... (Joseph-Isaac), âgé de cinquante ans, est grand et vigoureux; il nous déclare avoir toujours eu une excellente santé.
Il est extrêmement déprimé ; il répond avec précision aux questions qui lui sont posées, mais seulement par des phrases très courtes ou par des monosyllabes. Depuis son internement à Mazas, son sommeil serait interrompu par de fréquents cauchemars.
Il ne présente pas de tremblement de la langue, ni des mains. Les pupilles sont égales. Il a dans la mâchoire inférieure un mâchonnement incessant qui daterait de plusieurs années.
Au niveau de la tête du cubitus gauche, la peau porte quelques petites érosions desséchées. Il en est de même sur la seconde phalange de l’index droit.
La peau qui recouvre la face antérieure du tibia de la jambe droite est également le siège d’une érosion de 3 ou 4 centimètres, paraissant récente.
On ne constate pas de traces de violences sur les autres parties du corps, notamment sur la face et le cou.
Conclusions. — 1° M... présente, au niveau de la tête du cubitus gauche, sur la main droite et sur la face antérieure du tibia droit, des érosions récentes paraissant dater d’une quinzaine de jours environ.
2° Il n’y a pas actuellement de traces de violences appréciables sur les autres parties du corps.
4. Strangulation par un mouchoir. — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par M. Atthalin, juge d’instruction près le tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d’une ordonnance, en date du 15 juillet 1884, ainsi conçue :
« Vu la procédure ouverte à l’effet de rechercher les causes de la mort de Maria T..., femme N..., née à Toul en 1847, fille de Nicolas et de Jeanne G...; ayant disparu de son domicile depuis le mardi 8 juillet courant à 5 heures du matin et dont le cadavre en décomposition a été trouvé, le samedi 12 juillet, vers midi, sur le territoire de Bobigny (Seine), auprès d’une mare dans les champs, à 18 mètres environ de la route de Bondy à Drancy.
« Disons qu’il sera, par M. le docteur Brouardel, serment préalablement prêté, procédé à l’examen médico-légal et à l’autopsie du corps de la femme N..., ainsi qu’à l’examen des vêtements qu’elle portait et qui ont été transportés à la Morgue en même temps que le cadavre.
« A l’effet de dire en un rapport écrit, quelles sont les causes de la mort et à quelle époque remonte la cessation de la vie; — de décrire les lésions, plaies, ecchymoses, qu’offrirait le cadavre, — de rechercher par l’examen, soit de la chemise, soit des mucosités vaginales, si la femme N... a eu des relations intimes à un moment rapproché de son décès.
« Nota. — Le procès-verbal dressé le 12 juillet constate que la main droite porte une trace de coup entre le pouce et l’index; que l’œil gauche est sorti de son orbite; que la bouche laisse apercevoir l’extrémité de la langue repliée sur elle-même ; que la partie intérieure du genou gauche porte des traces d’ecchymoses bien apparentes ; qu’au tour du cou de la femme se trouvait un mouchoir de poche blanc, marqué aux initiales M. T., fortement serré, et maintenu par deux nœuds. »
Serment préalablement prêté ai procédé, le 16 juillet 1884, à l’autopsie de la femme N... et aux divers examens.
Le cadavre est celui d’une femme paraissant âgée de trente-sept ans environ; elle est d’une taille moyenne et assez vigoureuse. La putréfaction est extrêmement avancée ; tout le corps, surtout autour des orifices naturels, est envahi par une légion d’asticots. Les moi-
gnons des deux globes oculaires vidés sont rabattus sur le côté externe de l’orbite. La peau des paupières inférieures est sectionnée sur le bord osseux de l’orbite. Les paupières supérieures ne présentent pas de lésions analogues.
Les cheveux sont complètement détachés du cuir chevelu, celuici est décollé des os, et il a été détruit en plusieurs places. Sous les lambeaux décollés se remuent de nombreux asticots. La peau de la face du tronc et des membres est également percée en plusieurs points par des orifices d’où sortent des asticots.
La peau du cou présente un sillon haut de 2 centimètres et demi, blanc et tranchant ainsi par sa coloration avec la teinte rouge ardoisé des parties voisines. Ce sillon, qui entoure complètement le cou, est légèrement élevé à la partie postérieure, audessus de la nuque. Au niveau de ce sillon la peau est parcheminée.
Sur le reste du corps, l’épiderme s’enlève par plaques et il est impossible de reconnaître aucune lésion tant sur la main droite et la jambe gauche que sur les autres parties du corps. Le sang décoloré et putréfié a donné à la peau, au tissu cellulaire et aux autres tissus, des colorations qui ne permettent pas de distinguer si les transsudations ont eu lieu pendant la vie ou après la mort.
Les os du crâne ne sont pas fracturés. Le cerveau est complètement putréfié et s’écoule en bouillie.
La trachée et l’œsophage paraissent sains. Derrière le pharynx, dans le tissu cellulaire rétro-pharygien, on constate la présence d’une ecchymose rétro-pharyngienne parfaitement nette, médiane, ayant la dimension d’une pièce de 5 francs. L’os hyoïde n’est pas fracturé.
Les poumons présentent des adhérences pleurales des deux côlés. La plèvre gauche contient un léger épanchement dû à la transsudation post mortern du sang.
Les poumons sont putréfiés et ne présentent aucune lésion.
Le péricarde est vide. Le cœur vide de sang est rempli par des gaz. Les valvules sont saines.
L’estomac est vide.
Le foie, la rate et les reins sont putréfiés.
Le vagin est trop putréfié pour qu’il soit possible de constater la nature des matières qu’il contient.
L’utérus est vide.
Les côtes ne sont pas fracturées.
L’examen des vêtements et du linge dont le cadavre de cette femme était revêtu, ne nous a pas permis de constater la présence
de taches suspectes, mais cet examen a peu de valeur, car lorsque Je cadavre est arrivé à la Morgue, les vêtements étaient imbibés par les liquides de la putréfaction et de nombreux asticots grouillaient parmi les vêtements. Ces vêtements ont été plongés dans l’eau et lavés par les gens de service, de sorte que lorsque nous avons procédé à leur examen, ces vêtements ne présentaient plus de taches suspectes permettant d’être examinées au microscope. Les vêtements et le linge se composaient : 1° d’une chemise en grosse toile marquée M. T. ; 2° d’un petit jupon de dessous et d’un autre à volants ; 3° d’un petit coussin à tournure ; 4° d’une paire de bas en coton rouge; 5° d’une jupe en mérinos noir et d’une jaquette en drap bleu marine avec col de velours et dentelles; 6° d’un corset gris avec guipure ; 7° d’une jarretière rouge ; 8° d’une paire de souliers de femme. La plupart de ces vêtements étaient en mauvais état.
Conclusions. — 1° La présence du sillon parcheminé qui entourait le cou prouve que cette région a été soumise à une compression par un lien assez large, tel qu’un foulard ou un mouchoir;
2° L’ecchymose rétro-pharyngienne prouve que cette constriction a été faite pendant la vie. La mort de cette femme résulte donc d'une strangulation par un lien ;
3° Le cadavre est dans un état de putréfaction trop avancée pour qu’il soit actuellement possible de constater des lésions qui n’auraient intéressé que les parties superficielles de la peau;
4° Le lavage auquel les vêtements ont été soumis à leur arrivée à la Morgue rend impossible la recherche de taches suspectes et notamment de sperme.
5. Strangulation avec une courroie. — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par M. Adolphe Guillot, juge d’instruction près le tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d’une ordonnance, en date du 14 mai 1883, ainsi conçue :
« Vu la procédure contre X.
« Inculpé d’assassinat et de vol.
« Commettons M. le docteur Brouardel, à l’effet de procéder à l’autopsie du corps de Césarine L..., de déterminer les causes de la mort; d’examiner si ses vêtements ne portent pas de traces de lutte, et de se transporter sur les lieux pour y faire des constatations de nature à faciliter l’expertise. »
Serment préalablement prêté ai procédé à ces divers examens.
I. Autopsie du corps de Césarine L..., le lo mai 1883. — Le corps est celui d’une femme paraissant âgée de quarante-deux ans en-
viron, d’une taille moyenne, assez grasse et assez vigoureuse. Les vêtements n’ont pas été défaits. Le corps entouré des vêtements a été transporté dans un drap blanc. Nous constatons que les vêtements ne sont pas en désordre. Les boutonnières des vêtements et de la chemise ainsi que les boutons sont intacts. Le corset est dégrafé et ne présente pas de déchirure. Un petit caraco noir, très propre, porte une petite collerette en tulle, celle-ci présente une petite déchirure à gauche, mais cette déchirure a pu être produite en enlevant le vêtement. La jupe elle jupon en étoffe noire ne sont pas déchirés ; il en est de même du pantalon blanc et des bas blancs. Les bottines à boutons ne sont pas déboutonnées. Sous la tête de la victime nous trouvons un chapeau avec fleurs. Aux oreilles se trouvent des boucles d’oreilles, celle de l’oreille gauche est ouverte. L’annulaire de la main droite porte une bague à trois branches et trois perles. Nous trouvons également une chaîne et une montre arrêtée à 7 h. 31. Ces bijoux paraissent en or, ils ont été placés sous scellés.
La putréfaction est déjà commencée, l’abdomen est ballonné et les veines superficielles des bras et du cou sont très apparentes. Sur la peau de la face il existe un petit piqueté hémorrhagique. La peau et le tissu cellulaire sous-cutané de la face, du cou, des lèvres, sont tuméfiés principalement au niveau des paupières et du front. Par la bouche et le nez il sort des mucosités sanguinolentes, et dans une des narines nous trouvons une feuille de salade mesurant 4 centimètres et résultant d’efforts de vomissements. La langue est placée entre les arcades dentaires.
Les seins ne sont pas vergetés, ils ne renferment pas de lait. Il n'y a pas de vergetures sur le ventre.
Sur la région antérieure du cou, un peu à gauche de la ligne médiane, et à 5 centimètres de la fourchette du sternum on trouve une petite plaque parcheminée, irrégulière, mesurant 13 millimètres de diamètre, présentant deux petites érosions de 2 ou 3 millimètres chacune et n’intéressant que les couches superficielles du derme (fig. 36).
A droite, à 4 centimètres de la ligne médiane, se trouve une petite tache ecchymolique superficielle formée par un pointillé hémorrhagique mesurant 25 millimètres sur 20 verticalement. Au niveau de l’union de la peau du cou avec celle du menton se trouvent cinq ou six lignes dirigées transversalement, formées par des érosions superficielles, telles que celles que laisse l’empreinte d’une cravate ou d’un lien analogue fortement serré.
Le tissu cellulaire sous-cutané situé au-dessous des érosions du cou ne contient pas de suffusions sanguines. Le derme de la région
antérieure du cou présente un pointillé hémorrhagique et au niveau de la plaque inférieure il est légèrement érodé.
Sur la paupière supérieure gauche, au niveau du sourcil, existe une petite plaie superficielle, superposée à l’arcade sourcilière. A ce niveau, le tissu cellulaire est infiltré de sang dans toute l’étendue de la paupière supérieure. Sur la paupière droite, on ne constate pas de lésion analogue.
A gauche, il existe une ecchymose sous-conjonctivale assez large avec petit pointillé ecchymotique de la conjonctive palpébrale supérieure et inférieure. A droite, on constate un petit pointillé ecchymotique sous la conjonctive.
Autour des lèvres et du nez, on ne voit pas de traces de lésions onguéales. Les os propres du nez ne sont pas fracturés. Les dents, dont quelques-unes sont fausses, sont intactes. Elles ont marqué leur empreinte sur la langue.
Sur la tête du deuxième métacarpien gauche se trouve une petite érosion superficielle.
Sur les autres parties du corps, on ne constate pas de traces de . violence.
Le tissu cellulaire épicrânien est doublé par de nombreuses ecchymoses, les unes larges, les autres moyennes. Les os du crâne ne sont pas fracturés. Le cerveau n’est pas très congestionné; il ne présente pas de lésions, ainsi que le cervelet et le bulbe, et on ne constate pas d’épanchement dans les ventricules.
Le larynx n’est pas fracturé. En arrière de lui, dans le tissu cellulaire rétro-pharyngien, il existe une suffusion sanguine épaisse mesurant 3 centimètres sur 1 centimètre transversalement et répondant par sa situation au cartilage cricoïde.
L’œsophage et la trachée sont sains. Dans l’œsophage on trouve des gouttelettes huileuses. La trachée est remplie de mucosités rougeâtres, épaisses, au milieu desquelles on trouve une feuille de salade.
A droite, quelques adhérences pleurales unissent la plèvre pariétale au poumon, il n’eri existe pas à gauche. Dans l’espace inter-lobaire gauche il y a quelques ecchymoses sous-pleurales. Les adhérences qui existent à droite empêchent de déterminer la valeur des taches qui se trouvent sur le poumon droit. Les poumons paraissent sains, ils sont fortement congestionnés et remplis de spume. Ils ne présentent pas de plaques d’emphysème et ne contiennent pas de tubercules. Sur le cœur se trouvent quelques ecchymoses sous-péricardiques. Les cavités du cœur ne contiennent pas de caillots, on y trouve seulement un peu de sang liquide. Les valvules sont saines.
L’estomac renferme environ 500 grammes de matières alimentaires parmi lesquelles se trouvent des choux, de la salade, du jambon, etc. La digestion stomacale estcommencée, mais peu avancée; il est difficile d’apprécier le temps qui a séparé la mort du dernier repas, car après la mort, la digestion, quoique ralentie, peut encore continuer un certain temps. Les matières alimentaires ont commencé à franchir le duodénum, mais elles ne sont pas encore arrivées dans le jéjunum.
Le foie est sain et la vésicule biliaire ne contient pas de calculs.
Les reins sont sains et se décortiquent très bien.
La rate est également saine et n’est pas diffluente.
Les intestins paraissent sains. La vessie est vide et saine.
La vulve est souillée par des mucosités purulentes. La membrane hymen est largement dilatée. Le col de l’utérus est large, déformé par des tumeurs fibreuses. La cavité utérine est légèrement enflammée, elle est superficiellement piquetée de rouge comme cela s’observe lorsqu’une femme vient d’avoir une époque menstruelle. Cet organe porte des tumeurs fibreuses très volumineuses pesant 1 020 grammes.
Conclusions. — 1° La mort de la femme Césarine L... est le résultat d’une strangulation pratiquée peut-être avec la mainr mais certainement en même temps avec une cravate, un mouchoir ou un lien analogue ;
2° A la paupière supérieure gauche on voit une plaie conluse résultant soit d’un coup porté avec le poing, dans le but d’étourdir la victime et de la mettre dans l’impossibilité de crier ou dese défendre, soit d’une chute sur un corps dur;
3° On ne constate pas de traces de violences sur les différentes parties du corps, permettant de supposer qu’il y ait eu lutte entre la victime et son ou ses agresseurs;
4° Les vêtements de la victime n’étaient pas déchirés, ce qui permet également d’éloigner l’hypothèse d’une lutte ;
5° Sans pouvoir être affirmatif, l’état de la digestion permet de penser que la mort est survenue une heure et demie ou deux heures après le dernier repas.
IL Examen des lieux, le 16 mai 1883. — Les pièces que nous avons examinées sont la boutique, la salle à manger, la cuisine, comprise entre la rue et la galerie Monlpensier. Le maître de Ja maison et une dame m’ont montré le lieu où la victime a été trouvée. Elle était, ont-ils dit, couchée sur le ventre, la tête placée contre la première marche du petit escalier qui part de la salle à manger.
les pieds tournés contre la porte qui communique avec la boutique. Près de cette marche, on voit encore les traces d’une tache rougeâtre. Mais ces personnes nous ont dit que la tache, assez grande, avait été lavée.
Si la fille L... a été projetée dans cet angle, il est possible que dans la chute, la région du sourcil gauche ait rencontré la saillie formée par la première marche de l’escalier et que la plaie du sourcil s’explique par cette cause.
6. Assassinat. Strangulation avec une courroie. Coups sur la tête. — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par M. A Guillot, juge d’instruction près le tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d’une ordonnance, en date du
12 juillet 1883, ainsi conçue:
« Vu la procédure suivie contre X.
(Assassinat de la fille Marie J...)
« Commettons M. le Dr Brouardel, à l’efTet de procéder à l’autopsie de la fille Marie J... >»
Serment préalablement prêté, ai procédé à celte autopsie le
13 juillet 1883.
Le cadavre est celui d’une femme jeune, paraissant âgée de vingt à vingt-cinq ans, d’une taille moyenne, vigoureusement constituée. La putréfaction est extrêmement avancée; la coloration de tout le corps est d’une teinte vert noirâtre ; l’épiderme s’enlève par larges lambeaux. Autour du cou se trouve placée une courroie mesurant 1 mètre de longueur environ. Celte courroie n’est pas serrée, au moment où nous examinons le cadavre, elle marque seulement son empreinte autour du cou, parce que la peau qu’elle recouvre a une coloration un peu moins foncée. L’extrémité de la courroie munie d’une boucle (sans ardillon) est dirigée de droite à gauche, elle croise à la partie antérieure du cou l’autre extrémité qui la recouvre et qui se termine sur l’épaule droite.
Sur la tête, dans le cuir chevelu, au niveau de la suture du pariétal droit avec le frontal, se trouve une plaie linéaire mesurant 4 centimètres de longueur, obliquement dirigée de gauche à droite et d’avant en arrière.
Les bords de cette plaie ne sont pas nets, ils sont décollés dans une étendue de 4 à 5 centimètres. Cette plaie comprend toute l’épaisseur du cuir chevelu et le périoste sous-jacent, l’os est à nu.
Sur la région frontale gauche à 5 centimètres de la racine du nez, se trouve une plaie formée par le groupement de trois plaies conluses situées sur une étendue de 6 centimètres. La plaie externe plus large semble faite par la réunion de deux plaies
plus petites. Ces plaies comprennent toute l’épaisseur de la peau, mais ne dépassent pas le tissu cellulaire sous-jacent.
Sur la racine du nez, se trouve une petite plaie presque verticale à base carrée, mesurant environ 15 millimètres de hauteur, quelques petits points de peau non détruite la divisent en trois parties. Les deux os propres du nez sont fracturés à 1 centimètre à peu près au-dessous de la racine du nez.
On ne trouve pas de sang épanché dans le tissu cellulaire sousjacent de ces diverses plaies, mais la putréfaction est telle que les suffusions sanguines qui ont pu exister seraient devenues méconnaissables.
La peau du cou ne paraît pas parcheminée, elle ne porte pas de traces d’érosions, mais elle] présente sur les régions latérales un petit piqueté hémorrhagique identique à celui que l’on observe dans la strangulation.
Les globes oculaires font une saillie très notable.
La langue est placée entre les arcades dentaires et les dépasse de 2 ou 3 centimètres.
Les os de la voûte du crâne ne- sont pas fracturés, ni ceux de la base du crâne (ethmoïde, sphénoïde, etc.). Le cerveau est complètement putréfié, semi-liquide.
Le larynx, la trachée et l’œsophage paraissent sains. On ne constate pas d’ecchymoses sous-pleurales ni sous-péricardiques.
Les poumons présentent quelques adhérences pleurales, ils sont congestionnés, mais paraissent sains. Il n’y a pas de tubercules.
Le cœur est complètement vide de sang et de caillots. Les valvules sont saines.
Le foie est putréfié; la vésicule biliaire présente des adhérences avec le mésocôlon, mais elle ne contient pas de calculs.
L’estomac contient quelques grammes de matières putréfiées.
La rate est putréfiée.
Les reins sont également putréfiés. Ils se décortiquent facilement.
Les intestins paraissent sains.
L’utérus est petit et sain. La fourchette n’est pas déchirée.
Conclusions. — i° La mort de la fille Marie J... est le résultat d’une strangulation faite avec un lien tel que la courroie que nous avons trouvée placée autour du cou.
2° Le cadavre présente des traces de violences multiples ;
a. La plaie du cuir chevelu est le résultat d’un coup porté avec un objet contondant arrondi tel qu’une canne, ou le bord d’un instrument contondant analogue.
•p. La plaie située sur la région frontale gauche a été produite
par un objet contondant. Elle est constituée par le groupement de plaies plus petites, elle ressemble à celles que fait un coup porté par un coup-de-poing américain à dents saillantes.
' y. La plaie du nez, avec fracture des os propres, a été faite également avec un corps contondant et probablement le même que celui qui a fait la plaie du front.
Ces diverses contusions n’ont pas déterminé par elles-mêmes la mort de la fille J..., elles ont dû avoir pour conséquence de l’étourdir et de la mettre hors d’état de se défendre contre une tentative de strangulation.
3° Le cadavre est dans un état de putréfaction trop avancé pour qu’il soit actuellement possible de constater des traces de violences qui n’auraient intéressé que les parties superficielles de la peau.