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Strangulation par une corde. Stigmates onguéaux. — Je

soussigné, Paul Brouardel, commis par M. Paul Jolly, juge d’instruction près le tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d’une ordonnance, en date du 30 mai 1879, ainsi conçue :

« Vu la procédure commencée à l’occasion de la mort de la veuve B...

Attendu que ladite veuve B..., âgée de cinquante-neuf ans, fruitière, rue du Pont-aux-Choux, a été trouvée étranglée dans sa boutique, aujourd’hui dans la matinée, et que la mort paraît devoir être attribuée à un crime.

• « Attendu que le cadavre de la victime a été déposé à la Morgue

cl qu’il convient, pour arriver à la manifestation de la vérité, de procéder à son examen et à son autopsie.

« Commettons M. le Dp Paul Brouardel, pour procéder à celte opération, à l’effet de rechercher si la mort de la veuve B... est le résultat d’un accident ou d'un suicide, ou si elle doit être attribuée à un crime. »

Serment préalablement prêté, ai procédé à celte autopsie, le 31 mai 1879.

Examen extérieur. — Le corps est celui d’une femme grasse, d’apparence assez robuste, âgée de cinquante-neuf ans» La rigidité cadavérique a disparu, excepté dans les muscles du maxillaire supérieur. La putréfaction est à peine commencée.

La face est congestionnée; les joues, les lèvres et le menton sont tachetés par un piqueté hémorrhagique abondant. Au-dessus de la racine du nez, on trouve dans le tissu cellulaire sous-cutané une petite suffusion sanguine mesurant un centimètre de diamètre dans tous les sens, sans coloration apparente de la peau.

Les paupières sont œdémateuses, couvertes d’un piqueté hémorrhagique abondant, elles sont doublées d’un épanchement sanguin ecchymotique, siégeant dans le tissu cellulaire, surtout à leur partie externe et profonde ; les conjonctives oculaires des deux yeux sont mouchetées par de petites ecchymoses pointillées.

Au cou, à une hauteur correspondant à la partie antérieure du cartilage thyroïde, on voit sur la peau un sillon, dont la direction générale est horizontale, ce sillon présente une légère courbure ascendante (à concavité inférieure) au point qui se trouve audessous de l’angle gauche du maxillaire inférieur. Ce sillon entoure le cou d’une trace circulaire, il est un peu plus élevé en arrière et à droite, qu’en arrière et à gauche, il est représenté par une raie blanche, bordée par deux raies rouges. Il est plus prononcé, un peu plus creux et plus parcheminé à droite, au niveau du muscle slernomastoïdien, que sur le reste de son parcours.

A gauche, immédiatement au-dessus de l’empreinte du sillon et sur le bord du muscle sterno-masloïJien, on trouve une petite tache ecchymotique, bordée de rouge, ayant environ trois millimètres de diamètre et doublée d’une large suffusion sanguine.

A un centimètre au-dessus de la précédente, on aperçoit une triple empreinte, haute de un centimètre, ayant l’apparence d’une plaque parcheminée ecchymotique, constituée par trois lignes presque transversales et parallèles, celle du milieu est plus marquée et plus profonde que les deux autres; toutes les trois mesurant deux centimètres transversalement, le tissu cellulaire qui double la peau au niveau de ces stigmates est infiltré par une large suffusion sanguine.

A deux centimètres au-dessus de l’empreinte précédente et au niveau du bord inférieur de l’angle du pavillon de l’oreille gauche, une tache d’apparence ecchymotique mesure deux centimètres de diamètre, elle est doublée par une sutfusion sanguine dans le tissu sous-cutané correspondant.

Sur le bord du maxillaire inférieur, à quatre centimètres en avant de la tache précédente, une petite ecchymose mesure deux à trois millimètres de diamètre.

Dans la région sus-hyoïdienne, presque sur la ligne médiane, une petite érosion linéaire est doublée par une sutfusion sanguine sous-cutanée beaucoup plus large.

En arrière et à gauche, au-dessus du sillon, une ecchymose mesure un centimètre de largeur sur cinq millimètres de hauteur.

En disséquant la région du cou, on trouve outre les suffusions

sanguines dont nous avons déjà parlé, d’autres lésions graves, surtout à gauche et en avant.

La peau du côté gauche du cou est très œdémateuse, le sillon a laissé sur la peau une empreinte légèrement parcheminée et peu transparente.

Au-dessus de la partie gauche et antérieure du sillon et sous la petite plaque ecchymotique précédemment signalée, on trouve une large suffusion sanguine.

Au niveau de la triple empreinte gauche et sous le sternomastoïdien gauche, tous les tissus, ainsi que la partie profonde de la glande parotide, sont infiltrés de sang.

Derrière l’angle gauche du maxillaire inférieur, on trouve une vaste suffusion sanguine, formée par du sang liquide et du sang coagulé.

Au niveau de l’extrémité antérieure de la glande sous-maxillaire, une suffusion sanguine épaisse mesure un centimètre de diamètre.

Dans le muscle génio-hyoïdien, il existe une suffusion sanguine assez considérable, une autre suffusion au niveau de l’angle droit de la mâchoire inférieure.

En avant du bord et des faces antérieures du larynx, à la hauteur du sillon laissé par la corde sur la peau, une suffusion sanguine occupe tous les tissus jusqu’aux cartilages.

La branche droite de l’os hyoïde est fracturée à l’union de ses deux tiers externes avec le tiers interne.

Les cartilages du larynx ne sont pas fracturés. Ils ont subi la dégénérescence calcaire. L’articulation du thyroïde avec le cricoïde est ouverte, son ligament interne est déchiré, et les surfaces ossifiées frottent l’une sur l’autre en donnant la sensation de crépitation.

Le tissu cellulaire rétro-pharyngien contient une petite ecchymose.

Les amygdales présentent chacune une ulcération symétrique, celle de gauche est un peu plus large que la droite, elles mesurent environ un centimètre et demi de hauteur sur quatorze de largeur.

Dans les mailles du tissu cellulaire de la région postérieure du cou, on ne trouve pas de suffusion sanguine.

L’examen de la peau et du tissu cellulaire du tronc permet de constater en avant la présence de deux ecchymoses : l’une au niveau de la partie interne de la clavicule droite, au-dessus de son bord supérieur, mesure deux à trois centimètres de diamètre; l’autre siège immédiatement au-dessous de la clavicule gauche, et lui est parallèle. Elle est doublée par une vaste suffusion sanguine, qui

mesure sept centimètres de largeur sur un centimètre et demi de hauteur.

Il n’y a pas d’ecchymose ou de suffusion sanguine dans les muscles pectoraux, les côtes ne sont pas fracturées.

En faisant de larges et profondes incisions dans la région dorsale, on découvre un grand nombre de suffusions sanguines, qu’aucune coloration de la peau ne dénote à l’extérieur.

Ces ecchymoses occupent les muscles de la fosse sous-épineuse gauche, et leurs interstices cellulaires, les muscles des régions sus et sous-épineuses droites, les muscles de la paroi postérieure de l’aisselle droite. On trouve une autre infiltration sanguine assez large en dedans du bord interne de l’omoplate gauche, une autre mesurant trois à quatre centimètres de diamètre entre les quatrième et cinquième vertèbres dorsales et le bord interne de l’omoplate droite.

Dans la fosse iliaque externe gauche, sous les muscles fessiers, une large suffusion sanguine infiltre tous les tissus, et envahit tous les muscles jusqu’à l’os. Celui-ci n’est pas fracturé.

Dans les régions dorsale ou fessière aucune érosion, aucune coloration anormale de la peau ne correspond à ces vastes foyers sanguins.

L’anus est souillé par quelques matières fécales.

Membre supérieur droit. — Sur le bras droit, à sept centimètres au-dessus de l’olécrane, sur la face postérieure du bras, une ecchymose mesure trois centimètres de hauteur,elle est doublée par une large suffusion sanguine.

Sur le bord postéro-interne, immédiatement au-dessus de l’olécrâne, deux petites ecchymoses sont également doublées par une suffusion sanguine.

Sur le bord postérieur du radius, à deux centimètres au-dessous du coude, on trouve une autre ecchymose plus large et un peu plus épaisse.

Sur la peau des autres parties de l’avant-bras, il n’y a pas de lésion.

Sur la face dorsale de la main droite, au niveau de l’extrémité supérieure du troisième métacarpien et du carpe, on aperçoit sept petites ecchymoses, rangées sur deux lignes transversales, parallèles et distantes de un demi-centimètre l’une de l’autre. Sur le dos de la main, on trouve d’autres petites ecchymoses, ayant chacune environ cinq à six millimètres, elles siègent en arrière et un peu en dehors de l’extrémité supérieure du premier métacarpien, au niveau de l’extrémité inférieure du deuxième métacarpien, de l’extrémité supérieure de la partie moyenne et de l’extrémité inférieure du troisième métacarpien.

Sur le membre supérieur gauche on ne trouve qu’une petite ecchymose au niveau de l’apophyse styloïde du radius.

Les membres inférieurs présentent des dilatations variqueuses et deux petites ecchymoses, l’une sur la face interne du tiers inférieur de la cuisse gauche et l’autre sur la face externe du tiers inférieur de la jambe gauche.

Tête. — Sous le cuir chevelu on trouve une grande quantité d’ecchymoses sous-épicràniennes.

Sur la bosse pariétale gauche, une large poche sanguine, très épaisse, mesure quatre à cinq centimètres de diamètre. Sur la bosse pariétale droite, on trouve une autre poche analogue, symétriquement placée, ayant les mêmes caractères et à peu près les mêmes dimensions.

Les os du crâne ne sont pas fracturés. Ils sont assez épais.

Les méninges sont extrêmement congestionnées, la pie-mère et l’arachnoïde sont infiltrées par un œdème assez considérable.

L’encéphale est dans son état normal.

La colonne vertébrale n’est pas fracturée, elle présente une flexion latérale ancienne (scoliose).

La muqueuse du larynx , de la trachée et des bronches est un peu rouge. Elle n’est pas tapissée par des mucosités spumeuses ou sanguinolentes.

Les plèvres ne contiennent pas de liquide. Au niveau du hile des deux poumons on voit quelques ecchymoses sous-pleurales, très pâles.

Les poumons sont très emphysémateux, on n’y découvre pas de noyaux apoplectiques.

Le péricarde renferme un peu de liquide. Il ne présente pas d’ecchymose sous-péricardique.

Le cœur est très gras, il ne contient pas de caillots, ses diverses cavités et les gros vaisseaux de la base du cœur sont remplis par du sang liquide. Les valvules sont un peu athéromateuses. L’aorte est légèrement dilatée.

L 'estomac renferme quelques mucosités, mais pas de matières alimentaires.

Le foie est très volumineux et dur.

Les reins sont petits, durs et ne se décortiquent pas facilement.

La vessie est rétractée et ne contient pas d’urine.

L’utérus est petit, les ovaires sont flétris. Le vagin ne contient aucune matière suspecte. Sa paroi postérieure est repoussée par une rectocèle ancienne.

Conclusions. — 1° La mort de la veuve B... est le résultat d’une asphyxie par strangulation.

2° Cette strangulation a été opérée par l’application d’un lien qui a laissé son empreinte autour du cou, mais on trouve aussi dans la région du cou des traces de violences qui n’ont pu être la conséquence de l’application d’une corde et qui résultent manifestement de lésions faites à la main. Telles sont : la fracture de l’os hyoïde (la corde était placée à quelques centimètres au-dessous de cet os), la déchirure de l’articulation crico-thyroïdienne du larynx, l’ecchymose du tissu cellulaire du fond du pharynx produite par l’application du larynx contre la paroi postérieure du pharynx, les larges suffusions sanguines notées dans les gaines qui entourent les muscles, et enfin l’érosion de la région sushyoïdienne.

Ces désordres prouvent que la strangulation a été opérée par la corde et par une main vigoureusement appliquée sur la face antérieure du cou.

3° Les autres stigmates trouvés autour du cou s’expliquent par le mode d’application de la corde.

En plaçant la corde autour du cou, mettant le nœud à l’endroit qu’il occupait et en tirant les deux bouts de la corde en haut, les différents replis de la boucle du nœud s’appliquent exactement sur les empreintes notées autour de l’angle gauche de la mâchoire inférieure.

4° Les autres régions du corps portent des traces de contusions multiples, les unes semblent produites par le choc de corps contondants à large surface, les autres par le choc contre des corps peu volumineux.

Les larges suffusions sanguines du dos et de la fesse gauche, qui ne trahissaient leur présence par aucune altération de la peau à leur niveau, doivent résulter de coups portés par un corps contondant à large surface, tel qu’un pied. L’absence de lésion de la peau peut s’expliquer soit parce que les vêlements que portait la veuve B... étaient épais, soit parce que l’instrument contondant supposé, le pied, n’était pas chaussé d’un soulier à arêtes vives et dures.

Le volume des bosses sanguines du crâne, leur disposition symétrique, leur position sur une région que n’occupent pas les contusions qui résultent d’une chute, doivent faire penser qu’elles aussi sont la conséquence de coups portés avec violence. Mais la position de la tête de la victime entre les chaises,' près de baquets, etc., rend possible, au moment de la chute, la combinaison de chocs multiples atteignant les parties latérales du crâne, et ne nous permet pas d’être affirmatif.

Les ecchymoses des membres supérieurs et des membres infé-

rieurs peuvent également résulter de chocs contre les arêtes de ces différents ustensiles pendant la chute ou pendant les convulsions de l’agonie.

5° La mort a dù être rapide, ainsi que le prouvent l’absence de mucosités sanguinolentes dans les voies respiratoires, l’absence de caillots dans les cavités du cœur et les gros vaisseaux.

6° Toutes les lésions datent des instants qui ont immédiatement précédé la mort. Les suffusions sanguines profondes n’avaient pas encore eu le temps de colorer la surface de la peau et de révéler ainsi leur présence. Aucune d’elles ne peut faire supposer l’existence d’une lutte ayant précédé de quelques heures ou de quelques jours la scène du meurtre.

En résumé. — 1° La mort de la veuve B... résulte d’une strangulation pratiquée à l’aide d’une corde et à l’aide de pressions exercées par une main énergique sur la face antérieure du cou.

2° Le cadavre porte des traces de violences multiples, les unes résultent manifestement de coups portés avec un instrument contondant à surface plate tel qu’un pied.

Les autres peuvent résulter de chocs pendant la chute du corps ou de chocs pendant les convulsions de l’agonie contre les objets environnants.

8. Strangulation par un lien. — 1° Autopsie médico-légale du sieur V... — Je soussigné, Pau! Brouardel, commis par M. Lauth, juge d’instruction près le tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d'une ordonnance, en date du 2 décembre 1884, ainsi conçue :

« Vu la procédure commencée contre X..., inculpé d’homicide volontaire sur la personne de V..., âgé de soixante-dix ans.

« Attendu la nécessité de constater judiciairement l’état où se trouve en ce moment le cadavre de V... déposé à la Morgue.

« Ordonnons qu’il y sera procédé par M. Brouardel, docteur en médecine, lequel après avoir reconnu l’état où se trouve ledit cadavre, procédera à l’autopsie et fera toutes constatations nécessaires. »

Serment préalablement prêté, ai procédé à cette autopsie le 3 décembre 1884.

Le cadavre est celui d’un homme âgé de soixante-dix ans environ. La putréfaction n’est pas commencée. La face est couverte de sang coagulé, -mais en couche peu épaisse. La peau de l’avantbras droit porte un tatouage représentant un cœur percé d’une flèche.

11 n’y a pas de piqueté hémorrhagique sur les épaules ou sur les parties déclives du tronc.

P. Brouardel. — La Pendaison.

Les cheveux sont agglutinés par une certaine quantité de sang coagulé. Sur le cuir chevelu, au niveau de l’union du frontal et du pariétal gauche, se trouve une plaie en forme de croissant, à concavité antérieure mesurant 2 centimètres. Le lambeau antérieur présente un petit décollement. Celte plaie n’intéresse pas toute l’épaisseur du cuir chevelu.

Sur la peau du front se trouvent quatre plaques parcheminées, dont une seule n’est pas doublée d’une suffusion sanguine. Autour de ces plaques on trouve quelques petites érosions ecchymotiques.

Le conduit auditif externe droit contient un peu de sang coagulé.

Les conjonctives ne sont pas ecchymotiques.

La peau qui recouvre l’apophyse malaire droite et celle de l’aile droite du nez sont le siège d’une petite plaque parcheminée.

Les dents sont presque complètement usées, elles ne sont pas fracturées. Il n’y a pas de lésions des lèvres. La langue est pâle et ne porte pas de morsures.

Sur la peau du cou on ne découvre pas d’érosions ni traces de coups d’ongles. Sur les parties latérales et antérieure du cou on note que la peau présente une légère teinte rosée haute de 2 centimètres environ, interrompue par des lignes blanches et foncées ; celte empreinte est oblique de haut en bas et de gauche à droite. En arrière l’empreinte suit une direction analogue de haut en bas et de gauche à droite.

Sur la peau de la face externe du bras droit se trouvent deux petites ecchymoses sans caractères spéciaux. Au niveau de l’épicondyle droit, on voit sur la peau une petite ecchymose avec suffusion sanguine.

La peau qui recouvre l’apophyse styloïde du cubitus droit pré-; sente une ecchymose de 4 à 5 centimètres de diamètre, avec suffusion sanguine.

Une petite ecchymose avec suffusion sanguine siège également au niveau de la tête du cinquième métacarpien droit.

Sur la peau de l’épitrochlée gauche se trouve une petite ecchymose entourée de plusieurs petites plaques parcheminées non doublées de suffusions sanguines.

Les ongles des mains sont courts, ils ne sont pas cassés.

La peau du genou droit est le siège d’une petite ecchymose avec suffusion sanguine.

La peau de la plante des pieds est couverte de sang en assez grande quantité, il n’y a pas de plaie.

Sur la peau de la partie externe de la jambe gauche on trouve une ecchymose de 4 à 5 centimètres de diamètre.

Tl ’ . — . .. ..

Sur la face dorsale du pied gauche il y a une petite érosion.

La verge est extrêmement courte, il n’y a pas d’écoulement anormal par le canal de l’urèthre, dont l’oriQce est punctiforme. Le gland est découvert, le frein est un peu court.

L’orifice anal est fermé et entouré par un bourrelet hémorrhoïdaire couvert de plicatures. Il n’y â pas de lésions de l’orifice anal.

Les os de la voûte et de la base du crâne ne sont pas fracturés. Le cerveau n’est pas très congestionné, il se décortique facilement. Les ventricules latéraux sont un peu dilatés. Le cerveau, le bulbe et le cervelet ne présentent ni lésion ni tumeur.

Il n’y a pas d’épanchement dans les plèvres.

Le larynx, la trachée et l’œsophage sont sains.

Les carotides ne sont pas déchirées.

Il n’y a pas de fracture de l’os hyoïde, ni d’ecchymose prévertébrale.

Les poumons sont peu aérés, ils ne sont pas congestionnés. Les bronches sont remplies de matière glaireuse catarrhale un peu rougeâtre. Il n’y a pas d’ecchymoses sous-pleurales.

Le péricarde est sain. Le cœur est un peu gros. Les ventricules, un peu dilatés, contiennent du sang liquide avec quelques caillots rouges. La valvule tricuspide est assez dilatée. Les valvules aortiques sont souples. L’orifice mitral est dilaté et un peu induré. Il n’y a pas d’ecchymoses sous-péricardiques.

L’estomac contient environ 200 grammes de matières bleuâtres fortement teintées parla matière colorante du vin.

Le foie est petit, gras, un peu dur et mamelonné.

Les reins se décortiquent assez facilement, la substance corticale est légèrement atrophiée.

La rate est saine, non diffluente.

Les intestins paraissent sains.

La paroi vésicale est extrêmement épaisse.

Conclusions. — 1° Ce cadavre présente sur le cuir chevelu et sur différentes parties du corps des traces de violences multiples ;

2° La plaie du cuir chevelu peut être le résultat d’une chute sur le bord d’un objet à arêtes dures, tel qu’une table, ou d’un coup porté presque tangentiellement avec un corps contondant, tel que la pomme d’une canne, ou d’un coup reçu par la chute d’un corps moins pesant, plus coupant et arrondi tel que l’extrémité d’un tuyau de pocle;

3° Le plus grand nombre des érosions et ecchymoses constatées sur les différentes régions du corps résultent de coups reçus

pendant la vie. Quelques-unes des érosions ont été faites après la mort ;

4° Le cadavre porte autour du cou la trace d’un sillon assez large, paraissant résulter d’une constriction du cou pratiquée à l’aide d’un objet assez large, tel qu’un foulard, un mouchoir, etc.

Cette empreinte, l’état des bronches, permettent de penser que la mort est le résultat d’une strangulation pratiquée, à l’aide d’un foulard, d’un mouchoir ou tout autre objet analogue.

Le peu de profondeur du sillon peut s’expliquer d’une part par la largeur du lien, d’autre part par le peu de temps qu’il a pu rester autour du cou ;

5° On constate sur le cadavre des lésions caractérisant des habitudes d’alcoolisme anciennes.

2° Examen du sieur K. — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par M. Adolphe Guillot, juge d’instruction près le tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d’une ordonnance, en date du 14 mai 1889, ainsi conçue:

« Vu la procédure suivie contre K. (Eugène).

« Attendu que l’inculpé K... prétend avoir, en 1884 (il y a cinq ans), assassiné un sieur V..., qui avait des habitudes de pédérastie.

« Attendu qu’il y a lieu de rechercher si le crime ne trouvait pas son explication dans les habitudes de l’inculpé lui-même.

« Commettons le Dr Brouardel à l’effet de procéder à l'examen de K... »

Serment préalablement prêté, ai procédé à cet examen le 20 mars 1889.

K... a dix-neuf ans, il est grand, élancé, vigoureusement constitué.

Il indique lui-même sur la peau du dos delà main droite, entre les deux métacarpiens, la présence d’une cicatrice linéaire, blanche, longue de 3 à 4 centimètres.

Il déclare que cette blessure résulte d’un coup d’ongle donné par V... au moment du crime. Cette explication est possible.

L’anus a sa conformation normale. Il n’y a pas d’infundibulum, les plis radiés sont bien conservés, le sphincter de l’anus a sa résistance normale, l’orifice n’est pas dilaté.

La verge est volumineuse, le gland découvert, peut-être un peu allongé.

Les ganglions des aines ne sont pas gonflés.

Conclusions. — Le sieur K... ne présente actuellement aucun

signe de pédérastie active ou passive. Mais on sait que ces habitudes peuvent exister ou avoir existé sans laisser de stigmate révélateur.

3° Examen de l'insirament qui a servi à perpétrer le crime. — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par M. Adolphe Guillot, juge d’instruction près le tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d’une ordonnance, en date du 14 mai 1889, ainsi conçue:

« Vu la procédure suivie contre K... (Eugène).

« Attendu que l’inculpé K... déclare avoir donné au sieur Y..., dans le crâne, un coup avec un foret gros comme le petit doigt, dit coup-de-poing, dont les douaniers se servent pour percer les pièces de vin.

« Attendu que le 3 décembre 1884, il a été constaté que sur le cuir chevelu, au niveau de l’union du frontal avec le pariétal gauche, se trouvait une plaie en forme de croissant.

« Commettons M. le Dr Brouardel à l’effet, après s’être fait décrire l’instrument par le prévenu, de dire s’il a pu produire la blessure constatée, et si cette blessure a pu, avec la strangulation, concourir à donner la mort. »

Serment préalablement prêté, réponds comme suit aux questions qui me sont posées :

L’instrument dont se serait servi K... est un foret à manche court et épais, dans lequel est fixée une tige de métal assez grosse, terminée par une pointe plus fine de quelques centimètres de longueur. Il déclare avoir frappé, le manche du foret étant dans la paume de sa main, avec la pointe de l’instrument.

Cette explication est possible, en admettant que le coup a été porté presque tangentiellement et que la pointe a pénétré dans la peau par transfixion en décollant, puis coupant de dedans en dehors le morceau de peau perforé. Ceci ferait comprendre le décollement du lambeau antérieur et l’apparence de section nette des bords de la plaie, notée dans le rapport d’autopsie.

Ce coup a agi beaucoup moins comme le ferait un instrument piquant que comme un instrument contondant, en ce sens que ce n’est pas la plaie elle-même qui constituait sa gravité, mais le choc reçu sur la tête qui a pu étourdir la victime et la mettre dans l’impossibilité de résister à la tentative de strangulation par un lien opérée en même temps ou presque de suite après.

L’inculpé déclare, sans qu’on le lui demande, qu’il avait essayé de porter à Y... un autre coup que cet homme aurait paré avec le bord de son avant-bras droit. Or nous lisons dans le procès-verbal d’autopsie:

v La peau qui recouvre l’apophyse styloïde du cubitus droit présente une ecchymose de 4 à 5 centimètres de diamètre avec suffusion sanguine. » Cette affirmation de K... semble véridique, elle prouve aussi qu’il s’est servi de l’instrument qu’il maniait, plutôt comme d’un instrument contondant que comme d’un instrument piquant.

Conclusions. — 1° Le foret ou coup-de-poing dont se serait servi K..., pour porter à Y... le coup qui a produit la plaie de la région fronto-pariétale, peut en effet avoir déterminé celte blessure;

2° Ce coup porté comme par un instrument contondant a pu étourdir V..., dompter sa résistance, et rendre possible la strangulation à laquelle cet homme a succombé.

4° Examen de la fille D... — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par M. Adolphe Guillot, juge d’instruction, en vertu d’une ordonnance, en date du 24 mai 1889, ainsi conçue :

« Vu la procédure contre K..., inculpé de tentative d’assassinat.

« Attendu que le 16 mai courant, dans notre cabinet, l’inculpé a tenté de frapper à la tête la nommée Sophie D..., demeurant rue des Partants, avec une vis provenant d’un lit de la prison.

« Attendu que le coup a dévié, que cependant l’instrument a légèrement éraflé l’épaule.

« Attendu que l’inculpé affirme qu’il avait l’intention de donner la mort à cette fille, en la frappant, comme il se vante d’avoir, avec un instrument analogue, frappé le père V... en 1884.

« Commettons M. le Dr Brouardel, à l’effet:

« 1° De dire si le coup a laissé une trace quelconque sur la fille D...;

« 2° D’examiner l’instrument et de dire quelle aurait pu être la conséquence d’un coup violemment porté sur le crâne;

« 3° De dire si cet instrument aurait pu causer une blessure analogue à celle qui a été constatée au moment de l’autopsie de V... »

Serment préalablement prêté ai examiné la fille Sophie D..., le 11 juin 1889.

I. Celte jeune fille, âgée de dix-neuf ans et demi, est petite, mais assez vigoureuse et bien portante.

Elle porte sur l’épaule droite une tache arrondie, brunâtre, ayant près d’un centimètre de diamètre. Cette tache pigmentée est le résultat de la contusion reçue le 16 mai 1889. Elle siège au milieu de la ligne qui s’étend de la partie postérieure du cou jusqu’à l’épaule droite. Cette contusion, bien que violente, n’a déterminé aucune lésion grave de la région et n’a pas dû mettre la blessée dans l’impossibilité réelle de travailler. La violence du

coup porté est démontrée toutefois par la persistance de la lâche, qui d’abord ecchymotique persiste encore quatre semaines après que le coup a été reçu.

If. L’instrument avec lequel le coup a été porté est une vis provenant d’un lit. Elle pèse 95 grammes, elle a 14 centimètres et demi de longueur, un centimètre de diamètre. Sa tête est formée par un renflement deux fois plus volumineux. Elle est facile à saisir dans la main et, lorsqu’elle est bien fixée parle pouce placé sur cette tête, elle constitue un instrument contondant très dangereux. C’est bien un instrument contondant, car si elle se termine à sa partie inférieure par une pointe, celle-ci est mousse et ne peut guère pénétrer profondément si elle rencontre un plan élastique, formé par des muscles. Mais si cette pointe, dirigée perpendiculairement, atteignait une partie doublée par un plan résistant, tel que les os du crâne, elle pourrait faire éclater la peau, et maniée avec violence, elle pourrait certainement briser les os du crâne.

Si, au contraire, elle atteignait la peau du crâne obliquement, elle pourrait la déchirer et faire une blessure analogue à celle que nous avons décrite dans le rapport d’autopsie du sieur Y...

Conclusions. — 1° Quatre semaines après que le coup a été porté par K... à la fille D..., on trouve encore sur son épaule gauche la trace apparente de la contusion reçue ;

2° Un coup porté avec violence sur la tête avec la vis de lit que j’ai eu à examiner, peut briser les os du crâne ;

3° Un coup atteignant obliquement la peau du crâne peut déterminer une blessure analogue à celle que nous avons décrite dans le rapport d’autopsie du cadavre de Y...

9. Assassinat. Strangulation à la ficelle. — 1° Autopsie de la femme S... — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par M. Jules Jaudin, juge d’instruction près le tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d’une ordonnance, en date du 12 décembre 1881, ainsi conçue :

«Vu la procédure commencée contre X..., inculpé d’avoir, le 10 du courant, commis un homicide volontaire avec préméditation sur la personne de la veuve S..., propriétaire, rue de Charenton.

« Attendu la nécessité de constater judiciairement l’état où se trouve en ce moment le cadavre de la victime, qui a été transporté à la Morgue.

« Ordonnons qu’il y sera procédé par M. Brouardel, docteur en médecine, lequel après avoir reconnu l’état où se trouve ledit

cadavre, décrira toutes les lésions internes ou externes dont il présente la trace.

« Dira quelles sont celles de ces lésions qui ont déterminé la mort; à l’aide de quel instrument elles ont pu être faites; si quelques-unes ne sont pas le résultat de coups portés avec un instrument contondant ; si le marteau trouvé dans la cuisine de la décédée s’adapte par le taillant ou de tout autre côté aux plaies existantes ; précisera, si faire se peut, l’heure à laquelle remonte le décès. »

Serment préalablement prêté, ai procédé à celle autopsie le 14 décembre 1881.

Le cadavre est celui d’une femme petite, peu vigoureuse et dans un état de maigreur assez prononcé. La putréfaction n’est pas commencée, mais la rigidité cadavérique a presque complètement disparu. Un dé à coudre coiffe encore l’extrémité du troisième doigt de la main droite.

Il n’y a pas d’ecchymoses sous-conjonctivales.

Nous trouvons sur les différentes parties du corps les traces de violences suivantes :

A la face. — Des lésions de différentes natures :

1° Des ecchymoses assez larges. L’une siège sur la peau de la bosse frontale droite et devient plus intense en dehors de celle-ci; elle mesure 6 centimètres de diamètre.

D’autres ecchymoses siègent sur la bosse frontale gauche, elles entourent des plaies décrites plus loin.

2° Des écorchures ou érosions mesurant 5 ou 6 millimètres dans leur plus grand diamètre siègent sur la joue gauche.

Sur la joue droite se trouvent deux érosions superficielles situées l’une au-dessus de l’apophyse malaire (os de la pommette) et l’autre au-dessous.

3° Quatre plaies linéaires, à extrémités parfaitement nettes et sans queue, variant entre 18 et 25 millimètres de longueur, siègent sur les parties suivantes de la face :

a. Une perpendiculaire siège au niveau de l’apophyse malaire droite. La plaie n’intéresse que le derme.

b. Une autre transversale siège sur la ligne médiane du front, près de son union avec le cuir chevelu.

c. La troisième également transversale siège sur la bosse frontale gauche.

d. Et la quatrième à bords un peu moins nets, et paraissant produite parle même instrument, mais dirigée un peu obliquement par rapport à la surface atteinte, siège un peu au-dessus de la précédente, exactement à l'union de la peau du front avec le cuir chevelu.

Toutes ces plaies sont doublées d’une suffusion sanguine. Leurs lèvres sont à peine détachées des parties sous-jacentes. Le périoste du frontal situé au-dessous d’elles n’a pas été atteint. L’ongle ne constate aucune dépression et déchirure en passant sur le périoste. Les os du crâne ne sont pas fracturés.

La plaie qui siège sur l’apophyse malaire droite est doublée d’une vaste suffusion sanguine allant jusqu’à l’apophyse zygomatique et venant se confondre avec la suffusion sanguine qui double l’ecchymose de la bosse frontale droite. Celle-ci mesure 3 à 4 millimètres d’épaisseur et s’étend jusqu’à la rencontre d’une autre suffusion sanguine épaisse qui occupe toute la fosse temporale droite. Les fibres musculaires du muscle temporal sont infiltrées de sang et dissociées.

Le muscle temporal gauche n’est pas infiltré.

Les os de la face, os malaire, apophyse z}rgomatique, maxillaires supérieur et inférieur ne sont pas fracturés.

La bouche de la veuve S... ne contenait plus que trois dents. La canine inférieure gauche a disparu, mais son alvéole est brisée et la gencive ecchymotique. La canine inférieure droite est à demi luxée, rejetée en dedans sur la langue, la première molaire supérieure gauche est très ébranlée, sa couronne entourée d’un peu de sang.

Les lèvres ne présentent ni sur la peau ni sur la muqueuse d’ecchymose ou d’érosion. Leurs deux commissures sont légèrement fendues par deux fissures superficielles.

Sur le cou. — Sur la peau du cou se trouve un sillon assez profond et très net, dirigé à peu près horizontalement. La peau correspondant au sillon est parcheminée.

Au niveau du muscle sterno-cléido-mastoïdien droit le sillon paraît en quelque sorte dédoublé. Cela tient à ce que, à ce niveau, la peau ayant fait un pli, la partie de peau comprise dans ce pli est indemne et ne présente pas de trace de sillon. En arrière du cou, le sillon est unique et très étroit.

Dans la région antérieure du cou, au-dessous et au-dessus du sillon, se trouvent quelques plaques parcheminées et des érosions superficielles, les unes linéaires, les autres irrégulières et paraissant être le résultat de coups d’ongles. Une de ces érosions située au-dessus du sillon mesure 15 millimètres.

La plus large de ces empreintes onguéales siège au-dessous du sillon et à gauche de la ligne médiane. Les personnes qui ont vu la corde encore placée autour du cou de la femme S..., nous déclarent que c’était à ce niveau que se trouvait le nœud coulant.

On constate à la région sus-hyoïdienne droite cinq érosions plus petites irrégulièrement groupées.

La peau qui double les érosions onguéales du cou ainsi que les érosions de la face ne présente pas trace de suffusion sanguine.

Le tissu cellulaire qui entoure la glande sous-maxillaire droite ainsi que le muscle peaucier est infiltré de sang noir coagulé.

Tête. — Au niveau de la naissance des cheveux sur la ligne médiane et un peu à droite, on trouve dans le tissu cellulaire souscutané une petite suffusion sanguine, sans plaie du cuir chevelu.

Un peu en arrière de la bosse pariétale gauche, se trouve une suffusion sanguine assez épaisse, mesurant en largeur 4 centimètres de diamètre environ.

Membres supérieurs. — Les fibres musculaires du triceps brachial gauche renferment une suffusion sanguine large et épaisse. L’articulation scapulo-humérale gauche contient un peu de sang.

La peau du coude droit porte trois ou quatre petites plaques parcheminées sans sulfusion sanguine dans le tissu cellulaire sous-cutané.

L’ongle du médius de la main gauche est cassé et retourné. Les mains sont fortement crispées.

On ne constate pas d’érosion sur la main droite. Au troisième doigt, nous trouvons un dé à coudre en argent.

Tronc. — Dans la masse des muscles sacro-lombaires droits, sur la ligne de la pointe de l’omoplate, se trouve une suffusion sanguine assez large et profonde.

Les côtes extrêmement friables ne sont pas fracturées.

Membres inférieurs. — Le tissu cellulaire qui double les muscles de la région postérieure de la cuisse droite renferme une large suffusion sanguine.

L’autre cuisse et les jambes ne présentent aucune trace de violence.

Crâne et cerneau. — Les parois du crâne sont très minces et cependant les os du crâne ne sont pas fracturés. A l’ouverture du crâne on ne constate pas d’épanchement sanguin entre les os et la dure-mère. Les mailles de la pie-mère sont finement injectées. L’aqueduc de Sylvius n’est pas déchiré et le quatrième ventricule est sain. Le cerveau n’est pas très congestionné.

Appareil cardio-pulmonaire. — La trachée et les bronches sont remplies de glaires sanguinolentes et contiennent de la spume bronchique en assez grande abondance.

L’œsophage est sain.

Les artères carotides ne sont pas déchirées. Il n’y a pas d’ecchymose prévertébrale ni pharyngée.

Les poumons présentent des adhérences pleurales anciennes des deux côtés, ainsi que quelques ecchymoses sous-pleurales très pâles et assez mal limitées. L’on ne constate pas sur leur surface de plaque d’emphysème sous-pleural. Les poumons sont peu crépitants et gorgés de sang.

Il n’y a pas d’ecchymoses sous-péricardiques. Les cavités cardiaques ne contiennent pas de caillot mou ou fibrineux; il y a un peu de sang liquide dans le ventricule gauche.

Les valvules pulmonaires et Iricuspide sont saines.

Les valvules aortiques sont un peu athéromateuses. La valvule mitrale présente une plaque laiteuse et est légèrement rétrécie.

Abdomen. — Le foie est sain et un peu gras. Sur le bord du foie, on constate la présence d’un petit infarctus récent gros comme une amande de noisette.

L’estomac est dirigé presque verticalement et contient à peu près 100 grammes de substance alimentaire presque complètement digérée.

La raie est petite et saine, elle n’est pas diffluente.

Les reins sont un peu congestionnés et se décortiquent assez facilemenl. La substance corticale est un peu atrophiée.

On ne constate pas de trace de contusion sur les intestins.

Conclusions. — 1° La mort de la veuve S... est le résultat d’une strangulalion pratiquée à l’aide d’une ficelle.

2° Le cadavre de celte femme porte des traces de violences de différentes natures.

a. Les suffusions et infiltrations sanguines constatées aux régions temporale droite et occipitale sont le résultat, la première probablement d’un coup porté avec un corps contondant tel que le poing. Ce coup, frappé avec violence dans la région temporale droite, a dû avoir pour effet d’étourdir la victime, de la mettre hors d’état de se défendre. Il a probablement précédé l’application de la ficelle autour du cou. La deuxième résulte vraisemblablement d’une chute sur le sol.

b. Les érosions signalées sur la peau du cou sont des empreintes laissées par les ongles, au moment où la ficelle a été serrée autour du cou de la veuve S...; celles de la face ont la même origine et ont dû être faites par une main appliquée sur la face, soit ponr étouffer les cris de la victime, soit pour oblitérer les orifices des voies respiratoires. C’est pendant cette application que les dents ont dû être luxées. Elles n’ont pas été ébranlées par un coup vio-

lent, car il n’y a ni déchirure, ni érosion, ni ecchymose de la muqueuse des lèvres et des joues.

c. Les plaies du front et de la région malaire droite ont été faites par un corps contondant à arêtes assez vives pour couper la peau, tel que le marteau formant le scellé n° 1.

3° Les coups de marteau qui ont produit ces plaies ont été frappés par une main peu vigoureuse, comme le prouve l’absence d’empreinte dans le périoste du front et dans l’os frontal.

4° Les matières alimentaires contenues dans l’estomac étaient méconnaissables, presque complètement digérées. Pour fixer le temps auquel le crime a été commis après le dernier repas, il faudait savoir quels étaient les aliments ingérés à ce repas.

2° Examen des pièces à conviction. — Pièces à conviction à nous remises au moment de V autopsie. — I. On nous a remis une ficelle qui aurait été celle trouvée autour du cou de la victime : celle ficelle, qui présente un peu plus d’un millimètre d’épaisseur, a une longueur totale de t m,l 5. A 3 centimètres de l’une des extrémités de cette ficelle se trouve un nœud simple; puis on trouve un autre nœud coulant entourant dans un circulaire la ficelle qui glisse dans ce nœud. Cette ficelle formait donc une anse plus ou moins grande, facile à adapter et à serrer autour du cou de la victime, laissant une extrémité libre sur laquelle on pouvait aisément tirer. L’anse de la ficelle aurait été coupée à un centimètre et demi du nœud par une des personnes présentes à la levée du corps.

La partie médiane de celte ficelle est teintée de sang dans une longueur de 10 centimètres environ.

IL Le marteau trouvé dans la cuisine de la veuve S... et qui nous a été présenté, est un instrument appelé « mailloche » et qui sert surtout aux maréchaux ferrants.

Ce marteau, qui pèse 610 grammes, porte un manche en bois mesurant 37 centimètres de longueur. A 5 centimètres environ de l’extrémité de ce manche qui s’adapte dans la mortaise en fer du marteau, se trouve un clou donnant attache à un fil de fer assez épais entourant en spirale le reste du manche jusqu’à la masse de fer. Ce manche présente un certain nombre de brûlures et sur l’une des faces on distingue nettement une petite gouttelette de sang formant une légère croûte, et un peu plus haut une légère teinte rougeâtre paraissant constituée par du sang. Ces différentes taches sanguines auraient, paraît-il, été faites parla main du médecin qui aurait procédé à la levée du corps.

La masse de fer a une de ses extrémités terminée par une

surface quadrangulaire et l’autre fortement oblique, formant avec la première moitié un angle de 50 degrés environ et terminée en biseau avec son extrémité fendue sur sa ligne médiane.

L’on ne constate sur la masse de fer aucune tache suspecte. Sur l’une de ses faces se trouvent marquées au fer les lettres C. M. F. et sur une autre le n° 37.

Conclusions. — 1° Le marteau trouvé dans la cuisine et soumis à notre examen ne s’adapte pas aux plaies constatées sur le cadavre de la veuve S...

2° On ne constate pas de tache de sang sur sa masse en fer. Sur le manche se trouve une gouttelette de sang et une autre tache sanguine, mais on nous assure que ces taches auraient été faites par la main du médecin.

3° Examen des inculpés. — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par M. Jules Jaudin, juge d’instruction près le tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d’une ordonnance, en date du 19 décembre 1881, ainsi conçue :

« Vu la procédure commencée contre les nommés :

1° B... (Charles), détenu;

2° Fille P... (Anna), dite M..., détenue;

Inculpés d’avoir commis, le 10 décembre, un homicide avec préméditation sur la personne de la veuve S...

«Attendu la nécessité de constater judiciairement l’état où se trouve en ce moment le sieur B..., dont les mains présentent des ecchymoses paraissant provenir de la lutte qu’il a eu à soutenir contre la victime.

« Ordonnons qu’il y sera procédé parM. Brouardel, lequel après avoir reconnu l’état où se trouve ledit inculpé :

« Dira quelles sont les traces d’excoriations qu’il présente;

« A quelles causes elles peuvent être attribuées, etc. »

Serment préalablement prêté, ai procédé à ces examens le 21 décembre 1881.

I; Examen du sieur B... (Joseph). — Le sieur B..., âgé de vingt et un ans, petit, maigre, paraît cependant assez vigoureux. Il est actuellement bien portant et déclare jouir habituellement d’une bonne santé. 11 aurait eu à l’âge de sept ans une fièvre typhoïde, qui a bien guéri et n’a laissé aucun trouble ultérieur.

Sur la peau de l’avant-bras gauche, nous constatons des érosions produites par des ongles. Ces érosions siègent :

Une sur la peau qui couvre l’apophyse styloïde du cubitus ;

Une autre sur la partie médiane de la face postérieure du poignet, à peu près à la même hauteur que la précédente ;

Et deux autres siégeant au niveau de la tête du troisième métacarpien.

Toutes ces érosions siègent sur la face postérieure.

Elles présentent les mêmes caractères : érosion de la couche superficielle du derme, petite croûte très mince recouvrant ces érosions. Leur concavité est tournée en dedans et leur largeur un peu plus grande qu’un ongle, parce que celui-ci a un peu cheminé sous l’inlluence de la contraction musculaire. Elles semblent dater d’une dizaine de jours.

L’inculpé déclare qu’elles ont été faites par les ongles de la victime. Cette déclaration semble exacte.

Une petite plaie sans caractère siège sur l’éminence thénar de la main gauche.

Sur la face dorsale de la main droite se trouve la cicatrice rougeâtre d'un petit bouton.

On ne constate pas de traces de violences sur la face antérieure des deux jambes.

Conclusions. — Le sieur B... porte sur la face dorsale de la main gauche et du poignet des érosions produites par des coups d’ongles.

IL Examen de la jeune Anna P... — Cette jeune fille est âgée de seize ans et demi. Elle est grande pour son âge, elle est maigre, cependant elle nous déclare jouir habituellement d’une bonne santé et n’avoir jamais eu de maladie sérieuse.

Elle aurait eu ses règles, pour la dernière fois, en avril et déclare être enceinte de huit mois, elle attendrait le moment de son accouchement dans le courant du mois prochain. Cette grossesse serait la première.

Nous trouvons actuellement sur la tête du quatrième métacarpien de la main gauche une petite érosion linéaire superficielle, mesurant environ un demi-centimètre de longueur et que l’inculpée prétend s'être faite avec la pointe d’une épingle.

Au niveau de l’articulation sterno-claviculaire gauche, se trouve une estafilade de 5 à 6 centimètres paraissant avoir été faite également par la pointe d’une épingle.

On ne trouve pas d’ecchymoses, d’érosions ou de traces de violences sur la face antérieure des jambes.

Conclusions. — La jeune Anna P... ne porte pas actuellement sur le corps des érosions, ecchymoses, etc., paraissant être le résultat d’une lutte.

10. Strangulation à l’aide d’un lien. — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par M. Adolphe Guillol, juge d’instruction

près le tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d’une ordonnance, eu date du 21 juillet 1885, ainsi conçue :

« Vu la procédure suivie contre X..., inculpé d’assassinat.

« Commettons M. le docteur Brouardel à l’effet de rechercher les causes de la mort de la fille Hélène S... »

Serment préalablement prêté, ai procédé à cette autopsie le 22 juillet 1883.

Le cadavre est celui d’une femme paraissant âgée de vingtneuf ans environ, d’une taille moyenne et vigoureuse. La putréfaction est extrêmement avancée. La peau est distendue par les gaz ; ceux-ci auxquels on donne issue, par des orifices pratiqués au bistouri, ne brûlent pas. Le corps présente une coloration verdâtre, très prononcée, sur toute la région antérieure. De nombreux asticots se promènent autour du cou et dans les plis d’une étoffe (manche de chemise) qui comprime le cou et est maintenue par un nœud simple.

Cette étoffe est à carreaux bleus et blancs et à raies rouges.

Tout autour du cou on constate un sillon assez large, haut de 3 ou 4 centimètres environ; à ce niveau la peau est parcheminée.

On ne découvre pas de pointillé hémorrhagique sur les parties déclives du thorax, mais la putréfaction est trop avancée pour qu’il soit possible de constater ce pointillé dans le cas où il aurait existé.

Sur la face antérieure de la jambe droite se trouve une ecchymose de 4 centimètres de hauteur avec suffusion sanguine, dans le tissu cellulaire sous-jacenl, de 2 ou 3 millimètres d’épaisseur.

Il n’y a pas d’ecchymoses ou contusions sur les autres régions du corps. Il n’y a pas de fractures des os du tronc ou des membres.

Les ongles ne sont pas cassés.

La langue est placée entre les arcades dentaires.

Il n’y a pas de plaie du cuir chevelu ; sous celui-ci se trouve une infiltration sanguinolente de 1 centimètre d’épaisseur par places. Celte infiltration est due à la transsudation de la matière colorante du sang, par suite de la putréfaction avancée.

Les os du crâne ne sont pas fracturés. A l’ouverture du crâne le cerveau s’écoule sur la table d’autopsie sous forme de bouillie.

Il n’y a pas d’ecchymose rétro-pharyngienne.

L’œsophage et la trachée sont sains.

Le poumon droit est complèlement adhérent à la plèvre pariétale. Sur le bord postérieur du poumon gauche on constate quel-

ques ecchymoses. Les poumons paraissent sains. Ils ne contiennent pas de tubercules.

Le cœur est complètement vide de sang liquide et de caillots. Les valvules sont saines. Il n’y a pas d’ecchymoses sous-péricardiques.

L’estomac renferme quelques grammes de matières alimentaires, parmi lesquelles se trouvent des débris de haricots verts. La muqueuse stomacale est saine.

Le foie est putréfié, ses fragments nagent. La partie inférieure du foie présente quelques adhérences avec le côlon transverse. La vésicule biliaire est vide.

La rate est saine et n’est pas grosse.

Les reins se décortiquent assez bien.

Les intestins paraissent sains.

L’utérus est mou et vide.

La vessie est vide.

Conclusions. — 1° La mort de cette femme est le résultat d’une asphyxie par strangulation pratiquée à l’aide d’un lien. La manche de chemise qui se trouvait autour du cou a pu suffire à la déterminer, bien qu’elle ne fût fixée que par un nœud simple;

2° La putréfaction est trop avancée pour qu’il soit actuellement possible de constater des traces de violences qui n'auraient intéressé que les parties superficielles de la peau, ou n’auraient déterminé qu’une contusion ou ecchymose;

3° La présence d’aliments non encore complètement digérés, dans l’estomac, permet de supposer que la- mort a dû suivre de quatre heures environ, le dernier repas.

11. Strangulation d’un adulte par un lien. — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par M. Ditte, substitut de M. le procureur delà République, près le tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d’une ordonnance, en date du 2 avril 1884, ainsi conçue :

« Vu les articles 32 et 43 du code d’instruction criminelle et le procès-verbal dressé le 2 avril par M. le commissaire de police du quartier de Clignancourl constatant le transport à la Morgue du nommé C...

« Commettons M. le Dr Brouardel, à l’effet de procéder à l’autopsie du cadavre, de rechercher les causes de la mort el de constater tous indices de crime ou délit. »

Serment préalablement prêté, ai procédé à cette autopsie le 2 avril 1884.

Le cadavre est celui d’un homme paraissant âgé de quarante-trois

ans, d’une taille moyenne et d’un embonpoint très notable. La putréfaction est à peine commencée, la rigidité cadavérique n'a pas encore complètement disparu. La face est très congestionnée et présente une teinte violette très intense. Sur certaines régions du corps, les épaules, les parties déclives du thorax, ou observe de larges plaques rouges tachetées par un piqueté hémorrhagique très net. Les conjonctives oculaires et palpébrales sont très congestionnées et eccbymotiques. Les os propres du nez ne sont pas fracturés. La langue est fortement serrée entre les arcades dentaires et conserve, notamment à sa face inférieure, l’empreinte des dents. La région sus-hyoïdienne est très congestionnée. Au niveau de la région antérieure du cou, depuis une ligne verticale partant de l'angle droit de la mâchoire inférieure jusqu’un peu à gauche de la ligne médiane, se trouve une ligne brunâtre piquetée de nombreux points hémorrhagiques ayant 2 centimètres dans sa partie la plus large. A ce niveau la peau n’est pas parcheminée. On ne trouve pas de traces de violences sur les autres régions du corps.

Sous le cuir chevelu on ne constate pas de suffusions sanguines, mais seulemenlquelques ecchymoses sous-épicrâniennes. Les vaisseaux de la tête sont remplis de sang. Les os du crâne ne sont pas fracturés, leur diploé est très congestionné. La voûte du crâne est un peu asymétrique.

Le cerveau n’est pas congestionné, les ventricules latéraux sont un peu dilatés. Il se décortique très facilement. Il ne contient aucune lésion ancienne ou récente. Le bulbe et le cervelel sont également sains.

Les dents ne sont pas cassées, les lèvres sont saines. On ne constate pas la présence de corps étrangers dans l’arrière-bouche. Le larynx n’est pas fracturé, il n’y a pas d’ecchymose rétro-pharyngée, mais la muqueuse du pharynx est très congestionnée.

La trachée ne contient pas de matières alimentaires.

Les plèvres sont vides. Elles présentent quelques adhérences anciennes. Sur les poumons se trouvent quelques ecchymoses sous-pleurales. Par la pression des poumons on fait sourdre par les grosses bronches un peu de liquide sanguinolent et une spume bronchique très épaisse. Les poumons sont très congestionnés, mais ils sont sains et ne contiennent pas de tubercules anciens ou récents, ni de noyaux apoplectiques.

Le péricarde contient environ une cuillerée à bouche de liquide teinté en rouge par transsudation de la matière colorante du sang. Il n’y a pas d’ecchymoses sous-péricardiques. Les oreillettes du cœur contiennent chacune un petit caillot de sang. Les orifices P. Brouardel. — La Pendaison. 18

pulmonaire et aortique sont sains, les orifices tricuspide et mitral sont un peu dilatés.

L’estomac contient environ 150 grammes de bouillie alimentaire, rougeâtre, dégageant une odeur d’ail très accentuée. La muqueuse stomacale est saine et ne présente pas d’ulcération.

Dans la cavité abdominale on trouve un peu de liquide de transsudation.

Le foie est un peu volumineux, congestionné et légèrement putréfié. Il ne présente pas de liquide, la vésicule biliaire est vide.

La rate est saine et n’est pas diffluente.

Les reins sont également sains, congestionnés et se décortiquent facilement.

Les intestins paraissent sains.

Les testicules sont sains. Il y a un petit kyste du cordon.

Conclusions. — 1° La mort a été le résultat d’une strangulation pratiquée à l’aide d’un lien assez large, tel qu’un mouchoir, une cravate, une courroie ;

2° On ne constate aucune trace de violences sur les différentes parties du corps, indiquant qu’une lutte ait précédé la mort.

12. Strangulation avec une cravate. — I. Aulopsie. — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par M. Martinet, substitut de M. le procureur de la République près le tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d’une ordonnance, en date du 22 mai 1882, ainsi conçue :

« Vu les articles 32 et 43 du code d’instruction criminelle et le procès-verbal dressé le 22 mai par M. le commissaire de police du quartier de Necker, constatant l’envoi à la Morgue du cadavre du nommé Jules S..., âgé de quarante-quatre ans, trouvé étendu passage Cepré, à 3 heures du matin.

« Attendu qu’il importe de déterminer les causes de la mort.

« Commettons M. le Dr Brouardel, à l’effet de procéder à l’autopsie du cadavre, de rechercher les causes de la mort, et de constater tous indices de crime ou délit. »

Serment préalablement prêté, ai procédé à cette autopsie le 22 mars 1882, à 6 heures du soir.

Le cadavre est celui d’un homme âgé de quarante-quatre ans, grand, vigoureux, bien constitué.

La rigidité cadavérique est complète. La température des parties profondes est encore notablement supérieure à celle des corps ambiants.

La face est très rouge, congestionnée. Les conjonctives oculaires

sont piquetées par plusieurs ecchymoses sous-conjonctivales à contours très nets.

La peau de la face, du cou, de la région des épaules, est rouge et piquetée par un fin pointillé hémorrhagique. Sur la région antérieure du cou, ce pointillé forme des stries perpendiculaires à l’axe du cou, séparées les unes des autres par des lignes plus pâles; sur la peau de la région postérieure du cou ces stries sont moins espacées et le pointillé plus abondant.

Sur la peau du cou, sur celle de la face, on ne distingue pas d’érosions, d’ecchymoses ou d’empreintes onguéales.

La peau du cou, disséquée et vue par transparence, n’est pas parcheminée.

La langue est appliquée contre la face postérieure des dents. Entre les lèvres on trouve du sable et des débris de terre.

Sous la peau de la région postérieure du dos, au niveau de l’épine de l’omoplate gauche, il y a une suffusion sanguine souscutanée mesurant 4 centimètres de diamètre.

Les muscles du cou, nolamment les sterno-mastoïdiens, ne sont pas déchirés, ne contiennent pas de suffusion sanguine.

Les veines jugulaires sont extrêmement gonflées et pleines de sang liquide.

Les artères carotides sont vides, leur membrane interne n’est pas déchirée, il n’y a pas de foyer sanguin dans leurs gaines.

Dans les autres régions du corps, notamment les bras, les jambes, les mains, on ne trouve ni sur la peau ni dans Je tissu cellulaire sous-cutané aucune trace de violence.

Le tissu cellulaire sous-épicranien est le siège de nombreuses ecchymoses punctiformes.

Les os du crâne ne sont pas fracturés. Les méninges sont très congestionnées ; au niveau de la circonvolution pariétale inférieure droite, la pie-mère contient une petite suffusion sanguine. Les méninges sont épaisses, mais se décortiquent bien.

Le cerveau et le bulbe ne sont le siège d’aucune lésion appréciable.

Les amygdales sont très volumineuses.

L’arrière-gorge, le larynx et la trachée sont remplis par un mucus spumeux, visqueux, un peu rosé. La muqueuse de la trachée est piquetée par un fin pointillé hémorrhagique.

La plèvre qui tapisse le poumon gauche n’est le siège d’aucune adhérence. Elle est lachelée de très nombreuses ecchymoses sous-pleurales à contours très nets. La plèvre droite est soudée à la plèvre pariétale par de nombreuses adhérences anciennes. Il n’y a pas de plaques d’emphysème sous-pleurai.

Au sommet du poumon gauche quelques cicatrices fibreuses anciennes.

Les poumons sont congestionnés à leur base. Les bronches sont remplies de mucus analogue à celui trouvé dans la trachée.

Quelques-uns des ganglions bronchiques sont calcifiés.

Le péricarde est vide. Il ne porte pas d’ecchymose sous-péricardique.

Le cœur est vide, il s’écoule quelques gouttes de sang liquide qui contiennent des bulles de gaz. Les valvules sont saines.

L’estomac contient 100 à loO grammes de matières alimentaires colorées par le vin et presque complètement digérées. On n’y distingue plus que quelques feuilles rde salade. Sa muqueuse est saine, piquetée par de petites plaques finement poinlillées en rouge.

L’intestin est sain. Le rectum contient des matières fécales consistantes.

La raie est volumineuse, un peu diffluente.

Le foie est congestionné, volumineux.

Les reins sont un peu atrophiés. Ils se décortiquent assez difficilement. La substance corticale est peu épaisse. Il n’y a pas de kystes.

Les testicules et leurs enveloppes sont sains.

Conclusions. — 1° Le cadavre de Jules S... présente les lésions que l’on rencontre dans la strangulation à la corde.

2° L'absence de sillon parcheminé sur le cou ne peut s’expliquer que si le lien qui a entouré le cou était large, tel qu’une cravate ou un cache-nez.

3° On ne trouve sur les diverses régions du cadavre qu’une seule trace de violence, celle qui double la peau de la région de l’omoplate gauche. Cette suffusion sanguine peut résulter d’un coup ou d’une chute. Rien n’indique que la mort ait été précédée d'une lutte.

IL Examen des inculpés. — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par M. Adolphe Guillot, juge d’instruction près le tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d’une ordonnance, en date du 7 juin 1882, ainsi conçue:

« Vu la procédure suivie contre C... et P..., inculpés d’assassinat sur la personne du sieur S...

« Commettons M. le Dr Brouardel, à l’effet d’examiner les deux inculpés à Mazas et de constater s’ils ne portent aucune trace de lutte. »

Serment préalablement prêté, ai procédé à ces deux examens le 41 juin 1882.

I. Examen du sieur C... — Le sieur Jules C..., âgé de vingt-trois ans, est grand et élancé. On constate sur le côlé gauche du cou la cicatrice blanchâtre d’une brûlure ancienne et sur la base latérale droite de la poitrine la trace d’un vésicatoire, qui lui aurait été placé il y a six mois environ, alors que le sieur C... aurait eu une pneumonie.

On ne constate actuellement sur le corps aucune violence, érosion, ecchymose, contusion, notamment sur la peau du cou, de la face et des mains.

La gorge est saine, le voile du palais affecte la forme d’une ogive. Les oreilles sont très développées et saillantes.

Les organes génitaux sont normalement développés, et l’on constate sur le gland et le fourreau de la verge la cicatrice d’un chancre, guéri depuis longtemps. Si l’on fait étendre les bras et écarter les doigts on ne constate pas de tremblement des mains.

IL Examen du sieur P... — Le sieur P..., âgé de trente-deux ans, est grand et vigoureux. Il présente à la main droite une fracture ancienne de la deuxième phalange du médius. La bouche et les oreilles présentent une conformation normale.

On ne constate pas actuellement de trace de violence sur les différentes parties du corps, notamment sur la peau de la face, du cou, des mains.

A la région inguinale gauche on constate la cicatrice d’un bubon et sur la cuisse droite, celles de gommes syphilitiques cicatrisées.

Le sieur P... n’a pas de tremblement des mains.

Conclusions. — 1° Les sieurs C... et P... ne présentent, actuellement, aucune violence, ecchymose, érosion, contusion, etc., sur les différentes parties du corps.

2° L’attentat du sieur S... remontant à trois semaines environ, des traces de violences légères auraient pu disparaître aujourd’hui si elles avaient existé.

3° Ils ne présentent aucun signe caractéristique d’alcoolisme chronique.

13. Strangulation au moyen d’un lien. Coups. — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par M. Martinet, substitut de M. le procureur de la République près le tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d’une ordonnance, en date du 6 août 1822, ainsi conçue :

« Vu les articles 32 et 43 du code d’instruction criminelle et le procès-verbal dressé le 7 août 1882, par M. le commissaire de police du quartier des Arts-et-Métiers, constatant l’envoi à la

Morgue du cadavre de la femme A..., née Pauline-Henriette M..., âgée de trente-huit ans.

« Commettons M. le Dr Brouardel, à l’effet de procéder à l’autopsie du cadavre, de rechercher les causes de la mort et de constater tous indices de crime ou délit. »

Serment préalablement prêté, ai procédé à cette autopsie le 9 août 1882.

Le cadavre est celui d’une femme paraissant vigoureuse, de taille moyenne, âgée de trente-huit ans environ. La putréfaction est assez avancée. Sur les différentes parties déclives du corps, on constate un certain nombre de sugillations cadavériques.

On constate de nombreuses traces de violences sur les différentes régions du corps.

Le cuir chevelu est presque entièrement décollé du tissu cellulaire sous-jacent. Il s’est formé ainsi une sorte de poche couvrant toute la tête, qui est remplie par du sang coagulé. Cette poche mesure 12 centimètres transversalement, elle s’étend en arrière jusqu’à la hase de l’occipital; au niveau de la fosse temporale gauche le caillot sanguin mesure 1 centimètre et demi d’épaisseur. A la région frontale la peau est complètement décollée jusqu’au bord des sourcils.

Sur la partie médiane du front, un peu au-dessus de la racine du nez, on constate un certain nombre d’érosions, parallèles, dirigées verticalement, comme si une surface rugueuse ou rude avait frotté avec énergie la peau du front. Ces érosions sont assez rapprochées les unes des autres et occupent un espace de 4 centimètres carrés environ. Sur les différentes parties de la face, se trouvent quelques érosions analogues aux précédentes et disséminées.

On ne constate pas d’ecchymoses sous-conjonctivales, mais les quatre paupières sont doublées par une suffusion sanguine épaisse de plusieurs millimètres.

A la racine du nez se trouve une petite plaque parcheminée.

Sur la branche droite du maxillaire inférieur se trouve une petite érosion de 8 à 9 millimètres paraissant résulter d’un coup d’ongle. Sur la branche inférieure gauche se trouve une vaste suffusion sanguine. Le maxillaire inférieur n’est pas fracturé.

Sur la partie antérieure du cou, un peu au-dessus de la région sternale, se trouvent deux plaques parcheminées mesurant, la plus grande 22 millimètres de diamètre et la plus petite 15 millimètres. Un peu au-dessus, au niveau du pli du col, se trouvent quelques petites érosions superficielles placées sur une ligne horizontale, au niveau du bord du col. On ne constate pas de suffusions sanguines sous les érosions du cou.

La langue est placée entre les arcades dentaires. La muqueuse labiale supérieure et inférieure présente quelques petites érosions.

Au niveau du petit pectoral droit se trouve une ecchymose avec une vaste suffusion sanguine s’étendant au-dessus et en arrière. Il en est de même à gauche au-dessus et au-dessous de la clavicule.

Le sein gauche présente une ecchymose (2 cent, carrés).

Sur la région latérale droite du thorax et la région postéroinférieure se trouvent de vastes ecchymoses avec suffusions sanguines.

Sur la fesse droite, ecchymose avec suffusion sanguine.

Vaste ecchymose avec suffusion sanguine au niveau du pli génito-crural gauche.

Vaste ecchymose à la face interne de la cuisse gauche.

Ecchymose avec suffusion sanguine à la jambe gauche et sur la tête du gros orteil gauche.

Les deux genoux présentent des plaques parcheminées ainsi que la partie externe du bras gauche.

Ecchymose avec suffusion sanguine du coude gauche.

Ecchymoses multiples avec suffusions sanguines sur la face antérieure du bras droit et la partie interne de l’avant-bras droit.

Plaque parcheminée avec petite suffusion sanguine sur l’olécrane droit.

Les sept premières côtes gauches sont fracturées, la ligne réunissant les fractures semble partir du bord du sternum et descendre obliquement jusque sous l’aisselle. Cette région est le siège d’une vaste suffusion sanguine et les fractures sont entourées de sang.

On ne constate pas de fracture du côté droit.

Les os du crâne ne sont pas fracturés. Le cerveau n’est pas congestionné et se décortique très bien. Le bulbe est un peu congestionné.

L’œsophage contient quelques matières de vomissements.

La trachée et les grosses bronches sont remplies de matières vomies. La trachée en est à peu près oblitérée.

Les poumons ne présentent ni adhérences pleurales, ni ecchymoses sous-pleurales ; ils sont très congestionnés et l’on ne constate pas de tubercules.

Le péricarde et le cœur sont complètement vides. Les valvules sont saines. On ne constate pas d’ecchymoses sous-péricardiques. La crosse de l’aorte présente une suffusion sanguine mesurant 3 ou 4 centimètres.

L’estomac contient environ 300 grammes de matières alimeni aires analogues à celles que nous avons trouvées dans la tra-

cliée el l’œsophage, el parmi lesquelles on distingue des choux, des haricots verts, des morceaux de couenne de lard dont quelques-uns mesurent 3 et 4 centimètres de longueur. On ne constate pas d’odeur très prononcée de vin, ni d’absinthe.

La foie présente dans son parenchyme quelques petits lobules blanchâtres.

La rate n’est pas diffluente et parait saine.

Les reins paraissent sains et se décortiquent très bien.

Sur le mésentère, on constate une suffusion sanguine et quelques ecchymoses sur les instestins.

L’utérus est sain.

Conclusions. — 4° La mort de la femme A... est le résultat d’une asphyxie causée par l’introduction, dans les voies respiratoires, de matières de vomissements qui ont bouché ces voies;

2° Cette femme présente sur les différentes parties du corps des violences multiples très intenses ;

3° Les côtes gauches sont fracturées. Ces fractures, qui siègent sur une ligne à peu près verticale, peuvent être le résultat d'une forte pression exercée sur la partie gauche de la poitrine, avec un genou, par exemple, ou de coups portés par un corps contondant à large surface tel quel le pied;

4° Les ecchymoses et érosions constatées sur la face antérieure du cou paraissent résulter d’une pression exercée par un lien étreignant vigoureusement le cou, tel qu’une cravate ou un mouchoir, ou toute autre pièce de linge analogue;

5° Cette pression empêchait les matières de vomissements de suivre leur cours, et par suite ces matières ont reflué dans les voies respiratoires et amené consécutivement l’asphyxie;

6° Le vaste décollement du cuir chevelu, les érosions superficielles et parallèles de la peau du front, doivent faire admettre que les coups portés sur la tête l’ont été à l’aide d’un corps contondant à large surface, tel que le pied chaussé d’un bas ou d’une pantoufle, glissant en entraînant la peau et la détachant de ses connexions profondes;

7° Les ecchymoses et suffusions sanguines qui siègent sur les autres parties du corps sont le résultat de coups portés avec un objet contondant, dont les arêtes étaient peu vives, tel que le pied nu ou recouvert d’une chaussure molle.

14. Strangulation à la corde. — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par ordonnance de M. Desjardins, substitut de M. le procureur de la République, à l’effet de procéder à l’autopsie du cadavre de la fille M..., serment préalablement prêté, ai procédé

le 28 mai 1878, à celle aulopsie et ai fait les constatations suivantes :

Le cadavre de la fille M... est encore revêtu des habillements qui le couvraient lorsque nous l’avons vu la veille dans la chambre que cette fille habitait, rue du Faubourg-Saint-Martin.

Elle est déshabillée en notre présence, on enlève successivement un jupon qui n’était pas fixé autour du corps, un corset, un pantalon, des bas ; quelques-uns de ces vêtements sont maculés par des taches dont la nature reste à déterminer.

Le cadavre est celui d’une fille encore jeune, âgée de vingtcinq ans environ, un peu maigre. Le corps est dans un état de putréfaction gazeuse assez avancé, la partie supérieure et antérieure du thorax, la face, le haut des bras, les cuisses, le basventre ont une couleur brun verdâtre, et laissent apercevoir les troncs veineux superficiels dont les gros réseaux sont nettement dessinés.

Le bas-ventre, les reins et le haut des cuisses sont couverts de phlyctènes remplies d’une sérosité brunâtre. Les globes oculaires sont flasques et flétris, les extrémités des doigts noirâtres et desséchées. Les seins et le bas-ventre ne présentent pas de vergetures.

La face est souillée par une sérosité muco-sanguinolente qui coule par les fosses nasales et la bouche. La langue est fortement serrée entre les dents.

Examen de la face et du cou. — A la face. — Sur la ligne médiane du menton, à 1 centimètre du bord libre de la lèvre inférieure, on voit une plaque d’un centimètre carré environ, légèrement parcheminée. Sur une ligne allant de l’extrémité gauche de la bouche à l’angle du maxillaire inférieur, à o centimètres de la ligne médiane, se trouvent des empreintes multiples, un peu parcheminées, sur lesquelles l’épiderme est en partie détaché. A droite à 1 centimètre de la commissure labiale sur une ligne qui prolongerait la fente de la bouche, il existe une empreinte analogue un peu plus large. L’apparence et la disposition de ces taches parcheminées font penser qu’elles ont pu être faites par l’application sur la bouche des doigts d’une main étrangère.

A la région cervicale. — On voit un sillon blanchâtre, faisant le tour du cou, il est légèrement ascendant de haut en bas et d’avant en arrière ; le sillon est placé un peu au-dessus du larynx. Il est unique, a 3 à 4 millimètres de largeur, dans toute son étendue, excepté en un point placé au niveau du bord antérieur du sterno-masloïdien gauche. En ce point se trouve une plaque parcheminée ayant environ 2 centimètres dans tous les sens.

Celle empreinte correspond à la place qu’occupait le nœud du cordon que nous avons détaché la veille.

Par la dissection on constate que sous les empreintes parcheminées de la face, il existe un peu de sang extravasé dans le tissu cellulaire sous-cutané, mais que sous le sillon du cou, il n’en existe pas. Examinée par transmission de la lumière, on constate que la peau, au niveau des empreintes de la face et du cou, a la transparence de la corne.

Les parties placées au-dessus du sillon sont beaucoup plus congestionnées que celles qui se trouvent au-dessous. Sous le sillon, le tissu cellulaire et les muscles sont pâles; dans le tissu cellulaire intermusculaire et dans les muscles, il n’y a pas d’épanchement sanguin.

Les membres supérieurs offrent des suffusions sanguines en plusieurs points. A la partie antérieure de l’avant-bras gauche, et au niveau de l’épitrochlée, on note un petit épanchement de sang; sur Je même bras, sur le bord interne du biceps, on voit une vaste suffusion sanguine qui va jusqu’à l’insertion du brachial antérieur sur l’humérus. La main gauche présente une luxation ancienne du pouce.

Sur le bras droit existent des suffusions sanguines analogues, au niveau du bord interne du biceps et de son bord externe.

Les mains et les ongles ne présentent rien de notable, ni écorchure, ni cheveux.

Sur le tronc, le dos et les membres inférieurs, on ne trouve pas de tache ou de suffusion sanguine.

Quelques-Unes de ces suffusions sanguines siègent dans des parties déjà putréfiées, leur valeur serait donc contestable, mais nous ferons remarquer qu’au tronc, aux cuisses, parties également putréfiées, on ne trouve rien d’analogue et que les suffusions sanguines de la partie antérieure de l’avaul-bras et de l’épitrochlée siègent dans un tissu cellulaire qui a conservé ses apparences normales.

La peau du crâne après section des cheveux ne laisse apercevoir aucune écorchure.

En incisant la peau du crâne, on trouve plusieurs épanchements sanguins bien nettement circonscrits. L’un d’eux occupe la fosse temporale gauche, il a 6 à 7 centimètres en tous sens, il infiltre les fibres du muscle temporal ; par comparaison on constate que rien de semblable n’existe dans le muscle temporal droit, et cependant le cadavre a séjourné, depuis la mort, sur le côté droit dj la tête. Si la déclivité avait pu amener une infiltration sanguine, celle-ci siégerait donc à droite et non à gauche.

En arrière et au-dessus de ce premier foyer sanguin, au niveau de la bosse pariétale gauche, on en trouve un second ayant des dimensions analogues, s’étendant jusque sur l'occipital; il a un demi-centimètre d’épaisseur, il est nettement séparé du précédent par une zone de tissus non colorés. Sur la bosse pariétale droite (du côté sur lequel se faisait le décubitus), il n’y a pas de coloration sanguine.

Enfin, on trouve encore deux bosses sanguines plus petites, siégeant l’une sur le bord orbitaire gauche, l’autre sur la racine des os propres du nez.

Examen des parties profondes. — Les os du crâne ne sont pas fracturés, les méninges sont saines. On distingue encore les diverses parties de l’encéphale, bien qu’elles soient fortement imbibées par la transsudation de la matière colorante du sang. Le troisième et le quatrième ventricules sont intacts.

L’os hyoïde et les cartilages du larynx ne sont pas fracturés. Les plèvres contiennent une certaine quantité de liquide teinté par le sang dont la matière colorante a transsudé.

Dans le sommet du lobe inférieur du poumon gauche on trouve un noyau apoplectique gros comme une noix. Les fragments projetés dans l’eau vont au fond du vase. Les poumons sont fortement congestionnés, ils sont trop colorés pour qu'on puisse découvrir des ecchymoses sous-pleurales, s’il en a existé.

Le cœur droit et le cœur gauche ne contiennent ni caillots, ni sang liquide.

L’estomac est vide. Le foie, les reins paraissent sains.

Le rectum contient quelques matières fécales, l’anus est largement béant, frangé par quelques saillies hémorrhoïdaires.

De la vulve et du vagin s’écoule de la sérosité sanguinolente. La desquamation, suite de la putréfaction, est trop avancée pour que l’on puisse constater la présence de lésions blennorrhagiques ou syphilitiques s’il en existait pendant la vie.

Le col de l’utérus est ouvert transversalement, court comme s’il y avait eu une ou plusieurs grossesses anciennes.

Conclusions. — 1° La mort de la fille M... est le résultat de la strangulation et de la suffocation.

2° Le lien constricteur a été placé autour du cou, pendant que la fille M... était encore vivante, ainsi que le prouvent : 1° la congestion des parties supérieures au sillon, plus grande que celle des parties inférieures; 2° le foyer apoplectique trouvé dans le poumon gauche.

3° Le cadavre porte des lésions consécutives à des violences exercées pendant la vie.

4° Les bosses sanguines qui siègent sur le côté gauche du crâne dans la fosse temporale et sur la bosse pariétale, sont dues à deux coups portés violemment avec un instrument contondant ou avec le poing. Leurs caractères prouvent que ces violences ont été subies pendant la vie. Ces coups n’ont pas déterminé la mort, mais ils ont certainement produit un ébranlement cérébral avec trouble intellectuel plus ou moins court.

5° Les sutfusions sanguines notées dans le tissu cellulaire des bras peuvent avoir été faites par la pression d’une main énergique.

6° Les empreintes parcheminées qui entourent la bouche semblent résulter de l’application énergique de l’extrémité des doigts.

7° L’existence de ces diverses lésions écarte absolument l’hypothèse d’un suicide.

8° La mort parait remonter à cinq jours environ.

15. Strangulation par un lien. — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par M. Ditte, substitut de M. le procureur de la République près Je tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d’une ordonnance, en date du 28 juin 1886, ainsi conçue :

« Vu les articles 32 et 43 du code d’instruction criminelle et le procès-verbal dressé le 27 juin 1886 par M. le commissaire de police de Saint-Ouen constatant le transport à la Morgue du cadavre de la nommée D... (Rachel), âgée de trente-deux ans.

« Commettons M. le Dr Brouardel, à l’effet de procéder à l’autopsie du cadavre, de rechercher les causes de la mort, et de constater tous indices de crime ou délit. »

Serment préalablement prêté, ai procédé à celle autopsie le 30 juin 1886.

Le cadavre est celui d’une femme de taille moyenne, âgée de trente-deux ans environ, et paraissant assez vigoureuse. Dans toute la moitié supérieure du corps la putréfaction est extrêmement avancée.

On constate sur ce cadavre les traces de violences suivantes : Sur le cou se trouve, à la face antérieure, un sillon légèrement ecchymotique, ayant 5 à 6 millimètres de hauteur, obliquement dirigé de gauche à droite et de bas en haut. Ce sillon se continue sur la face postérieure du cou, mais à ce niveau il est bien moins apparent. Dans le tissu cellulaire sous-jacent à ce sillon on ne constate pas de suffusion sanguine et la peau de cette région, examinée par transparence, n’est pas très parcheminée ; elle est cependant un peu transparente.

Un peu au-dessous de ce sillon et sur la ligne médiane se trouve

une petite plaque noirâtre, mesurant 3 centimètres de diamètre; cette plaque parcheminée est doublée d’une suffusion sanguine.

Un peu à gauche de cette plaque se trouve une autre petite plaque ecchymotique.

Au niveau du bord antérieur du muscle sterno-cléido-mastoïdien droit se trouve une petite plaque parcheminée d’apparence ecchymotique.

Un peu au-dessus du sillon et à gauche, on trouve une autre petite plaque allongée également d’apparence ecchymotique.

Sur la peau qui recouvre le muscle sterno-cléido-mastoïdien gauche se trouvent trois lignes irrégulières, parallèles au sillon et légèrement ponctuées.

Sur la partie antérieure de l’épaule gauche se trouve une plaque parcheminée de 2 centimètres de diamètre, sans suffusion sanguine dans le tissu cellulaire sous-jacent.

Sur le menton on constate une petite ecchymose avec froissement de l’épiderme, mais ne dépassant pas le derme. Un peu audessous du menton se trouve une petite plaque parcheminée ecchymotique.

Sur le globe oculaire droit se trouve une ecchymose sous-conjonctivale. A la partie postérieure du corps, un peu au-dessous de la pointe de l’omoplate droite, se trouve une ecchymose doublée d’une suffusion sanguine.

Sur les épaules on ne constate pas la présence d’un piqueté hémorrhagique.

Il n’y a pas de traces de violences sur les autres parties du corps, à l’exception d’une petite ecchymose de 1 centimètre de diamètre environ siégeant à la partie moyenne de la jambe droite.

Il n’y a pas d’épanchement sanguin sous le cuir chevelu. Les os du crâne ne sont pas fracturés. Le cerveau n’est pas très congestionné, il se décortique facilement et ne présente, ainsi que le bulbe et le cervelet, aucune lésion, ni tumeur.

Il n’y a pas d’ecchymose rétro-pharyngienne.

La trachée présente une coloration uniforme rouge vineux ; elle est saine.

Les parties molles qui recouvrent les cartilages aryténoïdes sont très putréfiées.

Il existe de nombreuses adhérences pleurales des deux côtés de la poitrine. 11 n’y a pas d’ecchymoses sous-pleurales sur les poumons ; ceux-ci ne contiennent pas de tubercules et sont très congestionnés. Les poumons sont putréfiés, les bronches ne contiennent pas de spume bronchique.

Il n’y a pas d’ecchymoses sous-péricardiques. Les cavités du

cœur sont absolument vides ; elles ne contiennent ni sang liquide ni caillot. Les valvules sont saines.

Le foie est très congestionné. Ses fragments nagent dans l’eau.

L’estomac contient quelques grammes de liquide couleur lie de vin, au milieu duquel se trouvent quelques fragments de pommes de terre.

La rate est saine et n’est pas diffluente.

Les reins sont sains et se décortiquent facilement.

Les intestins paraissent sains.

L’utérus est petit, mais paraît sain.

L’examen microscopique des mucosités qui ont été recueillies à t’entrée du vagin, et de celles provenant du raclage de la muqueuse vaginale ne nous a pas permis de constater une seule fois la présence de spermatozoïdes, ou de fragments, tête et queue.

Conclusions. — 1° La mort de cette femme est le résultat d’une asphyxie par strangulation.

2° Cette strangulation paraît avoir été faite avec un lien un peu large, tel qu’une courroie, une ceinture, etc.

3° L’absence de traces de violences sur les différentes parties du corps, autre que le cou, permet de supposer que la mort n’a été précédée d’aucune lutte.

11 faut noter que la putréfaction ne nous aurait pas permis de reconnaître des lésions très superficielles.

4° L’absence de spermatozoïdes dans les mucosités qui ont été recueillies à l’entrée du vagin ne nous permet pas de conclure qu’il y ait eu un rapprochement sexuel peu de temps avant ou après la mort.

16. Tentative de strangulation. Ecchymoses des bras. — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par M. Adolphe Guiltot, juge d’instruction près le tribunal de première instance du département delà Seine, en vertu d’une ordonnance, en date du 5 janvier 1884, ainsi conçue :

« Vu la procédure contre P..., inculpé de tenlativede meurtre, etc.

« Commettons M. le Dr Brouardel à l’effet de visiter la nommée M... (Fanny), demeurant rue Bisson, de constater notamment si elle ne porte pas des traces d’une tentative de strangulation. »

Serment préalablement prêté, ai procédé à l’examen de la nommée M... (Fanny), le 11 janvier 1884.

La nommée M... (Fanny), âgée de quarante et un ans, est d’une taille moyenne et paraît assez vigoureuse. Elle aurait eu une bronchite il y a très longtemps; elle est sujette au retour fréquent d’un catarrhe pulmonaire, et elle a une aphonie ancienne qu’elle

attribue à sa profession (marchande des quatre saisons). La tentative de strangulation dont elle aurait été victime remonterait au 1er janvier 1884. Celte femme nous raconte que l’accusé l'aurait prise par le cou avec la main et l’aurait renversée à terre. Une fois tombée elle aurait perdu connaissance pendant environ deux heures, et lorsqu’elle serait revenue à elle, elle se trouvait sur son lit. Pendant les quelques jours qui suivirent cette tentative elle aurait éprouvé de la gêne dans l'acte de la déglutition.

Actuellement, l’épiderme de la peau de la partie antérieure du cou, à sa partie moyenne, est frisé, comme éraillé sur une hauteur de 2 centimètres environ, ainsi que cela s’observe lorsque la peau a été froissée par un frottement un peu rude. La pression du corps thyroïde est douloureuse. A l’examen de la gorge on ne constate pas d’ecchymose visible sur le fond du pharynx. Tout autour du cou on ne constate pas d’érosion ou d’égratignure, ni de coups d’ongles.

Sur les deux bras, à leur partie moyenne et externe, on constate une forte ecchymose ; celle du bras gauche mesure environ 6 centimètres de diamètre et celle du bras droit 10 centimètres de hauteur sur 6 de largeur. A la face interne du bras il n’existe pas d’ecchymose.

La voix est enrouée et à l'auscultation de la poitrine on constate de l’emphysème des deux côtés.

Sur le lobule droit du nez il existe une petite égratignure longue de 6 à 7 millimètres, analogue à celle que laisse un coup d’ongle ou un coup de griffe.

Conclusions. — 1° La nommée M... (Fanny) porte sur le cou les traces d’une érosion, pouvant avoir été faite avec un corps dur, un lien assez large, telle qu’une sangle.

2° Elle porte sur les bras des traces de violences paraissant résulter de pressions énergiques.

3° L’incapacité de travail a eu une durée très courte, on peut l’estimer à un ou deux jours au plus ; toutefois la nommée M... (Fanny) éprouve encore un peu de douleur à la pression du cou ; cette douleur disparaîtra dans un temps rapproché.

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