Assassinat. Strangulation à la main. Plaies de tête
Je soussigné, Paul Brouardel, commis par M. Adolphe Gu illot , juge d’instruction, en vertu d’une ordonnance, en date du 7 janvier 1890, ainsi conçue :
« Vu la procédure suivie contre X..., inculpé d’assassinat.
« Attendu que le nommé G..., brocanteur, paraissant âgé de cinquante-cinq ans, a été trouvé mort dans sa boutique, rue Julien- Lacroix, le mardi 7 janvier courant.
« Attendu qu’il était étendu au pied d’un petit escalier, sur le dos, le derrière de la tête reposant sur une marche, sur laquelle le sang avait jailli.
u Attendu qu’il portait à la tête des blessures paraissant faites avec une hachette et au cou d’assez larges ecchymoses.
« Commettons M. le Dr Brouardel, à l’effet de procéder à l’autopsie du cadavre, et de déterminer autant que possible :
« 1° La nature de l’arme ayant servi à causer les blessures.
« 2° La position que devait probablement occuper la victime par rapport à son agresseur.
« (D’après l’examen des lieux, on peut supposer que G... a été frappé au moment où, un flambeau à la main, il descendait les marches séparant son arrière-boutique de sa boutique.)
« 3° La digestion était-elle achevée?
« (G... mangeait vers midi, il prenait un second repas à 8 heures du soir, on suppose qu’il a pu être tué entre 7 heures et demie et 8 heures, avant son repas; peut-être avait-il bu avant sa mort; un verre contenant du vin a été trouvé sur une table.) »
Serment préalablement prêté, ai procédé à l’autopsie du cadavre de G... le 8 janvier 1890.
Le cadavre est encore recouvert de ses vêtements. La chemise est déchirée au niveau de la partie inférieure du plastron. Elle laisse voir le gilet de flanelle. Il manque le bouton supérieur du caleçon et un des boutons de la veste, mais ils semblent être tombés depuis longtemps et ne pas avoir été violemment arrachés. Les autres boutons et les boutonnières sont intacts. Aucun des vêtements n’est déchiré.
Le plastron de la chemise et un foulard violet placé derrière le cou sont tachés de sang.
La première phalange du médius gauche porte un anneau dit alliance, en or.
Les lésions que l’examen et l’autopsie du cadavre font découvrir sont réparties sur diverses régions, elles peuvent être classées en :
1° Lésions du cou ;
2° Lésions de la face, du cuir chevelu, du crâne et de l’encéphale ;
3° Lésions des diverses régions, membres et tronc;
4° Lésions des viscères.
I. Lésions du cou. — Sur la partie latérale droite, au-dessous de l’angle de la mâchoire inférieure, on voit une ecchymose cutanée ayant 2 centimètres et demi de diamètre. Au centre se trouve
une érosion laissant à nu le derme; sur la partie interne et inférieure, l’épiderme qui recouvrait la surface de l’érosion est roulée et forme un petit bourrelet. La surface du derme porte une empreinte irrégulière de 4 centimètre et demi pouvant avoir été faite par l’ongle d’un pouce fortement appliqué en ce point. La partie profonde du derme est doublée par une suffusion sanguine assez épaisse, infiltrée dans le tissu cellulaire sous-cutané.
Sur la partie latérale gauche du cou, dans un espace compris entre le bord du maxillaire inférieur et une ligne passant par la partie supérieure du larynx, on voit une série d’empreintes, les unes horizontales, les autres un peu obliques ou verticales. Ces empreintes sont au nombre de onze, sur un espace qui a 4 centimètres de hauteur et 8 de largeur. Quelques-unes de ces empreintes qui, ressemblent à des traînées faites par des ongles, ont 17 millimètres de longueur. La peau est légèrement érodée, l’épiderme n’est pas enlevé, mais froissé. Le tissu cellulaire souscutané contient de petites suffusions sanguines, sous quelquesunes de ces traînées; une de ces suffusions placée au-dessous de la glande sous-maxillaire a 1 centimètre et demi de diamètre environ.
En plaçant le pouce au niveau de l’empreinte droite, les ongles de la main arrivent facilement sur les empreintes placées à gauche.
En avant du cartilage thyroïde (pomme d’Adam), on trouve une suffusion sanguine très nette. Au niveau du cricoïde, un petit ganglion tuberculeux ancien.
La suffusion sanguine de l’angle droit de la mâchoire pénètre jusqu’au pharynx. Celui-ci contient un peu de sang. En arrière du pharynx, dans le tissu cellulaire prévertébral, on voit une ecchymose de 3 centimètres sur o,' témoignant de la violence avec laquelle le larynx a été appliqué sur la colonne vertébrale.
Les cartilages du larynx et l’os hyoïde ne sont pas fracturés.
TI. Lisions de la face , du cuir chevelu , du crâne et de l'encéphale. — Au niveau de l’os malaire droit, la peau présente une petite plaque parcheminée, non ecchymotique.
La conjonctive de l’œil gauche présente une ecchymose se continuant par une suffusion sanguine jusqu’au niveau du cul-de-sac supérieur. Dans la paupière supérieure on trouve une suffusion sanguine assez épaisse. Les paupières de l’œil droit ne contiennent rien de semblable.
La langue est prise entre les dents et conserve leur empreinte.
Le cuir chevelu porte des cheveux assez fournis et assez longs (7 à 8 centim.). Il ne semble pas qu’il y ait trace d’arrachements notables. II présente à droite, au niveau des régions pariétale, tempo- P. Brouardel. — La Pendaison. 19
raleetoccipitale,huitplaies ayanltoutesàpeuprès lesmêmes caractères. En allant d’avant en arrière et de haut en bas, on trouve une première plaie linéaire légèrement concave, la concavité dirigée en haut et en avant, elle mesure 4 centimètres, ses bords sont décollés sur un espace de 3 centimètres; une deuxième plaie presque parallèle à la précédente, séparée d’elle par un pont de peau complètement décollé, ce pont a 2 centimètres, la plaie mesure 5 centimètres et demi; une troisième plaie en arrière de celle-ci, également concave, ses bords sont plus nettement mâchés que ceux des précédentes, le lambeau inférieur n’est pas décollé, le lambeau supérieur présente un décollement de 1 centimètre; une quatrième plaie siégeant plus bas et plus en arrière, au niveau du pariétal et de l’occipital. Celte plaie est plus étendue, elle résulte de la réunion des deux plaies qui ont circonscrit un lambeau de peau qui a disparu. Ces diverses plaies ainsi que cette dernière, n’ont pas mis les os du crâne à nu.
Une cinquième plaie au-dessous de la précédente mesure 2 centimètres, elle a les mêmes caractères.
Une sixième plaie en avant de la quatrième, formée par la réunion des deux plaies; elle est verticale, mesure 2 centimètres, un des lambeaux présente un décollement de 3 centimètres.
Une septième plaie, presque verticale, siégeant sur l’apophyse mastoïde, mesurant 3 centimètres et demi.
Enfin une huilième plaie, mesurant 2 centimètres, intéressant la peau de la partie postérieure de la conque du pavillon de l’oreille droite, elle n’a pas pénélré dans le cartilage, ni dans la peau de la surface externe. Ses lambeaux ne sont pas décollés.
En enlevant le cuir chevelu, on constate que tout le tissu cellulaire qui le double est envahi par une suffusion sanguine assez épaisse.
Les fibres musculaires du muscle temporal sont broyées et infiltrées de sang.
Les os pariétal et occipital ne sont pas fracturés. Au niveau des plaies le périoste est intact. L’instrument vulnérant n’a en aucun point intéressé le périoste ni la surface de l’os.
La portion écailleuse du temporal au-dessus de son union avec la portion pierreuse est fracturée. Un fragment osseux est détaché. Il est irrégulièrement arrondi et mesure 2 centimètres pour la tablette externe, 1 centimètre pour la tablette interne. De ce point part une ligne de fracture qui divise le rocher et aboutit au trou déchiré antérieur. Le conduit auditif est rempli de sang coagulé.
La cavité de l’arachnoïde des deux côtés, mais surtout du côté droit, est remplie par une couche de sang coagulé. La pie-mère
présente en différents points des suffusions sanguines épaisses, plus abondantes à droite, mais nombreuses des deux côtés. A droite, au niveau de la fracture, sur la frontale descendante droite, la substance grise présente un piqueté hémorrhagique très net (contusion cérébrale).
La tente du cervelet est également couverte de sang des deux côtés.
La substance cérébrale et les parois des ventricules ne présentent pas de lésion.
III. Lésions des diverses régions, membres et tronc. — Main droite. — Les ongles sont courts, usés, ils ne sont pas brisés. Il n’y a pas de corps étranger, de cheveux sous les ongles. Sur le dos de la main, il n’y a pas de lésion. Sur le dos de la première phalange de l’index, on voit groupés trois petits points ayant chacun 2 millimètres environ, formés par une petite suffusion sanguine qui occupe l’épaisseur du derme. Sur la deuxième phalange du médius, il y a une petite érosion superficielle, il en est de même sur la deuxième phalange du petit doigt. Sur la peau et à l’intérieur de la main, il n’y a pas de lésion.
La main gauche ne porte ni ecchymose, ni plaie, ni érosion.
En arrière du coude droit, au-dessus et en arrière de la tète de l’olécrane, on voit une plaque parcheminée se prolongeant jusqu’au niveau de l’épicondyle. A ce niveau, la peau est doublée par une suffusion sanguine assez épaisse. Au niveau de la trochlée et de l’épitrochlée, il y a deux suffusions sanguines sous-cutanées séparées de la précédente et séparées entre elles.
Au niveau du coude droit pas de lésion.
Pas de traces de violence sur les bras ni sur les membres inférieurs.
Le tissu cellulaire et les muscles de l’épaule gauche sont infiltrés de sang. Celte suffusion sanguine se prolonge tout le long de l’épine de l’omoplate. Le peau qui recouvre la région ne présente pas d’altération.
IV. Examen des viscères. — Les os du thorax, les côtes, ne sont pas fracturés. La trachée-artère et les premières bronches contiennent un liquide brunâtre, épais, dans lequel on distingue quelques parcelles alimentaires. Il n’y a pas d’ecchymoses sous-pleurales ni sous-péricardiques. Les poumons sont sains.
Le cœur est sain, il est vide, ne contient pas de caillots.
L’estomac est petit, presque vide, il contient à peine 6 centimètres cubes d’un liquide épais, brunâtre, analogue à celui qui se trouve dans la trachée et les bronches.
Les intestins, le foie, les reins ne présentent aucune lésion.
Conclusions. — i° La mort de G... a été déterminée par une strangulation pratiquée à la main. Le fait est démontré par les traces onguéales décrites à la région du cou, l’ecchymose prévertébrale, la présence de débris alimentaires dans la trachée et les bronches.
2° Le cadavre porte en outre des traces de violence de deux ordres. Les unes, les plus graves, sont groupées dans la partie droite de la tête. On y constate huit plaies, une fracture du crâne, avec hémorrhagie méningée. Ces dernières lésions auraient probablement déterminé la mort, mais dans un laps de temps un peu long, quelques heures au moins, quelques jours au plus.
Les autres lésions, celles du coude, de l’épaule gauche, résultent d’une chute violente sur la région postérieure du corps.
3° Les plaies du cuir chevelu n’ont pas été faites avec un instrument tranchant, tel qu’un couteau ou une hachette. Le décollement des bords des plaies, la non-pénétration jusqu’à la surface des os, prouvent que la peau a éclaté entre un instrument, contondant et les os du crâne. Cet instrument peut avoir été une grosse canne, un marteau un peu massif à arêtes mousses. Ces plaies peuvent encore avoir été produites par le choc de la tête frappant à coups répétés sur une arête vive telle qu’une marche d’escalier.
4° Rien n’indique que la mort ait été précédée d’une lutte.
5° Les empreintes laissées par la main qui a pratiqué la strangulation semblent démontrer que l’agresseur de G... était placé en avant de lui, et qu’il l’a étranglé avec la main droite.
6° La digestion était complètement terminée, G... n’avait certainement pas mangé depuis trois ou quatre heures au moins.
7° 11 est impossible de dire si peu de temps avant de mourir G... a ingéré du vin.
18. Assassinat. Strangulation à la main. — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par M. Léon Wendling, juge d’instruction près le tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d’une ordonnance, en date du 3 novembre 1886, ainsi conçue :
« Yu la procédure commencée contre X... inculpé d’homicide volontaire et vol.
« Attendu la nécessité de constater judiciairement l’état où se trouve en ce moment le cadavre de la femme L... ayant demeuré rue Saint-Jacques, actuellement à la Morgue.
« Ordonnons qu’il y sera procédé par M. Brouardel, docteur en médecine, lequel après avoir reconnu l’état où se trouve ledit cadavre, et en avoir opéré l’autopsie, s’expliquera sur les causes de la mort. «
Serment préalablement prêté, ai procédé à cette autopsie le 20 novembre 1886.
1° Autopsie de la femme L... (fîg. 37,38,39). — Le cadavre est celui d’une femme de taille assez grande (lm,60) et paraissant vigoureuse.
Ce cadavre porte sur différentes parties du corps les traces de violences suivantes :
Face. — a) Sur la bosse frontale droite une petite ecchymose de
1 centimètre et demi de diamètre, doublée par une suffusion sanguine de 3 centimètres.
b) A la partie externe de la paupière supérieure droite une ecchymose doublée d’une suffusion sanguine de 8 à 9 millimètres de large.
c) L’œil droit est le siège d’une ecchymose sous-conjonctivale occupant la moitié externe et inférieure.
d) La joue droite est mouchetée par une trentaine de petites érosions punctiformes paraissant résulter du frottement de cette région sur du sable et par suite de l’incrustation dans la peau de quelques petites. graviers.
e ) Il n’y a aucune trace de violences surlabosse frontale gauche ainsi que sur les paupières de l’œil gauche, mais on voit une petite ecchymose sous-conjonctivale dans le cul-de-sac inférieur gauche.
f ) Au niveau de l’apophyse malaire gauche (os de la pommette) se trouve une ecchymose doublée d’une suffusion sanguine de
2 centimètres de diamètre.
g) Entre l’apophyse malaire et la commissure labiale gauche, il y a une petite plaque ecchymotique, de 3 centimètres de longueur, sans suffusion sanguine sous-jacente.
h) Sur la peau de la joue gauche on trouve une dizaine de petites érosions punctiformes, analogues à celles constatées sur la joue droite.
i ) Au niveau de la pointe du nez la peau porte une petite ecchymose doublée d’une suffusion sanguine.
j) Sur toute la région mentonnière se trouve un certain nombre de petites érosions punctiformes analogues aux précédentes.
k) Sur le bord inférieur et gauche du maxillaire inférieur se trouve une ecchymose transversale de 3 centimètres de longueur, non doublée d’une suffusion sanguine.
Les oreilles droite et gauche ne portent aucune érosion.
Cou. — La peau des régions sus-hyoïdienne et laryngée présente un grand nombre d’empreintes de coups d’ongles, plus nombreux à gauche qu’à droite. Du côté gauche, ces érosions forment deux groupes principaux : 1° l’un se trouve au niveau du
larynx, formé par une plaque parcheminée constituée par Ja réunion de quatre ou cinq érosions onguéales, dont deux sont très nettes, curvilignes, à concavité supérieure. — 2° Le deuxième groupe, qui est situé au-dessus du précédent, est formé par la réunion de dix-huit érosions onguéales, un peu plus espacées que les précédentes ; la plus grande de ces érosions, qui est en dehors, est presque rectiligne et mesure 2 centimètres de longueur; une autre, située plus en dedans de la précédente, mesure 1 centimètre; les autres sont beaucoup plus petites.
Du côté droit, au niveau du pli formé par la réunion du menton et du cou, se trouvent une douzaine d’érosions onguéales.
En dehors de ces érosions il s’en trouve quelques-unes disséminées sur la face antérieure du cou.
Au niveau de toutes ces érosions la peau est ecchymotique, mais il n’y a pas de suffusion sanguine dans le tissu cellulaire sousjacent.
Épaules. — Sur le sommet des épaulés et un peu en arrière se trouve une ecchymose doublée d’une suffusion sanguine.
Un peu au-dessous de la clavicule gauche il y a une ecchymose de 4 centimètres de diamètre, doublée d’une suffusion sanguine très prononcée.
Un peu au-dessus et plus en dehors de la précédente on trouve une autre petite ecchymose.
Membre supérieur droit . — Sur la région externe du bras se trouve une vaste plaque ecchymotique de il centimètres de hauteur sur 8 de largeur, irrégulière, doublée par une suffusion sanguine plus marquée en quatre points. Celle ecchymose parait résulter d’une pression énergique exercée avec la main.
Avant-bras. — Sur le bord cubital, à l’union du tiers supérieur avec le tiers moyen, se trouve une ecchymose de 4 centimètres, avec suffusion sanguine.
Au niveau du pli du coude et en dehors, une plaque parcheminée de 3 centimètres sans suffusion sanguine dans le tissu cellulaire sous-jacent.
Éoignet. — Un peu au-dessusdes apophyses styloïdes du cubitus et du radius, trois petites ecchymoses arrondies de 1 centimètre de diamètre, doublées d’une suffusion sanguine.
Main. — Sur celle main, et sur la face dorsale, huit ecchymoses disséminées. De ces ecchymoses deux sont assez grandes et mesurent 4 et 3 centimètres dans leur plus grand diamètre; les autres sont plus petites. Toutes ces ecchymoses sont doublées par une suffusion sanguine assez épaisse.
Sur la face dorsale de la première phalange de l’index, petite
déchirure de la peau, de 2 à 3 millimètres de diamètre; la peau est seule ecchymotique.
A la région externe de la phalangette du troisième doigt on constate une section de la peau, à concavité supérieure et suffusion sanguine sous-cutanée.
Sur le bord interne de la deuxième phalange du même doigt se trouve une petite érosion analogue, mais n’intéressant pas toute l'épaisseur de la peau.
Membre supérieur gauche. — Bras. — Au niveau de l’insertion du deltoïde, trois petites suffusions sanguines.
Coude. — Au niveau du condyle, petite ecchymose de 3 centimètres de diamètre, doublée d’une suffusion sanguine sous-jacente.
Une petite ecchymose siège au niveau de l’épitrochlée.
Un peu au-dessous de l’épitrochlée se trouve une petite plaque parcheminée.
Poignet, — Sur la face postérieure, petite érosion, ecchymolique, de forme onguéale, sans suffusion sanguine sous-jacente.
Un peu au-dessous se trouve une petite érosion punctiforme analogue à celles constatées sur la face et paraissant provenir de l’incrustation de grains de sable.
Sur l’apophyse slyloïde du cubitus se trouve une petite ecchymose doublée d’une suffusion sanguine sous-jacente.
Main. — Sur la face dorsale, deux érosions, une siégeant au niveau de la tête du cinquième métacarpien, l’autre au niveau de la tête du troisième. Ces deux érosions sont réunies par un grand nombre de petites ecchymoses presque fondues entre elles et mesurant au niveau des têtes des métacarpiens 5 centimètres transversalement sur 5 centimètres de hauteur. Le tissu cellulaire ne présente pas de suffusions sanguines. On ne constate aucune lésion au niveau des doigts. Les ongles ne sont pas cassés.
Membre inférieur droit. — A la partie interne du genou, petite ecchymose de 2 centimètres de diamètre, doublée d’une suffusion sanguine sous-jacente.
Un peu en dehors de la rotule, petite érosion, non ecchymotique.
Membre inférieur gauche. — Sur le jarret gauche, ecchymose doublée d’une suffusion sanguine.
Sur la partie antérieure et interne du tibia, petite ecchymose, sans suffusion sanguine.
Ouverture du corps. — Sous le cuir chevelu, depuis le sommet de la tête jusqu’à la partie médiane de l’occiput, se trouve une vaste suffusion sanguine, mesurant 6 à 7 centimètres de diamètre avec infiltration de sang de quelques millimètres d’épaisseur.
Les fibres du muscle temporal droit sont infiltrées de sang. — Les fibres musculaires du temporal gauche ne présentent rien de semblable.
Les os du crâne (voûte et base) ne sont pas fracturés. La bosse frontale droite est le siège d'une exostose très prononcée de 2 centimètres d’épaisseur. — Le cerveau n’est pas congestionné, il se décortique facilement et ne présente aucune lésion ni tumeur, de même que le bulbe et le cervelet.
L’œsophage et la trachée paraissent sains.
Il n’y a pas d’ecchymose rétro-pharyngienne.
Les cavités pleurales ne contiennent pas d’épanchement ni d’adhérences. Il n’y a pas d’ecchymoses sous-pleurales.
Les bronches sont remplies par de l’écume rougeâtre.
Les poumons sont congestionnés, mais ils paraissent sains et ne contiennent pas de tubercules.
Le péricarde contient quelques grammes de liquide ci tri n.
Il n’y a pas d’ecchymoses sous-péricardiques.
Les cavités du cœur contiennent un peu de sang liquide, il n’y a pas de caillots. Les valvules sont souples et saines.
L’estomac renferme environ cent grammes de matières légèrement jaunâtres.
Le foie est mamelonné; il est couvert de cicatrices pénétrant profondément dans le parenchyme hépatique.
La vésicule biliaire ne contient pas de calculs.
La rate est saine, elle n’est pas diffluente.
Les reins sont sains et se décortiquent facilement.
Les intestins paraissent sains.
T/utérus est également sain.
La vessie est vide et sa muqueuse est saine.
Les vêlements dont était couvert le cadavre de Mme L.. . ne sont pas déchirés. Les boulons et les boutonnières ne sont pas arrachés.
La chemise repliée dans le pantalon était intacte, elle recouvrait complètement les organes génitaux.
Les chaussures, ou plutôt les pantoufles en cuir léger, portent sur leurs faces externes des érosions multiples dues au frottement sur le parquet des pieds de la victime, soit pendant qu’elle essayait de se défendre, soit pendant les convulsions des membres inférieurs qui accompagnent la mort par strangulation.
Conclusions. — 1° La mort de Mme L... est le résultat d’une strangulation pratiquée à la main.
2° Les érosions qui se trouvent sur la face antérieure du cou ont été faites avec les ongles.
3° Les autres traces de violences qui siègent sur la face et sur la tcte peuvent résulter, les unes, d’une chute sur un objet contondant; les autres, notamment celles qui siègent sur le sommet de la tête et dans la région temporale droite, semblent plutôt résulter de coups violenls, portés avec un objet contondant. Ces coups ont eu pour effet d’étourdir la victime et de la mettre ainsi dans l’impossibilité de se défendre ou, tout au moins, de diminuer sa résistance.
4° Les ecchymoses des bras, des mains, etc., témoignent que la victime a été maintenue vigoureusement plutôt qu’elles ne décèlent une lutte véritable. L’intégrité des vêtements est d’ailleurs contraire à cette hypothèse.
2° Examen de l'inculpé. — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par M. Wendling, juge d’instruction au tribunal de première instance de la Seine, par une ordonnance en date du 3 novembre 1886, ainsi conçue :
«Vu la procédure commencée contre X... inculpé d’homicide volontaire et vol.
« Attendu la nécessité de constater judiciairement l’état où se trouve en ce moment le nommé B..., qui a sur les mains et à la figure des égralignures qui paraissent récentes.
« Ordonnons qu’il y sera procédé parM. Brouardel, lequel, après avoir reconnu l’état où se trouve ledit B..., s’expliquera sur les causes de ses blessures et dira si elles ne seraient pas le résultat d’une lutte récente. »
Serment préalablement prêté, ai procédé à cet examen le 5 novembre 1886.
B... (Ernest), âgé de vingt-six ans, est petit, mais bien musclé. Il a un peu de tremblement des mains, exagéré par l’émotion que détermine notre visite, mais dû manifestement à des habitudes alcooliques anciennes.
Il n’y a sur les diverses parties du corps aucune contusion ou ecchymose; à la région antérieure de la jambe gauche, la peau porte les traces d’un eczéma ancien.
Sur la peau du visage se trouvent quelques érosions entourant de petits boulons d’acné et dues probablement au grattage.
On note seulement sur les mains deux petites érosions cutanées. L’une siège au niveau de l’articulation métacarpo-phalangienne de l’index de la main gauche, un peu courbée, mesurant 5 à 6 millimètres. Elle est couverte d’une croûte rouge brunâtre. B... dit qu’elle résulle d’une coupure faite par un verre le 2 novembre. Cette assertion est possible. En admettant que l’érosion résulte d’un coup d’ongle, ce qui est également possible, il faut remarquer
que ce coup aurait élé fait par l’application d’un ongle perpendiculairement appliqué, qui n’aurait ensuite laissé aucune traînée, ce qui serait exceptionnel.
Sur la main droite, au niveau de la première articulation du pouce, la peau présente l’autre petite érosion, rectiligne, sans caractères particuliers.
Conclusions. — 1° Il n’y a sur le corps de B... aucune trace de contusion ou de lutte.
2° Les érosions qui siègent sur les mains peuvent résulter de coups d’ongles, mais on ne saurait l’affirmer.
19. Assassinat. Strangulation à la main. — I. Autopsie de la femme D... — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par M. Émile Guichenot, juge d’instruction près le tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d’une ordonnance, en dale du 31 mars 1886, ainsi conçue :
« Vu la procédure commencée contre :
« R... (Joseph-Pierre-Marie), vingt-neuf ans, détenu ;
« F... (Joseph), vingt-six ans, détenu;
Inculpés d’assassinat.
« Attendu la nécessité de constater judiciairement l’état où se trouve en ce moment le cadavre de la veuve D..., déposé à la Morgue, et de procéder à l’autopsie.
« Ordonnons qu’il y sera procédé par M. Brouardel, docteur en médecine, lequel, après avoir reconnu l’état où se trouve le cadavre de la veuve D... et après autopsie, recherchera si la nature et le siège des blessures et des contusions n’indiquent pas que pendant que l’un des meurtriers se servait du foulard, l’autre maintenait la victime parles jambes. »
Serment préalablement prêté, ai procédé à cette autopsie le 31 mars 1886.
Le cadavre est celui d’une femme de taille moyenne, paraissant vigoureuse et âgée de trente-sept ans environ. La rigidité cadavérique a complètement disparu , la putréfaction n’est pas commencée.
Ce cadavre est habillé : 1° d’une jupe en étoffe noire; la poche droite est déchirée et la couture est arrachée. Dans la poche se trouve un mouchoir à carreaux; 2° d’une camisole à petits carreaux, puis d’une deuxième camisole blanche; 3° d’une chemise sale et marquée M. A.; 4° d’un gilet de flanelle sans marque.
Les parties latérales et postérieures du corps présentent de petites plaques d’un pointillé hémorrhagique très fin.
Sur les différentes parties du corps on constate les traces de violences suivantes :
Face. — a) Sur Ja peau qui recouvre la bosse frontale droite, une ecchymose recouverte d’une plaque parcheminée doublée d’une suffusion sanguine très épaisse.
b) Au niveau de l’os malaire droit (os de la pommette) une lésion analogue doublée également d'une suffusion sanguine mesurant 4 centimètres de diamètre.
c) Sur la joue gauche six petites érosions inégales non doublées d’une suffusion sanguine. Deux de ces érosions, les plus grandes (2 centim.), sont presque verticales et siègent au niveau de l’os malaire, une autre sur la paupière, inférieure, une quatrième à 2 centimètres en dehors de la commissure labiale et les deux dernières sur la joue ; un peu en dedans de l’os malaire, et dans le tissu cellulaire sous-cutané se trouve une suffusion sanguine ne correspondant pas aux érosions.
d) Sur le bord libre de l’aile droite du nez une petite érosion de forme onguéale.
e) Sur la lèvre supérieure et à droite, une ecchymose doublée d’une suffusion sanguine.
f) Il n’y a pas d’ecchymoses sous-conjonctivales.
g) Sous le menton se trouve un petit pointillé hémorrhagique.
Cou et thorax. — A la partie antérieure du larynx on voit trois
érosions de forme onguéale dont une mesure 18 millimètres de longueur, et les deux autres 12 millimètres.
En avant du muscle sterno-cléido-mastoïdien gauche, une petite érosion mesurant 7 à 8 millimètres.
Toutes ces petites érosions sont doublées d’une légère suffusion sanguine.
Sous la peau des deux omoplates se trouve une ecchymose de 4 ou 5 centimètres de diamètre, doublée d’un épanchementsanguin.
Membres supérieurs. — Droit.— A la partie antérieure et externe du bras droit cinq taches légèrement rougeâtres paraissant faites par l’application d’extrémités de doigts sanguinolents. Ces taches disparaissent par le lavage.
A la partie interne du coude, au niveau de l’épitrochlée, une ecchymose assez étendue, doublée d’une suffusion sanguine, couvrant l’olécrane et l’épitrochlée et mesurant 6 centimètres.
Au-dessous du coude sur la face interne de l’avant-bras, une petite ecchymose.
A la région externe du coude, une longue estafilade mesurant 7 centimètres de longueur, superficielle et rappelant une égratignure faite avec un ongle ou une épingle.
En avant du biceps droit, une petite suffusion sanguine sati ecchymose cutanée.
Sur la face dorsale de la main droite, une petite ecchymose au niveau du quatrième métacarpien et une autre au niveau de la deuxième phalange du troisième doigt. Ces ecchymoses sont doublées d’une suffusion sanguine.
Gauche. — A la région postérieure du coude gauche se trouve une petite sutfusion sanguine. Au-dessous du coude on trouve une suffusion sanguine mesurant 1 centimètre et demi de diamètre.
Les ongles des doigts des deux mains ne sont pas cassés.
Membres inférieurs. — Gauche. * — A la partie antérieure de la cuisse gauche se trouve une petite érosion superficielle de 1 centimètre et demi de largeur sur 3 centimètres de longueur, légèrement ecchymotique.
Sur le genou gauche, deux petites ecchymoses très superficielles non doublées par une suffusion sanguine.
A la partie interne du tibia gauche une petite ecchymose doublée d’une suffusion sanguine. A la partie antérieure du tibia une petite ecchymose superficielle sans suffusion sanguine.
Droit. — A la région antérieure du tibia droit se trouve une petite érosion superficielle légèrement ecchymotique.
Ouverture du corps. — Sur le cuir chevelu trois cicatrices blanches, nacrées et anciennes, linéaires.
Sous le cuir chevelu de nombreuses ecchymoses sous-épicrâniennes, surtout à droite.
Les fibres du muscle temporal droit sont infiltrées de sang coagulé. Il en est de même pour le muscle temporal gauche.
Les os du crâne ne sont pas fracturés.
Il n’y a pas d’épanchement dans la cavité de l’arachnoïde, ni d’ecchymoses dans les mailles de la pie-mère. Le cerveau n’est pas très congestionné, il se décortique facilement. On ne constate ni lésion, ni tumeur du cerveau, du bulbe ou du cervelet.
L’œsophage est sain.
La trachée est remplie de spume sanguinolente.
Il n’y a pas d’épanchement dans les plèvres, ni d’ecchymoses sous-pleurales. Le poumon gauche présente quelques adhérences. Les poumons sont congestionnés, mais leur tissu surnage dans l’eau. Il n’y a pas de tubercules.
Le péricarde est vide. On constate sur le cœur la présence d’une petite ecchymose sous-péricardique. Les cavités du cœur sont absolument vides de sang. Les valvules sont saines.
L’estomac renferme une certaine quantité de bouillie alimentaire absolument digérée. Sa muqueuse est saine.
Le foie est un peu gros ; la vésicule biliaire ne contient pas de calculs.
La rate est saine et non diffluente.
Les reins sont sains, iis se décortiquent facilement; ils présentent quelques petits kystes.
Les intestins paraissent sains.
La vessie est vide.
Les parois de l’utérus présentent quelques petits corps fibreux avec adhérences péritonéales anciennes. L’utérus est le siège d’un catarrhe muco-purulent. Les ovaires sont le s*iège d’une dégénérescence kystique commençante. [Les trompes sont remplies de muco-pus.
Conclusions. — 1° Les érosions onguéales qui siègent sur la peau du cou en avant du larynx, la spume bronchique, l’état de vacuité du cœur, la congestion des poumons et le petit piqueté hémorrhagique constaté sur la peau des épaules et celle du menton, montrent que la mort est le résultat d’une strangulation. Celle-ci a probablement été pratiquée à l’aide d’un lien assez large, tel qu’un foulard, et de la main.
2° Les traces de violences constatées sur la face et dans les deux muscles temporaux proviennent de contusions. Celles-ci ont eu pour effet d’étourdir la victime; quelques-unes d’entre elles, celles de la joue droite, peuvent résulter d’une chute.
3° Les autres lésions constatées sur les différentes parties du corps ne suffisent pas pour démontrer nécessairement qu’une lutte a précédé la strangulation.
Les ecchymoses et suffusions du coude et des régions dorsales qui couvrent les omoplates sont le résultat d’une chute.
IL Examen des inculpés. — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par M. Émile Guichenot, juge d’instruction près le tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d’une ordonnance, en date du 1er avril 1886, ainsi conçue :
« Vu la procédure commencée contre :
« R... (Joseph-Pierre-Marie), vingt-neuf ans;
« F... (Joseph), vingt-six ans, dit Pas-de-Chance;
« Détenus à Mazas, inculpés d’assassinat.
« Attendu la nécessité de constater judiciairement l’état où se trouvent en ce moment les nommés R... et F...
« Ordonnons qu’il y sera procédé par M. Brouardel, lequel après avoir reconnu l’état où se trouvent les nommés F... et R..., recherchera quelle peut être l’origine des écorchures ou cicatrices qui seront constatées sur eux et notamment si elles ne peuvent pas résulter de la résistance que la veuve D... leur aurait opposée. »
Serment préalablement prêté, ai procédé à cet examen le 4 avril 1886.
]. Examen de F... [Joseph). — Le sieur F... (Joseph), âgé de vingtsix ans, est grand et paraît vigoureux. Il porte à la partie médiane du front les mots « pas de chance » tatoués en bleu.
A la région sus-hyoïdienne gauche on constale une cicatrice ancienne et nacrée, résultant de l’ouverture d’un abcès.
Sur la ligne médiane du cou se trouve une cicatrice linéaire, rougeâtre et récente, mesurant 10 centimètres de longueur environ, résultant d’une opération qui aurait été pratiquée en cette région, au mois de janvier dernier, par M. le docteur Péan (ablation du corps thyroïde).
Sur la peau de la région latérale droite du cou se trouvent deux petites érosions superficielles et récentes, parallèles et mesurant 2 ou 3 centimètres de longueur.
En arrière de l’oreille gauche se trouve une toute petite érosion.
Sur la face dorsale de la main droite on trouve deux petites érosions, paraissant un peu plus anciennes que les précédentes et siégeant sur les deuxième et troisième doigts.
On ne constate aucune érosion ou trace de violences sur les différentes autres parties du corps.
II. Examen de R... (Joseph). — Le sieur R... (Joseph), âgé de vingt-neuf ans, est grand et vigoureux. Il porte sur la face les cicatrices d’une variole ancienne.
Sur la peau du coude gauche et de la jambe droite, se trouvent des plaques de psoriasis.
Sur la face dorsale de la main droite se trouvent deux petites croûtes siégeant, l’une, près du poignet et à la partie médiane; l’autre, sur la tête du troisième métacarpien.
On ne constate aucune trace de violences sur les autres parties du corps.
Conclusions. — 1° Les petites érosions constatées sur les régions latérales droite et gauche du cou de F... (Joseph), paraissent résulter d’égratignures faites avec des ongles ou un corps analogue et remontent à quatre ou cinq jours environ.
2° Les autres érosions constatées sur la face dorsale des mains des deux inculpés paraissent remonter à une dizaine de jours environ.
20. Assassinat. Strangulation à la main. — Je soussigné, Paul Rrouardel, commis par ordonnance de M. E. Ferey, juge d’instruction, serment préalablement prêté, ai procédé, le 13 octobre 1878, à l’autopsie du cadavre de L... (Étienne-Honoré), cinquantesept ans, afin de rechercher les causes delà mort et de constater tous indices de crime ou délit.
I. Autopsie du cadavre deL... (Étienne-H onoré), âgé de cinquantesept ans. — I. Examen des parties extérieures. — Le cadavre est celui d'un homme d’apparence vigoureuse, fortement musclé. La rigidité cadavérique a disparu, mais la putréfaction n’est pas commencée. A la partie postérieure du Ironc on note des lividités cadavériques. Les yeux ont conservé leur forme et leur consistance presque normales.
La peau du cadavre porte un grand nombre de lésions qui siègent plus spécialement à la face, au cou, sur le tronc, et les membres supérieurs.
a. Lésions siégeant à la face. — A droite, depuis la région temporale jusqu’à la partie inférieure de la joue, on trouve vingt-cinq échorchures superficielles, n’intéressant que les couches externes du derme. Elles sont toutes recouvertes par de petites croûtes noirâtres formées par du sang desséché. Elles sont allongées, un peu courbes, la concavité du plus grand nombre est dirigée en haut, à gauche et vers la ligne médiane. Les plus grandes mesurent environ 2 centimètres, les plus petites 2 à 3 millimètres. Quelques-unes sont absolument linéaires, le plus grand nombre a 2 à 3 millimètres de largeur.
Sur cette même joue droite, à 1 centimètre en dehors de la commissure labiale, il existe une empreinte analogue plus large et plus longue. Elle mesure 4 à 5 centimètres, elle a la forme d’un fer à cheval dont la concavité regarderait en haut et à gauche.
Entre ces diverses écorchures on aperçoit quelques petites ecchymoses dont les bords sont peu arrêtés.
Dans le tissu cellulaire qui double ces diverses lésions il n’y a pas de sang extravasé.
A gauche. — On voit une large plaque parcheminée dont l’épiderme n’est pas soulevé. Cette plaque occupe la région malaire, la joue, la région parotidienne, la partie antérieure de la fosse temporale. Au niveau de l’orbite cette plaque a deux prolongements, l’un occupe le tiers externe de l’arcade sourcilière, l’autre le tiers externe du rebord osseux inférieur de l’orbite formé par l’os malaire. Les paupières sont intactes.
Sur les bords de cette plaque on trouve des ecchymoses diffuses qui la cernent dans toute son étendue. Dans le tissu cellulaire, qui la double, il n’y a pas de sang extravasé.
L’oreille gauche présente à la partie postérieure et supérieure de la conque une plaque parcheminée de 2 centimètres. En repliant la partie supérieure de l’oreille sur son bord antérieur, on voit que cette plaque se continue avec celle de la joue. Elle doit
résulter de la même pression que celle de la face. Sur le bord de la conque, il y a deux ou trois petites éraillures.
Lèvres. Langue. — Sur le bord de la lèvre inférieure on voit deux plaques parcheminées, allongées, ayant 1 centimètre et demi. A sa face postérieure, à un demi-centimètre du bord libre et à gauche, on note une coupure peu profonde dont la concavité a la même forme et la même dimension que la concavité creusée par la pipe sur la canine et l’incisive supérieures de ce côté. En ce point les dents ont leur bord tranchant.
A la lèvre supérieure et à droite, se voient trois empreintes irrégulières, formant de petites écorchures à bords mâchés.
A la langue, près de la pointe (à une distance de 1 à 1 et demicentimètre) sur le bord gauche, on trouve deux petites morsures.
Yeux. — Sur la conjonctive oculaire de l’œil gauche on constate la présence de plusieurs petites ecchymoses. Une d’elles, assez large, siège sur le bord gauche de la cornée et occupe les couches superficielles de la sclérotique. Les autres sont de petites ecchymoses punctiformes inlra-conjonctivales. L’œil droit ne présente rien de notable.
b. Lésions siégeant sur le cou. — A la région sus et sous-hyoïdienne droite, au niveau du bord antérieur du sterno-mastoïdien, à 5 et 6 centimètres de la ligne médiane, il existe dix empreintes analogues à celles de la joue droite; elles sont plus régulièrement linéaires et moins larges que celles de la face; quatre d’entre elles sont placées sur une courbe irrégulière, dont la concavité regarde vers la ligne médiane.
A gauche, à 1 centimètre au-dessous de l’angle de la mâchoire inférieure, on trouve une empreinte parcheminée, ayant 3 centimètres à 3 centimètres et demi dans tous les sens.
Il n’y a pas de sang extravasé dans le tissu cellulaire qui double la peau de ces diverses lésions.
A gauche, à 2 centimètres en arrière et au-dessous de l’apophyse masloïde, se trouve une écorchure longue de 2 centimètres, rectiligne, verticale et linéaire.
c. Lésions siégeant sur le cuir chevelu. — Après avoir coupé les cheveux on ne constate sur le cuir ehevelu, ni plaie, ni écorchure. En enlevant la peau on trouve une suffusion sanguine au niveau de la région frontale supérieure gauche, près du pariétal ; eile mesure 5 à 6 centimètres dans ses différents diamètres.
Le muscle temporal gauche est le siège d’une large collection sanguine qui dissocie les faisceaux musculaires dans un espace de 5 à 6 centimètres.
d. Lésions siégeant sur le tronc. — A la partie moyenne et au
niveau du bord inférieur de la clavicule droile on voit une ecchymose transversale de 3 à 4 centimètres de longueur.
Les parties supérieures du tronc, surtout la région dorsale, sont tatouées par un grand nombre de petites ecchymoses punctiformes. Elles se détachent très nettement, même sur les lividités cadavériques.
Sur la région épigastrique on remarque une empreinte irrégulière, ayant une étendue de 10 centimètres sur 9; dans une de ses moitiés l’épiderme est soulevé, dans l’autre moitié l’épiderme est adhérent et forme avec le derme une plaque parcheminée. Elle n’est pas tachetée par un pointillé sanguin, le tissu cellulaire sousjacent ne contient pas de sang extravasé.
Au niveau de la pointe de l’omoplate gauche la peau est doublée par une ecchymose profonde ayant 2 centimètres de diamètre.
On ne trouve pas de pointillé ecchymolique dans les muscles de la partie antérieure du thorax.
La verge et le scrotum sont dans leur état normal. L’urèthre ne contient pas de sperme.
L’anus n’est pas déformé. Il est souillé par la présence de matières fécales noirâtres.
e. Membres supérieurs — Le bras gauche présente des ecchymoses multiples avec suffusion sanguine assez considérable dans le tissu cellulaire sous-cutané. Ces ecchymoses sont larges et pénètrent profondément. Une d’elles siège en avant de la partie antérieure et moyenne du bord externe du biceps, à quelques centimètres plus haut il s’en trouve une autre un peu plus petite. Deux autres ecchymoses assez considérables siègent en arrière du biceps et s’étendent presque dans tout le tiers moyen du bras. Une ecchymose assez petite occupe le sillon formé par le bord postérieur du deltoïde près de son insertion humérale.
Enfin deux petites ecchymoses siègent l’une sur la saillie formée par l’épitrochlée, l’autre sur la saillie formée par la tête du radius.
Des ecchymoses identiques comme siège et comme étendue occupent les mêmes régions du bras droit. Il manque l’ecchymose placée près de l’insertion du deltoïde et l’ecchymose qui correspond à tête du radius.
En se plaçant en face du cadavre, la main gauche sur le bras droit de la victime, la main droite sur le bras gauche, les deux pouces sur les ecchymoses qui correspondent aux biceps, les autres doigts des deux mains recouvrent exactement les ecchymoses placées sur les biceps en arrière du bras. (Ces rapports ne P. Buouardel. — La Pendaison. 20
sont absolument exacts que pour une main assez grande.)
A l'avant-bras droit on voit une ecchymose assez large sur la face postérieure de l’extrémité inférieure du radius.
La main droite porte une écorchure d’un demi-centimètre avec un petit lambeau formé par l’épiderme et les couches superficielles du derme au niveau de la partie postérieure de l’extrémité inférieure du quatrième métacarpien.
La face 'postérieure de la main gauche présente quatre petites écorchures ecchymotiques et une autre écorchure linéaire à la face postérieure de la première phalange du pouce.
Dans la paume des deux mains existent des durillons professionnels.
Les faces postérieures des ongles de l’index et du médius de la main droite et du pouce de la main gauche sont rayées par des stries transversales non encore incrustées de saleté. Il semble qu’elles ont été récemment frottées comme par du papier de verre, par un sol sablonneux, par exemple. Sous les ongles on ne trouve ni cheveux ni sang. Les membres inférieurs ne présentent ni écorchure, ni ecchymose, ni plaie.
IL Les os du crâne ne sont pas fracturés.
Les méninges un peu congestionnées se décortiquent facilement. Les vaisseaux de l’encéphale sont remplis de sang. Les surfaces des troisième et quatrième ventricules sont le siège d’un léger piqueté hémorrhagique.
III. La bouche, l’œsophage, l’estomac et les intestins ne présentent aucune lésion. L’estomac renferme 300 grammes environ d’une masse chymeuse, rougeâtre, dans laquelle on distingue des morceaux de pain et de nombreux débris de cornichons. Celte masse exhale une forte odeur de vin. La muqueuse stomacale renferme des suggillalions ecchymotiques.
Le foie est normal, il n’est pas en dégénérescence graisseuse. La rate est assez grosse.
Les reins sont sains, ils se décortiquent facilement.
Les cartilages du larynx ne sont pas fracturés.
IV. La muqueuse de la trachée et des bronches est rouge, mouchetée par un grand nombre de petites taches ecchymotiques et de la spume rougeâtre un peu visqueuse.
11 n’y a pas d’adhérences pleurales, il n’y a pas de liquide dans les plèvres.
Les deux plèvres pulmonaires, surtout au niveau des lobes inférieurs et près de la racine des bronches, sont mouchetées par des ecchymoses sous-pleurales extrêmement abondantes. L’insufllation des poumons ne les fait pas disparaître.
Sur les plèvres pariétales on trouve également cinq à six ecchymoses.
Les deux lobes inférieurs des poumons sont occupés chacun par un foyer apoplectique considérable, entouré par une zone de tissu très congestionné. Les fragments jetés dans l’eau plongent immédiatement.
Le cœur est sain, sur la face antérieure du ventricule gauche et sur sa face postérieure se voient des ecchymoses sous-péricardiques assez nombreuses. Les cavités du cœur sont remplies, ainsi que les gros vaisseaux, par du sang noir, visqueux, sans caillot.
Les autres organes sont dans leur état normal. La vessie est pleine d’urine.
Conclusions. — 1° La mort de L... est le résultat d’une asphyxie produite par la strangulation et la suffocation. Celte asphyxie a été déterminée par l’occlusion à la main des voies aériennes.
Elle a pu être plus prompte ou plus facile, si L... élait en état d’ivresse au moment où le crime a été accompli.
2° Les lésions sont si multiples, elles ont des caractères si différents, les unes annonçant la puissance de mains sûres d’elles-mêmes, comme les ecchymoses des bras, les autres décelant la violence de mains acharnées, mais peu certaines de leurs actes, se déplaçant constamment comme les lésions de la face et du cou, que pour les expliquer il faut se placer en face de deux hypothèses :
a) Elles ont pu être faites par une seule personne si la lutte a eu une longue durée, ou des actes successifs compris dans un espace de temps qui ne saurait dépasser vingt à trente heures.
b) Ou bien elles ont pu être produites en un seul temps, simultanément, mais alors par deux individus, dont l’un aurait maintenu L... à terre, les mains sur ses bras, tandis que l’autre aurait appliqué l’une de ses mains (la gauche) sur le cou et l’autre (la droite) sur la bouche de*la victime, labourant la joue droite à coups d’ongles.
II. Examen de la femme L... — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par ordonnance de M.E. Ferey, juge d’instruction, serment préalablement prêté, ai procédé, le 14 octobre 1878, à l’examen de la femme L...,née G... (Adélaïde-Marguerite), âgée de cinquantecinq ans, inculpée d’avoir volontairement porté des coups et fait des blessures ayant occasionné la mort.
Cette femme, très vigoureuse, grande, paraît d’une bonne santé; elle ne porte les marques d’aucune maladie antérieure ou actuellement en évolution. Elle a une volubilité de paroles qui s’explique soit par une excitation passagère due aux événements qui
ont précédé son incarcération, soit par des habitudes alcooliques.
Cette supposition se trouve justifiée par un tremblement très net des mains.
On note sur son corps les traces de violences récentes. Elles sont ainsi réparties :
1 0 A la face, à la paupière inférieure gauche une petite écorchure de 2 à 4 millimètres d’étendue, couverte par une petite croûte de sang desséché.
Sur le côté droit du nez, une petite écorchure analogue.
2° Autour du coude droit, une vaste ecchymose noirâtre, dont les bords ont déjà une teinte jaunâtre assez prononcée, entoure toute la partie externe du coude très tuméfié. Celle eccchymose mesure i'ô centimètres sur 8.
3° A la partie postérieure moyenne et externe du bras gauche on trouve une ecchymose large de 6 à 7 centimètres dans tous les sens, ayant la même couleur que la précédente.
4° Le genou gauche présente en avant de l’articulation et audessous de la rotule une teinte ecchymotique diffuse, rougeâtre, qui ne disparaît pas par la pression et dont la couleur tranche nettement avec celle du genou droit.
5° A la jambe droite, au-dessus du mollet, quelques taches violacées causées par des varices anciennes.
Les autres parties du corps, notamment les mains, ne présentent ni écorchure, ni plaie, ni éraillure.
Les ongles sont courts, excepté ceux du quatrième et du cinquième doigt, qui sont taillés un peu en pointe. Les ongles des autres doigts rappellent l’aspect des ongles rongés parles dents; la femme L... rapporte leur brièveté à l’usure produite par le dé à coudre, l’index est marqué de nombreuses piqûres d’aiguilles.
L’examen des saletés noirâtres placées sous les ongles ne révèle la présence ni de cheveux, ni de sable.
Conclusions. — 1° La femme L... présente sur diverses parties du corps de nombreuses traces de violences.
2° Les unes (celles de la face) présentent les caractères d’écorchures faites avec les ongles.
3° Les autres, notamment celles du bras, résultent de coups portés par des corps contondants.
4° La teinte ecchymotique du genou gauche, diffuse et assez large, n’a pas les caractères des ecchymoses par choc d’un corps contondant violemment appliqué. Elle peut être le résultat d’un frottement énergique et prolongé.
5° Toutes ces lésions ont une coloration analogue qui permet d’afürrner qu’elles sont contemporaines et doivent dater de
trois ou quatre jours au moment de notre examen, c’est-à-dire du 10 au 11 octobre.
6° L’excitabilité de la femme L... et le tremblement des mains révèlent des habitudes alcooliques anciennes.
21. Assassinat. Strangulation à la main. — Je soussigné, Paul Drouardel, commis par ordonnance de M. Delahaye, juge d’inslruction près le tribunal de la Seine, en date du 20 décembre 1877, à l’effet de rechercher les causes de la mort de la veuve C... (Mélanie), âgée de soixante-dix-sept ans, demeurant à Neuilly, serment préalablement prêté, me suis transporté à la Morgue le 21 décembre à onze heures et, en la présence de ce magistrat, j’ai fait les constatations et l’autopsie dont les détails suivent :
A. Examen extérieur. — Le cadavre est celui d’une femme vigoureuse, grasse, paraissant de quelques années moins âgée qu’elle ne l’est réellement.
La rigidité cadavérique, qui était complète la veille au soir au moment de l’expertise faite au domicile de la victime, a disparu dans les membres; elle ne persiste plus que dans les muscles de la mâchoire inférieure, celle-ci est encore fortement appliquée contre la mâchoire supérieure.
La peau de la face, du cou, de la partie supérieure du thorax, est congestionnée, rouge ; elle est le siège de lividités cadavériques violacées très marquées, sur lesquelles se détachent par leur couleur de petites ecchymoses très nombreuses, plus petites à la face que sur les épaules.
Les paupières sont fermées, bouffies ; les conjonctives sont piquetées par de petites ecchymoses analogues aux précédentes.
Le nez est aplati, sa pointe se dirige vers le côté gauche. Le cartilage de la cloison est faussé, il reprend de lui-même sa position vicieuse quand le nez a été redressé. Par l’orifice des fosses nasales il coule une sérosité muco-sanguinolenle qui souille une partie du visage.
Les lèvres sont aplaties, entr’ouvertes, collées contre les arcades dentaires. La langue, fortement serrée entre les dents, fait entre les lèvres une saillie assez considérable.
La peau de la face et celle du cou sont le siège de stigmates importants. A la face, on trouve cinq excoriations linéaires, brunâtres, au niveau desquelles la peau est dure, parcheminée.
De ces excoriations- deux très petites siègent sur le bord saillant du menton ; deux autres, un peu plus grandes, ayant 3 ou 4 millimètres de longueur, siègent sur la lèvre inférieure au niveau de la commissure gauche des lèvres ; la cinquième, qui mesure près
de 2 centimètres, siège au-dessous et en dehors delà paupière inférieure droite, à environ 3 centimètres du bord libre des paupières. Cette dernière forme un sillon à concavité tournée en bas et à gauche, son fond est coloré par du sang extravasé.
Sur la peau du cou, on constate dans le pli qui unit le cou à la tête, sur le côté gauche, une empreinte qui siège à 5 centimètres de la ligne médiane, dans l’espace qui sépare l’extrémité supérieure du cartilage thyroïde, de l’os hyoïde, sur le bord antérieur du muscle sterno-cléido-mastoïdien. Cette empreinte est brunâtre, parcheminée, un peu allongée transversalement, ayant dans ce sens un centimètre de longueur. A droite, dans le point symétriquement correspondant à cette empreinte, on ne voit ni excoriation, ni stigmate analogue ; mais à 4 centimètres de la ligne médiane la région est déprimée, les contours de cette dépression sont mal limités, mais l’enfoncement est cependant très manifeste et persistant.
Les autres régions de la peau du cou, en avant, sur les côtés et en arrière, ne présentent aucune altération, pas de sillon, pas de changement de coloration, de consistance ni de structure.
La dissection de la peau de la face et du cou montre quelques petites taches de sang dans les mailles du tissu cellulaire, et entre les fibres musculaires; mais il n'y a pas au cou et notamment au niveau de la région laryngée, d’épanchement de sang notable.
Sous les stigmates de la face, le derme de la peau contient, dans ses mailles profondes, de petits caillots sanguins ; l’écorchure placée près de l’œil droit est doublée d’un caillot ayant 3 à 4 millimètres d’épaisseur. A la tache parcheminée du cou ne correspond au contraire aucun caillot sanguin, ou pointillé sanguinolent.
La peau du cuir chevelu, après section des cheveux, ne laisse apercevoir ni modification de couleur, ni écorchure. Détachée par le scalpel, elle est, dans ses parties profondes et dans le tissu cellulaire qui la double, criblée de petites taches sanguines. Au niveau de la bosse pariétale gauche, il existe une infiltration du tissu cellulaire par un liquide séreux, faiblement sanguinolent, à consistance gélatineuse. Le muscle temporal gauche est infiltré de véritables foyers de sang, ses fibres sont dissociées, il semble avoir subi une attrilion Irès intense. A droite, au niveau de la bosse pariétale et du muscle temporal, on ne trouve rien de semblable, il n’y a de notable que le pointillé hémorrhagique que nous avons déjà noté sous le cuir chevelu.
A la partie postérieure de l’avant-bras droit, au niveau de la face postérieure de l’olécrâne, l’épiderme est légèrement excorié,
mais non délaché, la peau n’esl pas parcheminée. Un incision pratiquée en ce point montre que la peau est doublée par un petit épanchement sanguin. Dans la région symétrique de l’avant-bras gauche, on ne trouve pas d’excorialion de l’épiderme, mais il existe un petit caillot sanguin ayant exactement les mêmes caractères que le précédent.
La région postérieure des deux mains, dans sa partie externe, depuis la ligne du poignet jusqu’à la racine du pouce est maculée par une tache rougeâtre, large de 3 à 4 centimètres, longue de 5 à 6 centimètres, elle a été faite par un liquide sanguinolent, mais non par du sang pur tel que celui qui coulerait d’une plaie. La partie la plus voisine du poignet est celle dans laquelle la coloration est le plus foncée, vers le pouce celle-ci va en disparaissant , progressivement. Il semblerait que les mains ont essuyé une partie d’où s’écoulait un liquide ensanglanté, ou au contraire qu’elles ont été essuyées par un linge ou une éponge ensanglantés.
Les doigts et les ongles ne présentent rien de notable (ni coupure, ni cheveux).
L’orifice vaginal laisse suinter un peu de muco-pus. L’orifice anal n’offre aucune déformation. On y voit deux saillies hémorrhoïdaires flétries.
Sur les autres parties du corps il n’existe ni plaies, ni écorchures, ecchymoses ou contusions.
B. Examen des parties profondes. — La voûte du crâne est enlevée à la scie. Après avoir séparé la dure-mère des os, on ne constate de fracture ni sur la voûte, ni sur la base (voûtes orbitaires, rochers, fosses temporales).
Les enveloppes du cerveau sont très congestionnées, mais elles se détachent facilement du cerveau. Les artères sont souples, non athéromateuses. Les sinus de la dure-mère laissent écouler un sang noir, épais, de consistance presque sirupeuse.
L’encéphale est uniformément congestionné, il est piqueté de sang, mais on n’y trouve aucune lésion et spécialement pas de foyer hémorrhagique.
La langue, examinée après section à la scie du maxillaire inférieur sur la ligne médiane, porte l’empreinte des dents fortement incrustées dans son épaisseur, mais on ne découvre aucune plaie ou écorchure de la muqueuse.
La voûte du palais et le pharynx sont dans leur étal normal.
L’os hyoïde n’est pas brisé. Les cartilages du larynx sont intacts. Le larynx et la trachée contiennent des mucosités épaisses, finement aérées; les bulles d’air ne disparaissent pas complètement
après l’ouverture de ces organes. Leur muqueuse est tachetée de points rouges.
Les poumons sont volumineux, le bord inférieur du poumon gauche est emphysémateux. Les plèvres, le péricarde, l’endocarde, ne présentent pas une seule ecchymose.
Incisés, les poumons sont de couleur rouge sombre dans leur partie supérieure. Le lobe moyen du poumon droit et presque tout le poumon gauche offrent une surface de section presque noirâtre, formée par du sang épais, qui coule à peine et a une consistance sirupeuse. Les poumons sont peu crépitants, peu aérés. Il n’y a pas de foyer d’apoplexie nettement limité.
Les quatre cavités du cœur et les gros vaisseaux ne contiennent pas un seul caillot. Le sang qu’ils renferment présentent les caractères signalés dans les poumons. Les valvules et le muscle cardiaque sont sains,
La peau de la paroi abdominale est doublée par un pannicule adipeux qui ne mesure pas moins de 6 centimètres d’épaisseur. Les muscles de l’abdomen et du thorax ne sont pas le siège du piqueté hémorrhagique que nous avons noté à la tête. Il existe une hernie ombilicale ancienne, sans importance.
L’estomac contient une substance grisâtre, d’apparence graisseuse ; celle-ci ne présente aucune trace de coloration qui pour rait être due à l’ingestion de vin ou de café. Nous la recueillons dans un bocal pour la soumettre à l’analyse chimique et microscopique. Les parois de l’estomac sont grisâtres, elles sont tachetées par quelques petites taches ecchymotiques.
Quelques parties de celte substance ont pénétré dans le duodénum et le jéjunum, on n’en trouve plus dans la moitié inférieure de l’intestin grêle.
Le foie est congestionné. Les reins le sont également. De plus, la substance corticale de ces derniers est atrophiée, leur capsule est un peu adhérente en certains points. Mais on ne trouve pas les caractères d’une lésion ancienne du rein, de la maladie de Bright en particulier.
Les organes génitaux internes sont sains. Les ovaires flétris ne contiennent pas de corps jaunes. On recueille sur la muqueuse du vagin dumuco-pus, d’ailleurs en petite quantité. En le portant sous le champ du microscope, on constate qu’il est formé par du mucus dans lequel on reconnaît facilement, par un grossissement de 300 diamètres, des cellules d’épithélium pavimenteux, un grand nombre de noyaux libres. Ces différents éléments présentent les caractères de l’épithélium du vagin. Malgré des examens multiples, on ne peut découvrir de spermatozoïdes entiers ou
brisés, ni de cristaux de phosphate ammoniaco - magnésien.
La matière grisâtre contenue dans l’estomac, soumise à l’examen microscopique, est formée presque exclusivement par l'accumulation de grosses cellules adipeuses et par des débris de pain peu nombreux et déjà très altérés.
Les cellules adipeuses se dissolvent dans l’éther, et les débris de pain traités par une solution d’iodurede potassium à laquelle on ajoute quelques gouttes d’acide azotique donnent une coloration bleu manifeste. Cette matière est donc constituée par de la graisse et par du pain presque digéré. L’état de transformation du pain et d’intégrité de la graisse semble assigner une date assez précise au dernier repas. Il a précédé la mort de plus d’une heure et certainement de moins de trois heures.
De ces diverses constatations, nous concluons :
1° La mort de la veuve C... est le résultat de la strangulation et de la suffocation. — La strangulation a été faite avec la main; l’empreinte placée surla partie gauche du cou estcelle qu’a laissée la pression du pouce.
L’occlusion des voies aériennes a été produite par l’application de la main sur la face de la victime, application violente, ayant écrasé le nez et aplati les lèvres. L’empreinte placée sous l’œil droit est celle de l’ongle d’un doigt.
La forme de celte empreinte, dont la concavité est dirigée en bas et à gauche, indique que le meurtrier était placé à la gauche de sa victime, la main droite sur la face, le pouce gauche sur la région gauche du cou de cette femme.
2° Le siège et les caractères de ces diverses empreintes, l’absence de toute trace d’une compression circulaire du cou, excluent d’une façon absolue l’hypothèse d’un suicide.
3° La veuve G... a été frappée, au niveau de la région temporale gauche, par un coup violent, à l’aide d’un instrument contondant, tel que le poing. Ce coup a pu ne pas déterminer la mort, mais il a produit certainement un ébranlement cérébral, avec perte de connaissance plus ou moins complète.
C’est par celte perte de connaissance que peuvent s’expliquer : l’absence de toute trace de lutte ou de résistance et la chute brusque sur le dos, prouvée par la contusion symétriquement placée en arrière des deux coudes.
4° L’examen du liquide vaginal ne démontre pas qu’il n’y ait pas eu coït dans les dernières heures qui ont précédé la mort.
5° La disparition incomplète de la rigidité cadavérique doit faire penser que la mort remonte à environ quarante-huit heures.
6° L’examen des matières contenues dans l’estomac semble
prouver que la mort est survenue deux heures environ après le dernier repas.
22. Strangulation. Plaie du cou. — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par M. Merle, juge d’instruction près le tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d’une ordonnance, en date du 22 octobre 1881, ainsi conçue :
« Vu la procédure commencée contre X..., X..., X..., inculpés d'assassinat et de vol.
« Attendu la nécessité de constater judiciairement l’état où se trouve actuellement le corps du sieur V... (Jean), actuellement déposé à la Morgue.
« Ordonnons qu’il y sera procédé par M. Brouardel, et serment par lui préalablement prêté entre nos mains.
« Lequel, après avoir reconnu l’état où se trouve ledit corps, en fera l’autopsie à l’effet de rechercher les causes de la mort. »
Serment préalablement prêté, ai procédé à cette autopsie le 26 octobre 1884.
Aspect extérieur. — Le cadavre est celui d’un homme bien constitué, âgé de cinquante-six ans, paraissant assez vigoureux. La putréfaction n’est pas commencée, la rigidité cadavérique n’existe plus.
Il existe sur les yeux de larges ecchymoses sous-conjonctivales.
Sur le côté droit du cou se trouve une plaie qui commence à 1 centimètre au-dessous de l’angle de la mâchoire, et s’étend transversalement en dedans sur une longueur de 6 centimètres. Cette plaie pénètre profondément, elle est à bords nets et réguliers; sa lèvre inférieure est taillée en biseau aux dépens de la face interne. A 2 centimètres au-dessus de cette première plaie, s’en trouve une seconde qui lui est parallèle, mesure 5 centimètres de longueur et dont la profondeur ne dépasse pas l’épaisseur du derme.
Sur le cou, au niveau de la partie médiane du cartilage thyroïde , existe une plaie transversalement dirigée, longue de 3 centimètres, n’ayant intéressé que la partie superficielle du derme, et non doublée d’ecchymose.
On remarque au-dessous du larynx, sur les parties médiane et latérale droite du cou, dix érosions linéaires, les unes allongées et rectilignes, les autres légèrement curvilignes et mesurant seulement 3 à 5 millimètres de longueur. La forme et la disposition de ces érosions (qui sont représentées dans la photographie jointe au rapport) indiquent qu’elles ont été produites par des coups d’on-
gles. Au-dessous de toutes ces érosions existe un épanchement de sang coagulé.
On remarque encore un peu au-dessus de l’os hyoïde, une cicatrice ancienne, linéaire, transversalement dirigée, et longue de 10 centimètres.
Sur la face, il existe au niveau de la bosse frontale gauche une érosion linéaire, verticale, longue de 4 centimètres. Une autre érosion irrégulière se trouve sur le bord libre du pavillon de l’oreille droite, et une petite ecchymose derrière l’oreille gauche sur l’apophyse mastoïde; une autre ecchymose se remarque encore sur le bord droit du maxillaire inférieur.
Enfin, on note deux petites ecchymoses sur la main droite, au niveau de la tête des quatrième et cinquième métacarpiens; une autre ecchymose sur le coude gauche, et une autre, de 4 centimètres de diamètre, sur le creux poplité gauche (jarrel).
Ouverture du corps. — En disséquant les diverses parties du cou, on constate que la plaie dont l’orifice extérieur a été décrit déjà, présente un trajet dirigé de haut en bas et un peu de droite à gauche. Ce trajet est creusé en grande partie dans l’épaisseur du muscle sterno-mastoïdien. La trachée n’est pas atteinte, non plus que l’artère carotide et la veine jugulaire ; une des branches de ces vaisseaux a été probablement blessée, car il existe un abondant épanchement de sang coagulé sur tout le trajet de la blessure. Celle-ci mesure 10 centimètres de profondeur (quand la tête est étendue).
Le larynx n’est pas fracturé, il est vide, ainsi que la trachée. L’os hyoïde n’est pas fracturé.
Le poümon droit est adhérent au thorax sur presque toute son étendue; le poumon gauche est libre ; il ne présente pas d’ecchymoses sous-pleurales. Les deux poumons ne sont pas congestionnés et ne renferment pas d’écume.
Le cœur ne présente pas d’ecchymoses sous-péricardiques; il contient un peu de sang liquide. Ses valvules et ses parois sont saines.
L’estomac confient une petite quantité de débris alimentaires, parmi lesquels on reconnaît des morceaux de haricots verts. Ces débris sont teintés par la matière colorante du vin.
Les intestins ne présentent pas d’altérations pathologiques.
Le foie est gras, la capsule adhère aux parties voisines. 11 n’existe pas de calculs dans la vésicule biliaire.
La rate et les reins sont sains, ainsi que les autres viscères abdominaux.
La vessie contient environ 100 grammes d’urine limpide.
Au-dessous du cuir chevelu existent plusieurs ecchymoses épicrâniennes. On trouve une autre ecchymose, d'environ 4 centimètres de diamètre, au niveau de l’union du pariétal gauche avec l’occipitai.
Les os du crâne ne sont pas fracturés.
Les méninges et le cerveau sont sains.
Conclusions. — 1° Le sieur Y... a été atteint d’un coup de couteau sur le côté droit du cou; l’arme a pénétré de haut en bas et un peu de droite à gauche.
2° Cet homme porte en outre sur le cou de nombreuses traces de coups d’ongles indiquant qu’il a été étranglé avec les mains.
3° La mort a été la conséquence de la strangulation et de l’hémorrhagie consécutive à la plaie du cou.
23. Strangulation à la main. — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par M. Feuilloley, substitut de M. le procureur de la République près le tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d’une ordonnance, en date du 22 février 1881, ainsi conçue :
u Vu les articles 32 et 43 du code d’instruction criminelle et le procès-verbal dressé le 21 février 18S1 par M. le commissaire de police du quartier de Rochechouart, constatant l’envoi à la Morgue du cadavre de la nommée M..., dix-neuf ans.
« Commettons M. le D1 Brouardel, à l’effet de procéder à l’autopsie du cadavre, de rechercher les causes de la mort et de constater tous indices de crime ou délit. »
Serment préalablement prêté, ai procédé à cette autopsie le 23 février 1881.
Aspect extérieur. — Le cadavre est celui d’une femme d’une vingtaine d’années, bien constituée et paraissant assez vigoureuse. La putréfaction est à peine commencée.
Le corps présente les marques suivantes de violences :
Sur la face , les deux paupières de chaque œil et la racine du nez sont fortement ecchymosées, et le tissu cellulaire sous-jacent contient une quantité assez considérable de sang épanché, mais la peau n’offre ni déchirures, ni excoriations. Le bord libre de la lèvre inférieure présente sur sa partie médiane plusieurs petites plaies contuses, irrégulières, sorte de màchures; de chaque côté de la ligne médiane, en des points qui correspondent aux dents canines supérieures, on trouve sur cette lèvre une petite déchirure contuse. La commissure labiale droite est ecchymosée. D’autres ecchymoses s’observent sur la face muqueuse de la lèvre supérieure, sur le bord libre des deux gencives et sur la pointe de la
langue, dont la muqueuse est en même temps un peu déchirée. Le menlon offre également une ecchymose qui s’étend profondément, et mesure 3 à 4 centimètres transversalement, 2 centimètres horizontalement.
En outre la peau du front et du pourtour des paupières est couverte de petites ecchymoses ponctuées, qu’on retrouve également au nombre de deux ou trois sur chaque conjonctive oculaire.
Sur le cou , on constate au niveau du larynx cinq petites érosions linéaires, sans forme déterminée, longues de 3 à 5 millimètres, non ecchymotiques. Sur le côté droit, on remarque neuf érosions linéaires dirigées les unes transversalement, les autres verticalement, et dont quelques-unes sont doublées d’un petit épanchement sanguin dans le tissu cellulaire sous-jacent; l'une de ces érosions, située au niveau du bord interne du sterno-masloïdien, présente une forme curviligne qui s’adapte exactement à celle de l’extrémité d’un ongle. Du côté gauche du cou, on trouve deux érosions linéaires, sans ecchymoses, situées l’une sous l’angle de la mâchoire inférieure, l’autre sur la partie moyenne dusternomastoïdien. Les fesses et la partie postéro-inférieure des cuisses sont couvertes d'ecchymoses ponctuées.
Le reste du corps (notamment les mains), est exempt de toute autre trace de violences.
Ouverture du corps. — Le cuir chevelu est intact.
Les os du crâne ne sont pas fracturés. Les méninges et le cerveau sont congest'onnés.
Le larynx et la trachée contiennent une spume épaisse, visqueuse, à bulles de dimensions moyennes et légèrement teintée en rouge. La muqueuse est congestionnée.
Les plèvres ne sont pas adhérentes; leurs cavités sont vides; à la base du poumon droit, on remarque plusieurs ecchymoses ponctuées. Les poumons sont volumineux et congestionnés, mais ils crépitent bien sous le doigt, et toutes leurs parties surnagent dans l’eau. A leur surface, on trouve plusieurs lobules emphysémateux.
Le cœur ne présente pas d’ecchymoses sous-péricardiques; l’oreillette droite renferme un petit caillot fibrineux; les autres cavités contiennent du sang noir et liquide. Les valvules sont saines. «
Les parois des artères carotides n’offrent pas de déchirure, ni de contusion.
La muqueuse œsophagienne présente plusieurs ecchymoses.
L’estomac renferme environ 200 grammes de matières presque complètement digérées. Les parois sont saines.
Il existe dans le bassin quelques fausses membranes amincies et condensées, traces d’une pelvi-péritonite ancienne.
Les inlestins sont sains.
Le foie est pâle, mais non graisseux.
Les reins se décortiquent facilement, leur tissu est très congestionné.
Le corps de l’utérus est recouvert de quelques fausses membranes anciennes; le col est arrondi et légèrement exulcéré.
Conclusions. — 1° Le corps de la fille M... porte, sur la face et sur le cou, de nombreuses traces de violences exercées pendant la vie.
2° Les caractères que présentent ces marques de violences permettent de les interpréter de la façon suivante : Sur les paupières des deux yeux et sur la racine du nez, il existe deux sortes de contusion, résultant de coups portés avec un corps à assez large surface et sans aspérités, vraisemblablement avec les poings. La contusion du menton, les ecchymoses des gencives et de la pointe de la langue, et surtout les petites plaies contuses de la lèvre inférieure, reproduisant la marque des dents, indiquent que la bouche a été comprimée avec violence, soit avec la main, soit par l’application d’un corps à large surface.
Les érosions de la peau du cou sont des traces onguéales et dénotent l’application des mains en cette région. Le grand nombre de ces excoriations sur la partie latérale droite du cou (neuf) et le fait qu’il y en avait deux seulement sur la partie gauche, semblent indiquer ou bien que les deux mains ont été appliquées sur le cou de la même façon : le pouce à gauche, les autres doigts à droite, ou bien que l’application des mains a eu une certaine durée et qu’elles se sont plusieurs fois déplacées.
3° Les lésions constatées sur les poumons : congestion, ecchymoses sous-pleurales, plaques d’emphysème, spume visqueuse et sanguinolente dans la trachée, sont celles de l’asphyxie par strangulation.
4° Il n’existe dans les différents viscères aucune lésion permettant d’expliquer la mort d’une aulre façon.
5° En résumé la mort de la fille M... est le résultat d’une strangulation pratiquée à la main, et combinée avec l’occlusion des orifices naturels de la respiration, soit à la main, soit avec un corps mou tel qu’un oreiller, car autour de la bouche il n’y a aucune érosion.
6° La contusion de la racine du nez et des paupières est le résultat d’un coup porté avec un instrument contondant, tel que le poing, et qui a dû avoir pour effet d’étourdir la fille M... et de la mettre hors d’état de se défendre.
7° Sur aucune autre région du corps on ne trouve d’érosion, d’écorchure ou de contusion qui indique que la mort ait été précédée d’une lutte.
24. Meurtre. Strangulation à la main. — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par M. Prinet, juge d’instruction près le tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d’une ordonnance, en date du 10 juin 1881, ainsi conçue :
« Vu la procédure suivie contre le nommé T..., détenu, inculpé de coups et blessures volontaires sur la personne du nommé S.-D..., âgé de soixante-douze ans.
« Attendu que le 5 juin courant, le nommé S.-D... a été trouvé, vers six ou sept heures du soir, au domicile des époux T..., rue Saint-Sauveur, chez lesquels il avait diné, couché par terre, la figure ensanglantée.
« Qu’il a été transporté à l’Hôtel-Dieu où il a été admis dans la salle Saint-Landry, lit n° 10.
« Attendu que nous étant présenté aujourd’hui 10 juin, à l’Hôtel- Dieu , à l’effet de recevoir ses déclarations, nous l’avons trouvé couché, les yeux fermés, la bouche ouverte, respirant difficilement, hors d’état de parler et même de nous entendre, enfin dans un état qui semble voisin de la mort.
« Attendu que l’inculpé T... nie avoir frappé S.-D... et prétend que ce dernier s’est blessé en tombant.
« Attendu que le malade nous est signalé comme un alcoolique de longue date.
« Commettons M. le Dp Brouardel, à l’effet de vouloir bien se transporter à l’Hôtel-Dieu et examiner ledit S.-D... Il vérifiera ses blessures, en déterminera le caractère, dira celles qui sont le résultat d’une chute, et celles qui lui paraîtront provenir de coups volontairement portés. Il se prononcera sur la durée de la maladie ou de l'incapacité de travail.
« Si, comme tout porte à le craindre, le blessé venait à décéder, M. Brouardel voudrait bien procéder à l’autopsie et déterminer les causes de la mort. Il dira si le décès doit être attribué à l’alcoolisme plutôt qu’à l’événement du 5 juin, et quelle influence ont pu exercer sur la mort les coups reçus dans cette journée. »
Serment préalablement prêté, me suis présenté le 11 juin à l’Hôtel-Dieu.
Le sieur S.-D... étant mort le matin, j’ai procédé à son autopsie à la Morgue, le 13 juin 1881.
Le cadavre est celui d’un homme de soixante-douze ans, mesurant lm,80 et paraissant vigoureux pour son âge. La putréfaction
est déjà commencée et la rigidité cadavérique a disparu. Le cadavre présente une teinte jaunâtre uniforme et porte sur l’avantbras gauche un tatouage représentant un tambour major et sur l’avant-bras droit l’inscription : 1832. Sur la jambe gauche on constate la trace d’un ancien ulcère complètement cicatrisé.
Sur la bosse frontale droite se trouve une plaie oblique de haut en bas et de droite à gauche. Les lèvres sont un peu frangées et décollées dans une étendue de 1 centimètre environ. Cette plaie, recouverte d’une croûte sanguine desséchée, mesurant 25 millimètres, est doublée d’une suffusion sanguine de 14 centimètres sur 6 ou 7 environ de hauteur. Les paupières supérieures et inférieures des deux yeux sont le siège d’une ecchymose mesurant G centimètres de diamètre. La conjonctive de l’œil droit présente une ecchymose sous-conjonctivale, celle de l’œil gauche est intacte.
Les os propres du nez sont le siège, à leur partie moyenne, d’une fracture comminutive et les tissus environnants sont infiltrés par une suffusion sanguine qui rejoint les ecchymoses palpébrales.
La peau du menton est le siège d’une ecchymose en forme de fer à cheval, dont les branches arrivent aux commissures labiales. Sur l’extrémité du menton on voit une petite érosion couverte d’une croûte.
Les fosses nasales et la bouche sont remplies de mucosités sanguinolentes.
Les dents présentent les traces de fractures anciennes, le maxillaire inférieur n’est pas fracturé. La canine droite inférieure est légèrement repoussée en dedans et sur le point correspondant de la muqueuse de la lèvre inférieure se trouve une petite plaie.
Au niveau du bord supérieur du cartilage thyroïde et à droite, la peau de la région antérieure du cou porte une petite érosion curviligne mesurant 1 centimètre environ, à concavité externe. Au-dessus de la fourchette du sternum une ecchymose avec suffusion sanguine présente une coloration très nette. En disséquant celle région on constate que le tissu cellulaire qui double le premier est infiltré dans toute son étendue par une suffusion sanguine en nappe qui s’arrête de chaque côté à la gaine des muscles sterno-cléido-mastoïdiens, qui descend à droite jusqu’à l’ecchymose sus-sternale et s’arrête à gauche au niveau du cartilage cricoïde.
Les cartilages du larynx ne sont pas fracturés. La muqueuse du pharynx n’est pas ecchymolique.
OBSERVATIONS ET EXPERTISES MÉDICO-LÉGALES. — 24. 32i
La base de la langue est fortement ecchymosée. Les carotides gauche et droite ne sont pas déchirées. Elles sont un peu athéromateuses.
Les membres supérieurs et inférieurs, les mains, ne présentent ni érosion, ni ecchymose. Les côtes ne sont pas fracturées.
Les os de la voûte et de la base du crâne ne sont pas fracturés, ils ont une épaisseur considérable, atteignant 1 centimètre en certains points. Le cerveau, très œdématié, n’est pas congestionné et se décortique très bien. Les ventricules latéraux renferment une assez grande quantité de liquide.
L'œsophage est sain. La trachée est un peu rouge et contient un peu de spume. Les plèvres renferment à peine une cuillerée de liquide sanguinolent. Le poumon droit est très adhérent à la plèvre dans toute son étendue, il est très congestionné. Les bronches des deux poumons sont remplies de spume rougeâtre. Le poumon gauche présente quelques adhérences. Les poumons sont trop adhérents pour qu’il soit possible de distinguer des ecchymoses sous-pleurales.
Le cœur est flasque, volumineux, il renferme des caillots mons. Les valvules du cœur sont un peu athéromateuses, la valvul mitrale est saine.
L’estomac est vide et sa muqueuse n’est pas congestionnée.
Le foie est petit, gras et non cirrhotique. La vésicule biliaire, assez volumineuse, renferme de la boue calculeuse.
Les reins sont très congestionnés. La substance corticale est un peu atrophiée, mais ils ne présentent pas de dégénérescence et ils se décortiquent très bien.
La rate, molle et diffluente, présente à peu près son volume normal.
Conclusions. — 1° Le corps du sieur S.-D... porte des traces de violences multiples.
Les unes semblent résulter de coups portés avec un instrument contondant, ce sont la plaie de la région frontale droite, la fracture comminutive des os du nez.
Les autres, les suffusions sanguines du cou, de la base de la langue et probablement la déchirure de la lèvre inférieure, résultent d’une tentative de strangulation pratiquée à la main.
2° On ne peut affirmer qu’au lieu de résulter de coups portés avec un corps contondant la plaie de la région frontale et la fracture des os du nez ne sont pas la conséquence d’une chute sur un corps résistant, bien qu’il soit difficile de concevoir comment S.-D... aurait pu frapper en même temps le sol avec la racine des | os du nez et avec la bosse frontale. Il faudrait admettre que ces P. Broüardel. — La Pendaison. 21
lésions se sont produites successivement et que la tête aurait rencontré dans la chute un meuble ou un corps saillant analogue avant d’atteindre le sol.
3° Les lésions du cou et de la base de la langue ne peuvent s’expliquer par un procédé analogue. Pendant la chute, le cou n’aurait pu rencontrer en même temps à droite et à gauche un corps saillant produisant des lésions symétriques sans fracturer d’ailleurs le larynx ou la trachée. De plus l’érosion curviligne siégeant sur la région droite du cou, a l’aspect d’une empreinte laissée par un ongle d’assez grande dimension.
4° La mort a été la conséquence de la congestion pulmonaire déterminée par cette tentative de strangulation.
5° Le cadavre de S.-D... ne porte sur les autres régions du corps aucune érosion, ecchymose ou plaie indiquant qu’il y ait eu une lutte.
6° L’autopsie n’a pas révélé de lésions des viscères, foie, reins, qui démontrât que S.-D... eût de longue date des habitudes alcooliques..
Examen de taches. — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par M. Prinet, juge d’instruction près le tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d’une ordonnance, en date du 22 juin 1881, ainsi conçue :
«Vu la procédure suivie contre T..., détenu, inculpé d’avoir donné la mort au nommé S.-D...
« Attendu que T... prétend que S.-D... s’est blessé dans une chute et qu’il ne lui a pas porté de coups.
« Attendu que si cette version était vraie, il n’y aurait pas eu de contact entre l’inculpé et la victime.
« Qu’il semble résulter au contraire de l’examen des vêtements du premier, qu’ils sont tachés de sang en divers endroits, ce qui indiquerait qu’il y a eu lutte et contact.
« Commettons M. le Dr Brouardel, a l’effet de vouloir bien examiner les habits, la chemise et les chaussures dudit T..., lesquels ont été saisis et sont déposés en notre cabinet, et décrire le nombre et l’étendue des taches de sang qu’ils portent. Il donnera autant que possible l’explication de la présence de ces souillures. »
Serment préalablement prêté, ai procédé à l’examen de ces vêlements :
Une chemise, un pantalon de velours marron, un veston en toile bleue, une paire de bottes, appartenant au nommé T... (Narcisse), détenu à Mazas, 6e division, n° 52.
Chemise. — Celte chemise présente des taches de différentes natures :
1° Des taches de rouille sur la face interne du col et de la bande du col.
2° Des taches de matières fécales à la face interne des deux pans, principalement du pan postérieur.
3° Des taches de crasse disséminées sur les différentes parties de la chemise.
4° Des taches de sang principalement sur la manche droite, face externe. Ces taches sont assez nombreuses et paraissent résulter d’un essuyage. Elles occupent les deux côtés de la manchette, plus abondantes à la face antérieure de l’avant-bras. La face interne de la manchette droite est également tachée de sang, cela peut s'expliquer en supposant que la manchette ait été retournée au moment où le sang a atteint la chemise.
Trois très petites taches se rencontrent aussi sur la manche gauche et n’affectent pas de forme déterminée.
Une petite tache ronde dé 4 millimètres de diamètre environ occupe la partie supérieure et gauche du dos.
Il n’existe pas d’autre tache de sang sur la chemise. Le devant du plastron en est notamment exempt.
Pantalon. — Ce pantalon est en velours marron et à côtes. Il est dans un état de vétusté et de malpropreté extrêmes. Il est rapiécé et déchiré en plusieurs endroits. Au bas de la partie postérieure de la jambe gauche du pantalon on remarque une tache brun rougeâtre occupant le bord libre de la jambe sur une étendue de 4 centimètres environ. Cette tache recouvre uniformément le tissu en agglomérant les brindilles. En certains points on remarque de petites croûtelles desséchées et adhérant solidement au reste de la tache. Un peu au-dessus de cette tache on remarque sur la moitié de la largeur de la jambe du pantalon une teinte rougeâtre accentuée surtout au niveau de certaines côtes du velours présentant le même aspect que celui décrit plus haut, mais moins accentué.
Toutes ces taches présentent à l’œil nu les caractères des taches de sang. Pour s’assurer de leur véritable nature nous les avons soumises à l’examen microscopique. Dans ce but nous avons gratté avec un scalpel propre les parties de la lâche inférieure où la coloration rouge brun était le plus accentuée et celles où se trouvaient les petites croûtelles. Nous avons obtenu ainsi une poussière composée en partie de la matière de la tache et en partie des fibres du velours séparées en même temps, et qui n’ont pu être séparées du reste. Nous avons placé sur une lamelle de verre
propre cette poussière et une goutte d’eau salée au 1/1000 a été déposée sur celte poudre et abandonnée à l’évaporation spontanée, la matière colorante s’est trouvée ainsi dissoute. Alors une gouttelette d’acide acétique crislallisable a été placée sur le résidu et évaporée à une douce chaleur. La même opération a été répétée une dizaine de fois. En portant alors la lame sous le champ du microscope on a aperçu au milieu des fibres du tissu des îlots d’une substance rouge jaunâtre. En examinant avec soin la périphérie des îlots on peut constater quelques cristaux d’hémine qui bien qu’en petit nombre sont suffisamment caractérisés par leur forme et leur coloration plus foncée que celle de la substance au milieu de laquelle ils se trouvent.
Veston en toile bleue. — Ce veston en toile bleue présente sur toute son étendue, principalement sur les manches et sur le devant, de nombreuses taches de nature diverse, la plupart constituées par de la crasse.
A la partie supérieure du dos on remarque trois petites taches arrondies de l à 3 millimètres de diamètre, d’une coloration rouge brun et brillantes. Pour s’assurer de la nature de ces taches elles ont été découpées avec des ciseaux en suivant exactement leur contour. Les trois fragments réunis sur une lame de verre ont été imbibés avec de l’eau salée au 1/1000. Mais après macération et dissociation de ces fragments à l’aide d’aiguilles le liquide n’a présenté qu’une teinte jaunâtre extrêmement faible et appréciable seulement quand on plaçait la lame de verre sur un fond blanc. Les manœuvres destinées à produire les cristaux d’hémine n'ont donc pas été tentées, car en raison de la quantité extrêmement faible de substance sur laquelle on pouvait opérer, ces manœuvres ne présentaient aucune chance de réussite.
Bottes. — Celte paire de demi-bottes est en bon état. Elles sont enduites de suif et garnies de gros clous sur la semelle et les talons. Sur la semelle et entre ces clous il existe de la boue desséchée. En aucun point on n’aperçoit de taches de coloration rouge ou brune pouvant faire soupçonner la présence du sang. Sur l’empeigne et le reste de la chaussure il n’existe pas non plus, au milieu de la matière grasse qui recouvre le cuir, de tache sanguine. En enlevant par place cette couche de matière grasse on n’aperçoit pas non plus de tache de sang.
Conclusions. — Parmi les vêtements du sieur T... qui ont été soumis à notre examen, il en est deux, le pantalon et la chemise, qui présentent des taches de sang.
Sur le pantalon ces taches occupent l’extrémité inférieure de la partie postérieure de la jambe gauche. Elles n’ont pas la forme
arrondie qu’elles présentent habituellement, quand elles sont produites par du sang jaillissant d'une plaie. Elles paraissent, d’après leur situation et leur forme, résulter du contact avec un objet sanglant. La plus grande, qui siège exactement sur le bord inférieur du pantalon, peut avoir été faite en marchant sur un objet sanglant.
Sur la chemise les taches de sang occupent surtout la face extérieure de la manche droite. Le plus grand nombre parait résulter de l’essuyage d’un objet sanglant, mais il en est quelques-unes qui ont la forme de gouttelettes produites par le jaillissement du sang.
Sur le veston il existe à la partie supérieure du dos trois très petites taches qui présentent à l’œil nu l’aspect de taches sanguines, mais elles sont en trop petite quantité pour qu’on puisse s’assurer d’une façon certaine et par les réactions appropriées de leur véritable nature.
Sur les bottes on ne trouve pas de taches suspectes.
25. Strangulation à la main. — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par M. E. Ferey, juge d’instruction près le tribunal .de première instance du département de la Seine, en vertu d’une ordonnance, en date du 2 janvier 1880, ainsi conçue :
« Yu la procédure commencée contre :
« 1° F... (Marcel), cinquante-deux ans ;
« 2° Femme F..., née Louise H... ;
« Inculpés d’avoir, le 1er janvier 1880, volontairement donné la mort au nommé S... (Étienne).
« Attendu la nécessité de constater judiciairement l’état du cadavre du sieur S... et de rechercher les causes de sa mort en procédant à l’autopsie,
« Qu’il importe également d’examiner les inculpés qui prétendent avoir été victimes de violences de la part du sieur S...
« Ordonnons qu’il y sera procédé par M. Paul Brouardel, lequel, après avoir reconnu l’état du cadavre et fait les constations cidessus prescrites, s’expliquera sur les causes du décès, ainsi que sur les blessures dont les inculpés disent porter les traces. »
Serment préalablement prêté, ai procédé à ces diverses opérations le 3 janvier 1880.
I. Autopsie du cadavre de S... — Le cadavre est celui d’un homme grand, maigre, d’apparence vigoureuse. La putréfaction n’est pas commencée, la rigidité cadavérique a presque disparu.
Sur la face, on trouve à la partie inférieure de la paupière droite, à 1 centimètre et demi de son bord libre, dans le point qui
correspond à la saillie du bord supérieur de l’os malaire, une plaie horizontale de 3 centimètres, légèrement concave en haut, exactement parallèle au bord tranchant de cet os malaire. La peau et le tissu cellulaire sous-cutané sont divisés, infiltrés de sang. Cette sulfusion a pénétré sous la conjonctive de l’œil droit et forme autour de la cornée un chémosis sanglant. L’épanchement sanguin qui couvre l’os malaire a une épaisseur de 1 centimètre et demi.
L’os malaire droit est brisé près de son point d’union avec l’apophyse montante du maxillaire supérieur. La ligne de fracture traverse d’avant en arrière le plancher de l’orbite droit et communique avec le sinus du maxillaire supérieur. Les os du nez ne sont pas fracturés.
En dehors de la commissure externe des paupières de l’œil gauche, on remarque une petite ecchymose verticale mesurant 2 centimètres. L'œil et la conjonctive de ce côté sont sains. Le tissu cellulaire sous-cutané n’est occupé que par une petite suffusion sanguine.
Sur la peau de la région moyenne de la face antérieure du cou, on voit une érosion avec ecchymose. Cette érosion part de la ligne médiane, elle ne mesure pas plus de 1 à 2 millimètres en largeur, elle se dirige de la ligne médiane vers la droite, puis se courbe bientôt de façon à décrire une ligne curviligne dont la concavité regarde en haut et à gauche. Sa longueur totale est de 43 à 44 millimètres. Elle est nettement arrêtée près de la ligne médiane, les couches superficielles du derme sont divisées en ce point, elle est moins profonde dans sa partie ascendante, il semble qu’elle ait été produite par un ongle qui après avoir appuyé sur la ligne médiane a fait une échappée sur la peau de la région droite du cou.
Celte érosion occupe sur la face antérieure du cou, dans sa partie médiane, un point correspondant à l’union du cartilage cricoïde avec le premier anneau de la trachée.
En disséquant le larynx on trouve à la face postérieure du chaton du cartilage cricoïde une ecchymose sous-muqueuse mesurant 1 millimètre et demi sur 2. Dans le point correspondant à la face antérieure de la vertèbre cervicale, ou trouve une ecchymose de mêmes dimensions. Les cartilages du larynx ne sont pas fracturés.
Sur le reste du corps, on ne note sur la peau et dans le tissu cellulaire sous-cutané, ni érosion, ni ecchymose, ni suffusion sanguine, spécialement dans les enveloppes des organes génitaux.
Les os du crâne ne sont pas fracturés. Les sinus veineux, les
méninges et l’encéphale sont très congestionnés. Les méninges ne sont pas adhérentes. L’encéphale est sain.
Les parois du thorax sont intactes. Les côtes ne sont pas fracturées. La trachée et les bronches contiennent une écume finement aérée, un peu rougeâtre, visqueuse. Les poumons sont extrêmement congestionnés. Les plèvres sont vides, sans adhérences. On ne distingue ni emphysème ni ecchymoses sous-pleurales.
Le péricarde est vide, sans ecchymose, les orifices et les valvules du cœur sont sains, ses cavités ne contiennent pas de caillots et très peu de sang liquide.
Dans l’estomac il y a environ 100 à 150 grammes de bouillie alimentaire, n’ayant pas d’odeur vineuse et paraissant indiquer une digestion datant de deux ou trois heures.
L’intestin grêle est un peu congestionné par places.
Le foie est pâle, en dégénérescence graisseuse. Les reins se décortiquent facilement, ils paraissent normaux.
La vessie est intacte et contient un peu d’urine.
Conclusions. — 1° La mort de S... est le résultat d’une strangulation.
2° L’ecchymose placée sur la région moyenne et médiane du cou, l’ecchymose prévertébrale et post-laryngienne prouvent qu’une pression énergique a été appliquée en ce point. La forme de l’érosion cutanée semble indiquer que cette pression a été faite par un ongle tel que celui du pouce, et la direction à concavité supérieure et gauche de cette érosion indique qu’une sorte de torsion a dû être exercée, comme si on avait serré le cou à l’aide d’un lien ou d’une cravate, le pouce jouant le rôle du garrot.
3° La plaie de la paupière inférieure droite peut être la conséquence soit d’un coup porté avec un corps contondant sur cette région (la peau ayant été coupée entre le bord de l’arcade de l’os malaire et ce corps), ou d’une chute violente faite sur le bord d’un corps dur (la peau aurait éclaté par un mécanisme analogue entre ce corps et l’apophyse malaire).
4° L’état du foie doit faire penser que S... avait des habitudes alcooliques. La digestion du dernier repas était trop avancée pour que nous puissions déterminer si au moment de sa mort S... était en état d’ivresse. La congestion de l’encéphale, des méninges, des poumons, la fluidité du sang, l’absence de caillots dans le cœur, sont en faveur de cette hypothèse, mais ne suffisent pas à eu démontrer l’exactitude.
IL Examen de F... (Marcel), cinquante- deux ans. — Cet homme, petit, d’apparence maladive, marche difficilement, il a un affai-
blissement très notable de la molilité des membres inférieurs. Sur notre demande, il déclare que la nuit il urine au lit involontairement.
11 ne porte sur la peau du corps qu’une seule trace de violence. Sur la joue gauche on voit une érosion linéaire mesurant 4 centimètres, obliquement dirigée de haut en bas et de gauche à droite.
Les mains et les doigts sont couverts d’engelures, de crevasses et d'écorchures, dont aucune ne semble résulter d’une lutte.
Conclusions. — F... (Marcel) ne porte qu’une seule lésion pouvant résulter d’une lutte. Cette érosion linéaire qui siège sur la joue gauche paraît avoir été faite par un coup d’ongle ou un instrutrument aigu piquant comme une épingle.
III. Examen de la femme F..., née Louise H... — Celle femme, petite, maigre, âgée de quarante ans, déclare être d’une bonne santé.
Sur la joue gauche on aperçoit une ecchymose siégeant sur l’os malaire, cette ecchymose rougeâtre est à bords diffus ; près de l’oreille on voit une teinte rougeâtre analogue, peu prononcée.
La femme F... accuse une douleur à la partie moyenne du bras droit, nous y cherchons en vain une trace de contusion. Sur les autres parties du corps on ne constate ni érosion, ni ecchymose.
Conclusions. — Lafemme F... porte une seule lésion pouvantrésulter d’une lutte. Elle siège sur la joue gauche et semble résulter d’un coup porté par un instrument contondant tel que le poing ou par une main un peu rude donnant un soufflet.
26. Assassinat. Strangulation d’une belle-mére par son gendre.
— Je soussigné, Paul Brouardel, commis par M. E. Yalol, juge d’instruction près le tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d’une ordonnance, en date du 24 avril 1879, ainsi conçue :
« Yu la commission rogatoire à nous adressée par M. le juge d’instruction d’Angoulême dans l’affaire commencée contre le nommé B... inculpé d’assassinat.
« Commettons M. le Dr Brouardel, lequel après avoir prêté serment entre nos mains, nous adressera un rapport écrit sur les questions posées par ladite commission rogatoire. »
Serment préalablement prêté, avons pris connaissance de ladite commission rogatoire et des pièces jointes. La commission rogatoire est ainsi conçue:
« Nous L.-F.-H. Devaulx, juge d’instruction près le tribunal de première instance séant à Angoulême.
« Vu la procédure instruite contre le nommé Pierre R..., dit F..., âgé de vingt-trois ans, cultivateur, demeurant à Marsac, inculpé d’assassinat, détenu.
« Vu l’article 84 du code d’inslruclion criminelle.
« Attendu qu’il résulte les indices les plus graves que l’inculpé, après avoir étranglé sa belle-mère, la veuve L..., le 28 janvier 1879, l’a étendue dans un bâtiment obscur, placé derrière l’écurie de ses vaches, et l’a recouverte en entier de madriers et de planches épaisses, de façon à former au-dessus d’elle un espèce de plancher et à la cacher entièrement à la vue.
« Attendu que, après avoir eu l’air de chercher sa belle-mère dans tous les lieux, excepté toutefois dans le bâtiment où il l’avait enfouie, il s’est décidé le 8 février, c’est-à-dire douze jours après la disparition de la victime, à relever les pièces de bois qui recouvraient son corps, afin de préparer, d’après lui, une place pour y déposer une certaine quantité de fourrages qu’il disait vouloir y apporter; a joué le plus grand étonnement en retrouvant dans ce lieu ledit corps et s’est empressé de déclarer à tout le monde, même à la justice, que la mort de sa belle-mère devait être le résultat d’un pur accident produit par la chute inattendue de pièces de bois formant le long du mur une pile élevée de lm,28, pendant qu’elle était baissée tout auprès pour ramasser des balles de blé destinées à son bétail.
«Attendu que ce système de défense ne saurait être accueilli, en présence :
« 1° Du peu d’élévation de la pile des pièces de bois au-dessus du sol ;
« 2° De l’état du cadavre, dont toutes les parties, au lieu d’être broyées ou au moins contusionnées, étaient intactes, à l’exception du cou et du haut de la poitrine, sur lesquels le poids du bois avait opéré une simple pression sans déchirures ou ecchymoses;
« 3° De la position occupée par ces bois, qui loin de s’être éparpillés dans leur chute, s’étaient juxtaposés, recouvraient symétriquement tout le corps, même la tête, et formaient audessus un véritable plancher.
« Attendu, en effet, que ce fait est au moins invraisemblable, s'il n’est pas complètement impossible, et semble ne pouvoir être que le produit d’un travail effectué par une main habile et après la mort de la victime.
« Attendu que malgré les expériences faites sur les lieux d’abord par la justice, et ensuite en présence de celle-ci par un employé des plus capables des ponts et chaussées, l’un des médecins qui ont fait l’autopsie du corps (celui qui avait été appelé
par l’inculpé dès le début de l’affaire) a cru devoir adopter le système imaginé parce dernier, que par suite il est nécessaire de soumettre la question à un expert compétent et de lui demander à ce litre un avis motivé.
« Commettons rogaloirement l’un de Messieurs les juges d’instruction du tribunal de la Seine pour appeler devant lui M. le Dr Brouardel, professeur de médecine légale, demeurant à Paris, rue Bonaparte, 6.
« Afin de lui faire connaître les faits ci-dessus, de le désigner comme expert et après avoir reçu le serment voulu par la loi, de le charger de décider la question de savoir si dans les circonstances et les conditions plus haut énumérées, la mort de la veuve L... doit être attribuée à un simple accident ou si au contraire elle est le résultat d'un crime.
« Nous adressons en même temps en communication à notre collègue, pour être remises à M. le Dr Brouardel, les pièces suivantes :
« 1° Le rapport de M. Nadaud, d’Angoulème ;
« 2° Le rapport de M. Vivier, de Montignac. »
Rapport du premier expert, le DT Vivier. — Procès-verbal de constatation de décès de la veuve Marie G. . de M...
Je soussigné, docteur en médecine, demeurant présentement à Montignac (Charente).
Mandé le 8 février, à 2 heures, par M. le juge de paix du canton de Saint-Amand-de-Boixe, à l’effet d’établir l’identité et la cause de mort d’un cadavre trouvé, le matin, dans un bâtiment appartenant au sieur B..., de Marsac, gendre de la veuve Marie G..., disparue depuis une douzaine de jours.
Après m’être transporté sur les lieux et avoir procédé de 4 heures à 9 heures du soir, à toutes constatations nécessaires, en présence de M. le maire de la commune, de son garde champêtre, de deux gendarmes de la brigade de Montignac, du sieur B..., et de divers témoins de la localité.
Déclare ce qui suit :
Conduit à de vieux bâtiments, à quelque distance derrière l’église, à l’extrémité Est du bourg, à droite du chemin, appartenant au sieur B..., où se trouvaient réunis beaucoup d’habitants de la commune, j’ai passé par une vieille porte cochère, sous un hangar, puis à travers une petite cour carrée, pleine de fumier et d’immondices, de là à travers une écurie, dont la porte fait face à la porte cochère et où se trouvaient deux vaches attachées à leur crèche à gauche, et enfin, en face de la porte d’entrée, par une baie close seulement par des planches mobiles, dans
un réduit obscur, sans ouverture à l’extérieur, dont l’entrée par en bas élait obstruée par des pièces de bois, planches, madriers, poutres, renversées les unes sur les autres, à peu près parallèlement, dans une direction un peu oblique cependant, en éventail, par rapport à l’axe de cette entrée, une des pièces, prisme rectangulaire à 0m,20 de côté environ sur 3 à 4 mètres de long, étant buttée par son bout de devant au palier gauche de l’entrée, et ayant empêché, sans doute, les pièces de bois dans leur chute de s’étaler aussi largement par ce bout que par l’autre. Ces pièces de bois étaient auparavant rangées le long du mur, à droite de la porte et en retour de 0m,50 environ, les unes sur les autres, dans une hauteur de lm,80 environ. Le fermier qui les avait arrangées, il y a trois ans, élait là présent.
Il n’y avait eu, depuis cette époque, qu’un changement, consistant dans l’addition par-dessus le tout, par le fait du sieur B..., aidé de sa beile-mère, de la poutre buttée contre le pilier de la porte, dont il vient d’être question.
Entre cette poutre et les autres pièces de bois, qui étaient passées par-dessus, il y avait un vide, longitudinal, produit par le déplacement, opéré le matin par le sieur B..., d’une planche épaisse et large. Vers le milieu de ce vide, émergeait, de dessous la poutre, une tête humaine violacée, tuméfiée, cadavérique, couchée sur le côté droit et présentant par conséquent son côté gauche.
La planche enlevée le matin par le sieur B..., en présence d’un sieur G..., m’a-t-il dit, portait deux taches l’une à côté de l’autre, sur une de ses faces, vers le milieu de sa longueur, deux taches de sang altéré, correspondant aux points de la face sur lesquels elle avait reposé. Nulle autre trace sur les autres pièces de bois, avant d’y toucher. Le reste du réduit présentait à droite, le long du mur, une hauteur de pièces de bois de 0m,60 environ formant la base de la pyramide écroulée; au fond, quelques planches empilées le long du mur de face; à gauche, quelques pièces de bois obliquement posées du sol où elles s’appuyaient d’un bout au mur du fond sur lequel elles s’aboutaient de l’autre. Tout ce qui était à découvert du sol, était garni d’une couche épaisse de menu paille (balle de blé suivant l’expression du pays) sans trace de lutte.
J’ai fait enlever une à une, en les soumettant toutes à un examen minutieux, les pièces de bois accumulées, sans y trouver trace de sang ou de criminalité.
Arrivé à la poutre qui appuyait sur le cou de tout son poids, augmenté de celui des pièces superposées, engagée complètement
entre l’épaule et la tête, j’ai constaté sur la face cervicale externe une dépression profonde, dont l'effet immédial a été évidemment la suppression de toute communication d’air ou de liquide entre la tête et le thorax.
Et toutes les pièces enfin enlevées, le cadavre entier représentant celui d’une femme de quarante-huit à cinquante ans, reconnu par le sieur B... et les assistants pour être celui de la veuve G..., s’est montré couché sur le dos, un peu obliquement sur le côté droit, la tête reposant tout à fait, comme il a élé dit, sur la joue droite, les bras, chacun de son côté, un peu écartés du tronc, les mains en pronation, les jambes écartées également d’un angle d’environ 20 degrés, en supination, l’axe du corps un peu oblique de droite à gauche (par rapport à l’observateur) de manière à faire avec la ligne du mur de droite un angle d'environ 40 degrés.
Autour du cadavre la même paille offre une surface régulière, une traînée indique un passage habituel le long des pièces de bois. — Pas de traces de lutte ou de sang.
Un peu en arrière de la tête, et touchant presque les pièces de bois restées le long du mur, est une sébile de paille ( jedde , suivant l’expression du pays), qui est pleine de balle de blé.
. Entre le corps et cette sébile, sortait d'entre les pièces de bois restées en place le long du mur, à 0m,40 environ au-dessus du sol, un vieux bras de brancard, qui, si l’on pèse dessus par son bout libre, agit par son autre bout engagé dans les planches, de la façon d’un levier du premier genre, de manière à les soulever et à communiquer au tout un ébranlement, et à provoquer l’éboulement de toute la partie supérieure en dedans de la pièce. Cette action du levier devait être d’autant plus puissante que la hauteur des pièces de bois empilées était plus considérable, vu le peu de largeur de la base de sustentation et l’état d’équilibre instable où les a mises la grosse poutre superposée au tout ces temps derniers.
De telle sorte que rien n’est plus possible que la manière suivante dont a dû se produire l’accident; la femme, venant, suivant l'habitude, chercher de la menue paille pour les vaches, s’est avancée au tiers de la profondeur du réduit, le long des pièces de bois, a posé sa sébile en avant d’elle, s’est mise, à deux mains, faisant face à la rangée des pièces de bois, à remplir cette sébile, et, l’ayant remplie, pour se relever, volontairement, ou sans y faire attention, se sera appuyée de la main gauche sur l’extrémité libre du bras du brancard, et, dérangée subitement de son équilibre instable par le fait de ce levier accidentel, la masse se
sera subitement écroulée sur la malheureuse, qui poussée par devant, aura été renversée en arrière, recouverte, aplatie, et étouffée instantanément.
La tête est à moitié couverte par un mouchoir de coton quadrillé noir et blanc, attaché en fanchon par un nœud au-devant du cou, et que nous coupons. Un mouchoir de coton semblable à plus larges carreaux, un peu taché de sérosité roussâtre sèche près son pli qui touche au cou, recouvre, en forme de fichu, les épaules et le dos, ramené sur le devant de la poitrine par ses deux pointes assujetties par une aiguille. — Un caraco de drap bleu foncé est par-dessus, attaché par des boutons, et par-dessous une brassière de mérinos noir, attachée par une agrafe. Puis vient la chemise de toile blanche, et dessous le gilet de flanelle, intacts. Entre la chemise et le gilet de flanelle, sur le sein droit, est un livret fermé, qu’on remet à l’un des gendarmes.
Attachés à la taille, et ramenés exactement, sans désordre sur le bas du corps et les jambes, sont :
1° Un tablier, dit devanteau, de petit drogue!, avec deux cordons noirs noués sur le devant, et deux autres en arrière et plus bas, noués également (et qui se rompent en tirant) pour maintenir les bords serrés autour des jupes. — A ce tablier, une poche à droite, contenant un mouchoir, du sucre, du pain et du fromage; à gauche une poche contenant quelques chiffons, une pelote de coton bleu, deux de fil noir, une de fil blanc, un dé et des noix ;
2° Une jupe de flanelle rayée bleu et noir, avec deux cordons, le droit gris, le gauche noir, noués en avant ;
3° Deux grandes poches flottantes de toile grise, pendues une de chaque côté, à un cordon de toile, qui fait le tour du corps en arrière, et dont les' deux bouts ramenés en avant, sont attachés par une agrafe; ces poches qui contiennent des clefs, des papiers, des ciseaux, etc., sont remises au gendarme, avec le livret précité, pour être déposées intactes chez M. le maire ;
4° Une jupe de vieille toile toute rapiécée, attachée par des cordons de fil ;
5° Le bas de la chemise est intact.
Les pieds sont chaussées de galoches, avec chaussons de laine noire tricotée, et bas de laine, noire en bas, grise en haut, montant au-dessus des mollets, et retenus par des jarretières.
Les jupes et la chemise ont été fendues en avant par mon ordre ;
Les cheveux noirs, semés de quelques blancs, sont secs.
Le cuir chevelu et le crâne sont intacts.
Les yeux sont clos, les paupières ecchymosées, noirâtres ; à gauche l'angle externe de l’orbite excorié, ainsi que la tempe et l’apophyse jugale, qui ont supporté le poids de la planche enlevée par B..., excoriée aussi par l’action du pied de B..., qui déclare, qu’en enlevant la planche, et par mégarde, il a senti que son soulier touchait à cette partie.
L’épiderme décollé s’enlève par le frottement. La peau est racornie sur la joue. Les lèvres noires et bouffies. La conque de l’oreille et le conduit auditif externe sont remplis d’un sang noir, diffluent , ayant par conséquent coulé post mortern du côlé de la joue droite, appuyée et moulée sur la balle de blé, aspect noirâtre, sans gonflement ni excoriation.
Cou aplati, comme il a été dit plus haut, sans trace de meurtrissure ou d’excoriation ; colonne cervicale intacte.
Clavicules, côtes, colonne dorsale, tout le squelette, en un mot, intact.
Poitrine violacée avec vergetures cadavériques.
Abdomen un peu saillant, verdâtre, souple. L’épiderme ne se détache pas. A l’épine iliaque antéro-supérieure gauche, sur laquelle s’appuyait la poutrelle, racornissement du derme.
Parties sexuelles intactes.
Mains en pronation, violacées, sans traces de violences; ongles nels. Un anneau d’or à l’annulaire de la main gauche.
Face postérieure du corps violacée, vergetée, sans traces de violences, moulée dans la balle de blé.
Sauf en remuant le corps, peu d’odeur en raison sans doute de l’absorption par les débris de végétaux secs qui recouvrent le sol.
Donc :
1° Le cadavre trouvé, sous les pièces de bois renversées dans la pièce en arrière de l’écurie de B..., est bien celui de la veuve Marie G. ;
2° La mort a été instantanée ;
3° La mort remonte au moins à dix jours.
4° La mort ne reconnaît aucune cause criminelle;
5° La mort est le résultat de l’asphyxie, par compression des gros vaisseaux du cou, de la trachée-artère, et du thorax.
Telles sont les conclusions que l’examen le plus attentif, aidé des notions les plus positives de la science, permet nettement d’établir.
Signé : Dr Vivier.
Second rapport du Dr Vivier, — Je soussigné, docteur en médecine, demeurant à Montignac (Charente).
Requis par M. le juge d’instruction de l’arrondissement d’Angoulême, de nous rendre le 10 courant, à 9 heures du malin, au bourg de Marsac, à l’effet de procéder à l’examen du cadavre de la nommée Marie G..., veuve L..., qui l’avant-veille, sur la demande de M. le juge de paix du canton de Saint-Amant-de-Boixe, à qui a été remis un premier rapport, avait déjà été l’objet de notre examen.
M’étant trouvé à cette heure, audit bourg de Marsac, dans l’immeuble du sieur B..., gendre de 1a. femme G..., avec MM. le juge d'instruction, le juge de paix, le substitut du procureur de la République, etc., et mon très honoré confrère, M. le Dr Nadaud, d’Angoulème, commis aux mêmes fonctions.
Et ayant prêté à M. le juge, le serment voulu par la loi.
Déclare ce qui suit :
Ce cadavre enlevé par l’ordre de M. le juge, du réduit obscur où il était (la description du lieu, de la position des vêtements çt de tous les objets environnants est consignée dans le précédent rapport), et posé en bonne lumière sur des planches, nous avons constaté :
1° Température froide, celle du milieu ambiant. Les membres n’ont plus la souplesse qui suit du deuxième au dixième jour, la rigidité cadavérique; sauf au cou qui ne permet qu’avec un certain effort de ramener la tête de son inclinaison latérale droite à la rotation de face, les muscles se prêtent partout assez facilement à toute espèce de changement de position. La peau n’offre aucune trace de violences, sauf celles qui vont être notées, et ne présente de signes de putréfaction qu’à l'abdomen, où elle est verdâtre, et vergetée. Odeur fétide, peu prononcée avant l’ouverture du cadavre. État du squelette normal;
2° Gonflement par infiltration sanguine, énorme, violacé, noirâtre du cuir chevelu, du front, des paupières, du nez, des joues (la gauche surtout), des lèvres, du menton, et de la langue, qui dépassait les arcades dentaires et proéminait quelque peu entre les lèvres. Point de traces de violences. Du sang noir, liquide, dans le conduit auditif externe de l’oreille gauche, écoulé par conséquent après la mort. Sur l’éminence jugale et l’angle de la mâchoire inférieure, du côté gauche, l’épiderme enlevé et l’état parcheminé du derme dans une largeur d’une pièce de 2 francs environ. Notons bien le gonflement et l’infiltration moindres à droite qu’à gauche ;
3° L’aplatissement de la face gauche du cou, moins prononcé que l’avant-veille; et a la peau de la poitrine, à 1 centimètre environ du bord inférieur de la clavicule gauche et parallèlement à
cet os, une dépression linéaire, mate, résultat de la pression du bord de la poutre, qui reposait sur celte région. Depuis le premier examen, la clavicule, qui sous la pression de la poutre s’était enfoncée et abaissée, débarrassée du poids, s’est relevée et par son bord saillant, a fait à cette dépression, qui se confondait avec la surface aplatie du cou, un bord supérieur en relief qu’elle n’avait pas.
Sur le côté droit du cou, un peu en dessous du larynx, une ecchymose, due à la pression du bout d’un doigt en soulevant ou retournant le cadavre;
4° Sur le haut delà poitrine, à droite surtout, l'infiltration sanguine se montre sous la forme piquetée;
5° Les mains violacées, gorgées de sang; les ongles nets;
6° État mat, comme lardacé, du tissu cellulaire.
De l’examen extérieur, nous sommes passés à la nécropsie.
Une incision linéaire étant pratiquée du milieu de la lèvre inférieure à l’ombilic, nous avons isolé, adroite et à gauche, la peau du plan aponévrotique sous-jacent. Et nous avons trouvé en outre de quelques petites ecchymoses thromboïdes, à droite, une ecchymose d’infiltration du tissu cellulaire ne correspondant pas à l’ecchymose cutanée citée plus haut, des mêmes dimensions, s’éteignant dans le tissu cellulaire, et n’arrivant pas jusqu’à l’aponévrose.
Le plan aponévrotique divisé, nous avons mis à découvert les muscles slerno-mastoïdiens, sterno-thyroïdiens et thyro-hyoïdiens, des deux côtés, ils présentaient dans leur épaisseur, une infiltration ecchymotique de 3 millimètres à peine. Une ecchymose sous le pectoral gauche.
L’os maxillaire inférieur, divisé sur la ligne médiane et le thorax ouvert, nous avons enlevé les organes respiratoires, et nous avons constaté :
1° Langue énorme violacée ;
2° Pharynx net ;
3° Langue et trachée-artère sans altération;
4° Glotte et muqueuse trachéale et bronchique uniformément injectées et recouvertes d’une légère couche de mucus spumeux, rougeâtre ;
5° Aux poumons, injection générale plus prononcée à droite qu’à gauche, et en arrière qu’en avant, par l’hypostase, avec quelques petits points ecchymoliques.
Le poumon droit adhérant en grande partie par sa face externe à la paroi costale ;
0° Cœur très ferme, sain, ne contenant pas de caillot.
L’estomac fendu suivant sa petite courbure, avait à son intérieur un tiers de litre environ d’un magma épais de pain et de haricots blancs, mal écrasés, sans trace de vin ; à peine un commencement de digestion.
La rate était pâle ; lefoie énorme, jaune pâle, graisseux comme chez les alcooliques.
Rien de particulier aux intestins.
Parties génitales, comme il a été établi d’autre part, intactes*
Point de traces de déjections, ni à ces parties, ni à la bouche, ni à l’anus.
Ces constatations faites, les parties reposées en place, le tout a été soigneusement enveloppé dans un drap, et remis, sur l’ordre de M. le juge, à M. le maire, pour l’inhumation.
Ainsi donc, c’est-à-dire par le présent rapport et l’autre fait à M. le juge de paix et déposé, se trouvent établis suivant la demande de l’information :
1° Le lieu où était le cadavre;
2° La position qu’il occupait ;
3° Les lésions externes et internes.
Reste à déduire de ces données, autant qu’elles offrent à la déduction un terrain net et solide :
1° La cause de la mort ;
2° L’époque à laquelle elle doit remonter;
3° Le temps écoulé entre le dernier repas et la mort ;
4° L’heure de la mort ;
5° Les circonstances dans lesquelles elle a dû se produire.
lre Question : Cause de la mort?
Pas de doute possible. C’est la strangulation : l’intumescence par infiltration sanguine de toutes les parties de la tête et de la face, non comprimées, les thrombus ecchymotiques de la peau, du tissu cellulaire, des muscles et des poumons, l’injection uniforme de la muqueuse respiratoire, la présence dans les voies aériennes du mucus spumeux rougeâtre, enfin l’état de vacuité du cœur, constituent les allégations ordinaires, classiques, de la mort par strangulation.
2e Question : Quelle est l'époque à laquelle remonte la mort ?
En outre de l’état mat, lardacé du tissu cellulaire graisseux, du facile soulèvement de l’épiderme, de l’apparence racornie du derme sur certains points, deux signes surtout permettent de se prononcer d’une façon, pour ainsi dire chronométrique : la diminution de la résolution musculaire consécutive à la rigidité et le commencement de la putréfaction. La résolution musculaire, consécutive à la rigidité cadavérique, dure toujours du deuxième au P. Brouardel. — La Pendaison. 22
dixième jour. Comme elle est moindre, elle a donc dépasse son temps. Donc il y a au moins onze jours que la vie a cessé. La putréfaction se produit du sixième au douzième jour. Elle est arrivée il y a au plus treize jours.
3e Question : Le temps écoulé entre le dernier repas et la mort ?
L’examen de l’estomac et des ingesta répond positivement. Pas de digestion commencée ; par conséquent à peine une demi-heure.
4e Question : L'heure de la mort?
Rien d’affirmatif à cet égard. — La seule donnée est la présence de cette sébile (ou gedde), pleine de balle de blé, destinée au repas des vaches. A quelle heure ce genre de nourriture se donne-t-il d’habitude? C’est ce que savent les cultivateurs, et ils répondront. Une autre donnée cependant, c’est l’absence de liqueurs et surtout de vin, dans le brouet stomacal. Il y a un repas qu’on fait souvent sans boire dans nos campagnes : c’est celui auquel on donne le nom de collation, et qui a lieu entre trois heures et trois heures et demie. Cela est probablement.
5e Question : Quelles sont les circonstances dans lesquelles a du se produire la mort ?
Cette question va peut-être au delà de ce qu’on est en droit d’attendre des investigations médicales. Mais, comme elle nous est faite, et que, jusqu’à un certain point, les faits consignés dans nos deux rapports peuvent servir à la résoudre, nous nous ferons un devoir de l’aborder.
A la vue de ce cadavre dans cet arrière-fond d’écurie, une idée immédiate s’empare de l’esprit. C’est qu’il a pu y être apporté après un attentat. Mais pour que la mort eût été consommée ailleurs et avant le transport, l’acte de strangulation, qui l’eût produite, puisque les détails anatomiques ne permettentpas d’admettre un autre genre de mort, eût laissé des traces, soit d’un lien serré autour du cou, soit des ongles ayant comprimé le larynx, soit de corps étrangers engagés dans les orifices respiratoires. Aucune marque de cette nature n’a été constatée. Pour les ecchymoses circonscrites, remarquées à la peau dans le tissu cellulaire, dans les muscles, et les poumons, elles sont le résultat absolu de tout arrêt brusque de la circulation, et proviennent, comme conséquences pathologiques, de la poussée du sang dans son mouvement de retour vers le cœur, et de la surtension et rupture instantanée des vaisseaux capillaires, sous l’effort de cette poussée. D’autre part, l’acte violent n’a jamais lieu sans défense, il suppose toujours une lutte ; et la lutte laisse infailliblement des traces soit à la partie violentée, soit à quelque autre partie, soit aux vêtements.
Or, nulle part de traces de violences.
De plus, il eût fallu un certain temps pour amener le cadavre du lieu du crime à cet endroit. Or, la science a montré qu’après la mort violente, le travail de la digestion ne cesse pas instantanément, mais se continue un certain temps, de manière à en venir même à altérer les surfaces de l’estomac ; ce reste d’action vitale se fût certainement accompli dans le laps de temps du transport, où rien n’eût pu le contrarier: or l’interruption a été absolue, puisque la digestion a à peine commencé.
Donc, il n’y a pas eu de transport; et la cause qui a tué a été si complète qu’elle a même entraîné ce reste d’action vitale, particularité sur laquelle nous reviendrons en Unissant. Enfin, souvenons-nous de cette différence absolue d’intumescence sanguine, que nous avons soulignée entre le côté droit et le côté gauche de la tête.
Pour être complète, il faut que la congestion sanguine, vitale, ait eu lieu dans la position même où nous avons trouvé le cadavre. Sans cela, elle se fût faite également partout; et quelle qu’eût été la compression après son accomplissement par la mort, il en fût resté quelque chose au côté comprimé.
Marie G... est donc venue là vivante. — Y aurait-elle été étranglée avant d’être recouverte ? Libre de ses mouvements, elle eût lutté. On trouverait des traces, il n’y en a pas, ni sur elle, ni sur les objets environnants. Donc, elle a été recouverte d’abord, et évidemment par pièces successives; elle ne se serait pas laissé recouvrir sans une lutte, qui se révélerait, au moins, par le désordre des vêtements, et une direction, comme une certaine contraction des membres, en harmonie avec des efforts, sinon des blessures; ce qui n’existe pas.
Donc, elle a été recouverte tout à coup.
Comment, tombant de cette hauteur (lm,20 à lm^o), les pièces de bois ne l’ont-elles pas blessée, brisée? C’est qu’elles sont tombées de travers, non verticalement, se versant en quelque sorte les unes sur les autres, se gênant et s’arrêtant dans leur vitesse, venant, pour ainsi dire, à la fin de leur course, en éventail, se superposer, comme des tuiles, sur le corps renversé ; en dessous, la couche épaisse de balle a cédé par son élasticité , et l’enclume a manqué, comme le marteau avait manqué.
D’où cette chose singulière : pas de plaie, pas de fracture.
Ce renversement subit aurait pu être déterminé par une main criminelle, qui aurait attendu ce moment propice, ou l’aurait provoqué, ou serait arrivée à propos pour mettre à exécution un forfait prémédité ? La position du corps ne permet pas de le supposer.
Pour faire ce coup, un assassin arrivant à pas de loup, voulant éviter une lutte, que nous avons démontrée inadmissible, aurait profité de l’instant où la victime eût été baissée et lui eût tourné le dos; dans ce cas, les pièces tombant sur elle, l’eussent couchée sur son devant, et la figure eût été tournée, ou sur son côté gauche, ou sur sa face; ce qui est le contraire. Aurait-elle été surprise endormie ? Non, puisqu’elle ne faisait que de manger, que les instants écoulés entre le dernier repas et le commencement à peine ébauché de la digestion, n’avaient dû suffire que juste à l’arrivée de la femme à l’écurie et au remplissage de sa sébile, puisqu’il était une heure de la journée où, en hiver, on ne dort point, puisqu’elle était en train de donner à manger à ses vaches, et que femme active, comme on la connaissait, elle ne se fût point laissée aller à dormir avant de les avoir servies.
Dans un cas particulier, deux causes cependant auraient pu mettre celte pauvre femme dans un état ressemblant au sommeil, de manière à la livrer, pour ainsi dire, aux mains d’un criminel, — car elle était, dit-on, épileptique, et adonnée au vin. — Pour ce qui est du vin, non, puisque l’estomac n’en contenait pas. Et pour l’épilepsie, non plus; car une attaque d’épilepsie donne toujours lieu à l’expulsion par la bouche d’une écume, dont nous ne voyons pas trace, et très souvent à quelque petite plaie, au moins à une contusion de la langue qui pendant l’accès se trouve encore engagée entre les dents et mordue. Or, point de plaie à la langue.
Donc cet écroulement n’est point le fait d’une main criminelle. Et ce qui le prouve encore, c’est la disposition si régulière des pièces de bois; rien n’y sent le tâtonnement, ni le calcul; tout converge, ayant obéi, d’un bloc, à une seule force initiale d’éboulement qui s’était peu à peu, sourdement, à la longue, disposé de lui-même, et qui comme cela arrive à un vieux mur délabré, n’attend plus qu’un rien, un souffle même, pour se faire; effet fortuit, qui essayé de mille manières, comme on l’a fait une fois, mais encore d’une volonté variable, n’avant pas l’unité d’action de celte cause invariable, la pesanteur, ne se reproduirait probablement jamais identiquement semblable.
Mais, intervenant au moment où l’écroulement venait d’avoir lieu, un criminel, plutôt que de dégager la pauvre femme, qu’il aurait eu intérêt à voir mourir, n’aurait-il pas pu, profitant de l’impossibilité où elle était de se défendre, soit l’étrangler et lui charger ensuite le cou de la poutre, soit amener, si elle n’y était pas, la poutre en travers du cou, soit enfin, si elle y était, la charger encore ? Pour répondre, rappelons qu’il n’y a pas au cou tra-
ces de pression criminelle, et, dans pareille circonstance où il eût fallu profiter de l’instant, et où il n’y eût pas eu de temps à perdre, elles n’eussent pas été ménagées. Donc rien n’autorise la première supposition. Pour la seconde, amener la poutre en travers du cou pour opérer par son poids l’étranglement, elle supposerait dans les pièces de bois un cerlain arrangement consécutif qui en eût détruit la disposition spontanée si régulière ; l’œuvre du hasard, dont nous venons de parler, serait contredite par quelque chose; ce qui n’est pas. El puis changer de place la poutre, n’eût point été facile, vu son poids et sa longueur ; on ne la soulève que difficilement à deux. El, dans le cas où une force humaine eût élé capable de la déplacer, il est plus que probable qu’en la mettant en travers du cou, on n’eût jamais pu assez ménager son mouvement pour ne pas faire aux parties molles une égralignure, déchirure, ou contusion, dont nous aurions trouvé les traces. Donc la poutre s’est trouvée d’elle-même où elle est. Il ne reste donc plus que la troisième supposition, celle où le criminel, arrivé par hasard, aurait pu sans rien déranger des pièces de bois, ou, simplement, assister à l’étranglement fortuit, ou l’aider de son poids.
Devant cette difficulté, nous interrogeons en vain les murs qui seuls pourraient répondre.
Peut-être de l’instruction surgira-t-il quelque témoignage qui l’éclairera., si toutefois l’instruction fonde quelque importance sur ce soupçon qu’un criminel en voulant à celte femme, fût juste arrivé à ce terrible et critique moment, coïncidence tellement singulière que, même à bien réfléchir, elle échappe à l’hypothèse. Pourquoi, en justice, s’arrêter à des subtilités, quand les faits sont là dans toute leur simplicité ?
1° La poutre qui appuie sur Je cou d’un poids bien plus que suffisant pour intercepter toutes les relations de la vie entre la tête et le tronc, et que personne n’a pu mettre ;
2° Les pièces de bois qui couvrent tout le corps, moulé parleur poids dans la couche élastique sous-jacente, et qui lui constituent une étreinte falale, mort et ensevelissement tout à la fois;
3° La venue volontaire certaine de cette malheureuse femme dans cet endroit, et son occupation, attestée par la présence à ses côtés de sa gedde , à ramasser de la balle du blé pour le repas de ses vaches ;
4° La pile de bois, rangée sur une base étroite, dans une certaine hauteur, s’étant peu à peu dérangée et déversée (comme cela arrive toujours entre objets lourds mal liés), depuis trois ans, amenée définitivement à l’équilibre instable par la superposition
d’une poulre, plus lourde que le reste, qui devait nécessairement l’entraîner en dedans, au moindre effort et même spontanément;
5° La présence de ce bras de brancard (bayard) placé de travers dans l’épaisseur de la pile, au niveau du premier tiers de sa hauteur, en levier du premier genre, si puissant, justement, pour produire cet effort ;
6° L’écroulement enfin qui a poussé la femme en arrière, La renversée, couverte, enfoncée et enlacée dans une mort immédiate et absolue. Sous la pression générale qu’a subie tout à coup la malheureuse, les phénomènes de la vie ont dû être tous ensemble immédiatement enrayés ; c’est ce qui explique que, contrairement à ce qui arrive dans les morts violentes par simple strangulation, le phénomène de la digestion dans l’estomac ne se soit pas un peu continué et qu’il n’y ait aucune déjection par aucun des orifices, comme cela a été noté.
Une dernière question : Y aurait-il eu suicide ?
Cela pourrait être. La pauvre femme avait, nous l’avons dit, des accès d’épilepsie, et se livrait, comme le font, du reste, souvent les épileptiques, à l’abus des boissons ; l’état cirrhotique jaune, très avancé, du foie, que nous avons trouvé chez elle est, en effet, l’une des altérations ordinaires de l’alcoolisme. Or, les exemples de suicide sont fréquents chez les épileptiques et les ivrognes. Mais cette pauvre femme venait de faire un repas, ce qui est bien l’opposé de l’idée de s’ôter la vie, bien que cela se voie ; et dans le cas où, quand même, elle eût eu cette idée, elle ne se fût point exposée à se faire blesser sans être bien sûre de se tuer. Or, était-ce pour elle une certitude que cet éboulement de pièces de bois? Nous ne pensons donc pas qu’il y ait eu l’idée de suicide. Et nous concluons, comme dans le premier rapport, que la mort a été involontaire, fortuite, et instantanée.
Signé : Dr Vivier.
Rapport du Dr Nadaud. — Je soussigné, Hilaire Nadaud, docteur en médecine, médecin des hôpitaux et hospices d’Angoulême, sur la réquisition de M. le juge d’instruction, en date du 9 février, me suis transporté le lendemain avec mon confrère le Dr Vivier, au bourg de Marsac.
Après avoir prêté serment entre les mains de M. le juge d’instruction, nous avons procédé à notre examen.
Après avoir traversé une étable à bœufs, nous avons pénétré dans un réduit extrêmement sombre, sans autre ouverture que la porte qui ouvrait dans l’étable. Là nous avons été mis en présence du cadavre de la veuve L...
Le cadavre était étendu sur le dos et reposait sur la balle de blé4 la tête nue était dans l’extension, le menton relevé et tourné du côté de l’épaule droite, le côté droit de la face reposait sur le sol le côté gauche de la face était à découvert.
Les membres supérieurs étaient étendus le long du corps ; les membres inférieurs étaient un peu écartés, les pieds étaient à Qm 20 environ d’un amas de madriers superposés le long du mur.
La face était infiltrée, bouffie, bleuâtre, surtout autour des orifices naturels, yeux, nez, bouche. A l’oreille gauche une traînée de sang non coagulé, au niveau de l’angle de la mâchoire a gauche le derme est épaissi et rouge.
Je remarque un sillon très apparent, d’une longueur de 0,n ,20 environ, qui longe le bord inférieur de la clavicule gauche depuis la fourchette du sternum jusqu’à l’épaule gauche.
Sur l’abdomen plusieurs vergetures verdâtres résultant de la décomposition cadavérique.
Au niveau de l’épine iliaque antérieure et supérieure gauche, la peau est durcie et parcheminée.
Nous avons fait transporter le cadavre sous un hangar et
nous avons procédé à l’autopsie.
Le crâne ne nous a offert aucun symptôme de blessure, le cuir
chevelu est infiltré.
Au cou du côté droit, on voit une petite éraillure de la peau, mais très légère, et à son niveau pas d’ecchymose dans le tissu cellulaire. Daus l’épaisseur du derme, du même côté droit du cou, on trouve quelques ecchymoses de la grandeur et de la forme d’une lentille ; à la dissection, on reconnaît qu’elles sont formées par du sang coagulé.
Rien à noter autour des muscles slerno-mastoïdiens.
Larynx. - De chaque côté des faces latérales du cartilage thyroïde, dans l’épaisseur des muscles sterno-lhyroïdiens, on trouve des ecchymoses lenticulaires avec coagulation sanguine ; l’ecchymose du côté droit est plus en bas, celle du côte gauche plus en haut, près de la grande corne du cartilage thyroïde. Les replis de la glotte et toute la muqueuse du larynx sont rouges et infiltrés.
Dans toute la trachée , rougeur vineuse avec ecume sanguinolente, même rougeur dans les bronches et même écume.
A la base des poumons deux ou trois ecchymoses sous-pleurales, très petites, et deux noyaux apoplectiques. La partie anterieure des poumons n’offre pas de changement de coloration, la partie postérieure et inférieure par la position du cadavre est plus engouée par imbibilion cadavérique.
La plèvre droite avait des adhérences.
Dans les muscles -pectoraux, on voit du côté droit plusieurs caillots sanguins.
L 'estomac contient du pain et des haricots ; la masse alimentaire est d’une couleur grisâtre, elle est de la consistance d’une pâte grenue assez ferme ; il n’y a pas de trace de vin.
Le foie est volumineux, le lobe gauche recouvre tout l’estomac ; il a l’aspect de foie gras.
Le cœur ne contient pas de sang, dans les cavités, il est recouvert à la face antérieure par une couche graisseuse, très prononcée.
La dissection ne nous a montré ni infiltration sanguine, ni caillots au niveau du sillon qui longe la clavicule gauche, ni au niveau de l’épine iliaque antérieure et supérieure gauche.
A l’aide de ces constatations, je réponds aux questions posées par M. le juge d’instruction :
lrc Question : Quelle est la cause de la mort?
Les lésions signalées par nous appartiennent à deux genres de mort violente : la suffocation et la strangulation. La tuméfaction du visage, les ecchymoses du cou et de la paroi antérieure de la poitrine, les ecchymoses sous-pleurales sont communes à ces deux genres de mort. Mais la rougeur du larynx, l’écume sanguinolente de la trachée et des bronches, et les ecchymoses des muscles du larynx appartiennent à la strangulation.
2e Question : Dans quelles circonstances la mort a pu se produire?
D’après les renseignements qui nous ont été donnés par M. le juge d’instruction, lorsqu’on a trouvé le cadavre de la veuve L..., le 9 février, il était recouvert par une masse de planches et de madriers; mais lorsque j’ai vu le cadavre, le 10, toutes ces pièces de bois avaient été enlevées depuis la veille. En ma présence, on a cherché à rétablir la position de ces pièces de bois sur le cadavre. L’un des madriers ayant plusieurs mètres de long et 0m,20 environ de carré reposait obliquement sur le cou du cadavre; c’est l’un des angles qui s’est imprimé dans le sillon que j’ai signalé le long de la clavicule gauche.
Les autres planches ou madriers beaucoup moins lourds recouvraient le reste du corps.
Toutes ces pièces de bois, m’a-t-on dit, étaient d’ordinaire superposées le long du mur du réduit dans lequel on a trouvé le cadavre.
Il faut rechercher si la chute subite de ces poutres a pu causer la mort accidentelle de la veuve L...
a. Devant nous les bois ont été replacés dans leur position
ordinaire, superposés le long du mur, et on les a violemment renversés.
Tous sont tombés non pas à l’endroit où reposait la tête et le cou du cadavre, mais au point où étaient les pieds et les jambes. Je ne puis insister sur cette expérience qui a été faite sous mes yeux ; si elle était vérifiée et confirmée par un homme spécial, on devrait en tirer la conclusion que les pièces de bois n’ont pu en tombant couvrir la femme L...
b. D’après l’autopsie, je dois conclure que la grosse poutre n’a été placée sur le cou de la morte qu'après la mort : si la poutre était tombée sur la femme encore vivante, nous aurions trouvé par la dissection des caillots sanguins dans les bords du sillon signalé le long de la clavicule gaucho; l’angle de la poutre en s’incrustant là aurait produit les iésions ordinaires, des contusions; or, nous n’avons rien trouvé, ni ecchymose, ni collection sanguine au voisinage de ce sillon, j’en conclus que la femme n’était plus vivante quand la poutre a été placée sur le cou.
c. Sur le tronc et les membres, nous n’avons pas trouvé de traces de blessures ou de contusions; je crois que les poutres en tombant sur ces parlies auraient dû également y produire des lésions apparentes.
En résumé, pour moi, les poulres ne sont tombées sur la femme L... qu’après sa mort. La veuve L... a succombé à la slraugulalion et à la suffocation. Elle a dû être surprise, car il n’y avait pas traces de lutte.
3e Question : Le temps qui s'est écoulé depuis le dernier repas ?
Je pense que le dernier repas ne remontait pas à deux heures.
En foi de quoi, j’ai rédigé le présent rapport que je certifie sincère et véritable.
Signé : Dr H. Nadaud.
Angoulême, le 25 février 1819.
I. — Les lésions constatées dans les organes de la respiration par mes deux confrères, MM. les Drs Nadaud, d’Angoulême, et Vivier, de Montagnac, ne laissent aucune doute sur le genre de mort auquel a succombé la veuve L... La mort est le résultat d’une 'asphyxie par strangulation ou suffocation. Le mucus spumeux et sanguinolent qui tapissait la muqueuse du larynx, de ]a trachée et des bronches, la rougeur de celle muqueuse (peutêtre déjà difficile à interpréter, puisque la mort remontait à douze jours), les petites ecchymoses sous-pleurales, les noyaux apoplectiques des poumons, présentent l’ensemble complet des lésions que l’on constate dans la mort par asphyxie résultant de la stran-
gulation et de la suffocation, ces deux procédés étant d’ailleurs souvent simultanément employés.
Il résulte de l’état%u cœur, de l’absence des caillots que la mort a dû être rapide.
Je ne tirerai pas de l’état des matières contenues dans l’estomac des conclusions aussi absolues que M. le Dr Vivier pour fixer l’heure de la mort. Je n’oserai dire que la mort est survenue au plus une heure et demie après le repas. On ne trouvait, en effet, que du pain et des haricots dans la cavité stomacale; or ces aliments ne se digérant pas dans l’estomac peuvent se retrouver encore presque intacts une heure ou deux après le repas, alors que des matières albuminoïdes de la viande, avalées en même temps, auraient complètement disparu.
II. — Je dois signaler dans les rapports médicaux quelques lacunes, l’une d’elles n’est peut-être qu’apparente, mais il est important d’avoir à ce sujet des explications plus complètes.
Je ne trouve sur l’état du cuir chevelu, des tissus sous-jacents, des os du crâne et du cerveau que ces deux descriptions :
1° Dans le rapport de M. le Dr Nadaud : « Le crâne ne nous a offert aucun symptôme de blessure, le cuir chevelu est infiltré. » 2° Dans le rapport de M. le Dr Vivier : « 2° Gonflement par infiltration sanguine énorme, violacée, noirâtre, du cuir chevelu, du front, des paupières, du nez, des joues (la gauche surtout), etc. » Il serait regretlable que l’état des deux muscles temporaux n’ait pas été établi par comparaison, ainsi que celui des os du crâne et de l’encéphale.
Nous lisons en effet (rapport du Dr Nadaud) : « A l’oreille gauche une traînée de sang non coagulé », et (rapport du Dr Vivier) : « Du sang noir liquide, dans le conduit auditif externe de l’oreille gauche, écoulé par conséquent après la mort. »
Sur l’état du gonflement de la face les descriptions de nos deux confrères sont à peu près identiques. Il est admis que « la tête était tournée du côté de l’épaule droite, le côté droit de la face reposait sur le sol, le côté gauche de la face était à découvert » (rapport de M. le Dr Nadaud), et dans le rapport de M. le Dp Vivier, nous lisons : « Gonflement et infiltration sanguine énorme, violacée, noirâtre, du cuir chevelu, etc., des joues (la gauche surtout)... Notons bien le gonflement et l’infiltration moindres à droite qu’à gauche. »
Dans celte description deux choses nous étonnent, le gonflement moindre des parties placées dans la position déclive, ce qui est contraire à toutes les vérifications faites chaque jour sur les cadavres dont la putréfaction est déjà commencée, puis la pré-
sence d’une traînée de sang non coagulé dans le conduit auditif externe gauche, c’esl-à-dire dans celui qui était placé en haut.
D’où ce sang peut-il provenir? La mort par strangulation a pour conséquence ordinaire une exhalation de spume écumeuse sanguinolente qui fait issue, dans les heures ou les jours qui suivent le décès, par les narines et la bouche, et ce sang souille alors les orifices du visage, le haut des vêtemenls et le côté de la face placé dans la position déclive. Or, sur le cadavre de la veuve L..., dans aucun des rapports de nos confrères, la présence de cette spume écumeuse n’est notée; une phrase du rapport du Dr Vivier semble même indiquer qu’il n’y en avait pas ; ce ne serait donc pas elle qui aurait atteint le conduit auditif gauche, et y aurait déposé du sang noir; ajoutons enfin que l’oreille gau-
Iche placée en haut aurait été la dernière partie de la face mouillée par celle spume.
Il serait intéressant de déterminer si ce sang ne vient pas d’une fracture du rocher. On sait, en effet, que lorsqu’un meur-
I trier veut tuer un individu par strangulation ou par suffocation, il commence presque toujours par annuler toute résistance possible en étourdissant sa victime par un coup porté violemment sur la tête et plus spécialement sur l’une des fosses temporales.
Nous regretterions par conséquent que l’état des muscles et des os du crâne ne puisse être explicitement établi.
III. — Dans la description que nos confrères ont consignée dans leurs rapports, on doit distinguer des lésions faites évidemment pendant la vie et d’autres consécutives à la mort.
a) Lésions consécutives à la mort. — 1° La plaque qui occupait l’angle inférieur gauche de la mâchoire inférieure, semble être le résultat d’une violence post mortem , d’après la description du Dr Vivier, et ante mortem , d’après celle du Dr Nadaud.
Dr Vivier : « Sur l’éminence jugale et l’angle de la mâchoire inférieure du côté gauche, l’épiderme enlevé et l’état parcheminé du derme dans une largeur d’une pièce de 2 francs environ. »
Dr Nadaud : « Au niveau de l’angle de la mâchoire à gauche, le derme est épaissi et rouge. »
2° Le « sillon très apparent d’une longueur de 20 centimètres environ qui longe le bord inférieur de la clavicule gauche, depuis la fourchette du sternum jusqu’à l’épaule gauche... La dissection ne nous a montré ni infiltration sanguine, ni caillots au niveau du sillon qui longe la clavicule gauche » (Dr Nadaud). « L’aplatissement de la face gauche du cou, moins prononcé que l’avantveille; et à la peau de la poitrine, à 1 centimètre environ du bord inférieur de la clavicule gauche et parallèlement à cet os,
une dépression linéaire, mate, résultant de la pression du bord de la poutre qui reposait sur cette région. Depuis le premier examen, la clavicule, qui sous la pression de la poutre s’était enfoncée et abaissée, débarrassée du poids, s’est relevée, et par son bord saillant a fait à cette dépression, qui se confondait avec la surface aplatie du cou, un bord supérieur en relief, qu’elle n’avait pas » (Dr Vivier).
Ainsi, il est élabli qu’au niveau de ce sillon sous-claviculaire, il n’y a pas d’ecchymose de la peau, et il n’y a pas de sufïusion sanguine sous-cutanée. Il s’agit donc d’une lésion faite après la mort. Une poutre du volume et du poids notés par les experts ne pourrait tomber sur cette région, déprimer Ja clavicule (ainsi qu’il est admis, puisque cet os était enfoncé par la poutre), sans faire une plaie conluse de la peau qui recouvre la clavicule, ou au moins une ecchymose avec suffusion sanguine. On ne conçoit pas comment un madrier pourrait glisser avec une telle douceur que sa masse augmentée par le mouvement de la chute se soit trouvée annulée au point de ne pas produire une ecchymose et aurait pu en même temps déterminer un choc assez violent pour jeter une femme à terre et la tuer presque subitement. Pour qu’un madrier ait pu étrangler la victime sans faire une contusion, il aurait fallu qu’il eût été déposé avec précaution, et en tout cas, on ne saurait concevoir comment en des points qu’aucune violence n’a atteints, il s’est produit des ecchymoses (côté droit du cou), alors qu’il ne s’en produisait pas dans les points atteints par le corps contondant (côté gauche).
Cette lésion a donc succédé à la mort.
3° « Au niveau de l’épine iliaque antérieure et supérieure gauche, la peau est durcie et parcheminée » (Dr Nadaud). Cette lésion a également succédé à la mort.
b) Lésions faites pendant la vie. — Lésions siégeant au cou et dans les muscles de la poitrine. On trouve au cou : 1° une éraillure de la peau ; 2° des ecchymoses du derme et des ecchymoses profondes.
1° Êraillure de la peau. — « Au cou, du côté droit, on voit une petite êraillure de la peau, mais très légère, et à son niveau pas d’ecchymose dans le tissu cellulaire » (Dr Nadaud). « Sur le côté droit du cou, un peu au-dessous du larynx, une ecchymose d’un centimètre environ, avec très légère excoriation récente, due à la pression du bout d’un doigt en soulevant ou retournant le cadadre » (Dr Vivier).
Que l’érosion de l’épiderme soit le résultat d’une manœuvre opérée pendant l’expertise, cela est possible, mais le fait qu’il y a
une ecchymose démontre d’une façon incontestable qu’il y a eu en ce point une violence opérée pendant la vie. Il est singulier que pendant l’expertise un ongle ait produit une érosion précisément dans ce point ecchymolique.
2° Ecchymoses du derme et ecchymoses 'profondes. — « Dans l’épaisseur du derme, du même côté droit du cou, on trouve quelques ecchymoses de la grandeur et de la forme d’une lentille ; à la dissection, on reconnaît qu’elles sont formées par du sang coagulé. Rien à noter autour des muscles sterno-mastoïdiens. — Larynx. — De chaque côté des faces latérales du cartilage thyroïde, dans l’épaisseur des muscles sterno-lhyroïdiens, on trouve des ecchymoses lenticulaires avec coagulum sanguin ; l’ecchymose du côté droit est plus en bas, celle du côté gauche plus en haut, près de la grande corne du cartilage thyroïdien » (Dr Nadaud).
« Nous avons trouvé, en outre de quelques ecchymoses thromboïdes, à droite une ecchymose d’infiltration du tissu cellulaire, ne correspondant pas à l’ecchymose cutanée citée plus haut, des mêmes dimensions, s’éteignant dans le tissu cellulaire et n’arrivant pas jusqu’à l’aponévrose. Le plan aponévrotique divisé, nous avons mis à découvert les muscles sterno-mastoïdiens, sternohyoïdiens et Ihyro-hyoïdiens, qui étaient normaux. Les petits muscles crico-thyroïdiens des deux côtés présentaient dans leur épaisseur une infiltration ecchymotique de 0,003 à peine » (Dr Vivier).
Sans nous arrêter à quelques différences dans les descriptions fournies par nos deux confrères, nous pouvons dire que ces lésions ont clé faites manifestement pendant la vie et par des violences appliquées directement sur la région. Ces ecchymoses, notamment la suffusion sanguine du tissu cellulaire décrite à droite par le Dr Vivier, ayant 1 centimètre, ne rappellent pas le pointillé sanguin qui succède à la strangulation sans application de violence directe sur les points où siègent les ecchymoses. L’ecchymose ou plutôt la suffusion sanguine du tissu cellulaire du cou résulte d’une violence directe, et je ne trouve pas dans la description fournie par l’état des lieux l’explication de cette ecchymose si l’on admet la mort par chute des madriers.
Les ecchymoses péri-laryngées, dont le siège a été établi par la description de M. Nadaud, sont très analogues à celles que l’on trouve dans la strangulation pratiquée à la main.
3° Ecchymoses des muscles de la poitrine . — « Dans les muscles pectoraux, on voit du côté droit plusieurs caillots sanguins » (Dr Nadaud). « Une ecchymose sous le pectoral gauche » (Dr Vivier). L’absence de détails sur les dimensions et la forme de ces caillots ne nous permet pas d’en préciser la valeur.
En résumé. — Ainsi que nos confrères MM. Nadaud et Vivier, nous regardons comme démontré que la mort est le résullat d’une asphyxie par strangulation ou suffocation, ou peut-être par les deux modes combinés.
Les constalations de l’autopsie, telles qu’elles sont consignées dans les rapports de MM. les Drs Nadaud et Vivier, ne nous expliquent pas la prédominance du gonflement de la joue gauche et de la présence du sang dans le conduit de l’oreille gauche.
En groupant les lésions sous deux chefs, celles faites pendant la vie, celles qui ont succédé à la mort, nous croyons pouvoir affirmer que le sillon placé au-dessous de la clavicule gauche, la plaque de la peau au niveau de l’épine iliaque antérieure et supérieure gauche, résultent de pressions opérées après la mort, qu’il en est probablement de même de la plaque parcheminée qui occupe l’angle de la mâchoire inférieure.
Qu’au contraire l’ecchymose qui siège sur la peau du cou à droite et à la surface de laquelle existe une érosion de l’épiderme, les ecchymoses du derme, les suffusions sanguines qui siègent dans le tissu cellulaire et dans les muscles du cou, et dan3 les muscles de la poitrine, sont le résultat de violences subies pendant la vie.
Si maintenant nous cherchons à grouper les lésions en prenant pour point de départ les deux hypothèses qui peuvent servir à expliquer le mode de strangulation, nous constatons que si la mort est le résultat de la chute des madriers sur la veuve L..., pas un seul de ces morceaux de bois n’a laissé la marque du choc qu’il a dû produire en frappant la victime vivante, que de plus certaines lésions, notamment l’ecchymose de la peau du cou à droite, et la suffusion sanguine du tissu cellulaire du cou à droite également, ne trouvent pas d’explication.
Si la mort résulte d’une strangulation à la main, toutes les lésions que nous considérons comme faites pendant la vie s’expliquent par le mode de violence supposé.
Une seule objection subsiste, rien ne révèle l’existence d’une lutte. Nous devons faire remarquer que parfois des personnes peu vigoureuses succombent à la strangulation avec une facilité et une rapidité extrêmes, que nous n’avons aucune donnée sur la vigueur ou la faiblesse de la veuve L..., ni même sur son âge, que nous trouvons seulement dans le rapport du Dr Nadaud, que la face antérieure du cœur est chargée de graisse, et que le foie est gras, ce qui ne semble pas rendre probable une résistance bien énergique, et enfin, nous ignorons si la dissection de la région temporale gauche ne nous aurait pas permis de constater une lésion
prouvant qu’un coup antérieur à la strangulation avait mis la veuve L... dans l’impossibilité de se défendre.
Conclusions. — En tirant des rapports de nos confrères les déductions qui en sortent légitimement nous devons conclure :
1° La mort de la veuve L... est le résultat d’un asphyxie par strangulation ou suffocation;
2° Aucune des lésions faites pendant la vie ne paraît résulter de la chute de madriers sur son corps, l’hypothèse de la strangulation par un de ces madriers ne s’appuie donc sur aucune preuve scientifique;
3° Les lésions constatées sur la peau du cou et dans ses parties profondes sont identiques à celles que l’on constate dans la strangulation pratiquée à la main.
Mais en l’absence de renseignements sur les causes du gonflement de la région parotidienne gauche de la face, sur la cause de la présence du sang dans le conduit auditif gauche, et en présence de divergences constatées dans les deux rapports, dans les descriptions des lésions de la peau et des parties profondes du cou, nous ne saurions démontrer scientifiquement que la mort de la veuve L... est la conséquence d’une strangulation pratiquée par une main criminelle.
27. Assassinat d’une fille par son père; Strangulation. Viol.
— Je soussigné, Paul Brouardel, commis par M. le substitut de M. le procureur de la République près le tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d’une ordonnance, en date du 6 juillet 1879, ainsi conçue :
« Vu les articles 32 et 43 du code d’instruction criminelle et le procès-verbal dressé le 6 juillet 1879 par M. le commissaire de police du quartier de Saint-Gervais, constatant la mort par strangulation de la jeune Charlotte B...
« Commettons M. le Dr Brouardel, à l’effet de procéder à l’autopsie du cadavre, de rechercher les causes de la mort et de constater tous indices de crime ou délit. »>
Serment préalablement prêté, ai procédé à cette autopsie, le 7 juillet 1879.
Le 6 juillet, accompagné de M. le commissaire de police, je me suis transporté rue de l’Ouest, au domicile du sieur M... Nous avons trouvé dans une chambre située au fond de la cour, au premier étage, le cadavre d’une jeune fille couché sur un lit placé contre le mur qui fait face à la porte. Ce cadavre occupait la partie la plus rapprochée du bord du lit, il était étendu sur le côté droit, la face regardant le mur du fond. Cette jeune fille
IA STRANGULATION
élait couchée toute habillée sur la couverture de laine, mais les jupes de ses vêtements étaient relevées sur le ventre de telle façon que la fesse gauche et la cuisse gauche étaient à nu. L’extrémité seule des vêtements était abaissée entre les cuisses, mais ils n’en couvraient que le tiers supérieur ; les vêtements repliés sous le cadavre en arrière formaient une sorte de tampon. Les jambes étaient recouvertes par des bas retenus au-dessus des genoux par des jarretières.
La face était souillée par une grande quantité de spume qui formait un paquet de mousse en avant de la bouche et des narines, et avait fait une large tache sur l’oreiller. Les membres inférieurs étaient dans la demi-flexion, les deux bras étaient étendus le long du corps à peine fléchis.
Par l’anus sortaient des matières fécales.
Les vêtements qui couvraient cette jeune fille étaient un tablier de coton à carreaux gris et bleus, une robe à rayures jaunes et blanches, un peignoir rose et gris, une chemise, des bas de coton blanc.
La couverture de laine sur laquelle le corps de la jeune fille était placé présentait dans l’espace laissé libre entre le corps et le mur, au niveau de la région fessière de l’enfant, une sorte d’empreinte déprimée, sur laquelle on notait la présence de trois plis transversaux parallèles à arêtes vives. Ces plis semblaient avoir été récemment formés et avoir été déterminés par la compression d’un corps lourd tel qu'un corps humain.
1° Autopsie. — Le cadavre est celui d’une jeune fille de douze ans et demi, très forte et très vigoureuse. En l’absence de renseignements précis sur son âge, on admettrait plutôt que cette jeune fille devait avoir de quatorze à quinze ans. Le cadavre mesure 1 m,45.
La rigidité cadavérique n’a pas encore disparu. Les parties déclives du tronc, du bras droit, de la cuisse et de la fesse du même côté sont tachetées de larges lividités cadavériques. Sur le dos ces lividités présentent un pointillé très net ecchymotique.
La face est bouffie, tuméfiée, elle porté quelques cicatrices analogues à celles de la variole. La langue fait un peu saillie entre les lèvres, les dents ont marqué leur empreinte à un demi-centimètre du bord libre de la langue.
Par les narines et la bouche sort une spume aérée.
Les conjonctives oculaires sont mouchetées par de nombreuses ecchymoses sous-conjonctivales.
A la commissure labiale gauche on voit une petite croûte analogue à une croûte d’herpès datant de quelques jours.
En arrière de l’oreille droite se trouve une ecchymose avec suffusion sanguine profonde, mesurant 3 centimètres de diamètre. A ce niveau les muscles de la région postéro-latérale du cou sont infiltrés de sang et leurs gaines sont ecchymotiques. La région symétriquement placée à gauche, examinée par comparaison, ne présente rien de semblable.
Sur la partie médiane du cou, au-dessous du bord supérieur du larynx, quatre estafilades linéaires, longues, la plus grande de 4 centimètres, la plus petite de 2, sont dirigées de haut en bas et un peu de gauche à droite. Elles ont une légère courbure à concavité regardant à droite. Elles sont groupées de telle façon que l’on pourrait les inscrire dans un triangle à peu près isocèle dont le sommet serait sur la ligne médiane au niveau du bord supérieur du larynx, la base à droite de la trachée et le bord gauche du triangle sur la ligne médiane en avant de la trachée. Sur la ligne médiane, en avant du bord inférieur du larynx, on note la présence d’une petite écorchure arrondie ayant 2 à 3 millimètres de diamètre.
Le tissu cellulaire sous-cutané de cette région ne renferme pas de suffusion sanguine, mais le muscle sterno-hyoïdien droit en avant du corps thyroïde contient quelques petits caillots sanguins du volume d’une lentille. Sur la membrane thyro-cricoïdienne et à la pointe du lobe gauche du corps thyroïde, on voit deux petites ecchymoses.
Les veines jugulaires sont remplies par du sang liquide, et de la jugulaire droite il sort un caillot rouge et mou.
Les ganglions de la région sont un peu volumineux.
Sur les autres parties du corps on ne voit aucune trace de violence. Les seins sont à peine saillants, le mont de Vénus n’est pas encore couvert de poils.
Mais au-dessus du pubis on constate la présence d’une tache blanche, brillante à la lumière réfléchie, ayant des bords déchiquetés en forme de carte de géographie. Cette tache a une configuration allongée, elle mesure 10 centimètres en hauteur depuis la vulve jusqu’au tiers supérieur de la peau de l’abdomen, sur 2 à 3 de largeur, suivant les points mesurés.
Sur la cuisse droite, un peu au-dessous du pli inguino-crural, on note la présence d’une tache analogue mesurant 2 centimètres à peu près dans ses différents diamètres.
Nous détachons par dissection la peau de ces deux régions pour soumettre son revêtement à l’examen microscopique.
Les organes génitaux n’ont plus l’apparence qu’ils possèdent chez les jeunes filles vierges. Le clitoris est volumineux, la mu- P. Brouardel. — La Pendaison. 23
queuse des petites lèvres et celle de la fourchette sont flétries et forment des plis nombreux.
L’orifice de l’urèthre est très rouge.
L’hymen est déchiré. Son ouverture est très large. Cette membrane forme quatre lambeaux : un à droite, un à gauche et deux médians, l’un inférieur, l’autre supérieur. Ceux-ci bien que petits sont très nets. La rupture de la membrane a donc la forme d’un X. Les bords de ces déchirures sont cicatrisés, la rupture •n’est donc pas récente.
Le vagin est large, il s’écoule de la vulve par la pression un diquide d’apparence muco-purulent, nous le recueillons et nous enlevons l’appareil génital pour soumettre ses diverses parties à d’examen microscopique.
L’anus laisse échapper des matières fécales, mais il ne paraît /pas déformé.
Le tissu cellulaire qui double le cuir chevelu ne renferme pas d’ecchymose. Les os du crâne ne sont pas fracturés. Les méminges sont congestionnées. L’encéphale est absolument sain.
Le pharynx est rempli d’aliments. La partie postérieure de la muqueuse présente deux ecchymoses nettement limitées, le tissu • cellulaire qui sépare le pharynx de la région prévertébrale contient également une suffusion sanguine assez large.
La trachée est complètement remplie par des matières alimentaires, on retrouve ces matières jusque dans les grosses bronches.
Les plèvres sont vides, elles sont tachetées par une très grande quantité d’ecchymoses sous-pleurales. Dans le lobe inférieur du poumon droit on trouve quatre noyaux apoplectiques assez volumineux. Le lobe inférieur du poumon gauche forme un vaste noyau apopleclique. Les poumons ne contiennent pas de tubercules.
Les cavités du cœur sont remplies par un peu de sang liquide et quelques caillots rouges et mous. Les valvules sont saines.
L’estomac est très distendu. Placé dans la balance, l’estomac et son contenu pèsent 710 grammes. L’estomac seul pèse 120 grammes. Les 600 grammes de matières contenues ont un aspect gris rougeâtre, elles sont mises à part de façon à permettre d’apprécier la quantité d’alcool qu’elles peuvent contenir.
Le péritoine qui tapisse la partie inférieure du foie est tacheté par de nombreuses ecchymoses sous-péritonéales. Son parenchyme est sain.
La rate est petite et molle.
Les reins sont dans le ur état normal et se décortiquent facilement.
L’utérus est petit, triangulaire. L’orifice du col utérin est allongé transversalement, sur la lèvre antérieure on voit une petite ulcération de 3 ou 4 millimètres. La cavité du col et du corps contient, ainsi que le vagin, un liquide d’apparence mucopurulent.
2° Examen des taches brillantes et argentées observées sur V abdomen et la cuisse droite de la jeune Charlotte B... — Avec un scalpel neuf nous avons gratté avec soin la surface de ces taches et nous avons recueilli dans un verre de montre propre le produit de notre grattage que nous avons placé entre deux lames de verre très propres et bien appliquées l’une sur l’autre, afin de pouvoir l’examiner à notre laboratoire.
Nous avons procédé ainsi qu’il suit à cet examen :
Nous avons détaché quelques petites parcelles du produit de notre grattage et nous les avons placées au contact d’une goutte d’eau distillée, fraîchement préparée, sur une lame de verre très propre.
Après un temps suffisant pour la dilution, nous avons recouvert avec une lamelle très propre le liquide opalin et légèrement jaunâtre obtenu et nous avons examiné au microscope avec un oculaire 2 et un objectif n° 5 (Nachet), c’est-à-dire un grossissement de 500 D.
Nous avons alors nettement vu à côté de nombreuses cellules épidermiques et de petits poils provenant du grattage de la peau^ des débris de spermatozoïdes, têtes et queues, et des spermatozoïdes entiers, reconnaissables à leur tête triangulaire et à leur queue effilée.
Conclusions. — Les taches examinées contiennent des spermatozoïdes.
3° Examen du liquide vaginal et utérin. — Nous avons enlevé avec un verre de montre très propre le liquide qui se trouvait dans le vagin au moment de l’autopsie et nous l’avons placé entre deux lames de verre appliquées fortement l’une contre l’autre afin de pouvoir l’examiner à notre laboratoire.
Nous avons procédé ainsi qu’il a été dit ci-dessus à l’examen microscopique du liquide obtenu. Nous avons vu une grande quantité de cellules épithéliales pavimenteuses mêlées à de gros globules granuleux, telles qu’on les trouve dans la leucorrhée vaginale ; nous n’avons pu y voir ni débris, têtes ou queues, de spermatozoïdes, ni spermatozoïdes entiers.
Conclusions . — 1° Le liquide blanchâtre pris dans le vagin offre la même composition que le liquide leucorrhéique ;
2° Il ne contient pas de spermatozoïdes.
4° Recherche de V alcool contenu dans les matières alimentaires extraites de l'estomac de la jeune B... — Nous avons trouvé dans l’estomac de la victime environ 600 grammes de matières alimentaires, de couleur rougeâtre, composées de pain, de vin et de viande suivant toute apparence; nous avons mis le tout dans un bocal propre et nous l’avons transporté à notre laboratoire pour en faire l’analyse, au point de vue de la présence de l'alcool.
Nous avons procédé à cette recherche par la méthode suivante :
Nous avons pris la moitié des vomissements recueillis et nous l'avons introduite dans un ballon fort propre, après l’avoir étendue d’eau, rendue par la potasse suffisamment alcaline pour pouvoir neutraliser l’acidité des matières alimentaires. Ceci fait, nous avons interposé, sur le passage des vapeurs qui devaient se dégager du ballon sous l’influence de la chaleur, un large tube, dans lequel nous avons placé une nacelle de carton connant du noir de platine et portant à chaque extrémité un papier tournesol bleu, à la suite de ce tube se trouvait un réfrigérant ordinaire, destiné à condenser les vapeurs de distillation.
L’appareil installé nous avons chauffé avec modération le contenu du ballon et nous n’avons pas tardé à voir la distillation commencer, d’autant plus vite que nous avions pris la précaution de faire passer, à travers les matières contenues dans le ballon, un courant d’air au moyen d’un aspirateur.
Peu après le commencement de la distillation, nous avons vu le papier tournesol bleu le plus près du réfrigérant devenir rouge, c’est-à-dire indiquer que les vapeurs se dégageant du ballon s’acidifiaient au contact du noir de platine.
Or, nous savons que les vapeurs d’alcool, en passant sur le noir de platine, se transforment en vapeurs d'aldéhyde et d’acide acétique.
Nous avions donc affaire à des vapeurs d’alcool.
Nous avons continué la distillation jusqu’à épuisement, après avoir retiré la nacelle de noir de platine, afin de recueillir sans modifications tous les produits de la distillation, et de chercher la densité de ces produits, seul moyen d’arriver à une approximation de leur richesse en alcool, à l’aide des tables dressées par Gay-Lussac.
Nous avons trouvé un liquide ayant, à la température de 16°, une densité de 1000 au densimètre, et marquant 0° à l’alcoomètre de Gay-Lussac, ce qui indique que les matières contenues
dans l’estomac renfermaient une très petite quantité d’alcool.
Conclusions . — 1° Les matières contenues dans l’estomac contiennent de l’alcool provenant du vin qui s’y trouvait. (Recherche qualitative.)
2° Elles contiennent peu d’alcool, car l’alcoomètre marque 0° dans les 100 centimètres cubes de liquide distillé. (Recherche quantitative.)
5° Examen du liquide et du dépôt noirâtre trouvés au fond du vase de nuit de il/. . .
Scellé n° 3, couvert. — Aff. G. M... — M. Ferey, juge d’instruction. — Bocal contenant le liquide qui était dans le vase de nuit placé sous le scellé 13 et envoyé à la Morgue par notre collègue du quartier Saint-Gervais. Le commissaire de police,
Clément.
Nous trouvons un bocal fermé par un bouchon de liège maintenu par une ficelle rouge et portant deux cachets rouges avec la mention : Préfecture de police. Délégations judiciaires et Commissaire de police de Paris.
Après avoir coupé la ficelle que nous avons constaté être intacte, nous avons procédé ainsi qu’il suit à l’examen du contenu du bocal :
1° Pour nous assurer que nous nous trouvions bien en présence d’urine, nous avons cherché si le liquide à examiner contenait de l’azote, principe constituant de l’urée et de l’urine.
Le contenu du bocal est alcalin. Sans faire une analyse organique complète du liquide, nous en avons prélevé quelques centimètres cubes que nous avons laissés tomber goutte à goutte dans un verre à expérience contenant de l’hypobromite de soude, réactif qui jouit de la propriété de décomposer l’urée en donnant lieu à un dégagement d’azote. Nous avons aussitôt vu une vive effervescence se manifester et d’abondantes bulles de gaz se dégager.
Après avoir recueilli, dans une autre expérience, les bulles de gaz qui se dégageaient, nous avons pu constater que le gaz obtenu n’était absorbé ni par la potasse, ni par l’acide pyrogallique, et par conséquent n’était ni de l’acide carbonique, ni de l’oxygène. Il éteignait de plus les corps en combustion et n’avait aucune odeur. C’était donc de l’azote.
Nous avons vérifié l'origine de l’azote trouvé de la façon suivante :
Nous avons pris 2 centimètres cubes du même liquide auxquels nous avons ajouté quelques gouttes d’acide azotique pur. Nous avons légèrement chauffé et laissé reposer après évaporation à
moitié. Nous avons ensuite examiné au microscope les parois du verre de montre qui avait servi à faire l’évaporation. Nous avons alors nettement vu de nombreux cristaux de nitrate d’urée, reconnaissables à leur forme cristalline (tables hexagonales et rhomboidales entassées les unes sur les autres). C’était donc de l’urée.
2° Nous avons procédé ainsi qu’il suit à l'examen du dépôt noirâtre :
Nous avons jeté le contenu du bocal sur un filtre en papier blanc, afin de recueillir tout le dépôt qui s’y était formé.
La filtration terminée, nous avons seulement (le peu d’abondance du dépôt rendant toute analyse organique complète impossible) cherché à caractériser par l’examen microscopique la nature du résidu noirâtre et visqueux laissé sur le filtre.
Il résulte de l’examen que nous avons fait avec des grossissements différents, que ce dépôt offre l’aspect et la composition microscopique des résidus alimentaires qu’on observe dans les fèces qui existent sur la couverture et sur la chemise : des globules de nature graisseuse, des cellules qui nous ont paru d'origine végétale, des débris organiques qui nous ont paru être des débris de fibres musculaires, enfin des corpuscules diversement colorés en jaune et en noir, dont nous ne saurions préciser la nature.
Conclusions. — 1° Le liquide contenu dans le bocal qui nous a été remis, est de l’urine ;
2° Le dépôt qui s’y trouvait paraît constitué par des matières fécales délayées.
6° Examen des vêtements de la jeune B...
Commissariat de police des délégations judiciaires. — Procèsverbal du 11 juillet 1879, scellé n° 1. — Assassinat. — Aff. C. M... — M. Ferey, juge d’instruction. — Chemise en toile de coton, jupon en indienne, robe en indienne, tablier en cotonnade, caraco blanc, paire de bas en coton blanc, paire de bottines, filet pour cheveux, appartenant à la fille B..., saisis à la Morgue de Paris.
Le commissaire de police,
Clément.
1° Une chemise en toile de coton blanche.
Nous trouvons une chemise extrêmement sale et couverte de taches de toute nature.
La face interne du pan postérieur est maculée par des matières fécales.
Au milieu de la partie antérieure de la chemise, près de la couture médiane et sur son bord gauche, nous trouvons une large tache à bords nettement limités et présentant une certaine con-
sistance. Nous avons employé pour en déterminer la nature le procédé habituel pour la recherche des spermatozoïdes.
Nous avons nettement vu des débris de spermatozoïdes et des spermatozoïdes entiers.
Conclusions. — 1° La tache examinée est une tache de nature spermatique.
2° Le jupon en indienne, la robe en indienne, le tablier en cotonnade, le caraco blanc, la paire de bas en coton blanc, la paire de bottines, le filet pour cheveux, sont en fort mauvais état. Sur aucun de ces vêtements nous n’avons trouvé de tache suspecte.
7° Préfecture de police. — lre division. — 2mc bureau. — Quartier Saint-Gervais. — P.-V. du 6 juillet 1879, n°973. — Aff. C. M... (François-Alexandre). — Meurtre. — Scellé n° la, ainsi conçu : La dernière chemise portée par la défunte Charlotte H...
Le commissaire de police,
Illisible.
Nous trouvons une chemise en toile de colon blanche extrêmement sale et couverte de nombreuses taches de toute nature.
Malgré l’examen le plus attentif, nous ne découvrons sur les pans antérieur et postérieur aucune tache de nature suspecte.
Nous prélevons cependant sur chaque pan un échantillon que nous examinons par le procédé ordinaire.
Nous y constatons un grand nombre de poussières organiques diversement colorées, au milieu desquelles il est impossible d’apercevoir quelques-uns des éléments habituels du sperme.
8° Préfecture de police. — lre division. — 2me bureau. — Quartier Saint-Gervais. — P.-V. du 6 juillet 1879, n° 973. — Aff! C. M... (François-Alexandre), — Meurtre. — Scellé n° 6. — Le mouchoir blanc trouvé au pied du lit.
Le commissaire de police,
Illisible.
Nous trouvons un mouchoir blanc à liteaux de même couleur,, sans marque et couvert de nombreuses taches. Quelques-unes offrent l’aspect de taches de vin, les autres de mucosités nasales desséchées.
Nous avons examiné successivement au microscope deux échantillons de ces dernières taches, et nous avons nettement vu qu’elles étaient composées d’un grand nombre de cellules épithéliales cylindro-coniques à noyaux gros et granuleux et de quelquesglobules blancs liés granuleux.
Conclusions. — 1° Le mouchoir n’offre aucune particularité intéressante ;
2° Les taches que nous avons examinées sont constituées par du mucus nasal desséché.
9° Préfecture de police. — lre division. — 2me bureau. — Quartier Saint-Gervais. — Procès-verbal du 6 juillet 1879, n° 973. — Aff. C. M... (François- Alexandre). - Meurtre. — Scellé n» H. — Les deux draps.
Le commissaire de police,
Illisible.
Nous trouvons deux draps en toile en assez mauvais état et porteurs tous les deux de nombreuses taches de nature différente.
L’un porte de larges taches occupant plusieurs décimètres carrés, de couleur légèrement violacée, rappelant la teinte vineuse que produirait du vin très étendu d’eau et renversé sur une toile blanche. On y constate aussi des taches de matières fécales.
L’autre présente des lâches beaucoup moins étendues, mais occupant à peu près le centre du drap; elles ont pour principal caractère d’être de forme arrondie, de couleur gris blanchâtre, de consistance légèrement empesée et à bords très nets.
Nous avons examiné par le procédé déjà décrit ces dernières taches et nous avons nettement vu tous les éléments constitutifs du sperme, complets et incomplets.
Conclusions. — Les taches de forme arrondie observées sur l’un des draps sont des tâches de sperme.
10° Préfecture de police. — lre division. — 2mc bureau. — Quartier Saint-Gervais. — Procès-verbal du 6 juillet 1873, n° 973. — Aff. C. M... (François-Alexandre). — Meurtre. — Scellé n° 10, ainsi conçu : Couverture brune en laine.
Le commissaire de police,
Illisible.
Nous trouvons une couverture en laine brune età liteauxrouges.
Nous ne remarquons sur les deux faces de celte couverture aucune autre tache que des taches de matières fécales desséchées de couleur noirâtre.
Conclusions. — 1° La mort de Charlotte B... est le résultat d’une strangulation pratiquée à la main;
2° Les stigmates laissés par les violences exercées pour pratiquer cette strangulation ne peuvent avoir été faits que par l’application d’une main droite, dont le pouce était placé derrière l’oreille droite de la victime, et les extrémités des doigts sur la région antérieure du cou ;
3° La strangulation a été opérée peu de temps après que la victime avait ingéré une grande quantité d’aliments;
4° Sous l’influence de la strangulation, une partie des aliments a été vomie, et ne trouvant pas d’issue par le pharynx aplati par la pression de la main qui étreignait le cou, elle a reflué dans les voies respiratoires, la trachée et les bronches. Cet accident a rendu l’occlusion des voies aériennes plus complète et a dû hâter la terminaison mortelle;
5° Cette jeune fille est complètement déflorée. La défloration est trop ancienne pour que nous puissions en rechercher la date. L’état de flétrissure de la muqueuse vulvaire, la dilatation de l’orifice de la membrane hymen et du vagin prouvent qu’il y avait déjà eu, non pas un seul rapprochement sexuel, mais des actes vénériens répétés;
6° Les taches brillantes, argentées, trouvées sur l’abdomen et la cuisse droite de Charlotte B... sont des taches de sperme. Elles n’ont pu conserver leur forme et leur apparence que parce qu’après l’acte vénérien ces taches n’ont subi aucun frottement. Elles ont donc été faites dans les derniers instants de la vie de Charlotte B... ou après sa mort;
7° L’examen à l’œil nu du vagin et de l’orifice du col utérin, l’examen au microscope du liquide contenu dans le vagin, démontrent que Charlotte B... était atteinte d’une inflammation déjà ancienne des organes génitaux. Il serait impossible d’en préciser la nature : le pus produit par une blennorrhagie ou par une inflammation spontanée a, en effet, les mêmes caractères;
8° La distillation des matières contenues dans l’estomac ne prouve pas que la victime fût en état d’ivresse au moment de sa mort;
9° La chemise que portait la jeune B... au moment de sa mort présente une large tache de sperme placée sur le pan antérieur.
IL Examen de l'inculpé. — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par M. E. Ferey, juge d’instruction près le tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d’une ordonnance, en date du 7 juillet 1879, ainsi conçue :
« Vu la procédure commencée contre M... (François), âgé de trente-quatre ans, détenu, inculpé d’homicide.
« Attendu la nécessité de constater judiciairement l’état où se trouve en ce moment l’inculpé qui prétend avoir tenté de se donner la mort par pendaison.
« Ordonnons qu'il y sera procédé par M. Paul Brouardel, lequel après avoir reconnu l’état où se trouve ledit sieur M..., s’expliquera sur les causes de toutes blessures qu’il pourra constater. »
Serment préalablement prêlé, ai procédé à cet examen le 7 et le 13 juillet 1879.
M... (François), âgé de trente-quatre ans, est un homme vigoureux, qui paraît d’une excellente santé. 11 aurait eu une scarlatine pendant qu’il était soldat il y a dix ans.
On ne constate pas chez lui de trace de maladie actuelle. Les centres nerveux, les poumons, le cœur, les organes de l’abdomen, ne présentent aucun trouble fonctionnel. Les lèvres, les mains, la langue ne tremblent pas, il n’est pas alcoolique.
La peau du cou ne porte ni érosion, ni écorchure, ni ecchymose, ni trace de violence quelconque. Nous avons pratiqué cet examen deux fois, à huit jours de distance, parce que les suffusions sanguines profondes ne paraissent quelquefois sous forme d’ecchymose que quelques jours après leur production.
Sur la peau de la fosse sous-épineuse gauche, on voit une érosion superficielle de 3 centimètres sur 2, un peu ecchymotique, sans caractère spécial.
Sur les autres parties du corps on ne constate pas de trace de violence.
Les organes génitaux sont normalement conformés. La verge est longue et plutôt mince. Le gland est à moitié recouvert par le prépuce. Par l’urèthre on fait suinter une goutte de pus blanchâtre. Le pan antérieur de la chemise que porte l’inculpé depuis la veille, d’après l’affirmation du gardien de Mazas, est souillé à sa partie inférieure par une dizaine de taches un peu jaunâtres.
On ne découvre aucune ulcération syphilitique récente ou cicatrisée.
L’anus a sa conformation normale.
Conclusions. — 1° La peau du cou ne porte aucune trace de violence récente, ni érosion, ni ecchymose, qui révèle une tentative de pendaison ;
2° La petite érosion superficielle de l’épaule gauche ne présente aucun caractère spécial qui puisse en dévoiler la cause;
3° François M... est atteint d’une blennorrhagie subaiguë, dont le début date de plusieurs semaines, d’un mois environ.
28. Assassinat. Strangulation à la main. Incrustation de graviers. — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par M. Habert, juge d’instruction près le tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d’une ordonnance, en date du b octobre 1881, ainsi conçue :
« Vu la commission rogatoire de M. le juge d’instruction de
Caen, en date du 30 septembre, dans la procédure suivie contre le nommé T..., inculpé d’assassinat.
« Ordonnons que M. le Dr Brouardel exécutera ladite commission, serment préalablement prêté, et déposera un rapport. »
Cette commission, en date du 30 septembre 1 884 , est ainsi conçue :
« Nous, Louis-Jacques-Alexandre Dadin, juge d’instruction de l’arrondissement de Caen.
« Vu la procédure criminelle dirigée contre le nommé T... (Paul- Narcisse), inculpé d’assassinat.
« Le 25 de ce mois, deux pêcheuses de crevettes ont informé,, vers 7 heures et demie du soir, M le maire de Cabourg, qu’elles avaient vu un individu tenir sous l’eau quelque chose de noir et qu’elles pensaient bien que cet individu venait de donner la mort à une personne qu’elles avaient vue avec lui quelques instants auparavant. Cet individu, le nommé T..., déclara qu’il pêchait, en effet, avec sa servante âgée de vingt-trois ans, qu’elle avait tout à coup disparu, alors qu’il était à une certaine distance d'elle, qu’il ne savait ce qu’elle était devenue et qu’il craignait qu’ellene se fût noyée, et, accusé immédiatement de sa mort, il protesta énergiquement et prétendit qu’on n’avait pas pu le voir tenir quelque chose sous l’eau, car il ne s’était même pas baissé. Le cadavre de la servante, fille Adelina J..., fut retrouvé le lendemain, vers 5 heures du matin (il avait donc été dans l’eau pendant dix heures environ).
« Le maire de Cabourg fit immédiatement visiter ce cadavre par un médecin de Dives, qui, sans se prononcer sur la nature de certaines blessures qu’on apercevait à la tête, demanda que l’examen fût fait par le médecin ordinaire du parquet.
« On a procédé à cette autopsie du cadavre, le 28, vers 10 heures du matin ; elle a été faite par le docteur de la chambre d’instruction et en présence du docteur de Dives, que le maire avait précédemment appelé.
« Le docteur de la chambre d’instruction, indépendamment de certaines blessures constatées dans les yeux de la victime, et dont l’une notamment, assez grave, aurait été faite par un pouce,, pense et affirme même que plusieurs ecchymoses qui se trouvaient sous le menton de la victime, ont été faites par la pression de quatre doigts maintenant la tête sous l’eau. De même qu’une autre ecchymose ou contusion se trouvant au cou est le résultat de la pression d’un doigt. Les écorchures qui existent à ces divers endroits auraient, suivant lui, été faites par les ongles des doigts.
« L’autre docteur n’admet pas que ces ecchymoses aient été
produites par des doigts et des ongles; il pense que ce sont des crabes qui, pendant les dix heures que le cadavre a séjourné dans l'eau, ont commencé à l’attaquer et ont fait des morsures au cou et sous le menton.
« Dans ces circonstances, nous avons fait enlever la partie du cou et le dessous du menton où se trouvent les ecchymoses, afin de faire procéder à une expertise.
« Nous donnons, en conséquence, commission rogatoire à l’un de MM. les juges d’instruction de la Seine de nommer un de ses experts habituels, avec mission de rechercher si les ecchymoses, contusions ou blessures qui existent sur les parties du cou et le dessous du menton que nous adressons, proviennent d’une pression exercée pendant la vie par des doigts ou de morsures de crabes postérieures à la mort.
« Nuta. — Les pièces à conviction sont enfermées dans un flacon qui contient aussi un placenta établissant que la victime était enceinte, mais l’expert n’aura pas à s'occuper de ce placenta qu’il laissera dans l’alcool et me retournera plus tard. »
Serment préalablement prêté, ai procédé à l’examen des scellés qui m’étaient confiés.
Dans une boite en bois scellée, nous trouvons un petit flacon également scellé du sceau de M. le juge d'instruction du tribunal de première instance de Caen (Calvados). Après avoir retiré le liquide contenu dans ce bocal, nous avons dù le briser pour en retirer les morceaux de peau qu'il contenait et qui avaient durci par leur immersion dans l’alcool. Nous avons alors trouvé deux fragments de peau de dimensions et de forme irrégulières et paraissant appartenir, le plus volumineux, c’est-à-dire celui sur lequel nous avons pratiqué trois incisions, à la région mentonnière et l’autre à la région du cou.
a. Fragment de la région mentonnière. — Ce fragment, de consistance assez ferme et de forme irrégulière, paraît appartenir, en effet, à la région mentonnière. 11 est presque uniformément recouvert d’un léger duvet et présente, dans un espace d’environ 5 centimètres de longueur sur 2 de hauteur, un certain nombre de petites plaies.
Ces différentes plaies sont irrégulièrement groupées dans l’espace que nous avons déterminé plus haut et présentent entre elles une certaine analogie ; elles sont toutes formées par une dépression légèrement arrondie, de petite dimension; vues à la loupe, on constate qu’elles sont circonscrites par un contour anguleux nettement limité. A cet orifice superficiel succède une anfractuosité pénétrant dans le derme et ayant une direction à peu près
perpendiculaire à celle de la peau. Les plus grandes de ces plaies mesurent environ 3 millimètres et les plus petites à peine un millimètre.
Quelques-unes de ces plaies sont recouvertes d’une petite croûte de sang, tandis que les autres ne présentent pas decroûtelles de sang.
Toutes ces petites plaies paraissent être l’empreinte de petits corps durs, irréguliers, de grosseur variable, tels que des petits graviers auxquels la peau aurait servi de moule.
Quelques-unes d’entre elles sont entourées d’une zone ecchyrnolique diffuse.
Si, au niveau de quelques-unes de ces plaies, nous pratiquons avec un scalpel des lignes de section, nous constatons sur l’une d’elles d’abord une dépression irrégulière, puis une petite suffusion sanguine intéressant le derme, et, dans le tissu cellulaire sous-cutané, un petit thrombus mesurant environ 3 millimètres de longueur sur 2 d’épaisseur. Sur la deuxième plaie une dépression avec suffusion sanguine intéressant toute l’épaisseur de la peau et une portion du tissu cellulaire sous-jacent.
Une troisième plaie présente une dépression très nette, mais sans suffusion sanguine sous-cutanée.
Au niveau d’un autre petit groupe de plaies, on voit une petite éraflure mesurant à peine un centimètre et n’inléressant que la partie superficielle de la peau. Elle paraît être le résultat du frottement d’un corps dur et pointu sur la peau, ou inversement de la peau sur ce corps.
(3. Fragment de peau de la région du cou. — Comme le précédent, ce fragment de forme et de dimensions irrégulières est recouvert d’un léger duvet. Il présente à sa partie inférieure et dans un espace de un centimètre de diamètre environ, une petite teinte rosée, identique à celle que nous avons constatée plus haut et formée également par extravasation de la matière colorante du sang.
Au niveau de cette rougeur, on constate très nettement deux petites érosions légèrement curvilignes et concentriques, à concavité inférieure et mesurant 3 ou 4 millimètres de longueur.
L’on ne constate pas sur ce fragment de lésions sous-cutanées semblables à celles qui se trouvent sur le fragment précédemment décrit.
Conclusions. — 1° Les lésions siégeant dans les régions du menton et du cou, soumises à notre examen, ont été faites pendant la vie. La présence d’ecchymoses et de thrombus sous-cutanés ne peut laisser de doute sur ce point.
2° Elles ont été produites par l’incrustation dans la peau du menton de corps aigus, durs, de petites dimensions, ayant des arêtes saillantes, tels que des petits graviers.
3° Les érosions de la peau du cou présentent seules des caractères qui pourraient faire croire qu’elles résultent de coups d’ongles. Les érosions de la peau du menton diffèrent de ces lésions par leur forme en creux, leur profondeur, la régularité de leurs bords et leur groupement spécial.
4° Ces érosions ne peuvent résulter de morsures ; elles sont profondes, très étroites, sans màchures sur leurs bords. Il faudrait d’ailleurs admettre que ces morsures ont été faites pendant la vie, ce qui semble inadmissible.
29. Tentative de strangulation à la main. Arrachement de la luette. Guérison. — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par M. Eugène Paillet, juge d’instruction près le tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d’une ordonnance, en date du 19 février 1880, ainsi conçue :
« Vu la procédure commencée contre la nommée C... (Céline), inculpée de coups et blessures.
« Attendu la nécessité de constater judiciairement l’état où se trouve en ce moment la dame veuve P..., rentière, demeurant rue du Pont-Neuf.
« Ordonnons qu’il y sera procédé par M. le docteur Paul Brouardel, lequel après avoir reconnu l'état où se trouve ladite dame, s’expliquera sur les causes des blessures, ainsi que sur les conséquences qu’elles pourront avoir. »
Serment préalablement prêté, ai procédé à cet examen le 21 février 1880.
Mme veuve P... est âgée de soixante-dix-neuf ans; au moment de notre visite elle est assise dans son salon, elle peut se lever pour nous recevoir, elle paraît dans un état de santé assez satisfaisant. Mais en raison des lésions que nous décrirons plus bas, elle articule assez difficilement les mots.
On constate dans diverses régions des traces de violences multiples :
1° Face. — Des ecchymoses diffuses occupent symétriquement les deux parties inférieures et internes des paupières, on en trouve d’analogues sur la peau qui couvre la pommette des joues (os malaires). Un peu au-dessous et à droite de la commissure labiale droite, on voit une ecchymose assez large, ainsi qu’au-dessous du bord inférieur gauche du maxillaire inférieur, au niveau de la glande sous-maxillaire. Toutes ces ecchymoses
sont diffuses, sans bords bien nets, de couleur verdâtre, et paraissent dater d'une huitaine de jours au moins.
2° Cou. — Sous l’angie inférieur gauche du maxillaire inférieur, on voit une ecchymose plus foncée, un peu brunâtre, mesurant 1 centimètre et demi de longueur sur 2 de large, ayant des bords nettement arrêtés. A ce niveau la peau est un peu plus dure et sa surface est dépolie. Dans le point symétriquement placé du côté droit on note une petite ecchymose plus longue, à bords moins nets, la peau qui la couvre présente une petite érosion presque linéaire, obliquement dirigée de gauche à droite et de haut en bas.
3° Bouche et voile du palais. — Sur la face inférieure de la langue, de chaque côté symétriquement, on constate la présence d’une ecchymose un peu violacée, parallèle à la courbure des dents, sans trace actuelle de déchirure. La langue est un peu gonflée, elle conserve sur ses bords l’empreinte des dents.
Sur le voile du palais on note : 1° un allongement œdémateux de la luette qui tombe sur la face supérieure de la langue ; 2° de chaque côté de la luette une déchirure de la muqueuse et de l’épaisseur du pilier antérieur, dont la direction, la profondeur et l’étendue paraissent absolument symétriques. La plaie s’étend des parties latérales de la luette jusqu’au niveau de l’amygdale, en décrivant une courbe à concavité dirigée en dehors. Chacune de ces plaies mesure environ 15 millimètres. Pendant plusieurs jours la dame P... n’a pu que très difficilement avaler. Aujourd’hui elle mange un peu, mais les boissons reviennent encore par le nez et l’articulation des sons est imparfaite. L’os hyoïde n’est pas fracturé.
4° Épaule gauche. — La peau de l’épaule gauche est couverte d’une ecchymose divisée en trois parties : l’une est antérieure, assez étroite ; l'autre postérieure et double, sa forme est un peu allongée. Elle semble résulter de l’application énergique d’une main dont le pouce aurait été placé en avant.
5° Sur la partie antérieure des jambes on voit à gauche trois petites érosions linéaires, à droite deux mesurant 1 à 2 centimètres, presque transversales. Elles ne sont pas entourées d’ecchymoses. Elles sont couvertes d’une petite croûte peu épaisse, indiquant que les plaies ne sont pas très profondes.
Conclusions. — l°Mme veuve p... porte sur diverses régions de son corps les traces de violences multiples.
Les plus importantes sont celles du voile du palais et du cou.
a. La déchirure double du voile du palais, symétrique, semble résulter d’une traction opérée sur la luette par un doigt qui,
après avoir pénétré dans la cavité buccale se serait recourbé de façon que son extrémité puisse pénétrer dans rorifice postérieur des fosses nasales.
b. Lésions du cou. L’empreinte placée sous l’angle gauche de la mâchoire inférieure résulte de l’application énergique d'un doigt et probablement du pouce. L’ecchymose plus diffuse et l’érosion situées au point symétrique gauche ont été produiles par l’application d’un autre doigt. Ces deux stigmates prouvent qu’il y a eu une tentative assez énergique ou prolongée de strangulation pratiquée avec la main.
c. Les ecchymoses qui siègent sur la face n’ont pas de forme ou de répartition qui permette d’en préciser le mode de formation; elles résultent de violences indéterminables.
d. Les érosions de la face antérieure des jambes, en avant des tibias, semblent résulter de l’application violente des jambes contre un corps dur et étroit, tel que l’arête taillée à angle droit d’un meuble ou du rebord d’une fenêtre.
e. Les ecchymoses de l’épaule gauche ont conservé la forme d’une main appliquée le pouce en avant, les doigts en arrière. Cette disposition indique que le meurtrier se trouvait placé en avant de sa victime et qu’il la maintenait avec la main droite.
2° Mme veuve P... a donc été victime d’une tentative de strangulation, pratiquée à la main ; en même temps, les doigts ou un doigt d’une main ont pénétré dans sa gorge soit pour étouffer les cris de la victime, soit pour aider à l’asphyxie ; ce doigt a déchiré le voile du palais.
3° Malgré son âge très avancé, Mme veuve P... s’est remise très rapidement des suites de ses blessures, et actuellement elle se lève, et bien qu’affaiblie peut marcher dans son appartement.
4° La guérison complète des déchirures du voile du palais sera effectuée en un temps qui ne dépassera probablement pas vingt jours comptés à partir du moment de l’accident.
30. Tentative de strangulation à la main. Accidents ultérieurs. Guérison. — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par M. Lepelletier, juge d’instruction près le tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d’une ordonnance, en date du 10 septembre 1881, ainsi conçue :
tf'Vu la procédure commencée contre M... et autres inculpés de vol qualifié, accompagné de tentative de meurtre, commis le 30 août dernier ;
« Attendu la nécessité de constater judiciairement l’état où se trouve en ce moment le sieur L... (Hildebert-Étienne), cinquante-
quatre ans, facteur de pianos chez P..., demeurant à Paris, rue Rodier, 45 ;
« Ordonnons qu’il y sera procédé par M. Brouardel, lequel après avoir reconnu l’état où se trouve ledit L..., recherchera si ce dernier a été l’objet d’une tentative de strangulation, comme il l’allègue; décrira les blessures dont il est atteint, etc.; s’expliquera sur les causes de ses blessures, ainsi que sur les conséquences qu’elles pourront avoir. »
Serment préalablement prêté, ai procédé à cet examen le 13 septembre 1881.
Le sieur L... (Hildebert-Étienne^est âgé de cinquante-quatre ans, il est grand et vigoureux, et déclare jouir habituellement d’une bonne santé. L’attentat dont il aurait été victime remonterait au 30 août, il aurait été assailli, en rentrant chez lui, par deux individus qui auraient tenté de l’étrangler. A la suite de cet attentat ilaurait éprouvé pendant quelquesjours de la difficulté pour avaler ses aliments et actuellement cette difficulté persisterait encore pour ingurgiter les liquides. La voix aurait été aphone pendant quelques jours; aujourd’hui, elle est encore voilée. Quatre ou cinq jours après la lutte, L... aurait rendu quelques crachats sanguinolents.
Actuellement, nous constatons au niveau du pli formé par la commissure externe de l’œil gauche une petite fente mesurant 1 ou 2 millimètres de longueur et n’intéressant que les parties superficielles de la peau. Après l’accident cette écorchure aurait donné lieu à un écoulement de quelques gouttes de sang. En arrière du bord postérieur du muscle sterno-cléido-mastoïdien nous notons une petite érosion couverte d’une croûte. Sur le bord gauche du cartilage thyroïde on voit une petite cicatrice blanche et nacrée, résultant d’une brûlure ancienne.
La percussion et l’auscultation du cœur et de la poitrine ne révèlent aucun bruit anormal.
On ne constate pas de traces de violences sur les autres parties du corps. L’appétit est à peu près revenu et l’état général de L... est assez satisfaisant.
Conclusions. — 1° A la suite des tentatives de strangulation qui avortent, tous les auteurs ont signalé la persistance pendant huit, dix ou quinze jours d’une certaine difficulté de la déglutition, notamment de celle des liquides, l’aphonie, la congestion des poumons donnant parfois lieu vers le quatrième ou cinquième jour à l’émission de quelques crachats sanguinolents. Les troubles accusés par le sieur L..., ceux que nous constatons encore aujourd’hui, sont conformes à ce qui est médicalement connu.
P. Brouardel. — La Pendaison. 24
Ils sont donc très probablement en rapport avec une tentative de strangulation à la main, restée incomplète.
2° Les violences exercées sur la région du cou n’ont laissé aucune trace actuellement appréciable.
3° Il existe à la commissure externe de l’œil gauche une petite érosion paraissant résulter d’un coup porté par un objet contondant tel que le poing.
4° Le sieur L... ne conservera aucune infirmité permanente.
5° L’incapacité de travail résultant de cet attentat aura été de dix jours environ.
31. Tentative de strangulation à la main, très exagérée. — Je
soussigné, Paul Brouardel, commis par M. E. Aignan, juge d’instruction près le tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d’une ordonnance, en date du 5 janvier 1881, ainsi conçue :
<c Vu l’instruction suivie pour tentative de vol avec violences contre L..., D..., F... et autres.
« Nommons, à l'effet de visiter la victime de ces violences, la demoiselle Julie P..., demeurant rue Ducange, M. le Dr Brouardel, qui après avoir examiné et entendu ladite demoiselle, constatera son état actuel et s’expliquera sur les conséquences possibles et probables des violences exercées sur elle dans la double hypothèse de leur interruption (ce qui est le cas actuel) et de leur prolongation (ce qui serait arrivé si la victime n’avait réussi à se dégager).
« Au point de vue médical, M. le Dr Brouardel dira s’il est possible de préciser qu’il y ait eu de la part de l’auteur des violences, tentative de strangulation ou seulement compression pour étouffer les cris. »
Serment préalablement prêté, ai procédé à cet examen le 9 janvier 1881.
Examen de Julie P... — Cette fille, âgée d’une soixantaine d’années, déclare être habituellement d’une assez bonne santé. Depuis l’agression dont elle aurait été victime, elle se plaint de ressentir des douleurs vives et revenant par accès irréguliers, dans la poitrine, les épaules et le cou. De plus, les jambes sont à demi paralysées, et la fille P... assure ne pouvoir faire quelques pas sans l’appui d’une autre personne. Il n’existe pas de troubles de la respiration ; il n’y a pas de fièvre et l’état général est assez bon.
L’examen de la poitrine et du cou ne permet de constater aucune trace de violences siégeant en ces régions ; on ne trouve pas
la moindre érosion ou écorchure, ni aucune marque d’ecchymoses anciennes. La face est également indemne; les conjonctives oculaires sont saines, le pourtour du nez et de la bouche ne présente absolument aucune lésion. Rien que dix-neuf jours se soient déjà écoulés depuis l’attentat, cette absence de toute marque de violences sur le cou tend à faire rejeter l’hypothèse d’une tentative énergique de strangulation, car dans cet acte les doigts de l’assassin laissent leur trace sous forme d’ecchymoses ou d’écorchures produites par les ongles, et ces lésions n’ont pas ordinairement disparu en dix-neuf jours. Il faut ajouter que la fille P... ne présente aucun des symptômes qu’on observe souvent chez les personnes qui ont été victimes d’une strangulation incomplète. Elle parle facilement et à voix haute; la déglulition s’accomplit normalement et ne détermine pas de douleurs; il n’y a pas de troubles de la respiration. L’hypothèse d’une obstruction de la bouche faite dans le but d’empêcher les cris, et exercée soit avec la main, soit avec un linge, serait plus admissible et on comprendrait dans ce cas l’absence actuelle de toute trace de violences ainsi que l’absence d’aphonie ou de dysphagie persistantes.
Quant à la faiblesse des membres inférieurs, en admettant qu’elle soit aussi prononcée que le prétend la fille P..., elle ne saurait dépendre directement des violences qui ont pu être exercées sur la victime. On doit l’attribuer plutôt à l’action du froid, la fille P... déclarant être restée par une nuit froide près d’une demi-heure hors de son lit et sans autre vêtement que sa chemise. Cette faiblesse des membres inférieurs ne s’accompagne pas d’ailleurs des autres signes de lésions de la moelle épinière : la miction et la défécation s’accomplissent bien ; la sensibilité est conservée; il n’y a pas de tremblement.
Conclusions. — 1° La fille P... ne présente actuellement aucune marque de violences. Elle est atteinte d'une paralysie incomplète des membres inférieurs.
2° La durée et la marche de cette paralysie sont impossibles à préciser exactement; toutefois il est probable qu’elle se dissipera complètement, mais que cette guérison ne pourra survenir avant un mois à dater d’aujourd’hui 9 janvier.
3° Il est difficile d’admettre que la fille P... ait été victime d’une tentative énergique de strangulation, l’hypothèse d’une oblitération de la bouche pour empêcher les cris est beaucoup plus vraisemblable.
4° Dans cette dernière hypolhèse et en supposant que la bouche ei le nez aient été fermés par la main de l’agresseur, la fille P...
n’aurait pu rester soumise à cette violence pendant un temps prolongé sans que les conséquences en eussent été réellement graves et peut-être mortelles.
32. Strangulation à la main, incomplète. — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par M. Merle, juge d’instruction près le tribu nal de première instance du département de la Seine, en vertu d'une ordonnance, en date du 29 octobre 1884, ainsi conçue :
« Vu la procédure commencée contre X...
« Inculpé d’avoir, le 20 octobre 1884, à Nogent-sur-Marne, commis une tentative d’assassinat sur la femme C... (Eugénie), épicière et débitante de vins, Grande-Rue.
« Attendu la nécessité de constater judiciairement l’état où se trouve en ce moment ladite C... (Eugénie).
« Ordonnons qu’il y sera procédé par M. Brouardel, lequel après avoir reconnu l’état où se trouve ladite C... (Eugénie) et constaté s’il existe sur elle des traces de violences ou de blessures, s’expliquera sur les causes de ces blessures ainsi que sur les conséquences qu’elles pourront avoir. »
Serment préalablement prêté, ai procédé à l’examen de cette femme les 31 octobre et 17 novembre 1884.
Mme C... (Eugénie), âgée de trente-six ans, est petite et ne paraît pas très vigoureuse. Elle nous déclare que l’attentat dont elle aurait été victime remonterait au 20 octobre. Cette femme est myope, cette circonstance lui donne un aspect un peu étonné. Lors de notre première visite, le 31 octobre, la voix est très faible, elle est presque aphone. Le 17 novembre, la voix a une vigueur un peu plus grande. Cette femme accuse une douleur siégeant au niveau de l’os hyoïde, avec dysphagie, c’est-à-dire difficulté d’avaler les aliments et la salive. La déglutition serait assez souvent suivie de vomissements presque immédiats. La dysphagie et les vomissements persistaient encore le 17 novembre. La pression de la région sus-hyoïdienne et du cartilage thyroïde est très douloureuse. On sent au niveau de l’os hyoïde une crépitation très fine comme si cet os était brisé. Sur les bords postérieurs du cartilage thyroïde, il existe un peu de gonflement avec trois ou quatre petits noyaux durs, adhérents au cartilage. Ces noyaux avaient disparu le 17 novembre. Sur la peau de la région antérieure du cou, il n’y a pas de traces d’érosions ou coups d’ongles.
Sur la région moyenne et externe de la cuisse droite on constate, le 31 octobre, une ecchymose jaunâtre mesurant 7 à 8 centimètres de diamètre. Sur la fesse droite, près de l’espace interfes-
sier, se trouve une petite ecchymose. La partie inférieure de la région dorsale est un peu jaunâtre.
La dame C..., surtout lors de notre première visite, est très absorbée, elle répond mal. Sa mémoire semble incertaine; le 17 novembre, l’intelligence est un peu moins troublée. Il est difficile d’écarter complètement l’hypothèse d’un état cérébral dû à un alcoolisme ancien, car les nuits sont souvent troublées par des cauchemars, et de plus il existe un peu de tremblement des mains.
Les ongles des mains de la femme G... sont papyracés, c’est-àdire extrêmement minces et souples.
Conclusions. — 1° La femme C... porte des traces de violences résultant d’une pression assez énergique exercée au niveau de l’os hyoïde et du cartilage thyroïde et faites avec la main.
2° L’aphonie, la dysphagie persistent parfois plusieurs semaines après les tentatives de strangulation incomplètes, mais elles guérissent sans laisser de traces. Les troubles ainsi que les lésions notées dans la région sus-hyoïdienne doivent être considérés comme consécutifs à une tentative de strangulation.
3° Les contusions de la région droite du corps (cuisse et fesse) ont été produites par un instrument contondant à large surface, tel que le pied.
33. Strangulation à la main. Simulation. — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par M. A. Guillot, juge d’inslruction près le tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d’une ordonnance, en date du 10 février 1881, ainsi conçue :
« Vu la procédure suivie contre X...
« Attendu que, le 3 février courant, la dame R..., demeurant rue des Bernardins, aurait été assaillie dans son appartement par un individu qui l’aurait volée, après lui avoir enveloppé la tête d’une étoffe en lustrine verte.
« Attendu que cette femme paraît être atteinte d’une maladie nerveuse déjà ancienne.
« Attendu qu’il importe de rechercher si cet état maladif n’a pas été de nature à exercer sur son récit une influence quelconque, et de constater en même temps si elle ne porte pas des traces de violences qui attesteraient la sincérité de ses déclarations.
« Commettons M. le Dr Brouardel à l’effet de procéder audit examen. »
Serment préalablement prêté, ai procédé le 14 février à cet examen.
Examen de la dame R... — La dame R..., âgée de trente-sept ans.
est bien constituée et parait assez vigoureuse. Elle déclare que sa santé est rarement bonne, et qu’elle souffre tantôt de douleurs de tête, tantôt de battements de cœur, tantôt de névralgies, mais qu’elle est peu sujette à des crises nerveuses. Elle aurait eu la fièvre typhoïde vers l’âge de quatorze ans, et une péritonite il y a une douzaine d’années ; aucun de ses accouchements n’aurait eu de suites graves.
La dame H... nous raconte que, le 3 février dernier, elle aurait été assaillie par deux hommes au moins, dont l'un lui aurait couvert la tête d’une pièce d’étoffe, et l’autre lui aurait saisi les mains par derrière. Alors aurait commencé entre elle et ses agresseurs une lutte assez longue, dont elle expose les péripéties dans tous leurs détails et avec beaucoup de clarté. Après avoir opposé une résistance énergique, et avoir même frappé l’un jlo ses adversaires d’un coup de poing si vigoureux que sa main fut couverte de sang, la dame R... aurait perdu connaissance et ne se souvient plus de rien jusqu’au moment où son mari, accompagné d’un ami, la trouva étendue dans la cuisine, en proie à des mouvements convulsifs violents.
Le mari déclare qu’à ce moment il ne put constater sur la personne de sa femme absolument aucune trace de violences, et qu’il a cherché très longtemps, mais en vain, une blessure d’où pùt provenir le sang qui recouvrait la main de sa femme. Il explique, en outre, que sa femme reprit assez rapidement connaissance, que ses mouvements convulsifs cessèrent en même temps, et qu’elle fut portée dans son lit, où elle est restée depuis lors à peu près dans l’état où nous la voyons aujourd’hui.
Actuellement, la dame R... déclare qu’elle ne souffre pas, et qu’elle garde le lit uniquement parce que ses jambes s’affaissent sous elle et sont incapables de la porter quand elle essaye de se tenir debout. Nous constatons cependant que dans le lit les membres inférieurs exécutent les divers mouvements de flexion, d’extension, etc., avec une force qui parait être suffisante pour permettre la station debout et la marche. L’entourage de la malade croit avoir remarqué que ces mouvements sont désordonnés, et que la notion de la position des membres est perdue ou du moins très troublée. Dans le but de contrôler ces assertions, nous avons fermé les yeux de la dame R..., et nous lui avons demandé successivement de croiser une jambe sur l’autre, de loucher avec la main un point déterminé d’un des membres inférieurs, etc. Ces mouvements on été accomplis assez lentement, mais avec précision et sans hésitation; ils étaient exécutés, il est vrai, d’une manière un peu saccadée, mais il n’y a là rien qui suffise pour
caractériser un trouble non volontaire de la motilité des membres ; aujourd’hui du moins ce trouble n’existe pas. Il n’y a pas d’incoordination. Quant à la sensibilité, elle paraît, tant aux membres inférieurs que sur le reste du corps, très légèrement diminuée et un peu retardée. La sensibilité sensorielle (ouïe, vision, perception des couleurs, etc.) est intacte. La dame R. .. n’aurait jamais eu d’hallucinations. La pression sur l’abdomen, au niveau de la région de l’ovaire gauche, détermine une vive douleur ; la cinquième vertèbre dorsale est également douloureuse.
Les fonctions de la vessie et celles de la défécation s’accomplissent normalement.
La santé générale n’est pas troublée.
Il n’existe sur le corps absolument aucune trace de violences.
Conclusions. — 1° La dame R... est atteinte depuis un certain nombre d’années d’une affection nerveuse de nature hystérique.
2° Il n’existe, sur les diverses régions du corps, aucune trace de violences, d’érosion ou de lutte. Les ecchymoses ou contusions qui auraient été produites, pendant la prétendue agression du 3 février, n’auraient pu disparaître en dix jours. Les ecchymoses persistent pendant vingt à vingt-cinq jours. Les érosions peuvent guérir en quelques jours (cinq ou dix).
3° L’examen de la dame R... ne permet de constater aucun signe d’une affection quelconque, notamment d’une paraplégie plus ou moins complète. Pour admettre celle-ci, il faudrait accepter comme vraies les déclarations de la dame R... Celles-ci ne correspondent pas à la description d’un des types connus des affections de la moelle (paraplégie, ataxie).
Si nous ne pouvons nier, d’une façon absolue, la réalité des troubles accusés par la dame R .., notamment des douleurs qu’elle prétend ressentir, nous pouvons affirmer que ces troubles sont rapportés avec une exagération manifeste, et que par suite leur réalité elle-même nous semble très contestable.
4° L’intelligence de la dame R... n’est pas troublée, il n’est pas possible d’admettre qu’elle tienne pour vrais, de bonne foi, des faits purement imaginaires.
34. Commotion cérébrale. Strangulation à la main. — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par M. Thibierge, substitut de M. le procureur de la République près le tribunal de première instance du département delà Seine, en vertu d’une ordonnance, en date du 24 octobre 1885, ainsi conçue :
« Vu les articles 32 et 43 du code d’instruction criminelle et le
procès-verbal dressé le 24 octobre 1885 par M. le commissaire de police des quartiers de Saint-Fargeau et Père-Lachaise, constatant le transport à la Morgue de la nommée G..., Joséphine, âgée de trente-deux ans.
« Commettons M. le Dr Brouardel, à l’effet de procéder à l’autopsie du cadavre, de rechercher les causes de la mort et de constater tous indices de crime ou délit. »
Serment préalablement prêté, ai procédé à cette autopsie le 25 octobre 1885.
Le cadavre est celui d’une femme de taille moyenne, paraissant âgee de trente- deux ans environ. La putréfaction n’est pas commencée. Le corps est revêtu d’un tablier en cotonnade bleue, d’un corsage et une jupe noirs, d’une chemise en toile blanche, d’une paire de bas blancs et de souliers.
Sur les différentes parties du corps, on constate les traces de violences suivantes :
Sur le cuir chevelu, un peu au-dessus de l’oreille droite, une plaie à concavité supérieure mesurant 11 centimètres de longueur avec un décollement du lambeau supérieur de 5 centimètres. Le périoste sous-jacent est intact; il laisse seulement à nu un point du temporal ayant un millimètre ou deux. Au niveau de l’occipital, se trouve une petite ecchymose avec suffusion sanguine du tissu cellulaire.
L’œil droit est le siège d’une ecchymose sous-conjonctivale.
Sur la face, un peu au-dessous de l’os malaire droit (os de la pommette) se trouve une petite ecchymose.
Un peu au-dessus de la commissure labiale droite se trouvent deux petites érosions superficielles.
Un peu au-dessous de la commissure labiale gauche, on trouve une petite ecchymose.
Au-dessous de la branche droite du maxillaire inférieur et parallèlement à ce bord se trouve une ecchymose de 4 centimètres de longueur avec suffusion sanguine dans le tissu cellulaire sousjacent.
Sur la région latérale droite du cou se trouvent douze érosions disséminées sur une étendue de 3 ou 4 centimètres; ces érosions sont ecchymotiques, mais ne sont pas doublées par des suffusions sanguines. La plus grande de ces érosions mesure 8 millimètres sur 5.
Sur la ligne médiane du cou se trouvent deux petites érosions.
Sur la région latérale gauche du cou, trois érosions, dont une perpendiculaire à la branche gauche du maxillaire inférieur et mesurant 12 millimètres de longueur.
De chaque côté des épaules, au niveau des plis que forme la robe, partent en rayonnant des lignes formées par un petit pointillé hémorrhagique.
Sur le sommet de l’acromion droit et gauche se trouvent des traces de cicatrices anciennes adhérentes aux os.
A la partie médiane de la lèvre supérieure, la muqueuse buccale présente une petite ecchymose; à ce niveau, la première incisive droite supérieure est ébranlée.
La lèvre inférieure présente une petite écorchure avec sulfusion sanguine.
La voûte palatine, à l’union du tiers antérieur et du tiers moyen, est le siège d’une perforation de nature syphilitique admettant une sonde cannelée.
La partie postérieure et moyenne de la peau du bras droit présente une ecchymose avec sulfusion sanguine mesurant près de 4 centimètres de diamètre.
Sur la face dorsale de la main droite se trouvent deux petites ecchymoses de 1 centimètre de diamètre avec suffusion sanguine.
Au niveau du coude gauche se Irouvent trois petites ecchymoses disséminées, avec suffusion sanguine sous-cutanée.
La peau qui recouvre la tête du radius gauche est le siège d’une petite ecchymose ; de même au niveau du bord cubital gauche, on constate une ecchymose de 3 centimètres de diamètre.
Au niveau de la crête iliaque gauche se trouve une petite suffusion sanguine.
Sur la fesse droite, dans une étendue de 12 centimètres de diamètre environ, on constate les cicatrices d’un vaste syphilome cutané.
Ouverture du crâne. — Les fibres du muscle temporal droit sont infiltrées par un épanchement sanguin coagulé. Les os du crâne ne sont pas fracturés.
La cavité de l’arachnoïde est le siège d’un épanchement sanguin. On constate de petites ecchymoses dans les mailles de la pie-mère, au niveau de la frontale ascendante droite, et une autre au niveau de la circonvolution pariétale droite ascendante.
11 existe une petite suffusion sanguine au niveau du lobule de l’insula et des circonvolutions voisines de l’hémisphère gauche.
A la base du lobe frontal gauche se trouve une large ecchymose.
Dans le ventricule moyen, le quatrième ventricule et l’aqueduc de Sylvius, il n’y a ni ecchymoses ni lésions.
Le cerveau se décortique assez facilement.
Le corps thyroïde est très petit. Les artères carotides sont intactes. Il n’y a pas d’ecchymose rétro-pharyngienne.
11 n’y a pas d’épanchement dans les plèvres. Le poumon droit présente quelques adhérences. Sous le poumon gauche se trouvent quelques ecchymoses sous-pleurales. Les poumons sont très congestionnés et présentent quelques tubercules crétacés disséminés, plus nombreux à la base. La trachée et les bronches sont remplies de spume sanguinolente.
Les cavités du cœur renferment un peu de sang liquide, mais pas de caillots. Il y a quelques ecchymoses sous-péricardiques punctiformes. Les valvules sont saines.
L’estomac est complètement vide ; la muqueuse est saine.
Le foie présente de nombreuses adhérences ainsi que de nombreuses stries paraissant résulter d’une péri-hépalite ancienne d’origine syphilitique.
Les reins se décortiquent assez facilement, cependant la capsule du rein gauche est retenue par quelques adhérences.
La rate est volumineuse et présente de nombreuses adhérences péritonéales.
Les intestins paraissent sains.
La vessie est vide ; la muqueuse est saine.
La cavité vaginale est le siège d’une inflammation catarrhale. On ne constate pas de traces de violences sur les différentes parties de la vulve. Sur le col de l’utérus se trouvent quelques cicatrices anciennes.
Conclusions. — 1° Le cadavre de cette femme porte de nombreuses traces de violences qui ont été faites pendant la vie et dans les premiers moments qui ont suivi la mort.
2° La plaie du cuir chevelu peut être le résultat d’un coup porté avec un objet contondant, tel que le pied muni d’un soulier et dirigé de bas en haut.
3° Ce coup parait avoir occasionné une commotion cérébrale, ainsi que le démontrent les ecchymoses constatées sur les mailles de la pie-mère et l’épanchement sanguin arachnoïdien.
4° La mort a été la conséquence d’une strangulation à la main, la victime ayant été mise dans l’impossibilité de se défendre par suite de la commotion cérébrale occasionnée par le coup porté sur le cuir chevelu.
35. Un cas de mort par asphyxie. Pression sur le larynx. Abcès de l’épiglotte, par le Dr Fredet (de Royat) (1). — Un jeune homme de vingt ans, adonné depuis longtemps déjà aux boissons alcooliques, après avoir passé une grande partie de la
(1) Fredet, Un cas de mort par asphyxie ( Ann . d’hyg. publ. et de med. légale , 1885. t. XIII, p. 550).
soirée au cabaret, où il a bu et chanté plus que de coutume, se prit de querelle avec un des consommateurs, qui, pour le repousser, lui porta la main au cou et le lui serra assez fortement. Vers H heures du soir, ce jeune homme partit du cabaret où il faisait très chaud et, accompagné de quelques camarades, se rendit à son domicile.
Le temps était froid et humide et il fallait traverser une partie de la ville pour regagner le logis.
Chemin faisant, il éprouva une gêne considérable de la respiration, il étouffait, dit-il, à ses amis, il attribua ce malaise à la pression que lui avait fait subir son voisin de table. Mais l’oppression allait en augmentant, il fallut porter le malade chez lui, où les accès de suffocation se montrèrent avec une intensité telle que le malheureux succombait asphyxié, une heure et demie après sa sortie du cabaret.
Cette mort rapide et l’accusation qui l’avait précédée firent aussitôt supposer que la constriction du cou éprouvée dans la lutte de l’auberge n’était pas étrangère à la cause de la mort; une plainte fut déposée au parquet et l’individu qui s’était battu la veille avec X... fut arrêté et mis en prison.
Heureusement pour ce dernier, l’autopsie du décédé vint révéler ce qui suit : Le cou paraissait élargi et présentait, en réalité, une circonférence d’un diamètre plus grand qu’à l’état normal. La glande thyroïde n’y est pour rien et n’est pas hypertrophiée. Je constatai également l’absence de toute plaie ou ecchymose résultant de la pression des doigts.
A l’incision, on voit que les vaisseaux du cou sont fortement dilatés et une grande quantité de sang s’échappe par l’ouverture des vaisseaux thyroïdiens très tendus et congestionnés.
Après avoir enlevé avec soin tout l’arbre respiratoire, depuis la base de la langue jusqu’aux poumons, et les avoir étendus sur une table, je remarquai les lésions ci-dessous :
1° Œdème de la luette, qui est de la grosseur d’une petite noix ;
2° Œdème de l’épiglotte, qui a la forme d’un gros bouchon, des replis aryténo-épiglottiques, de l’espace intraventriculaire ;
3° Rétrécissement de l’orifice glottique, qui est comme obturé par l’épiglotte démesurément hypertrophiée;
4° Enfin, en incisant la face supérieure de l’épiglotte, il s’écoule du pus collecté en foyer du volume d’une aveline ;
5° Les cartilages ne sont ni fracturés, ni nécrosés.
Un liquide spumeux, sanguinolent, occupe la trachée et le calibre des grosses bronches. Les deux poumons sont hypérémiés, et comme noirâtres; les cavités du cœur sont remplies de caillots.
Ce jeune homme avait dû succomber à une asphyxie mécanique suffisamment expliquée par les nombreuses lésions anatomopathologiques que je viens d’énumérer.
En face d’un pareil résultat fourni par l’autopsie, que pouvait être la responsabilité du batailleur de cabaret dans cette mort rapide ?
Je pensai, et je crois que tous ceux qui liront cette observation seront de mon avis, que l’absence de toute trace de pression et d’ecchymose sur la peau du cou et dans les tissus sous-cutanés de cette même région devait a priori me faire supposer que, s’il y avait eu pression, elle avait dû être très légère et n’avait pu produire l’asphyxie.
En consultant les antécédents du sujet, j’appris que depuis longtemps il fumait et buvait beaucoup, qu’il avait la voix enrouée. Il était donc atteint de la laryngite des buveurs ou laryngite alcoolique.
L’inflammation des diverses parties du larynx était donc ancienne, et l’œdème des tissus, sinon l’abcès dévoilé par l’autopsie, datait de plusieurs semaines, de plusieurs mois peut-être.
Cet œdème avait dû être fatalement augmenté par les efforts faits pendant la soirée pour crier, se quereller et chanter avec ses camarades de débauche, et le brusque passage d’une salle surchauffée au froid humide de la rue pouvait à lui seul expliquer l’augmentation de l’œdème, devenant alors un obstacle mécanique et produisant l’asphyxie.
En conséquence, il y avait lieu de relâcher l’individu arrêté, sur lequel on ne pouvait nullement faire retomber la responsabilité de la mort de X...