‹ La pendaison, la strangulation, la suffocation, la submersionChapitre 26 sur 48 · SUFFOCATION CRIMINELLE · texte numérisé non relu

SUFFOCATION CRIMINELLE

Cette liste est longue, Messieurs, et on pourrait y ajouter un certain nombre d’objets que le Dr Poulet n’a pas signalés.

Corps étrangers de F œsophage. — Il y a encore d’autres accidents de suffocation dus à l’introduction de corps étrangers dans l’œsophage.

Certains saltimbanques et souvent des individus qui veulent les imiter, avalent des pièces de monnaie. Quand la monnaie n’a que le diamètre d’une pièce de cinquante centimes, elle passe, en général, sans déterminer d’accidents. Mais lorsqu’elle atteint le diamètre d’un sou ou d’un louis d’or, et surtout chez les personnes dont l’œsophage n’est pas préparé, je dirai presque entraîné à ce genre d’exercices, la pièce s’arrête et toujours au même niveau, au point où l’œsophage croise la bronche gauche ; l’œsophage est irrité, devient le siège d’une inflammation, d’un abcès qui peut perforer la trachée.

Dans un cas rapporté par le docteur Cauchois, de Rouen, une femme avait un vaste abcès périœsophagien, dont l’étiologie était des plus obscures; elle était atteinte de dysphagie et de suffocation imminente; Cauchois opéra cette femme et trouva dans l’abcès un morceau d’os d’apparence bizarre, dans lequel il reconnut l’os palatin; la malade avait une carie syphilitique du palais et elle avait avalé son palatin.

Suffocation criminelle. — Lorsqu’il y a suffocation par occlusion des orifices , bouche et narines, elle est généralement criminelle; je vous ai dit que la strangulation et la suffocation étaient d’ordinaire associées, parce que le meurtrier, pour étouffer les cris de sa victime, appuie une main sur la bouche et les narines; je n’y insisterai pas beaucoup.

La suffocation criminelle est très fréquente chez les enfants nouveau-nés, je m’en occuperai en vous parlant de l’infanticide.

Elle est très difficile chez l’adulte. Qu’il s’agisse d’un enfant ou d’un adulte, il faut que la victime soit sans défense ; la

suffocation d’un adulte n’est possible que s’il est en état d’ivresse, ou si le meurtrier lui a, au préalable, asséné un coup capable de l’étourdir et de paralyser ses moyens de résistance.

Des bandes organisées se sont servies de la suffocation pour voler leurs victimes; il y en a eu aux Indes, en Angleterre, en Amérique.

Il y a quinze ou seize ans, une bande d’assassins a semé, durant quelques mois, la terreur dans Londres. Cette bande opérait au moyen d’un procédé connu sous le nom de Smo thering. Il consiste à envelopper rapidement la tète à l’aide des vêtements, plus ou moins flottants, de la victime ellemême, et à les appliquer étroitement, en les serrant, sur la bouche et le nez. Ces assassins s’attaquaient surtout aux femmes; pendant quelque temps celles-ci n’osaient plus sortir le soir, dans les rues de la ville; on évaluait le nombre des victimes à une quinzaine par mois environ.

En Amérique, nous retrouvons le vieux procédé du masque de poix, usité au moyen âge, mais employé dans des circonstances vraiment extraordinaires. Desmalfaiteurs y avaient fondé une association, dans un but assurément scientifique, mais noyé dans bien d’autres considérations des moins honorables.

Il était difficile en Amérique d’avoir, dans les écoles de médecine, des cadavres en nombre suffisant pour les dissections. On en volait dans les cimetières et on les vendait à certains collèges, les professeurs ne s’inquiétaient pas autrement de leur provenance. Mais ces cadavres n’étaient pas assez nombreux : c’est alors qu’entra en scène l’association en question; des passants étaient attaqués, la nuit; on leur appliquait un masque de poix sur le visage, et quand ils étaient morts on les apportait dans les amphithéâtres, où le corps était payé un bon prix. J’aime h croire que les médecins ignoraient la provenance de ces cadavres, mais je ne puis m’empêcher de m’étonner qu’aucun d’eux ne se soit aperçu du procédé étrange employé par leurs pourvoyeurs.

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