PRESSION
artérielle maxima (en centimètres de
mercure).
Avant l’immersion
Au moment de l’immersion
5 secondes après l’immersion....
1 minute —
5 minutes après le dernier soupir.
De 15 à 26 m. —
Les battements du cœur ne cessent pas avec le dernier soupir : ils persistent après l’arrêt définitif de la respiration, mais ils ne se traduisent plus au kymographe. Il faut, pour les observer, enfoncer une aiguille dans le ventricule de l’animal et compter les déplacements de cette aiguille. Dans l’expérience rapportée dans le tableau, le cœur ne s’est arrêté que 26 minutes après le dernier soupir : les battements ont été en diminuant d’une façon progressive.
Mais, si la fréquence des contractions cardiaques diminue pendant la submersion, leur énergie augmente dans des proportions considérables. Ainsi, alors qu’à l’état normal les battements ne provoquaient guère qu’une variation de 2 centimètres dans la pression sanguine, ils arrivent à produire, à certaines phases de la submersion, des variations de 10 à 11 centimètres. Cette violence de la contraction du cœur se montre dès que l’animal est plongé dans l’eau : elle s’accentue dans la phase de résistance et elle est à son maximum pendant les grandes respirations de la troisième phase. A partir de cette dernière, l’énergie des battements du cœur va en décroissant jusqu’au moment du dernier soupir : elle est cependant alors encore plus puissante qu’avant l’immersion. Les battements qui persistent après le dernier soupir sont alternativement forts et faibles.
Chez les animaux que l’on noie après la section des nerfs pneumogastriques, la fréquence et l’énergie des contractions cardiaques ne sont pas sensiblement modifiées pendant les trois premières phases de la submersion. C’est au moment où cessent les grandes respirations que le cœur se met à ballre moins vite et plus violemment : la rareté et la violence de ses battements se manifestent ensuite jusqu’au dernier soupir.
J’ai déjà eu l’occasion de vous dire que les chiens chloroformés avant la submersion cessaient de respirer beaucoup plus tôt que les chiens noyés à l’état de veille : j’ai ajouté que, chez ces animaux anesthésiés, le cœur donnait pendant plus longtemps des battements perceptibles au kymographe, des battements efficaces, capables d’élever la pression sanguine à une certaine hauteur. Mais, même chez ces animaux, les contractions du cœur diminuent peu à peu de fréquence depuis le moment de l’immersion : quand arrive le dernier soupir, elles deviennent de plus en plus rares, tout en se montrant un peu plus énergiques, et quelques secondes avant de disparaître, elles redeviennent plus fréquentes.
MÉCANISME DE LA MORT
Quoi qu’il en soit, nous voyons que, chez un chien normal, les battements du cœur présentent, pendant la submersion, des changements de fréquence et des changements d'énergie : ils sont, à toutes les périodes, plus rares et plus violents qu’avant l’immersion. Leur rareté s’est même souvent montrée, dans quelques-unes de nos expériences, plus grande que dans l’expérience représentée dans le tableau ci-joint : quelques animaux arrivaient à ne manifester qu’un battement toutes les dix secondes pendant les trois minutes et demie qu’ils mettaient à mourir.
La pression artérielle, elle aussi, subit des variations considérables. Par suite de l’énergie des battements du cœur, les écarts entre les minima et les maxima sont, comme nous l’avons vu plus haut, augmentés dans de fortes proportions. Ainsi, nous voyons, sur le tableau, qu’à un certain moment la pression minima étant de 9 centimètres, la pression maxima monte à 20 centimètres, soit un écart de 11 centimètres correspondant à l’effort d’une seule contraction cardiaque. (Voir le tracé de la figure 41.) Cette différence est énorme si on la compare à celle qui existe avant la submersion et qui atteint seulement lcent,4 : elle se manifeste, d’ailleurs, dans toutes les phases, bien qu’elle se trouve à son maximum dans les trois premières périodes.
Mais examinons séparément les variations survenues dans la pression minima, dans la pression constante. Celle-ci s’élève généralement un peu aussitôt après l’immersion : puis elle retombe au-dessous de la normale et subit ensuite, pendant les trois premières phases, des oscillations assez marquées. Nous pouvons dire néanmoins que cette pression constante tend plutôt à s’abaisser presque aussitôt après l’immersion : nous voyons, en effet, chez les animaux dont les battements sont très rares, la pression tomber aux environs de zéro dans l’intervalle des contractions cardiaques. Mais c’est surtout pendant les deux dernières phases, dans la dernière en particulier, que la chute est remarquable : elle P. Brouardel. — La v endaison. 29
survient alors avec rapidité pour être complète au moment du dernier soupir.
Par conséquent, écart considérable entre la pression maxima et la pression minima, abaissement progressif de la pression constante (élévation au début, puis quelques ressauts), telles sont les variations les plus importantes de la pression artérielle pendant la submersion.
Abaissement de température chez les animaux noyés. — Voici quelle a été, dans une de nos expériences, la marche de la température chez un chien de 5 kilogrammes noyé, au mois de décembre, dans de l’eau à 10°. Il s’agit de la température rectale : le chien avait été retiré de l’eau après la submersion et abandonne à l’air libre (15°) :
Avant l’immersion 39°, 5
4 minutes après (mort) 36
25 minutes après la mort 34
1 li. 10 m. — 31
1 h. 20 in. — 30
1 li. 35 m. — 29
3 li. 15 m. — 26
La température s’est donc abaissée de 3°,o pendant les 4 minutes de la submersion : nous avons constaté un pareil abaissement dans plusieurs autres expériences. L’animal, laissé à l’air libre après sa mort, s’est refroidi beaucoup plus rapidement qu’un chien asphyxié par occlusion des voies respiratoires et laissé dans les mêmes conditions. Ce dernier, trois heures et demie après sa mort, avait encore une température rectale de 31°. Cette différence s’explique aisément, le chien noyé ayant conservé sa peau mouillée et se trouvant ainsi soumis à une plus grande déperdition calorifique.
Lorsque les animaux, au lieu d’être submergés, meurent par simple arrivée d’eau dans les voies aériennes, le corps
MÉCANISME DE LA MORT
restant à l’air libre, l’abaissement de température est moins rapide, comme le montrent les chiffres suivants :
Avant l’expérience 38°, 5
Au moment de la mort (4 minutes) 37
30 minutes après 37
1 heure après 36
2 heures après 33
Rigidité cadavérique chez les animaux noyés. — Nous n’avons rien constaté de spécial dans le mode d’apparition de la rigidité cadavérique après la submersion. Nous avons vu celte rigidité commencer en général deux heures après la mort dans les muscles des mâchoires et se montrer complète au bout de trois heures : elle se manifeste dans les épaules avant de se produire dans les hanches; mais les membres postérieurs sont, dans leur totalité, envahis avant les membres antérieurs.
III. Mort par submersion lente. — Dans la forme lente de la submersion, il ne s’agit plus d’un individu qui coule immédiatement au fond. L’homme qui se noie dans ces conditions, Messieurs, revient plusieurs fois à la surface de l’eau, reprend haleine à chaque fois ; enfin il disparaît sous l’eau et succombe.
Il n’est pas possible de répéter, dans cette forme de submersion, les expériences sur les chiens et d’obtenir les tracés nets et caractéristiques que je viens de faire passer sous vos yeux.
Le chien en se débattant, en revenant plusieurs fois sur l’eau, déplace les appareils ; il les entraîne avec lui et il est impossible d’enregistrer quoi que ce soit.
Cependant, nous pouvons retrouver dans la submersion lente les mêmes phases que nous avons observées dans la submersion brusque : seulement, elles sont irrégulières.
Dans la première phase, celle de la surprise , l’animal fait une ou deux inspirations : il tousse. La période de résis -
tance est très troublée, parce qu’elle est interrompue chaque fois que l’animal réapparaît à l’air et fait une nouvelle inspiration ; aussi chacune de ces inspirations fait-elle ressembler la période de résistance à la période de surprise, et l’on peut dire que ces deux phases sont subintranles. Lorsque la troisième phase, celle des grandes inspirations, s’établit, le tableau est identique à ce que nous avons constaté dans la submersion brusque, jusqu’à la fin.
M. Yibert et moi, quelques années avant mes expériences avec P. Loye, avions fait des études sur la submersion (1). Nous avions noyé trois chiens libres de toutes entraves dans un grand baquet d’eau. Le premier a succombé en vingt-cinq minutes, le second en vingt minutes, le troisième en quarante minutes. Ils ne sont tombés au fond de l’eau que deux minutes à peu près avant la mort : ils ont donc lutté très longtemps.
Il n’est pas démontré, Messieurs, qu’un individu noyé dans ces conditions n’ait pas succombé plus tôt, car le chien est un meilleur nageur que l’homme. Mais nous pouvons tirer de cette expérience la preuve que, dans la submersion lente, la mort peut tarder un certain temps.
Parmi les diverses expériences que nous avons instituées, M. Yibert et moi, je dois vous en citer une, qui est curieuse, parce qu’elle rappelle les expériences de William Edwards et de Paul Bert. Nous avons jeté dans un baquet plein d’eau un petit chien de six jours. Il a coulé au bout de deux minutes et demie ; à ce moment a commencé la phase des grandes inspirations : le petit chien est resté sous l’eau pendant une heure avant de mourir : il a donc survécu trente fois plus longtemps qu’un animal adulte.
Nous pouvons, Messieurs, faire de cette expérience une application à la médecine légale : Yous êtes commis dans un infanticide. On vous dit : « Cette femme est accouchée sur un seau plein d’eau : L’enfant a coulé au fond. A-t-il vécu quelque temps? »
(I) P. Brouardel et Ch. Vibert, Étude sur la submersion. ( Annales d'hygiène publique et de médecine légale, t. IV, 3e série, 1880.)
MÉCANISME DE LA MORT
Cet enfant a vécu peut-être moins longtemps que n’aurait vécu un petit chien placé dans les mêmes conditions, mais il a eu un certain temps de survie.
J’ajoute, quoique ces faits n’aient pas en médecine légale une grande importance, que la mort par submersion est plus rapide quand la température de l’eau est à 30° ou plus, plus lente quand l’eau n’a que 10 ou 15°.
Lorsque les chiens jetés dans l’eau ont les pattes liées, mais ont encore la facilité d’exécuter quelques mouvements, ils meurent en un temps variant de sept à dix minutes. Quand ils coulent à pic, la mort tarde de trois à cinq minutes.
Quel est l'état du sang chez un noyé ? Pouvons-nous, en nous basant sur les caractères du sang, répondre à la question que nous pose le juge d’instruction : « Cet homme est-il tombé dans l’eau vivant ou a-t-on jeté à l’eau un cadavre? »
Depuis longtemps, Messieurs, quelques auteurs ont été frappés des caractères particuliers que présente le sang des noyés. Ils ont noté sa teinte spéciale, sa grande fluidité, sa coagulation incomplète ou nulle dans les cavités du cœur et les gros vaisseaux. Aucun n’a indiqué la cause de ces modifications et par conséquent n’a cherché à expliquer pourquoi, dans quelques cas, ces caractères sont très nets, pourquoi ils manquent chez d’autres noyés. Ces incertitudes ont eu pour conséquence des erreurs d’interprétation dont on trouve de nombreux exemples dans les ouvrages de médecine légale.
Devergie a été sur ce point le plus explicite des auteurs qui ont fait des études sur la submersion. Il dit (1) : « Le sang reste fluide pendant plusieurs heures , même dans les vaisseaux qui pénètrent dans la substance des os. La fluidité du sang des noyés est remarquable ; elle égale presque celle de l’eau ; aussi le sang s’écoule-t-il avec rapidité des cavités
(I) Devergie, Médecine légale , t. II, 1852, p. G96.
du cœur ou des vaisseaux qui le contiennent, aussitôt qu’on y pratique une ouverture. 11 est très rare de rencontrer du sang coagulé dans les cavités du cœur. Orûla n’en a trouvé qu’une seule fois dans cet état ; M. Avisard et moi nous l’avons observé chacun deux fois. Nous ajouterons cependant que la fluidité du sang est en général commune à toutes les espèces de mort violente ; mais elle n’est que fort rarement aussi grande que dans l’asphyxie par submersion. C’est un fait fort remarquable que la fluidité du sang. Ce liquide s’écoule du cœur comme le ferait de l’eau, et il ne reste pas de caillot dans les cavités après cet écoulement. Certes il se passe là quelque chose de particulier chez les noyés, pendant les derniers moments de la vie. »
Devergie avait bien décrit cette fluidité du sang, mais il n’avait pas su déterminer pourquoi le sang est extrêmement fluide chez certains noyés et pourquoi il est coagulé chez d’autres.
Casper dit simplement (1) : « La fluidité du sang, qui revêt une couleur cerise, est le signe le plus constant ; cet état s’explique par l’empoisonnement du sang produit par le manque d'oxygène, ce qui lui fait perdre la faculté de se coaguler. »
Cl. Bernard a d’autre part noté ces mêmes caractères du sang chez des chiens à qui il avait directement fait de copieuses injections d’eau dans le système vasculaire (2).
En rapprochant ces données antérieures et les résultats de nos nombreuses autopsies de noyés à la Morgue, nous nous sommes demandé : 1° si l’eau ne pénétrait pas en quantité notable dans le sang pendant la submersion? 2° par quelle voie se faisait cette pénétration?
Or si l’on se souvient de l'extrême puissance d’absorption de la muqueuse pulmonaire, il semble naturel de chercher si ce n’est pas à cette muqueuse que revient le rôle le plus important dans celte absorption.
(t) Casper, Traité de médecine légale , t. Il, p. 401.
(2) Cl. Bernard, Leçons sur tes liquides de l'organisme , t. I, p. 33.
MÉCANISME DE LA MORT. 455
Ce sont ces points que je vais tout d’abord tâcher d’établir.
Pénétration de l'eau dans le sang des noyés. — Pour déterminer si pendant la submersion il pénètre de l’eau dans le sang des noyés et pour mesurer cette quantité, un moyen simple et, sous certaines réserves, très précis de résoudre la question est tout indiqué : il suffît de compter les globules du sang d’un animal avant et après la submersion. C’est ce que M. Vibert et moi avons fait, et voici les résultats de nos expériences :
Première expérience. — Chien adulte, mort par submersion en vingt-cinq minutes :
Avant l’expérience. 6,300,000 globules par millimètre cube.
Après l’expérience. 4,300,000 —
Diminution d’environ un tiers.
Deuxième expérience. — Chienne adulte, morte par submersion en vingt minutes :
Avant l’expérience 6,000,000 globules.
Après l’expérience 4,250,0 0 —
Diminution également de près d’un tiers.
Troisième expérience. — Chienne de trois à quatre mois ; la submersion ayant duré neuf minutes, on retire la chienne vivante. L’animal a survécu :
Avant l'expérience 7,250,000 globules.
Après l’expérience 5,700,000 —
Diminution de plus d’un quart.
Quatrième expérience. — Un petit chien nouveau-né, âgé de six jours, noyé, en une heure :
Avant l’expérience 6,718,000 globules.
Après l’expérience. 4,843,000 —
Diminution d’un tiers environ.
Il ressort donc de ces expériences que le nombre de globules contenus dans un même volume de sang est diminué
du quart ou même du tiers lorsque la mort par submersion se fait lentement, et que l’abaissement du chiffre des hématies est sensiblement proportionnel à la durée de la submersion.
Sommes-nous en droit de considérer cette diminution comme relative et due uniquement à une augmentation correspondante de la portion aqueuse du plasma, ou faut-il croire que les globules ont réellement disparu, au moins en partie, par le fait du contact de l'eau dont on connaît l'action destructive sur ces éléments?
La dernière interprétation est démentie par l’aspect même que présentent les globules du sang des animaux noyés. Je décrirai plus loin leurs caractères; mais je dois dire de suite qu’un nombre appréciable de ces éléments n’aurait pu être détruit complètement, sans que quelques autres ne présentassent des altérations beaucoup plus profondes que celles que nous avons constatées. En outre, nous nous sommes assurés, M. Yibert et moi, par un dosage fait à l'aide du colorimètre, que l’hémoglobine diminuait dans la même proportion que les globules. Nous pouvons donc considérer comme établie d’une façon incontestable la pénétration d’une quantité considérable d’eau dans le sang des animaux morts par submersion prolongée.
Je dis prolongée , car si l’on noie rapidement les animaux en moins de cinq minutes, en leur tenant constamment la tête sous l'eau, et en les empêchant de venir respirer de temps à autre à la surface, on n’observe plus les mêmes résultats. C’est ce que démontrent les deux expériences suivantes :
Cinquième expérience. — Chien adulte, peu vigoureux, maintenu sous l’eau, mort en quatre minutes :
Avant l'expérience G, 050,000 globules.
Après l'expérience 5,850,000 —
Sixième expérience. — Rat blanc adulte, mort en trois minutes, la tète restant constamment sous l’eau :
MÉCANISME DE LA MORT
Avant l’expérience. 7,600,000 globules par millimètre cube (1).
Après l'expérience . 7,900,000 —
On voit que, dans ces deux cas, l’absorption ne s’est pas effectuée, la mort étant survenue trop rapidement. Le sang présentait d’ailleurs dans ces derniers cas les mêmes caractères que dans l’asphyxie simple.
Voies de pénétration de Veau dans le sang. — Voie respiratoire. — Voie gastrique. — Quand l’absorption s’effectue aussi largement que dans nos quatre premières expériences, les poumons ne sont sans doute pas la seule porte d’entrée de l’eau. On sait, et nous l’avons constaté bien des fois, que les animaux avalent beaucoup d’eau en se noyant. La quantité absorbée par l’estomac doit varier en raison de l’état de vacuité ou de plénitude de cet organe ; chez nos chiens, à jeun la plupart depuis plus ou moins longtemps, elle a dû être assez considérable, bien moindre toutefois que celle absorbée par les poumons. Nous avons en effet noyé lentement un chien (40 minutes), dont nous avions au préalable lié l’œsophage. Avant l’expérience, son sang contenait par millimètre cube: 7,350,000 globules; après la mort, il en contenait 5,950,000 ( septième expérience). C’est une augmentation d’eau d’un peu plus d’un quart, augmentation inférieure, mais d’une petite quantité seulement, à celle qu’on observe chez les chiens noyés de la même façon, mais dont l’estomac peut se remplir d’eau. L’absorption stomacale est donc beaucoup moins considérable que l’absorption pulmonaire, et ce fait est en harmonie avec ce que l’on sait sur l’énergie respective de ces deux voies d’absorption. Encore faut-il remarquer que l’absorption pulmonaire est beaucoup plus grande chez les animaux qui se noient que chez ceux
(1) Au lieu d’une diminution, nous trouvons ici une très légère augmentation due, sans doute, soit à ce que par mégarde nous n’avons pas pris le sang servant aux deux numérations successives dans le même vaisseau, soit plutôt à un liasard de f réparation. Cette différence insignifiante indi- ' que seulement, que les globules sont restés en môme proportion avant et après la submersion.
auxquels on injecte de l’eau directement dans la trachée, comme l’ont fait divers expérimentateurs, et notamment G. Colin (1). C’est ainsi qu’en deux heures nous avons injecté 700 grammes d’eau dans les poumons d’une chienne pesant 5 kilogrammes, et qu’au bout de ce temps il n’en était entré qu’une très minime quantité dans le système vasculaire (7,000,000 de globules avant, G,G00,000 après). L’animal expulsait par sa plaie, pendant des efforts de toux ou de vomissement, l’eau à l’état liquide ou de mousse plus ou moins fine.
Un rat de 180 grammes mourut après l’injection de 9 centimètres cubes d’eau dans la trachée, injection ayant duré une heure. Les globules étaient en même proportion avant et après l’expérience.
Un cobaye fut tué par injection lente de 24 centimètres cubes d’eau dans la trachée ; son sang contenait seulement environ un septième d’eau en excès (6,700,000 — 5,800,000).
Il est possible que dans ces cas, en raison de la longue durée de l’expérience, il se fasse une certaine élimination d’eau ; mais cette élimination a semblé très restreinte, et ne s’est traduite que par l’émission assez fréquente, mais peu abondante, d’urine aqueuse. Même en tenant compte de cette circonstance, l’absorption reste bien moins considérable que chez les noyés, et cela n’a pas lieu de surprendre, puisque chez ceux-ci l’eau est en contact presque permanent avec la muqueuse pulmonaire ; l’expulsion d’une gorgée d’eau étant suivie de la rentrée non pas d’air, mais d’une nouvelle gorgée d’eau.
Influence de Vhydrémie sur les globules sanguins. — Du reste, dans les deux cas, si l’hydrémie peut donner au sang des caractères particuliers, qui, à l’autopsie, ont une certaine valeur diagnostique, elle ne joue dans le mécanisme immédiat de la mort qu’un rôle très secondaire ou presque
(G G. Colin, Traité de Physiologie comparée des animaux. 3e édit. Paris, 1888.
nul, et ne détermine pour son compte aucun phénomène important. Elle disparaît d’ailleurs promptement. Le chien n° 3, avec un sang dilué au quart, n’a pas présenté le moindre trouble de la santé ; au bout de quarante-huit heures (et peut-être beaucoup plus tôt) la proportion de ses globules était redevenue normale. Cette innocuité se comprend facilement ; on sait dans quelles larges limites peut varier la proportion du plasma dans le sang, même d’une façon presque instantanée. J’ai démontré, il y a vingt ans, que lorsqu’une purgation est administrée à un malade, une concentration très notable du sang s’opère en quelques heures. Le nombre des globules rouges augmente de 200,000 à 1,000,000 par millimètre cube. Deux ou trois selles suffisent pour dépouiller le sang d’une partie de son sérum et amener cette concentration (1). D’autre part, quand l’eau p 'mètre dans le sang par absorption, comme dans nos expériences, elle est loin d’exercer sur les globules une action semblable à celle qu’on observe quand elle est introduite d’une façon brutale, par injection dans les vaisseaux par exemple, et, même dans ce cas, Claude Bernard a pu injecter directement dans les vaisseaux une quantité d’eau égale au tiers du poids de l’animal avant de déterminer des phénomènes graves.
Voici, en effet, ce que nous avons observé chez les chiens dont le sang est dilué au tiers ou au quart: Les globules modifiés d’une façon appréciable sont dans la proportion de 3 h 5 p. 100 en moyenne. Ces modifications consistent le plus souvent en un simple changement de forme: les globules revêtent l’aspect de disques sans excavation, de calottes ou de sphères; quelques-uns perdent en partie leur hémoglobine et deviennent alors tout à fait sphériques, en même temps qu’ils augmentent de volume ; mais jamais l’hémoglobine ne disparaît complètement, et les globules les plus pâles con-
(1) P. Brouardel, De l’influence des purgations et de l’inanition sur ta proportion des globules rouges contenus dans le sang. {Soc. méd. des hôpit ., 14 juillet 1876.)
servent toujours une teinte plus foncée que le plasma environnant ; les contours gardent aussi toute leur netteté. Chez le rat, et surtout chez le cobaye, les altérations de forme sont plus fréquentes; un plus grand nombre de globules deviennent irréguliers, polyédriques, anguleux, et augmentent de volume, mais très peu encore perdent beaucoup de leur hémoglobine.
Ces altérations se réduisent donc à 1res peu de chose ; au point de vue histologique, il est intéressant de signaler le fait, car on voit que le sang peut recevoir impunément une grande quantité d’eau, pourvu que celle-ci pénètre par une large surface, et ne soit jamais en grand excès sur un même point. Sous le rapport physiologique, cette constatation permet d’expliquer l’innocuité relative de ces hydrémies aiguës.
Le sang des animaux noyés, examiné aussitôt après la mort, présente les caractères du sang asphyxique ; il est noirâtre et il ne contient que fort peu d’oxygène. Voici quelle était, chez un chien submergé, la teneur en gaz, immédiatement après la mort, pour 100 centimètres cubes de sang du ventricule gauche :