INTERVENTION DES ANIMAUX
que certaines parties de son corps, appuyées sur ces berges, émergent hors de l’eau, les rats d’eau s’attaquent à toutes ces parties et les dévorent. Ces rats préfèrent les régions grasses et surtout la petite boule de graisse située sous la pommette, l’extrémité des doigts et les talons.
Le rat attaque les chairs selon une ligne droite et nette, qui donne l’illusion d’une plaie faite par un instrument tranchant. 11 faut parfois se servir de la loupe pour distinguer les lignes faites par les dents.
Il semblerait que lorsqu’un individu se noie dans l’eau douce et courante, nous n’ayons pas à constater sur son corps des lésions de ce genre. Il n’en est rien. Les brochets, les sangsues, les écrevisses, les crevettes d’eau douce s’attaquent aux noyés.
M. Arnaudet, de Cormeilles (1), a rapporté un fait très curieux : Une vieille femme, alcoolique, fut trouvée noyée dans son lavoir, à onze heures du soir; on l’avait vue pour la dernière fois à huit heures, l’immersion avait donc pu durer trois heures. La figure de cette femme était couverte de petites érosions qui ressemblaient à des coups d’ongles ; on crut à un crime. La police fut prévenue. Dans son enquête, le docteur Arnaudet constata que le fond du lavoir où cette femme s’était noyée était couvert d’une vase fine et grisâtre. Dans cette vase et dans le courant de l’eau grouillaient des milliers de ces petits crustacés qu’on appelle des crevettes d’eau douce , de un à deux centimètres de long.
M. Arnaudet pria l’un des assistants de plonger sa main dans le courant; elle fut en quelques instants couverte de ces crevettes qui cherchaient à l’envi à entamer la peau. Un morceau de viande, plus tendre que cette main calleuse, suspendu dans l’eau, ne tarda pas à être complètement rongé.
Les vêtements de la noyée étaient farcis de crevettes ; il y en avait jusque dans les bas, quoique ceux-ci fussent serrés
(t) Arnaudet, La Normandie médicale , ler déc. 1888.
par les jarretières, et sur la cuisse gauche, une grappe de ces crustacés, solidement fixés, continuait sa besogne, plus de vingt heures après la mort (1).
Lorsqu’un individu se noie dans la mer, il peut être dévoré par les squales.
Mais dans les mers que nous connaissons mieux, dans celles qui baignent les côtes de la France, les corps sont très souvent entamés par les crabes. Les crabes s’attaquent toujours aux parties qu’ils peuvent saisir avec leurs pinces, telles que le lobule de l’oreille, les lèvres, les extrémités des doigts ; les plaies sont anfractueuses, irrégulières, et ne ressemblent en rien à la fine coupure due à la morsure des rats. Je ne sais pas qu’il y ait jamais eu, sauf dans un cas que j ai rapporté en parlant de la strangulation (2), une discussion médico-légale à ce sujet.
Rappel à la vie. — J’arrive, Messieurs, à une question fort complexe et compliquée de légendes : c’est celle de la survie et du rappel à la vie. En d’autres termes, pendant combien de temps peut-on 7%appeler à la vie un individu qui est tombé à Veau?
Interrogez les pêcheurs; ils vous répondront : « Au moins pendant un quart d’heure; nous en avons sauvés qui étaient restés dans l’eau ce temps-là! »
M. Pajot, l’ancien professeur d’accouchements à cette Faculté, était un pécheur à la ligne fervent. Il passait de longues heures sur les berges de la Seine, la nuit surtout, et il avait opéré plusieurs sauvetages. J’ai voulu avoir son avis. Il m’a répondu qu’il avait pu rappeler à la vie des individus qui avaient été sous l’eau pendant dix minutes, mais que c’étaient des noyés pâles et non pas des noyés bleus.
Je ne sais comment interpréter cette distinction entre les noyés pâles et les noyés bleus.
Le Dr Wolley, qui a fait la plus grande partie de ses re-
(1) Voir observation 5.
(2) Voir page 212.