RAPPEL A LA VIE
cherches en Écosse, déclare que le maximum de la survie est trois minutes d’eau; Taylor dit quatre à cinq minutes; M. Tourdes, cinq à six minutes.
Il faut tenir compte ici de deux faits. Plusieurs fois, j’ai fait allusion à la mort par inhibition ; si un individu est frappé d’inhibition au moment où, dans sa chute, l’eau atteint le creux épigastrique ou le larynx, il n’a pas respiré dans l’eau ; chez lui, la période de résistance est indéfiniment prolongée, et il n’a pas fait pénétrer d’eau dans ses bronches et dans ses alvéoles pulmonaires; il serait possible que cet individu pût être rappelé à la vie après dix, quinze et même vingt minutes. Peut-être est-ce là le noyé pâle de Pajot?
Je ne pense pas qu’il soit possible d’aller plus loin dans cette hypothèse.
Pouvons-nous espérer avoir des renseignements plus précis par les plongeurs? On lit, dans les livres, que des plongeurs restent huit à dix minutes sous l’eau : c’est de la légende. Les indications données par les médecins de la marine diffèrent peu. Fodéré, qui a observé les pêcheurs de moules de Martigues, dit qu’ils peuvent demeurer une minute sous l’eau. D’après Marshall, les pêcheurs d’huîtres perlières de Ceylan ne peuvent rester que cinquante secondes. Les pêcheurs d’éponges observés par Lefèvre de Rochefort n’ont jamais plongé plus de deux minutes ; ceux observés par Leroy de Méricourt, plus de deux à trois minutes. Il cite un cas où le plongeur serait resté quatre minutes sous l’eau.
Nous nous trouvons ici tout à fait en face des données expérimentales. Un individu qui a appris à plonger n’a pas à lutter, dans les périodes de surprise et de résistance, contre les mêmes phénomènes que celui qui n’est pas plongeur. Ces deux périodes sont supprimées pour lui ; il peut gagner de ce chef une minute environ.
Les plongeurs, avant l’invention des scaphandres, descendaient quelquefois à une profondeur de soixante-dix mètres. Lorsqu’ils sortaient de l’eau, ils perdaient du sang par les oreilles, par le nez, par les yeux; ils avaient même des
hémoptysies. Les plongeurs les plus aguerris ne pouvaient recommencer leurs exercices plus de quatre à, cinq fois par jour. Ils ne vivaient pas vieux d’ailleurs; bien peu dépassaient trente ans ; beaucoup étaient sourds.
Nous pouvons utiliser une autre source de renseignements. Certains acrobates demeurent un certain temps sous l’eau et se font voir en public.
M. lourdes a observé une femme qui se faisait appeler la reine des eaux. La reine des eaux entrait dans un aquarium, y mangeait, faisait quelques pirouettes et remontait à la surface. M. lourdes avait à la main sa montre à secondes : cette femme demeurait sous l’eau quarante-cinq secondes; une fois, elle y est restée une minute. M. Tourdes eut la curiosité de demander aux spectateurs combien de temps ils pensaient que la reine des eaux était restée immergée ; quelques spectateurs ont répondu : « Dix minutes, » le plus grand nombre : « Cinq minutes. »
M. Layet, de Bordeaux, a vu Y homme poisson , qui s’exhibait dans'des conditions analogues. C’était un ancien pécheur des côtes de l’Amérique, qui arrivait en France précédé d'une réputation utilisée par la réclame. L’homme-poisson restait sous l’eau deux minutes; une fois, il a pu rester deux minutes et demie.
Nous pouvons avoir toute confiance dans le témoignage d’observateurs aussi sérieux que M. Tourdes et M. Layet. Voyez combien le temps réel, compté au chronomètre de M. Tourdes, différait de l’appréciation des spectateurs. L’estimation du temps, je vous le rappelle, est une chose impossible pour quelqu’un dont l’attention est violemment attirée par un fait extraordinaire.
Ces constatations peuvent-elles nous donner une indication? Je crois, d’après ce que nous savons, que, lorsqu’un individu a fait les grands mouvements d'inspiration et introduit par conséquent de l’eau dans ses bronches, il sera bien difficile de le rappeler à la vie, non pas seulement parce que l’eau a pénétré dans les poumons et que les cellules épithé-