Submersion. Deux ou trois jours d’eau. Plaies post mortem
— Je soussigné, Paul Brouardel, commis par ordonnance de M. de la Fuye, substitut de M. le procureur de la Bépublique, à l’effet de procéder à l’autopsie d’un cadavre trouvé dans la Seine (quai Malaquais), serment préalablement prêté, ai procédé le 11 juillet 1878 à cette autopsie à l’eirel de rechercher les causes de la mort et de constater tous indices de crime ou délit.
Le cadavre est celui d’un homme de quarante à quarante-cinq ans, vigoureux ; il est dans un état de décomposition très avancé, dû au temps qui s’est écoulé depuis le moment où il a été retiré de l’eau et celui de l’autopsie. La peau est distendue par la putréfaction gazeuse, l’épiderme est presque partout détaché, les ongles et les cheveux s’enlèvent par la moindre traction.
Le cadavre porte un certain nombre de plaies :
1 0 A la région latérale droite du cou , une plaie assez large pour admettre le doigt, en forme de V à pointe dirigée en haut et dont le lambeau inférieur a une forme analogue inscrite dans la précédente. Par celte plaie il s’est écoulé un liquide sanguinolent, mais il n’y a pas d’infiltiation de sang dans ses lèvres ni dans les muscles de la région.
Les autres plaies sont rectilignes et non taillées en V, elles ont 4 à 5 centimètres de longueur. Elles siègent :
2° Près de l'angle de l'œil droit , plaie peu profonde.
3° Au sommet du front.
4° Au bras gauche , à sa partie moyenne.
5° A la cuisse droite.
6° Dans les deuoù aisselles.
Le périoste des os du crâne est décollé en arrière et l’espace libre entre lui et les os est rempli par un sac d’eau sanguinolente.
Les os du crâne et ceux des membres ne sont pas fracturés.
La trachée et les bronches colorées en rouge brun ne renferment pas de gravier ni de sable.
Les plèvres contiennent 2 à 300 grammes d’eau sanguinolente.
Les poumons paraissent sains.
Le cœur est vide. Les gros vaisseaux renferment un sang aqueux très fluide.
Le cœur est gros, chargé de graisse, les valvules aortiques sont crétacées. L’orifice mitral est insuffisant.
L’estomac contient un tiers de litre d’eau noirâtre.
Le foie est en dégénérescence graisseuse.
Conclusions. — 1° Les lésions notées sur la surface du corps ont été faites après la mort probablement avec le croc dont on s’est servi pour retirer le corps de l’eau.
2° Le cadavre ne présente aucune trace de violence faite pendant la vie, et actuellement appréciable.
3° Il existait une affection du cœur très avancée et ancienne.
4° La mort paraît avoir été causée parla submersion.
5° Le cadavre ne paraît pas avoir séjourné plus de deux ou trois jours dans l’eau.
10. Submersion. Trois ou quatre jours d’eau. — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par ordonnance de M. Desjardins, substitut de M. le procureur de la République, à l’effet de procéder à l’autopsie du cadavre du nommé D..., serment préalablement prêt', ai procédé le 23 mai 1878 à celte autopsie.
Le cadavre est celui d’un homme âgé de vingt ans environ, bien constitué, vigoureux.
La putréfaction gazeuse a envahi tout le tissu cellulaire souscutané, notamment celui du cou, de la face, de la partie antérieure du thorax, des bourses. Ces diverses parties ont une coloration brun noirâtre très prononcée, elles sont couvertes de phlyctènes contenant un liquide brunâtre. Bien que cette putréfaction soit déjà très accusée, il faut noter que les globes oculaires ne sont pas affaissés, que l’on distingue encore la couleur brune des iris, et que les cheveux ne se délachent que par une traction assez forte.
L’état des mains et des pieds prouve que le cadavre a séjourné dans l’eau quelque lemps et la rapidité de la putréfaction et son inégalité dans les diverses régions trouvent leur explication dans le lemps écoulé depuis que le cadavre a été retiré de l’eau et le moment de notre examen.
Examen extérieur. — L’épiderme des faces dorsale et palmaire des mains est macéré, un peu soulevé, il se détache facilement. La paume des mains et les interstices des doigts sont couverts de vase et de sable adhérents. Il n’existe en aucun point sur les mains ou les doigts d’écorchure ou de déchirure. Les ongles sont coupé*, on dirait même rongés, jusqu’au niveau de leur adhérence à la pulpe des doigts; ils n’ont donc pas de sillon dans lequel de la vase ou d’autres corps auraient pu se loger. Les ongles ne se laissent pas facilement détacher des doigts.
L’épiderme des pieds est peu macéré, les ongles des orteils sont solidement fixés.
Sur la région temporale et frontale gauche on note une série de déchirures de la peau, au nombre de plus de cinquante, à peu près parallèles ; les plus grandes ne mesurent pas plus d’un centimètre et demi, elles sont presque verticales. Au niveau del’exlrémité externe du sourcil gauche on trouve une de ces déchirures, sur la paupière gauche il en existe une analogue. Ces déchirures ne dépassent pas l’épaisseur du derme, il n’y a pas d’infiltration de sang dans leurs lèvres ou sous elles.
Les autres parties du corps, notamment les lèvres, le cou, ne contiennent ni ecchymose ni trace de contusion. On ne trouve qu’une seule suffusion sanguine, extrêmement petite au tiers moyen de la face antérieure de l’avant-bras droit.
Dans certaines parties, à la face interne des bras, sous le cuir chevelu, le tissu cellulaire est infiltré par une sérosité sanguinolente, dont la coloration est due à la ^diffusion de la matière colorante du sang, par suite du séjour du cadavre dans l’eau.
Examen des parties profondes. — Les os du crâne ne sont pas fracturés. Au niveau de l’union du frontal et des pariétaux les os sont si minces qu’ils n’ont pas un millimètre d’épaisseur, vice d’ossification sans importance. Il n'y a pas d'épanchement sanguin entre les os et la dure-mère.
Le cerveau est en pleine putréfaction, il a perdu toute cohésion, est absolument diffluent.
La langue est fortement serrée entre les dents.
Le larynx, la trachée, et les bronches jusqu’à leur deuxième ou troisième division ne renferment pas de bulles écumeuses. Elles sont tapissées par du sable et des particules graisseuses, assez
abondantes, analogues à celles que l’on trouve dans l’estomac. L’examen microscopique ne laisse aucun doute sur la nature de ces différents éléments. Les poumons sont volumineux, remplissent les cavités pleurales et sont gorgés de liquide. La plèvre et le péricarde contiennent une grande quantité de liquide sanguinolent, ou plutôt teinté par la matière colorante du sang dilfusée.
A la racine des bronches on trouve un ganglion bronchique du volume d’une grosse aveline ayant subi la transformation caséeuse.
Les cavités du cœur ne renferment pas de caillots; elles ne contiennent, ainsi que les gros vaisseaux, qu’un peu de sang extrêmement fluide.
L’estomac renferme environ un quart de litre de liquide constitué par des matières grasses et quelques morceaux de viande. On ne constate pas la présence de la matière colorante du vin.
Le foie, les reins, les intestins, sont sains.
Les os des membres, les côtes et la colonne vertébrale ne sont pas fracturés.
Conclusions. — 1° Le nommé D... a péri par submersion. Il est tombé vivant dans l’eau.
2° Une porte sur le corps aucune trace actuellement appréciable de violence.
Les lésions des régions frontale et temporale gauches sont probablement dues à des frottements contre des objets placés au fond du lit de la rivière (des tessons de verre, par exemple). L’absence de sang dans leurs lèvres doit les faire regarder comme postérieures à la mort.
3° L’état de putréfaction du cadavre s’explique par le temps écoulé entre le moment où on a retiré le cadavre de l’eau et celui de l’autopsie. L’état des yeux, l’adhérence des ongles et des cheveux doivent faire penser que le corps n’a pas séjourné plus de trois ou quatrejours dans l’eau.
11. Submersion. Suicide. Corde au cou et aux jambes. Quatre ou cinq jours d’eau. Autopsie quarante-huit heures après le repêchage. — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par M. Prinet, juge d’instruction près le tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d’une ordonnance, en date du 16 juin 1879, ainsi conçue :
« Vu la procédure requise à l’occasion delà mort du nommé X... dont le corps a été retiré de la Marne, dans la journée du dimanche 15 juin, et qui a été transféré à la Morgue.
« Commettons M. le Dr Brouardel, à l’effet d’examiner ce corps et d’en faire l’autopsie. Il déterminera à quel genre de mort l’in-
connu a succombé, s’il est mort asphyxié el si l’asphyxie a été produite par strangulation ou par submersion. Il dira à quelle époque il est possible de faire remonter le décès.
« Nous appelons particulièrement l’attention de M. le Docteur sur les liens qui tenaient le cadavre attaché et plié en deux, quand il a été retiré de l’eau. Il fera connaître ses appréciations sur ce point important et quelles conclusions il est possible d'en tirer au point de vue d'un crime ou d’un suicide. »
Serment préalablement prêté, avons procédé à l’autopsie el à ces constatations le 27 juin 1879.
I. Examen et autopsie du cadavre. — Le corps est dans un état de putréfaction gazeuse très avancée et toute constatation de lésions qui n’auraient intéressé que la peau est devenue impossible.
L’épiderme est enlevé sur une grande partie du corps, sur d’autres régions il est soulevé par des bulles remplies d’un liquide séro-sanguinolent.
La tête et la face sont très boursouflées, la face présente une coloration rouge vineux très foncé. Il sort des gaz, du sang el de la spume par tous les orifices.
Les cheveux de la tête sont châtain grisonnant, il n’y a pas de barbe ni de moustache; les poils du sternum sont blancs, ceux du pubis le sont moins.
Il est impossible de distinguer la couleur des yeux.
La langue est serrée entre les dents; celles-ci sont très rares el la plupart usées jusqu’au collet ; il reste encore : à la mâchoire supérieure, — â droite, la troisième grosse molaire, lacanine el les racines de la première et seconde incisives; — à gauche, les deux incisives, la canine et la dent de sagesse; à la mâchoire inférieure, — à droite, les deux petites molaires et les deux incisives, — à gauche, les deux incisives, la canine et une grosse molaire.
Au cou, on trouve un sillon blanchâtre presque transversal, ayant environ deux centimètres el demi de hauteur, légèrement oblique de haut en bas el d’arrière en avant; la peau, à ce niveau, est parcheminée et transparente à la lumière transmise.
Aux mains, l’épiderme est à peine soulevé el présente liés peu de phlyctènes; on trouve dans la paume de la main, du sable incrusté dans l’épiderme.
Il n’y a pas de traces d’écorchures ni sur le dos ni sur la paume des mains; les ongles sont encore adhérents, et on trouve du sable de la rivière sous les ongles.
Les ongles sont bien taillés et la paume des mains ne porte aucun durillon professionnel.
Sur les membres inférieurs on aperçoit des plaques parchemi-
nées ressemblant à des brûlures, par rétraction du derme après ablation de l’épiderme.
L’épiderme des pieds est macéré et ridé; les ongles des orteils s’arrachent avec un certain effort. Un peu au-dessus des malléoles on voit un sillon blanchâtre d’un demi-centimètre de hauteur qui passe en arrière de la jambe gauche, et en avant et en dehors de la jambe droite.
Le crâne n’est pas fracturé ; le cerveau est diffluent et en putréfaction gazeuse.
La bouche, le pharynx et le larynx ne présentent aucune lésion.
La muqueuse de la trachée est très rouge, la trachée ne contient ni sable, ni matières de vomissement.
Les cavités pleurales n’existent pas. Les plèvres sont intimement unies aux poumons.
A la base du poumon gauche, on trouve des fausses membranes très épaisses, organisées, traces d’une pleurésie enkystée, datant de plusieurs mois.
Les poumons sont très congestionnés, à la coupe il s’écoule du sang liquide, noirâtre et mêlé de graisse. Us ne renferment pas de tubercules.
Le péricarde ne contient pas de liquide.
Le cœur et les gros vaisseaux qui en partent sont absolument vides de sang.
L’estomac ne contient que quelques grumeaux ressemblant à des débris de fromage et de viande.
Le foie est légèrement putréfié, mais ne présente rien d’anormal.
Les reins sont putréfiés.
La rate est petite et diffluente.
II. Examen de la corde et de son mode d'application. — Lorsque nous avons été appelé à examiner le cadavre, la corde qui maintenait les pieds et le cou avait été enlevée. Nous avons fait appliquer par'l’inspecteur de police la corde dans la position qu’elle occupait avant qu’on ne l’eût détachée.
Le cadavre était replié sur lui-même et à peu près dans la position que prennent les tailleurs lorsqu’ils sont assis sur leur table de travail, les cuisses écartées, les jambes fléchies de façon à se croiser au niveau des malléoles.
L’extrémité de la corde tournée en anneau passait au-dessus des malléoles et cet anneau était fermé par un nœud dit marin, placé à la partie antérieure des jambes, l’autre extrémité de la corde embrassait le cou et là encore elle formait un anneau constitué
par la corde passée dans une boucle, en forme de nœud coulanl.
Les traces laissées sur la peau du cou, leur direction, ainsi que celles que nous avons constatées sur la partie inférieure desjambes sont celles qui auraient dû résulter de ce mode d'application des liens.
Ce procédé de ligature peut être fait par la personne elle- même. En elTel, après avoir uni ses jambes par un nœud bien fermé, on peut en fléchissant le tronc en avant passer la tête dans le nœud coulant préalablement préparé. 11 semble au contraire impossible qu’une personne étrangère puisse appliquer ce procédé de ligature à quelqu'un, à moins que la victime n’ait été mise dans l'impossibilité de résister par une lutte antérieure ou par des coups ayant eu pour conséquence d'annuler toute résistance.
Conclusions. — 1° Les résultats de l'autopsie démontrent que la mort est la conséquence d’une asphyxie par submersion.
2° Le cadavre ne porte aucune trace de violence actuellement appréciable, mais des lésions qui n’auraient intéressé que les parties molles ne pourraient plus être actuellement constatées à cause de la putréfaction.
3° La durée du séjour dans l’eau ne parait pas avoir dépassé quatre ou cinq jours. La putréfaction s’explique par ce fait que par un temps chaud et orageux le moment de l’autopsie a été séparé de plus de quarante-huit heures de celui où le cadavre a été retiré de l’eau.
4° La direction du sillon autour du cou, oblique de haut en bas et d’arrière en avant prouve que la traction sur le nœud coulant était dirigée de haut en bas, ce qui concorde parfaitement avec les constatations fournies par l'examen des jambes et avec le rapport fait par l’inspecteur de police sur la position de la corde.
5° La disposition de la corde autour du cou et des jambes, le corps replié en avant, la position des nœuds ne peuvent s’expliquer que si l’on suppose que celte application a été faite par l’individu lui-même, ou par un étranger sur cet individu préalablement mis dans l’impossibilité d’opposer aucune résistance.
L’absence de traces de lutte ou de violence rend celte seconde hypothèse absolument invraisemblable.
6° Il y a donc lieu de conclure que la mort est le résultat d’un suicide par submersion et que l’application du lien a été faite par la victime elle-même, dans le but probable de mettre obstacle aux efTorts de natation qui auraient pu succéder involontairement à une immersion volontaire.
12. Submersion. Suicide Six jours d’eau. Plaies de tête. — Je
soussigné, Paul Brouardel, commis par M. Valot, juge d’instruction au tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d’une ordonnance, en date du 17 mars 1879, ainsi conçue :
« Vu la commission rogatoire à nous adressée par M. le juge d’instruction de Lourdes, dans l'affaire commencée contre inconnus, inculpés de meurtre.
« Commettons M. le Dr Brouardel, lequel après avoir prêté serment entre nos mains, nous adressera un rapport écrit sur les questions posées dans ladite commission rogatoire. »
Serment préalablement prêté, avons pris connaissance de ladite commission rogatoire, ainsi conçue:
« Nous Laurent Gazes, juge d’instruction de l’arrondissement de Lourdes.
« Vu la procédure instruite contre inconnus, prévenus de meurtre.
« Vu les articles 43, 44 et suivants du code d’instruction criminelle.
« Donnons commission rogatoire à M. le juge d'instruction de Paris, à l’effet de soumettre à l’appréciation d’un homme de l’art, et de faire, par lui, contrôler les deux rapports médicaux ci-joints, de MM. les Drs B., de Saint-Pé, et D., de Lourdes.
« Faits. — Un sieur B..., cultivateur d’Omey, à 4 kilomètres de Lourdes, a quitté cette dernière localité, le 17 avril dernier, vers onze heures du soir, pour regagner son domicile audit Omey; son cadavre a été retrouvé dans les eaux du Gave, le 23 avril. Nous éprouvons en présence des deux rapports des docteurs de nombreuses hésitations au sujet de la cause réelle de la mort de B..., hésitations qui ne font qu’augmenter, les résultats de l’instruction étant nuis jusqu’ici. Il y a par conséquent intérêt pour la découverte de la vérité, à faire contrôler l’appréciation du Dr D.. Nous prions, par suite, M. le juge d’instruction de Paris de faire appel aux lumières d’un docteur, capable, habitué à prêter son concours à la justice, initié par une pratique sérieuse à la connaissance des opérations médico-légales; peut-être, au vu des rapports pourra-t-il nous dire à quelle cause on peut attribuer la mort de B... et si les déductions et conclusions du Dr D. sont scientifiquement logiques. M. le juge d’instruction voudra bien nous adresser le rapport du docteur qu’il aura commis.
« Lourdes, 14 mai 1879 ».
Nous avons pris connaissance des deux rapports signés l’un parM. le Dr B., de Saint-Pé, l’autre par M. le DrD., de Lourdes.
Nous avons d’abord le regret de constater une lacune grave dans l’aulopsie. Le crâne n’a pas été ouvert et il nous manque par suite tous les renseignements que l’état des centres nerveux aurait pu fournir sur l’existence d’une lésion spontanée expliquant un étourdissement, une mort plus ou moins rapide, sur les modifications secondaires, telles que la congestion des vaisseaux, qui accompagnent souvent la mort par submersion, et enfin sur les altérations de la substance cérébrale qui auraient pu résulter de coups reçus sur la tête.
Analysant les deux rapports nous constatons :
1° L'état de consercation parfaite du cadavre. — Cela s’explique facilement puisqu’il a séjourné au plus cinq jours et demi dans les eaux du Gave, du 17 avril vers onze heures du soir au 23 avril au matin. Or notre expérience a pleinement confirmé sur ce point les remarques de M. Devergie : « En général, on n’observe aucun changement dans l’aspect extérieur des organes avant le quatrième ou le cinquième jour (1). » Le même auteur, à propos d’un noyé qui avait séjourné quatre jours dans les eaux de la Seine, s’exprime ainsi sur l’état de l’épiderme des mains et des pieds: « L’épiderme des mains est très bien conservé, il commence seulement à blanchir à sa face palmaire, mais il n’est point plissé. La face dorsale des mains ne participe pas à cette coloration. L’épiderme des pieds est dans l’état naturel (2). »Ce noyé avait séjourné dans les eaux de la Seine du 25 au 20 mars, le corps de B... est resté cinq jours et demi dans les eaux du Gave, mais la température de cette eau du 17 avril au 23 avril était probablement plus basse que celle de la Seine à la fin de mars, par conséquent la conservation y devait être encore plus parfaite.
Dans le rapport du Dr B., nous lisons que « la tête, les mains, les pieds sont à nu ». Nous ne savons s’il était dans les habitudes de B... de marcher déchaussé, ainsi que le font souvent les habitants de la campagne.
2° Y a-t-il des traces de lutte? — M. le Dr B. a donné une description très précise de l’état dans lequel se trouvaient les vêtements de B..., cette description semble éloigner l'hypothèse d’une lutte. Tous les vêtements étaient dans leur position naturelle, on ne constatait qu’une déchirure de la veste derrière et au niveau de l’épaule gauche et une déchirure de la bretelle au niveau de l’épaule droite. Mais les boutons et les boutonnières étaient intacts, les vêlements n’étaient pas déplacés.
(1) Devergie, Médecine légale théorique et pratique , t. I, p. 181.
(2) Devergie, 1. 1, p. 18T.
La déchirure de la vesle et celle de la bretelle ne correspondent pas comme siège aux déchirures qui résultent d’ordinaire d’une lutte. D’ailleurs ces déchirures ne peuvent-elles pas s’expliquer par une chute naturelle dans le Gave, ou par les « grands efforts » que l’on a dû faire pour retirer le cadavre du barrage des usines de Saint-Pé? (Rapport du Dr D.) Nous voudrions savoir également si dans les points où le corps de B... vivant ou mort a dû tomber de la berge dans le lit du Gave, celui-ci a des bords escarpés, et si comme tous les gaves que nous avons vus, celui-ci n’est pas rempli de rochers et de cailloux ? Ces diverses circonstances pourraient faire penser que les déchirures et les plaies sont le résultat des chocs subis au moment de la chute dans le lit de la rivière, ou du roulement du corps dans ses eaux.
3° État des plaies. — La peau du cuir chevelu et celle de la face présentaient cinq plaies. La plus grande mesurait 4 centimètres (plaie de l’angle externe de la paupière de l’œil droit), les autres étaient plus petites et mesuraient de 3 centimèlres à \ demi-centimètre (plaie du nez). Il semble que ces plaies n’ont pas les caractères de plaies faites par un instrument tranchant ou par un instrument piquant, quelques-unes ont leurs bords inégalement coupés (plaie de la bosse pariétale gauche). Elles ne pénètrent par toutes jusqu’aux os (plaies n° 2, n° 3). Sont-ce des plaies faites avec un instrument contondant, tel qu’une canne ou un bâton? Lorsqu’un corps contondant frappe la tête avec violence, la peau du cuir chevelu est habituellement divisée dans toute son épaisseur, elle éclate entre la masse contondante et l’os, les lèvres de la plaie sont décollées dans une largeur de 1 demi-centimètre ou 1 centimètre. Ce décollement est un des caractères importants de ce genre de lésion. Nous ne saurions dire s’il existait, mais si l’on admet l’hypothèse de coups faits par un bâton, il nous semble difficile de comprendre la diversité de longueur des plaies et surtout la petitesse de celle qui siège sur le nez au niveau de la jonction du cartilage de l’aile droite avec les os. Cette dernière ne mesure que 1 demi-centimètre et ne pourrait avoir été produite que par un coup de pointe de bâton. Comment ce coup aurait-il produit une plaie à bords nettement coupés sans fracturer les os?
Il nous semble beaucoup plus naturel d’admettre que ces blessures, différentes par leurs dimensions, leur direction, leur pénétration, résultent de déchirures faites par le contact de corps durs présentant des angles, des dimensions et des lignes de section différents, et nous sommes portés à croire que ces lésions résultent de chocs subis contre les rochers et les cailloux du Gave, ou
contre les pierres sur lesquelles la tête de B... a pu porter au moment de sa chute.
4° Est-il démontré que ces plaies ont été faites pendant la vie ? — Nous ne trouvons pour résoudre celte question que la phrase suivante: « Diverses incisions faites sur plusieurs parties du cuir « chevelu, surtout dans les régions olFranl des blessures, nous lais- « sent voir des épanchements de sang considérables autour des « plaies et les lèvres de ces plaies pleines d’un sang très rouge « faisant corps avec elles. »
Ce sang était-il caillé? ou n’est-ce qu’une infiltration je dirai presque récente, puisque les plaies étaient saignantes au moment de l’autopsie, c’est là ce que nous ne saurions dire; d’ailleurs si ces lésions se sont produites au moment de la chute, B... était encore vivant et en ce cas les caractères des plaies seraient celles des plaies faites pendant la vie.
Quant à l’écoulement de sang par les plaies au moment de l’autopsie, il est la conséquence du genre de mort auquel a succombé B...
5° La submersion a-t-elle eu lieu pendant la vie ou après la mort ? — « Les poumons étaient noirâtres, fortement distendus par du sang noir et liquide : ils n’offraient sous la pression des doigts aucune espèce de crépitation.
« L’arbre respiratoire ne présentait nulle part la moindre trace d’écume savonneuse. Il en était de même des cavités nasales et buccale.
« Les cavités du cœur, droites et gauches, étaient pleines de sang noir et liquide, ainsi que les vaisseaux y aboutissant.
« L’estomac et les intestins étaient vides » (Dr D.).
Cette description reproduit fidèlement l’état des lésions que l’on trouve dans les viscères du corps d’un homme tombé vivant dans l’eau et qui y a séjourné cinq à six jours.
Dans ce cas, le sang est fluide, il l’est parce qu’il est dilué par l’eau qui a pénétré dans les voies respiratoires. Chez B... le sang était si fluide que quelques heures après la sortie du corps de l’eau, toutes les plaies laissaient couler du sang, tandis que quelques heures auparavant (Rapport du ür B.) la plaie de la partie postérieure du cuir chevelu et celle du nez donnaient seules du sang. Il a suffi que sous l’influence de réchauffement qui a succédé à la sortie de l’eau, les gaz de l’intestin et de l'estomac se développassent pour que la pression refoulât ce sang liquide à la périphérie et le fil sortir par les blessures.
Les poumons étaient peu ou pas crépitants comme dans la submersion opérée pendant la vie.
OBSERVATIONS ET EXPERTISES MÉDrCO -LÉGALES. — 12. 545
Les voies respiratoires ne contenaient pins de mousse savonneuse. Cette mousse n’exisle en effet que dans les premières heures qui suivent la sortie de l’eau après une submersion qui n’a duré qu’un ou deux jours.
Tout indique donc que l’eau a pénétré largement dans les poumons et c’est là ce qui les a rendus plus crépitants, qu’elle a dilué le sang et l’a rendu très fluide. Et l’eau n’a pu pénétrer dans les poumons que si B... vivait en tombant dans le Gave, si des efforts inspiratoires répétés ont conduit l’eau jusque dans les vésicules pulmonaires.
Sont-ce là les lésions de la suffocation ? Nullement. Dans la suffocation, les poumons sont congestionnés, couverts d’ecchymoses sous-pleurales et de plaques d’emphysème intervésiculaire, ils sont crépitants.
En sorte que si nous acceptons sans restriction les descriptions contenues dans les deux rapports, nous devons conclure que B... est tombé vivant dans l’eau, qu’il a respiré, et qu’il est mort par submersion.
8° Quelle serait la cause de la mort si on ne la rapporte pas à la submersion? — A-t-elle pu résulter des coups reçus sur le crâne? Les blessures décrites par nos confrères n’ont par elles-mêmes aucune gravité, elles n’ont pas intéressé une artère volumineuse. Il n’y a donc pas eu d’hémorrhagie grave, mortelle.
Ont-elles déterminé une lésion de l’encéphale ? Nous ne le savons pas, puisque le cerveau n’a pas été examiné, mais a priori nous ne le pensons pas, car les plaies contuses que portait B... ne semblent pas résulter du choc d’un corps très pesant.
La mort est-elle le résultat d’une suffocation et spécialement d’une suffocation par pression intense sur le thorax? Les lésions constatées ne sont pas celles de la suffocation, et nous ne comprendrions pas qu’une pression qui aurait exigé des efforts puissants, prolongés, se soit accomplie sans laisser une seule trace sur la peau ou dans les muscles du thorax, sans déranger les vêtements. Cette hypothèse ne nous semble pas admissible.
Conclusions. — 1° La mort de B... paraît résulter d’une asphyxie par submersion.
2° Les lésions constatées à la tête peuvent s’expliquer par les chocs subis lorsque le corps est tombé dans le Gave, ou lorsqu’il a été roulé au milieu des pierres, ou même lorsqu’on l’a retiré de l’eau.
3° L’état des vêtements n’indique pas qu’il y ait eu lutte, et si la mort résulte des coups portés sur la tète, l’absence de la lui te est inexplicable, car aucune des lésions constatées ne semble avoir P. Brouardel. — La Pendaison. 35
pu déterminer un ébranlement cérébral assez violent pour mettre immédiatement R... dans l’impossibilité de résister à une agression.
4° Mais ces conclusions sont nécessairement dubitatives puisque nous ignorons l’état dans lequel se trouvaient les centres nerveux. L’ouverture du crâne aurait seule pu démontrer si l’encéphale était le siège d’une lésion spontanée, ou d'une lésion résultant de coups reçus sur le crâne.
La constatation de ces lésions ou de leur absence aurait permis de fournir une explication indiscutable du genre de mort auquel R... a succombé.
13. Submersion. Neuf jours d’eau. Autopsie faite quatre jours après le repêchage. — Je soussigné, Paul Rrouardel, commis par M. Dupont, substitut de M. le procureur de la République près le tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d'une ordonnance, en date du 48 ma* 1880, ainsi conçue :
« Vu les articles 32 et 43 du code d’instruction criminelle et le procès-verbal dressé le 15 mai par M. le commissaire de police du quartier du Gros-Caillou, constatant l’envoi à la Morgue d’un cadavre du sexe masculin.
« Commettons M. le Dr Rrouardel, à l’effet de procéder à l’autopsie du cadavre, de rechercher les causes de la mort et de constater tous indices de crime ou délit. »
Serment préalablement prêté, ai procédé à cette autopsie, le 19 mai 1880.
Le cadavre est celui d’un homme de trente ans environ, il est dans un état très avancé de putréfaction, la peau, d'une coloration verdâtre, est distendue par des liquides et des gaz, les ongles des doigts et des orteils sont encore un peu adhérents, les cheveux s’enlèvent par la moindre traction.
On remarque quelques plaques parcheminées sur les épaules et sur la jambe droitp.
11 n’existe pas sur la peau et dans le tissu cellulaire du tronc et des membres d’ecchymoses, ou de suffusions sanguines actuellement reconnaissables.
Ouverture du corps. — Les os du crâne ne sont pas fracturés.
Le cerveau est en ramollissement putride très avancé.
La trachée renferme quelques matières alimentaires, on n’y rencontre pas de grains de sable, non plus que dans les bronches.
Les poumons sont œdémateux.
Les cavités pleurales renferment un peu de liquide teinté en
rose.
Le cœur contient quelques grammes de sang liquide, l’endocarde est imbibé; les valvules ne présentent pas de lésions.
Les côtes ne sont pas fracturées.
L’estomac renferme des matières alimentaires, au milieu desquelles on ne rencontre aucune trace de sable.
Les intestins et les autres organes abdominaux ne présentent pas de lésions actuellement reconnaissables.
Conclusions. — 1° La mort est le résultat de la submersion. Cet homme est tombé vivant dans l’eau, ainsi que le prouve la présence dans la trachée de débris alimentaires.
2° On ne constate aucune trace de violences, mais l’état de la putréfaction est tel que des lésions qui n’auraient intéressé que les parties superficielles du corps ne seraient plus possibles à distinguer.
3° Le corps paraît avoir séjourné huit à dix jours dans l’eau.
14. Submersion. Suicide. Corde au cou et au poignet droit. Dix à douze jours d’eau. — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par M. Potier, substitut de M. le procureur de la République près le tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d’une ordonnance, en date du 20 mars 1880, ainsi conçue :
« Vu les articles 32 et 43 du code d’instruction criminelle et la lettre ci-jointe de M. le préfet de police constatant le transport à la Morgue du cadavre d’un inconnu âgé de quarante à cinquante ans.
« Commettons M. le Dr Brouardel, à l’effet de procéder à l’autopsie du cadavre, de rechercher les causes de la mort et de constater tous indices de crime ou délit. »
Serment préalablement prêté, ai procédé à cette autopsie, le 21 mars 1880.
Le cadavre est celui d’un homme paraissant âgé de cinquante à soixante ans, de taille assez élevée et de forte corpulence. Les moustaches sont grises, les dents sont usées; il porte une petite verrue sur le côté droit du menton. Il n’existe aucune bourse séreuse professionnelle. Les ongles sont soignés. Le corps est dans un état de putréfaction avancée. Il n’existe pas de traces de violences appréciables. Entre les premiers orteils du pied gauche, se montrent quelques petites ulcérations recouvertes d’un petit linge.
Autour du cou, une corde mince à trois brins formant un nœud coulant à large boucle placée entre le thyroïde et le cricoïde. Cette corde a tracé un sillon circulaire et horizontal autour du cou.
L’extrémité libre de cette corde se trouve attachée au poignet par deux circulaires entre-croisés formant nœud coulant par suite
du glissement en dessous de l'extrémité libre de la corde terminée •par un nœud simple d’arrêt.
Autopsie. — Le cuir chevelu ne présente pas de plaies, les os du crâne ne sont pas fracturés. Le cerveau est en putréfaction, sa substance ne renferme pas d’épanchement sanguin. La bouche ne contient pas de corps étrangers solides. Dans l’arrière-bouche et dans l’œsophage, une certaine quantité de matières alimentaires demi-solides; à l’entrée des voies aériennes et dans la partie supérieure de la trachée, des débris de même nature mélangés â de fins grains de sable. Les cartilages du larynx ne sont pas fracturés. Dans les plèvres, un peu de liquide de Iranssudaliou. Les poumons sont œdémateux, sans noyaux apoplectiques ou pneumoniques.
Le cœur est sans lésions valvulaires, le sang qu’il contient est •liquide. Le foie, la rate, les reins, l'intestin et la vessie sont sains.
Conclusions. — 1° Le sieur X... a péri par submersion. Il est tombé vivant dans l’eau.
2° Le cadavre ne porte aucune trace de violences.
3° La corde a pu être enroulée autour du cou et du poignet par cet individu lui-même. Il semble difficile qu’elle ail pu l’être par une autre personne sans que cet individu y ait consenti.
4° Le séjour dans l’eau a dû être de dix à douze joui s.
5. Submersion. Suicide. Corde au cou et à la jambe. Quinze jours d’eau. Autopsie faite vingt-quatre heures après le repêchage. — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par M. Dupont, substitut de M. le procureur de la République près le tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d’une ordonnance, en date du 18 juin 1880, ainsi conçue :
« Vu les articles 32 et 43 du code d’instruction criminelle et le procès-verbal dressé le 18 juillet 1880, par M. le commissaire de police du quartier de la Muette, constatant l’envoi à la Morgue du cadavre d’un inconnu du sexe masculin, décédé par submersion.
« Commettons M. le Dr Brouardel, à l’effet de procédera l'autopsie du cadavre, de rechercher les causes de la mort et de constater tous indices de crime ou délit. »
Serment préalablement prêté, ai procédé à cette autopsie, le 19 juin 1 880.
Autopsie de C... — Aspect extérieur. — Le cadavre est celui d’un homme de taille moyenne, il est en pleine putréfaction; la peau présenle des taches diversement colorées, le plus grand nombre sont vertes, quelques-unes brunes ou bronzées; d’aulros plus petites, nettement limitées, situées dans le voisinage des
vaisseaux superficiels, ont une coloration franchement bleue. Le tissu cellulaire sous-cutané confient une grande quantité de gaz qui s’échappent quand on incise la peau, et qu’on ne peut enflammer que très imparfaitement. Ces gaz sont à peine odorants.
L’épiderme de la plante des pieds est complètement détaché,, depuis le talon jusqu’à la pointe des orteils, et forme sur chaque pied un lambeau flottant, retenu par le gros orteil.
Les ongles des doigts et des orteils ont disparu, ainsi que les poils de toute la surface du corps. Au visage, la tuméfaction très prononcée rend les traits méconnaissables : la langue fait saillie entre les dents.
Une corde de fouet à trois brins est nouée autour du cou, elle esL longue de 52 centimètres, modérément serrée malgré la tuméfaction des parties molles, et la peau sous-jacente n’offre pas de sillon bien marqué.
Vers le milieu de la jambe gauche, on remarque un sillon assez, net formé par une corde paraissant de même grosseur que la. précédente.
Le corps ne porte pas de traces de violences, actuellement reconnaissables.
Ouverture du corps. — Les parois du crâne ne sont pas fracturées*
Le cerveau est réduit en une bouillie fluide, contenue dans la dure-mère intacte.
Les côtes ne sont pas fracturées.
Le larynx, la trachée et les bronches ne contiennent pas^ d’écume, ni de sable, ni de corps étrangers.
Les cavités pleurales sont vides.
Les poumons sont affaissés, ils portent des cicatrices anciennesaux sommets et de nombreux tubercules dans toute leur étendue-
Le cœur est vide, ses valvules sont saines, sauf celles de l’orifice aortique qui sont légèrement athéromateuses.
L’estomac ne renferme ni eau, ni matières alimentaires.
Le rein gauche présente un kyste de la grosseur d’une noix.
Les intestins, le foie et la vessie n’offrent pas de lésionsactuellement reconnaissables.
Conclusions. — 1° Le cadavre soumis à notre examen est dans un état de putréfaction trop avancée pour que l’on puisse reconnaître des lésions qui n’auraient atteint que les parties superficielles de la peau, ou déterminé que des épanchements sanguins peœ abondants.
Ces réserves faites, nous n’avons constaté aucune trace^ deviolence.
2° Le séjour dans l’eau a été trop prolongé, au moins quinze^
jours, pour qu’il soit possible d’affirmer que la mort est le résultat de la submersion. Mais on ne trouve aucune lésion qui puisse expliquer la mort par un autre procédé.
3° Le cadavre portait aulour du cou un anneau formé par une corde dont un des chefs entourait la jambe gauche. Ce système de ligature est souvent employé par les individus qui veulent se suicider, et qui, sachant nager, se mettent par ce moyen dans 'impossibilité de se sauver après immersion dans l'eau.
4° Aucune de nos constatations ne révèle une lutte, une lésion devant faire croire à un homicide.
16. Submersion. Plaie du cœur par arme à feu. Quinze jours d’eau. Autopsie faite cinq jours après le repêchage. — Je soussigné, Paul Rrouardel, commis par M. Feuilloley, substitut de M. le procureur de la République près le tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d’une ordonnance, en date du 14 novembre 1881, ainsi conçue :
« Vu les articles 32 et 43 du code d’instruction criminelle et le procès-verbal dressé le 12 novembre 1881, par M. le commissaire de police du quartier de Sainl-Germain-l’Auxerrois, constatant l’envoi à la Morgue du cadavre d’un individu inconnu repêché dans la Seine, en aval du pont Solférino, portant une plaie dans la légion du cœur.
« Commettons M. le Dr Brouardel, à l’effet de procéder à l’autopsie du cadavre, de rechercher les causes de la mort, et de constater tous indices de crime ou délit. »
Serment préalablement prêté, ai procédé à cette autopsie le 17 novembre 1881.
Le cadavre est celui d’un homme de vingt ans, grand et vigoureux. La putréfaction est très avancée et la rigidité cadavérique a complètement disparu. Les yeux forment saillie entre les paupières. Le bras gauche a été désarticulé au niveau de l’articulation scapulo-humérale, à une époque indéterminable. La cicatrice est ancienne et solide. On ne trouve sur le corps qu’une seule plaie. Elle siège à 4 centimètres en dedans du mamelon gauche, elle mesure 12 millimètres, elle est entourée par un léger tatouage de la peau. Son orifice est entouré par un cercle noirâtre formé par la mortification de la peau.
Au-dessous de cette plaie se trouve dans le tissu cellulo-adipeux sous-jacent une vaste suffusion sanguine. La plèvre gauche est perforée au-dessus du bord supérieur de la quatrième côte, à l’union du cartilage costal avec la côte. Cette déchirure de la plèvre mesure 4 à 5 millimétrés transversalement et verticalement, la
plèvre est déchirée sur une étendue de 21 millimètres. La côte n’est pas fracturée.
Les os du crâne ne sont pas fracturés. Le cerveau est putréfié et en bouillie.
Dans la plèvre gauche se trouve un vaste épanchement formé par du sang liquide et par des caillots mous. La quantité épanchée est de un litre et demi environ.
Le péricarde est perforé sur sa face antérieure et à sa partie postérieure. 11 est rempli par un caillot sanguin mou pesant 160 grammes.
La face antérieure du ventricule gauche, au niveau de la cloison interventriculaire, présente une ouverture ayant 4 à 5 millimètres de diamètre. La face postérieure de l’oreillette gauche, au niveau de l’entrée des veines pulmonaires, présente un orifice analogue. Dans le ventricule gauche et l’oreillette gauche, on note la présence des deux orifices correspondants..
Les poumons ne sont pas perforés, ils sont un peu congestionnés.
Sur la face antérieure de la colonne vertébrale, au niveau de la huitième dorsale, sur le bord droit de l’aorte, au milieu d’un thrombus sanguin considérable, nous trouvons une balle de revolver de petit calibre.
Le projectile a donc traversé la paroi thoracique et le cœur de gauche à droite, d’avant en arrière et légèrement de bas en haut.
Le larynx, la trachée et les grosses bronches ne contiennent ni gravier, ni mousse spumeuse, ni débris alimentaires.
L’estomacrenferme quelques grammes de matières alimentaires, parmi lesquelles on distingue des feuilles de salade.
Le foie paraît sain.
Les reins se décortiquent très bien et paraissent également sains.
La rate est diffluenle mais paraît saine.
Conclusions. — 1° La mort de cet homme est le résultat d’une blessure faite par une arme à feu, telle qu’un revolver de petit calibre;
2° La présence du tatouage autour de la plaie prouve que le coup a été tiré à une faible distance, à quelques centimètres de la peau;
3° La direction de la balle a été de gauche à droite, d’avant en arrière et légèrement de bas en haut. La balle après être entrée dans la poitrine un peu au-dessus du bord supérieur de la quatrième côte a pénétré dans le ventricule gauche du cœur, par sa face antérieure, est sortie par la face postérieure de l’oreillelle
gauche, puis elle est venue se loger sur la face antérieure de la colonne vertébrale au niveau de la huitième vertèbre dorsale où nous l’avons trouvée ;
4° La mort a dû être presque instantanée à cause de la perforation du cœur et de l’hémorrhagie péricardique;
5° On ne trouve dans les bronches et les poumons aucun signe prouvant que cet individu ait respiré dans l’eau. Le coup de feu a probablement déterminé une syncope mortelle et la submersion n’a dû avoir qu’une part très faible dans le processus qui a déterminé la mort ;
6° Le cadavre ne porte aucune trace de violence pouvant faire admettre que la mort a été précédée d’une lutte.
17. Submersion. Pas de violence. Quinze à vingt jours d’eau. Autopsie vingt-quatre heures après le repêchage. —
Je soussigné, Paul Brouardel, commis par M. E. Desjardins, substitut de M. le procureur de la République près le tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d’une ordonnance, en date du 2 mai 1879, ainsi conçue :
« Vu les articles 32 et 43 du code d’instruction criminelle et le procès-verbal dressé le 2 mai 1879, par M. le commissaire de police du quartier de Saint-Germain-l’Auxerrois, constatant le repêchage du cadavre d’un militaire dans la Seine, à la hauteur du pont Saint-Michel.
« Commettons M. le Dr Brouardel, à l’effet de procéder à l’autopsie du cadavre, de rechercher les causes de la mort et de constater tous indices de crime ou délit. »
Serment préalablement prêté, ai procédé à cette l’autopsie, le 3 mai 1879.
Le cadavre est celui d’un homme grand, vigoureux, paraissant âgé de vingt-deux à vingt-quatre ans environ. La putréfaction gazeuse est très avancée, le tissu cellulaire du haut de la poitrine, celui des bourses, sont distendus parles gaz. La peau du haut de la poitrine et du cou a une couleur vert clair; sur les membres et sur la peau du dos, on voit de larges arborisations qui dessinent le trajet des veines sous-cutanées.
Les cheveux se séparent du cuir chevelu parla moindre traction. L’épiderme du dos des mains est complètement détaché, l’épiderme de la paume des mains, celui du dos et de la plante des pieds sont simplement plissés. Les ongles sont encore adhérents.
Sur la peau du corps et des membres, notamment autour du cou et de la bouche, on ne constate aucune trace de violence. Mais l’état de putréfaction du cadavre ne permettrait plus de re-
connaître des lésions qui n’auraient atteint que l’épiderme, ou qui ne se seraient traduites que par des ecchymoses ou des suffusions sanguines.
Les os du crâne et ceux des membres ne sont pas fracturés. L’encéphale est putréfié, ramolli, on ne découvre pas de trace de foyer sanguin dans son tissu ou ses enveloppes.
La muqueuse du larynx et de la trachée est recouverte par de la vase, dans laquelle on distingue quelques grains de sable.
Les plèvres contiennent 300 grammes environ de liquide teinté par transsudation de la matière colorante du sang.
Les poumons sont gonflés par du liquide, ils sont peu crépitants. Ils ne renferment pas de foyer apoplectique.
Le cœur est sain, il ne contient pas de caillots sanguins. Le liquide sanguin qui s’y trouve renfermé, ainsi que dans les gros vaisseaux de la base du cœur, est noir et très liquide.
L’estomac et les intestins sont distendus par des gaz. L’estolomac renferme 100 à 120 grammes d’une matière peu colorée dans laquelle on distingue encore des haricots mal broyés.
Le foie, le cœur, les autres organes sont sains.
Conclusions. — 1° La mort est le résultat de la submersion. L’état du sang et celui des poumons permettent d’admettre que ce militaire est tombé vivant dans l’eau ;
2° On ne découvre sur les diverses parties du corps aucune trace de violence, mais dans l’état de putréfaction du cadavre des lésions superficielles ne seraient certainement plus apparentes ;
3° Le cadavre a dû séjourner dans l’eau environ quinze à vingt jours;
4° L’état des matières contenues dans l’estomac doit faire admettre que la mort est survenue deux à trois heures après le dernier repas.
18. Homicide. Submersion. Vingt et un jours d’eau. Autopsie faite quarante-huit heures après le repêchage. — Je
soussigné, Paul Brouardel, commis par M. Potier, substitut de M. le procureur de République près le tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d’une ordonnance, en date du 16 mars 1880, ainsi conçue :
« Vu les articles 32 et 43 du code d’instruction criminelle et le procès-verbal dressé le 15 mars 1880, par M. le commissaire de police de Boulogne, constatant l’envoi à la Morgue du cadavre du nommé Léopold R..., âgé de seize ans, disparu le 22 février.
« Commettons M. le Dr Brouardel, à l’effet de procéder à l’au-
topsie du cadavre, de rechercher les causes de la mort et de constater tous indices de crime ou délit. »
Serment préalablement prêté, ai procédé à cette autopsie le il mars 1880.
Le cadavre est celui d’un jeune homme de seize à dix-sept ans, vigoureux.
11 est dans un état de putréfaction très avancée (l’épiderme de toutes les parties du corps, les cheveux et les ongles se détachent sous le moindre effort. — Le tissu cellulaire sous-cutané, partout où il est lâche, est distendu par des gaz inflammables; aux bourses, ces gaz forment une tumeur du volume des deux poings).
Sur le côté droit de la face, on remarque en dehors de l’angle externe de l’œil une infiltration sanguine de la peau et des parties sous-jacentes jusqu’à l'os, s’étendant sur un espace de 8 à 10 centimètres. Le point central de cette infiltration se trouve à 2 ceniimèlres en dehors de la commissure externe de l’œil.
La paupière supérieure gauche est infiltrée d'un liquide rouge foncé; cette infiltration parait résulter de la putréfaction.
Dans la région des deux veines crurales, un peu au-dessous du pli de l'aine, la peau, le tissu cellulaire et la partie superficielle des muscles sous-jacents sont infiltrés d’un liquide rouge foncé. Celte infiltration n’existe pas au niveau des veines axillaires.
Le corps ne présente donc qu’une seule trace de violence appréciable, celle qui siège sur la partie latérale droite de la face, en dehors et au-dessous de la paupière inférieure droite.
Autopsie. — Les parois du crâne ne sont pas fracturées.
La dure-mère est distendue par les gaz provenant de la décomposition du cerveau. La pie-mère est très injectée du côté gauche, ainsi que les couches superficielles sous-jacentes du cerveau.
L 'encéphale est putréfié, diflluent.
Le pharynx , la trachée et les bronches jusque dans leurs divisions de moyen calibre contiennent des débris alimentaires, constitués surtout par des morceaux de pommes de terre. Les pou mons sont gonflés, œdémateux. Les plèvres contiennent un peu de liquide.
Les cavités du cœur renferment du sang liquiJe. Les valvules sont saines.
L 'estomac contient des aliments parmi lesquels on distingue des fragments de pommes de terre, analogues à ceux trouvés dans la bouche. Il renferme aussi 200 à 300 grammes de liquide coloré par du vin, que l’on reconnaît à son odeur et à sa coloration.
Le foie n'offre pas de lésions, il est putréfié.
Les reinsae présentent aucune coloration appréciable. (On dis-
tingue encore très nettement les substances corticale et médullaire.)
Conclusions. — 1° La mort du sieur R. . . a eu lieu par submersion ;
2° Ce jeune homme est tombé à l’eau pendant sa vie, il a respiré, et il a ingurgité une certaine quantité d’eau ;
3° Le cadavre porte sur la joue droite et un peu en dehors une suffusion sanguine, résultant d’un choc produit par le contact violent d’un corps mousse, tel que le poing;
4° L’état de putréfaction du corps ne permettrait plus de distinguer des lésions superficielles, érosions, coups d’ongles et qui n’auraient intéressé que les parties superficielles de la peau;
5° Le corps paraît avoir séjourné dans l’eau trois semaines environ.
19. Submersion. Ficelles autour des membres. Moins d’un mois d’eau. — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par M. Dit te, substitut de M. le procureur de la République près le tribunal de première inslance du département de la Seine, en verlu d’une ordonnance, en date du 12 mai 1884, ainsi conçue :
« Vu les articles 32 et 43 du code d’instruction criminelle et le procès-verbal dressé le 11 mai 1884 par M. le commissaire de police de Joinville-le-Pont constatant que le cadavre de P... (Jean- Pierre), aurait été repêché dans la Marne à la hauteur du n° IG de l’avenue de la Marne, au Parc-Saint-Maur.
« Commettons M. le Dr Brouardel, à l’effet de procéder à l’autopsie du cadavre, de rechercher les causes de la mort et de constater tous indices de crime ou délit. »
Serment préalablement prêté, ai procédé à cette autopsie le 14 mai 1884.
Le cadavre est celui d’un jeune homme de dix-huit ans environ, d’une taille moyenne, bien musclé. La rigidité cadavérique a complètement disparu, la putréfaction est très avancée. L’abdomen et le scrotum sont excessivement dilatés par les gaz de la putréfaction et ceux-ci brûlent avec une flamme bleuâtre. Les poils, les cheveux ainsi que les ongles se détachent très facilement sous l’influence de la moindre traclion. L’épiderme s’enlève également en lambeaux, l’épiderme de la face dorsale des mains a disparu.
Au niveau des poignets on trouve un sillon assez net, résultant de l’application d’un lien à ce niveau.
La langue est placée entre les arcades dentaires.
On ne constate aucune trace de violences sur les différentes parties du corps.
Sous le cuir chevelu, à la partie postérieure de la tète se trouve une poche formée par de l’eau colorée par la matière colorante du sang. Les os du crâne ne sont pas fracturés. Le cerveau est complètement putréfié.
L’œsophage est sain.
La trachée ne contient pas de spume, mais par le raclage et le transport sur le dos de la main on dénote la présence d’un peu de sable. Au niveau de la racine des bronches il n’y a pas de spume, mais on trouve également un peu de sable.
11 n’y a pas d’ecchymoses sous-pleurales. Les poumons sont putréfiés.
11 n’y a pas d’adhérences pleurales ; les plèvres contiennent un peu de liquide de transsudation.
Le péricarde contient également un peu de liquide de transsudation. Il n'y a pas d’ecchymoses sous-péricardiques. Le cœur est complètement affaissé et vide. Les valvules sont saines.
L’estomac est putréfié, il contient quelques grammes de matières alimentaires parmi lesquelles se trouvent des morceaux de viande.
Le foie est putréfié, la vésicule biliaire contient une bile épaisse.
Les reins se décortiquent très bien, ils sont tr ès putréfiés.
La rate est putréfiée.
Les intestins paraissent sains.
Conclusions. — 1° La mort est la conséquence d’une asphyxie par submersion ;
2° Le cadavre paraît avoir séjourné dans l’eau environ une quinzaine de jours ;
3° On ne constate aucune trace de violences sur les différentes parties du corps, mais la putréfaction est trop avancée pour qu’il soit actuellement possible de constater des traces de violences qui n’auraient intéressé que les parties superficielles de la peau.