C. — Submersion ayant duré de un mois à un an
20. Submersion. Un mois d’eau. — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par ordonnance de M. Desjardins, substitut de M. le procureur de la République, à l’etFet de procéder à 1 autopsie du cadavre du nommé T... (Géleslin), serment préalablement prêté, ai procédé le 11 mars 1878 à celte autopsie et ai fait les constatations suivantes :
Le cadavre est celui d’un homme de quarante-cinq à cinquante ans environ, vigoureux. Il est dans un étal de putréfaction avancée. L’épiderme est presque partout enlevé; celui des mains et des
pieds, macéré par un long séjour dans l’eau, forme des plis nombreux, blanchâtres; à la face palmaire et plantaire, autour des doigts, il est soulevé, se détache sans difficulté, ainsi que les ongles. Les cheveux sont déracinés par la plus faible traction, les yeux ont perdu toute couleur.
Le derme a presque partout une couleur verdâtre, sur laquelle se dessinent en rouge brun les gros vaisseaux. Le tissu cellulaire sous-cutané est gonflé par l’infiltration aqueuse et gazeuse.
Sur aucun point du corps, en particulier autour des lèvres, du cou, sur les mains, on ne trouve une seule érosion, plaie ou écorchure.
En certains points, notamment aux membres inférieurs, on note la présence de taches mauves, formées par des dépôts de cristaux d’indican, transformation de la matière colorante du sang.
Aucun des os du corps n’est fracturé, ni au crâne ni dans la continuité des membres.
Le cerveau est dans un état de putréfaction avancée.
Les plèvres contiennent chacune un demi-litre de liquide sanguinolent. Les poumons sont sains, non crépitants, mais remplis de bulles de gaz de putréfaction.
Il en est de même de l’estomac dont la paroi postérieure est bosselée par de nombreuses bulles de gaz. L’estomac est vide et ne contient aucun débris d’aliment.
Conclusions. — 1° La mort est le résultat de la submersion ;
2° Le corps ne présente aucune trace de violence. L’état de putréfaction peut avoir fait disparaître des érosions superficielles qui n’auraient intéressé que l’épiderme, mais il aurait été encore possible de noter l’existence et la forme des plaies ou des écorchures même fort légères, s’il en avait existé.
On peut affirmer qu’il n’y a eu ni lésion grave des organes inter nes, ni fracture capables de déterminer la mort avant la submersion.
3° Le corps à du séjourner dans l’eau au moins un mois.