MÉCANISME DE LA MORT PAR TENDAISON
d’une apoplexie cérébrale causée par l’oblitération des veines jugulaires et par l’arrêt de la circulation de retour.
Louis a entrevu une partie de la vérité, mais son hypothèse fut oubliée. Tardieu ne la mentionne même pas et revient à la théorie de l’arrêt de la respiration. Il était réservé à Hofmann (de Vienne) de faire entrer la question dans une voie nouvelle.
Hofmann a pensé que la mort n’avait pas toujours pour cause l’imperméabilité de la trachée et l’impossibilité de la pénétration de l’air dans les poumons. Il a repris les idées de Louis, et sans reconnaître aux expériences de Hofmann une valeur absolue, je déclare cependant qu’elles expliquent d’une manière très satisfaisante le mécanisme de la mort chez un pendu, notamment chez ceux dont les jambes ou le siège touchent terre.
Avant d’aller plus loin, je désire m’expliquer sur un fait personnel. J’ai lu avec étonnement que M. Tourdes (1) m’attribue l’honneur de quelques-unes des expériences faites par Hofmann. C’est à Hofmann seul qu’elles appartiennent, je tiens à le dire. J’ai pu, en les répétant, en préciser davantage certains points. C’est là sans doute ce qui a amené dans l’esprit de l’éminent doyen de la Faculté de Nancy une confusion que je suis heureux de pouvoir faire cesser.
Les expériences de Hofmann sont demeurées classiques et j’ai eu souvent l’occasion de les répéter devant vous, dans le cours de mes conférences pratiques de la Morgue.
Avant de vous les exposer, il est nécessaire que vous sachiez quand elles sont applicables ; lorsqu’un individu meurt lentement, les phénomènes succèdent l’un à l’autre. Lorsque au contraire un individu est pendu haut et court, comme dans les pendaisons par justice, tous les phénomènes se passent en même temps.
Nous devons, au point de vue du mécanisme de la mort,
(I) Tourdes, Article Pendaison du Dictionnaire encyclopédique des sc. méd. 1886, p. 470 et suiv.
étudier : 1° le cas où le plein de l’anse est placé symétriquement ; 2° le cas où le plein de l’anse est placé latéralement.
Messieurs, examinons d’abord le cas où le plein de l'anse de la corde est symétriquement placé en avant du cou, le nœud étant situé en arrière.
Arrêt de l'air. — On a longuement discuté autrefois pour savoir si l’arrivée de l’air dans la trachée était beaucoupmodifiée suivant que la corde était placée au-dessus, audessous ou au niveau du larynx. Je crois que ces discussions sont oiseuses. Dans les expériences que nous avons faites, le lien, qu’il soit placé au niveau du larynx, au-dessus ou au-dessous de lui, se déplace toujours au moment de la suspension et remonte sous le maxillaire. Ce n'est pas parce que le larynx est aplati que l’air n’arrive plus au poumon ,* le larynx n’est que bien rarement brisé, et par conséquent il ne saurait être aplati ; c’est parce que le larynx, la trachée et la base de la langue sont entraînés par le lienT qu’ils remontent et viennent s’appliquer exactement contre la partie postérieure du pharynx, qu’il y a obstacle au passage de l’air. Il est incontestable que quand la suspension dépasseun poids de 15 kilogrammes, la base de la langue est appliquée sur la partie postérieure du pharynx, avec une telle force que l’accès de l’air dans la trachée est absolument impossible. Il se produit même dans ce cas, si le choc de la suspension a été violent, comme cela arrive lorsque le corps tombe brusquement dans l’espace au bout de la corde, une ecchymose rétropharyngienne, quelquefois très étendue.
Arrêt de la circulation. — Afin de bien se rendre compte des expériences de Hofmann et des phénomènes qu’il s’agit d’interpréter, on enlève sur un cadavre la calotte crânienne et le cerveau pour mettre à nu le golfe de la veine jugulaire et l’origine des carotides et. des vertébrales. Onouvre l’aorte, on y adapte une canule et on y pousse une injection d’eau afin de s’assurer de la parfaite perméabilité des artères. Ensuite on pratique la trachéotomie et on passe dans le larynx une sonde en caoutchouc très molle et très-