‹ La pendaison, la strangulation, la suffocation, la submersionChapitre 7 sur 48 · MÉCANISME DE LA MORT PAR PENDAISON · texte numérisé non relu

MÉCANISME DE LA MORT PAR PENDAISON

souple, qui puisse s’aplatir sans offrir la moindre résistance. Enfin, on place la corde autour du cou, de telle façon que le plein de l’anse s’applique exactement sous le menton et que le nœud soit en arrière.

On fixe un dynamomètre à cette corde afin de se rendre compte de la force qu’il est nécessaire de mettre en action pour soulever le corps.

Il suffit d’une pression de 2 kilogrammes pour empêcher le sang de passer dans les veines jugulaires ; d’une pression de 5 kilogrammes pour amener l’obstruction des carotides ; d’une pression de 15 kilogrammes pour assurer l’oblitération de la trachée; d’une pression de 30 kilogrammes pour obstruer les artères vertébrales.

Au moment où l’on fait ces expériences, Messieurs, le corps est à l’amphithéâtre, sur une table d’autopsie, et la tension de 30 kilogrammes le laisse couché sur le dos : c’est à peine si les coudes sont légèrement soulevés.

Quand le corps est tout à fait pendu, le poids que soutient la corde est bien de GO à 70 kilogrammes. Mais quand les pieds et quelquefois le siège reposent sur le sol, la corde ne supporte guère qu’un poids de 20 à 40 kilogrammes.

Dans la suspension incomplète, la pression peut être assez forte pour que la circulation ne se fasse plus par les artères ; il suffitque la tension atteignes kilogrammes pour qu’il se produise une syncope d’origine cérébrale, par anémie cérébrale.

Nous sommes loin de Yapoplexie de Ant. Louis, mais nous nous trouvons cependant en présence d’un phénomène cérébral ; j’insiste sur ce fait parce que la grande querelle des médecins légistes était de savoir s’il fallait être complètement pendu pour mourir ou si une pendaison incomplète pouvait amener la mort : Une pendaison incomplète suffit pour donner la mort par anémie cérébrale.

On peut donc comparer jusqu’à un certain point la mort par pendaison avec la mort qui succède à la ligature des carotides. Les belles expériences de M. Ehrmann (de Mulhouse) ont prouvé que si l’on peut survivre à la ligature d’une des

carotides, l’on succombe presque toujours à la ligature des deux.

Messieurs, j’ai vérifié les résultats obtenus par Hofmann, au moyen d’un autre procédé expérimental; j’ai pendu des chiens et des lapins; j’ai toujours observé chez les animaux ainsi pendus une anémie de la rétine en rapport avec l’obstruction des carotides . Legroux et Fieuzal ont fait les mêmes constatations, Or vous savez que les physiologistes et les anatomo-pathologistes considèrent la circulation rétinienne comme reflétant absolument les conditions de la circulation cérébrale. MM. Descoustet Lévy, en appliquant des couronnes de trépan sur le crâne des animaux avant de les pendre, ont pu se rendre compte que l’arrêt de la circulation cérébrale était le fait initial, et que la syncope, par conséquent, suivait immédiatement l’oblitération des carotides et des vertébrales; il en est de même, mais les phénomènes sont moins •nets, quand les carotides sont imperméables et que les vertébrales protégées par les apophyses cervicales laissent •encore passer du sang.

Allons-nous conclure de ces expériences, comme nous avons peut-être été trop tentés de le faire il y a quelques années, que la mort est due, dans la pendaison, à une syncope cérébrale?

Non, Messieurs, pas exclusivement.

J’ai fait d’autres expériences : j’ai pris des chiens et des lapins que j’ai pendus, après en avoir trachéotomisé la moitié.

J’en ai pendu d’autres de telle façon que le lien n’intéressait que les carotides et les nerfs pneumogastriques, en laissant libres le larynx et la trachée. Un lapin non trachéotomisé meurt après six minutes de suspension ; un lapin trachéotomisé, au contraire, meurt après vingt minutes.

La possibilité du passage de l’air a donc une importance extrême.

J’avais institué ces expériences à propos d’un fait cité par Mahon (1) : Un condamné à la peine de mort, nommé Gordon,

(IJ Mahon, Médecine légale et police légale. T. II, 1801.

Page 1