MÉCANISME DE LA MORT PAU PENDAISON
était parvenu à séduire, pour me servir de l’expression même de Mahon, le chirurgien de la prison où il était détenu et avait obtenu qu’il le trachéotomisât la veille de l’exécution. Le résultat n’a pas répondu à son attente; dépendu, il ouvrit les yeux, poussa un soupir, s’évanouit et succomba quelques minutes après.
Taylor emprunte à John Gordon Smith (1) le cas d’un supplicié, chez qui l’ouverture de la trachée ne prolongea pas la vie au delà de trois quarts d’heure. Espérons pour lui que l’anémie cérébrale avait fait son œuvre auparavant et que la syncope était survenue dès la deuxième ou troisième minute.
Le fait que nous devons retenir de ces expériences est celui-ci : l’arrêt de la circulation cérébrale suffit pour tuer un individu qui se pend, mais il tue beaucoup plus lentement que la privation d’air.
Je viens de vous exposer les faits tels qu’ils se passent quand le plein de l’anse est appliqué symétriquement, de telle façon que le nœud soit bien placé en arrière ; mais lorsque le plein de l'anse est placé latéralement sur le cow, il se fait de l’autre côté ce que les auteurs anglais et allemands appellent un V maxillaire, expression que j’admets volontiers ; le lien se relève de ce côté et forme un triangle au sommet duquel est placée la corde verticale qui sert à la suspension. Dans ce cas les deux jugulaires et l’une des carotides sont comprimées, mais la carotide placée du côté du Y n’est pas oblitérée. Le cœur continue donc à envoyer au cerveau une certaine quantité de sang que les jugulaires ne peuvent plus évacuer. Il n’y a plus anémie, mais congestion de l’encéphale et de la face. Celle-ci devient rouge, violacée, turgescente. Il n’y a plus de syncope.
Dans le premier cas, les pendus étaient pâles, blancs ; dans le second, ils sont bleus.
(1) J. G. Smith, The principles of forensic medicine. 3e édition. London, 1827.
Ces questions ont une grande importance en médecine légale. Il est en effet nécessaire, quand vous êtes appelés à constater la mort d’un individu qu’on a trouvé suspendu, de noter soigneusement la place du plein de l’anse de la corde, la place du nœud et la couleur de la face du pendu.
Lorsque vous aurez noté chez un pendu la présence d’un nœud latéral, et que cet individu est pâle et blanc, il vous est permis d’avoir des doutes sur son suicide; vous ne devez pas affirmer qu’il y a eu un crime, mais il vous faut pousser votre enquête dans ce sens.
J’ajoute que les pendus bleus ont parfois la langue rouge, turgescente et projetée hors de la bouche ; chez les pendus blancs au contraire, elle est appliquée derrière les arcades dentaires et porte souvent l’empreinte des dents.
Troubles du système nerveux. — Débarrassons-nous de suite de la question de l’inhibition. Je l’ai traitée devant vous dans tous ses détails. Je vous ai dit qu’un choc violent sur le larynx, n’intéressant même que la peau de la région sus-hyoïdienne, peut entraîner la mort subite. Quand un individu se pend, il réalise évidemment les conditions nécessaires à la production de l’inhibition. La mort par inhibition n’a donc rien qui doive nous surprendre, dans la pendaison.
Mais je dois vous signaler un autre point, Messieurs, dont l’importance est d’ailleurs plus théorique que pratique ; aussi ne m’y arrêterai-je pas longtemps.
Un lien assez étroitement serré autour du cou pour comprimer les carotides et les jugulaires, doit nécessairement intéresser les pneumogastriques.
Quelques auteurs ont attribué aux pneumogastriques seuls presque tout le mécanisme de la mort. Dès 1870, Waller avait remarqué que, chez les animaux, une anesthésie complète du corps succédait très rapidement à la pendaison ; cette anesthésie me paraît être une conséquence naturelle de la syncope. Thanhofer, médecin légiste à Budapest, a été jusqu’à faire passer au premier rang l’influence des