‹ La Penelope normande piece en cinq actes et en proseChapitre 32 sur 92 · U LA PÉNÉLOPE NORMANDE · texte numérisé non relu

U LA PÉNÉLOPE NORMANDE

RENÉ

Ce que tu répondrais... Que faire de ce sentiment froid et banal, quand on a le cœur...

Ah! très-bien. Je sais le reste... Tu agis en écolier, tu refuses avec indignation de prendre avec elle ce petit sentier de l’amitié tout bordé de pâquerettes -et de wergiss-mein-nicht; chemin un peu long en apparence, mais qui conduit au même but que la route directe pavée et carrossable, qui porte un poteau avec cet écriteau : Route de l’amour.

RENÉ

C’est vrai !

SA N A JO U

Tu t’obstines à combattre à l’entrée de cette route, tu veux entrer par la grille d'honneur ou t’en retourner. Eh bien, ça n’est pas fort. On dit que l’amour donne de l’esprit aux bêtes, c’est sans doute celui qu’il ôte aux gens d’esprit.

RENÉ

Que veux-tu que je fasse ?

S AN AJOU.

On accepte l’amitié, puis on discute les limites, on livre quelques combats sur les frontières, l’amitié gagne du terrain...

RENÉ

Et puis... ' • -

SANAJOU.

Écoute, mon bon ami, cette petite femme-là... c’est une mauvaise rencontre que tu as faite: ces amours-là, vois-tu, ça se mange comme cju poisson... on laisse les arêtes. Décidément tu as raison de fuir, mon cher. D’abord, en amour, je n’ai jamais vu celui qui fuit ne pas remporter la victoire... C’est une chasse où le chasseur doit se faire poursuivre par le gibier. Pars, et la belle te sera soumise dans une semaine.

RENÉ

Ah ! je renonce à elle pour toujours.

SANAJOU.

Bravo!... c’est mieux encore... Une femme qui a un mari... et peut-être mieux.

Page 1