COMMENT ON ETAIT MIS EN PENITENCE
La pénitence était forcée ou spontanée. Soit qu'il fut dénoncé par ses frères, soit qu'il se présentât de lui-môme à l'évêque, le fidèle coupable de péchés graves était privé, pour un temps, de la communion eucharistique et séparé de la communauté.
Voici comment on procédait en Syrie, au début du iii^ siècle : « Quand tu verras un pécheur, dit à l'évêque la Didascalle des Apôtres^ fâche-toi contre lui, et fais-le conduire dehors. Quand il sera dehors, qu'on lui fasse des reproches, qu'on l'interroge et qu'on le maintienne en dehors de Féglise, puis que l'on entre et que l'on intercède pour lui... Alors, ô évêque, fais-le entrer et demande-lui s'il se repent. » Cette discipline ne regarde que le pécheur dénoncé. Ce qui suit s'applique également au coupable qui s'adresse spontanément à Tévêque : (( Demande-lui s'il se repent et, s'il est digne d'être reçu dans l'église, impose-lui des jours de jeûne d'après son péché..., puis laisse-le aller, après lui avoir donné les réprimandes et les enseignements convenables, reprends-le et dis-lui d'être humble, de prier et de supplier durant les jours de son jeune pour devenir digne de la rémission des péchés (1). » A Alexandrie, Origène recommande au prêtre médecin des âmes de pleurer avec son pénitent, en
(1) Didascalle des Apôtres, ch. vi, trad. Xau, clans Le Cnnoniste contemporain, avril lUUl, p. 210. Cl'. Conatit. Apostol. lib. Il, cap. XVI.
même temps qu'il lui impose des œuvres satisfactoires (1).
Le prêtre pénitencier de Constantinople absolvait, semble dire Sozomène, à-KÉlus, les pécheurs dont il entendait la confession, avant de les soumettre aux exercices pénitentiels dont il avait la surveillance (2). Cette absolution, il faut le reconnaître, paraît bien douteuse à certains critiques (3).
En Asie Mineure, il y avait pareillement un « économe » de la pénitence (4), chargé d'entendre les confessions et de déterminer la durée des exercices pénitentiels.
Pour l'Eglise d'Afrique, Tertullien, saint Cyprien et saint Augustin ne nous renseignent que d'une façon fort vague sur la manière dont le pécheur était mis en pénitence. D'après saint Augustin, il était lié (5) jusqu'au jour où l'évêque le réconciliait et l'admettait de nouveau à la communion.
(1) In Psalm. 37 Ilomil. ii, Migne, P. G., t. XII, col. 138C.
(2) Sozomène, Hist. eccles., lib. VII, cap. xvi.
(3) M. Hogan, en particulier, m'écrivait (à propos de mon article sur l'Absolution dans le Dictionnaire de Théologie de Vacant) que So/.oméne paraissait avoir été influencé dans son récit par la discipline de son temps (V siècle). Mgr Batiffol {Etudes d'histoire et de théologie positive, Paris, Lecoffre, 1902, p. 159) traduit le mot aTToXuetv par congédier. A coup sur, s'il était permis de juger des usages primitifs de l'Eglise grecque en général par ce que nous savons du rite pénitentiel usité à Constantinople beaucoup plus tard, il faudrait admettre que la mise en pénitence était accompagnée d'une prière d'intercession équivalente à l'absolution sous forme déprécative. Le formulaire attribué à Jean le Jeûneur (f 595), mais d'origine moins ancienne, nous apprend que le confesseur récitait sur le pénitent, à mesure qu'il recevait ses aveux, un Deus tibi indidgeat, etc. La confession achevée, il ajoutait : « Que notre Seigneur et Maître Jésus-Ciirist Dieu te pardonne les péchés que tu as confessés en sa pi'ésence à ma nullité. » Morin, De Disciplina in Administratione Sacramenti penitentiœ. Appendix., p. 77 suiv.
(4) Gregor. Nyss. Ep. canon., can. 7, P. G., t. XLV, col. 225. Cf. Vacandard, Revue du Clergé français, \" août 1901, p. 461, note 4.
(5) Serm. 352, n' S.
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L'Espagne, la Gaule, Milan, Rome ne nous offrent guère plus de lumière. Le Sacramentaire gélasien, qui, de l'aveu des meilleurs critiques, représente sur certains points l'usage romain du v*^ ou même du iv^ siècle, indique une prière que le prêtre prononce sur le pécheur le jour où il entrait en pénitence (le jour des Cendres, au vii^ siècle) : Suscipis eum quarta ferla mane in Capite quadragesimœ... oras pro eo. Mais c'est là un document bien tardif et peu propre à nous renseigner sur la période primitive.
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