LA THÉOCRATIE MOSAÏQUE
Le propre de cette loi, écrite sous la dictée de Dieu , est d'être théocratique. Les tables de la loi trônent dans le sanctuaire du Temple qui est la tente mystérieuse du Jéhovah. Il règne par elle, et elle règne par lui.
Dans le Deutéronome, Moïse rappelant les bienfaits prodigués aux fils d'Abraham, d'isaac et de Jacob, compare la sollicitude de Jéhovah pour Israël à l'affection de l'aigle pour ses petits. Comme un aigle pousse en avant sa couvée, voltige sur ses aiglons, les porte sur ses ailes et leur apprend à voler, ainsi Dieu a pris la charge de son peuple, l'a porté sur ses épaules et s'est
fait son instructeur. Mais malheur aux rebelles ! Leur <5hair sera mise en lambeaux par Tépée de Jéhovah ; les flèches de Jéhovah s'enivreront de leur sang. Obéir aux ordonnances divines, c'est la vie. Y désobéir, c'est la mort. A Jéhovah, seul juge et seul roi, appartient la souveraineté d'Israël.
Dans le Livre des rois^ il est précisé que rétablissement de la royauté a été une usurpation sur Dieu même. Les Hébreux s'étant avisés de demander un roi, Samuel adresse sa plainte à Dieu. Dieu répond : « C'est moi qu'ils rejettent. Mais donne-leur des avertissements, et fais-leur connaître quels seront les droits d'un roi ». Et Samuel dit au peuple : « Le roi prendra vos fils et en fera ses cavaliers afin qu'ils courent devant son char, ou encore il les emploiera à labourer ses terres et à récolter ses moissons. Il prendra vos filles, et il en fera ses parfumeuses, ses cuisinières, ses boulangères. 11 prendra, pour lui-même ou pour ses créatures, le meilleur de vos champs et de vos vignes, la dîme de vos oliviers et de vos bestiaux. 11 prendra pour ses travaux vos serviteurs et vos servantes, vos bœufs et vos ânes. Vous-mêmes, vous serez esclaves. Pour lors, vous crierez contre le roi que vous aurez voulu; mais l'Eternel ne vous exaucera point ». Samuel leur dit encore : « Le seigneur était votre roi ; et vous avez demandé un roi ! » Et il advint que les Hébreux gémirent d'avoir mis le comble à leurs péchés, en commettant celui de demander un roi.
Dans le Livre des Juges^ Gédéon, devançant les paroles de Samuel, répond aux Hébreux qui veulent le faire roi : « Je ne serai point votre seigneur. C'est à Dieu que doit appartenir la seigneurie en Israël » ; et
Jotham fait cet apologue : « Un jour, les arbres eurent la fantaisie de mettre un roi à leur tête. Ils dirent à l'olivier: « Règne sur nous! » Mais Tolivier répondit : « Pourquoi renoncerais-je à mon huile, qui mê rend cher à Dieu et aux hommes, pour aller planer sur les arbres ? » Ils s'adressèrent au figuier : « Viens, toi ; règne sur nous ! » Mais le figuier répondit : « Pourquoi renoncerais-je à mon fruit si doux pour aller planer sur les arbres ? » Ce fut le tour du cep de vigne. « Accepte de régner sur nous , » lui dirent-ils. Mais le cep de vigne répondit : « Pourquoi renoncerais-je à mon vin qui réjouit le cœur de Thomme, pour aller planer sur les arbres ? « Alors les arbres eurent recours au buisson d'épines : « Consens, lui dirent-ils, à être notre roi. » Et le buisson d'épines, — qui, lui, est sec et piquant et n'a ni huile ni fruits, — fit cette réponse : « C'est de bonne foi, n'est-ce pas, que vous voulez m'oindre pour votre roi? Eh bien, venez ; et réfugiez-vous sous mon ombrage. Si vous ne le faites pas, le feu sortira de mes épines, et il dévorera jusqu'aux cèdres du Liban! ».
La royauté établie, le sacerdoce eut à cœur d'assurer l'alliance du roi et du prêtre, de telle sorte que le prêtre possédât la prépondérance. Certains rois, tels que Salomon, eurent le grand prêtre dans la main; mais combien d'autres tremblèrent devant lui !
L'esprit sacerdotal et théocratique apparaît tout entier dans ces paroles de Moïse bénissant les lévites , voués
au service religieux : « Eternel, votre perfection et votre doctrine ont été données à l'homme que vous vous êtes consacré, que vous avez éprouvé dans la tentation, et que vous avez jugé aux eaux de contradiction.
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Il a dit à son père et à sa mère : « Je ne vous connais pas. » Il a dit à ses frères : « Je vous ignore* » Il n'a pas connu ses propres enfants... Bénissez sa force» ô Éternel, et agréez l'œuvre de ses mains ! Brisez les reins de ses adversaires ! que ses ennemis tombent et ne se relèvent plus ! »
Ce serait entrer dans un détail infini que d'entreprendre rénumération des rites, des cérémonies, des sacrifices par lesquels le prêtre absorbait la vie d'Israël.
Au Temple, toute l'année, ce n'étaient que boucheries. Les plus nombreux sacrifices avaient lieu à la Pâque, en souvenir de Tœuvre de Dieu qui, pour ménager aux Hébreux la sortie d'Egypte, fit mourir dans ce pays tous les premiers-nés, depuis les premiers-nés des hommes, jusqu'aux premiers-nés des animaux.
Chaque année, un jour était consacré à la purification solennelle des Israélites et à l'expiation de leurs péchés. Deux boucs étaient amenés devant le grand prêtre. L'un était égorgé et l'autre épargné par le couteau du sacrificateur. Sur la têle de l'animal épargné, le grand prêtre posait ses deux mains en le comblant d'exécrations, et en confessant toutes les transgressions des Israélites, afin de détourner d'eux sur lui le mal dû à leurs crimes : puis, il faisait chasser dans le désert ce bouc émissaire, chargé des fautes et des iniquités de tous.
Telles étaient les prescriptions légales du livre des rites et des prêtres qu'Origène écrira, dans son entretien sur le Lévitique^ qu'il faut interpréter allégoriquement la plupart des prescriptions de la loi. « S'il fallait, ajoutera-t-il, les entendre dans le sens où les Juifs les ont
entendues, je rougirais de dire que de pareilles lois émanent de Dieu ; car il serait manifeste que les lois des hommes, telles que celles des Romains, des Athéniens ou des Lacédémoniens, sont bien plus conformes aux convenances et à la raison. »
Il est incontestable que la théocratie a fait des Juifs, comme on va le voir, le plus fanatique et le plus féroce des anciens peuples; mais aussi elle a établi leur nationalité sur des bases si indestructibles que, même persécutés et dispersés, ils ont trouvé dans leur religion une commune patrie.