‹ La pensée antique (de Moïse à Mare-Aurèle)Chapitre 12 sur 103 · FÉROCITÉS DE LA LOI MOSAÏQUE · texte numérisé non relu

FÉROCITÉS DE LA LOI MOSAÏQUE

En Israël, le précepte « tu ne tueras pas » devient lettre morte, dès qu'un intérêt religieux ou national apparaît. C'est là ce qui explique que la législation des Hébreux édicté tant de pénalités homicides, et que leur histoire soit surchargée de meurtres commis pour la gloire de Dieu et par son ordre.

La loi mosaïque convertit en crimes les manquements aux prescriptions cultuelles et ne regarde pas si elle frappe le vrai coupable. Ainsi elle porte que tout mâle, dont la chair n'aura pas été circoncise, devra être exterminé, parce qu'il ne porte point sur son corps la marque de l'alliance de la race d'Abraham avec Dieu.

Seront également exterminés les Israélites qui, au jour où c'est défendu, auront mangé du pain avec du levain; ceux qui, en un temps quelconque, auront mangé du sang; ceux qui auront omis de jeûner le jour des expiations; ceux qui, ayant touché des objets déclarés impurs, ne se seront pas fait asperger par le prêtre.

Aux vœux ordinaires, dont on peut se racheter moyennant certaines sommes d'argent remises au prêtre, la loi oppose les vœux solennels qui sont irrévocables, et entraînent la destruction de tout ce qui a été voué à Dieu, chose, animal ou personne. « Aucune personne

vouée à l'Eternel avec anathème ne pourra être rachetée ; elle sera mise à mort. » C'est en conformité de cette prescription du Deutéronome que Jephté immola sa fille et que Samuel coupa en morceaux le roi Agag. Le comble de l'horrible se trouve dans une des Jois qui servaient de sanction au premier commandement du décalogue. Cette loi prescrivait les plus inhumaines dénonciations ; facilitait les plus abominables perfidies; et ouvrait la porte à tous les forfaits. La voici telle que la formule le Deutéronome : « Quand votre fils, ou votre frère, ou votre femme bien-aimée, ou votre ami qui vous est cher comme votre âme, viendront vous dire en secret : « Allons à d'autres dieux! » gardez-vous de prêter l'oreille à leurs discours. Quel que soit l'être chéri qui vous aura ainsi parlé dans le secret, que la compassion ne vous porte pas à l'épargner ou à lui ménager une retraite, mais tuez-le aussitôt. Que votre main lui donne le premier coup et que tout le peuple le frappe ensuite. Qu'il périsse lapidé, parce qu^il a

voulu vous détacher du culte de l'Eternel votre Dieu, qui vous a tiré de l'Egypte, la terre de servitude ».

Après cela, quelles cruautés étonneront ?

Le Livre des rois raconte que Dieu frappa de mort cinquante mille Bethsamites pour avoir porté un regard indiscret sur l'arche sainte.

Un jour, des enfants s'attroupent après le prophète Elisée qu'ils appellent le chauve. Elisée les maudit au

nom de Dieu ; et aussitôt voici venir deux ours, envoyés par Dieu, qui dévorent les quarante-deux enfants.

Dans une autre circonstance, Dieu tue, en une seule nuit, par la main d'un de ses anges, cent quatre-vingtcinq mille Assyriens, parce que leur roi Sennachérib a déclaré la guerre aux Hébreux.

Dieu lui-même prescrit aux Israélites, par la bouche de Moïse, de faire aux Chananéens une guerre sans miséricorde, où tout soit mis à feu et à sang : « Ni alliance, ni traité ! N'ayez aucune compassion de ces sept peuples ! Faites-les passer au fil de Tépée! Détruisez leurs autels! Brisez leurs statues I que dans leurs villes il ne reste plus un seul habitant ! Que leur nom soit exterminé de dessous le ciel ! »

Quand les Israélites se laissèrent entraîner à pécher avec les filles du pays de Madian et adorèrent leurs idoles, Moïse les fit périr au nombre de vingt-quatre mille et organisa la guerre contre les Madianites : « Préparezvous au combat, dit-il, afin que vous puissiez exécuter la vengeance que le Seigneur veut tirer de ce peuple ! » La victoire fut obtenue sans qu'il en coûtât un seul homme à l'armée d'Israël. On tua les cinq rois de l'ennemi ; on alluma des incendies qui ne laissèrent debout ni ville ni village; on passa les hommes au fil de Tépée. Les triomphateurs, chargés d'un immense butin et emmenant captifs les enfants et les femmes, allèrent au-devant de Moïse et du pontife Eléazar. Mais Moïse entra dans une grande colère : « Pourquoi avez-vous épargné les femmes ? N'est-ce pas d'elles qu'est venue la séduction? Pourquoi avez-vous épargné les enfants mâles ? Tuez tout ce qui appartient au sexe masculin, y compris les tout petits enfants. Tuez toutes les femmes

Fabue. — Pensée antique. 3

qui ont connu des hommes. Quant aux petites filles et aux autres qui seront trouvées vierges, réservez-les pour vous. » Et au massacre de tous les hommes fut ajouté celui de tous les enfants mâles, de toutes les femmes mariées, de toutes les filles qui ne furent pas reconnues vierges. Quant aux vierges, qui se trouvèrent être trente-deux mille, on se les distribua à l'amiable, en compagnie des brebis, des bœufs et des ânes, d'après les proportions établies par Moïse, l'interprète du Seigneur.

Josué imitera Moïse. « Le Seigneur nous a livré Jéricho, dit-il. Que cette ville soit anathème! ». Et les Israélites tuent tout ce qu'ils rencontrent, depuis les hommes jusqu'aux femmes, depuis les enfants jusqu'aux vieillards, sans compter les bœufs, les brebis et les ânes. Dieu désigne à Josué d'autres villes, et il lui dit de les traiter comme il a traité Jéricho. Josué obéit.

Les égorgements étaient suivis de purifications déterminées par la loi. Pour obéir à Dieu, on tuait; et pour obéir à Dieu, on se purifiait après avoir tué.

Aod fait savoir au roi des Moabites qu'il a à lui parler en secret de la part de Dieu ; et, aussitôt arrivé près de lui, il le perce de part en part.

Jahel convie le général ennemi, Sisara, à accepter son hospitalité en lui disant : « Entre, mon seigneur, et sois sans crainte » ; puis, quand il dort, elle lui loge à coups de marteau un long clou dans la cervelle.

Au nom de Dieu, Samuel recommande expressément à Saûl marchant contre les Amalécites de tout égorger, jeunes et vieux, hommes et femmes, sans épargner les enfants à la mamelle. Saiil égorge tout, sauf le roi Agag. Samuel réprouve cette exception ; et lui-même,

rtjnf-

DOCTRINES DES HÉBREDX 35

il met en pièces le corps d'Agag, offert à rÉternel.

David est plus clément pour les Moabites, sans d'ailleurs cesser d'être cruel. Il les fait tous coucher à terre ; et, prenant au cordeau la mesure de cette longue file de corps, il en fait deux parts. La première part sera livrée à la mort; la seconde à la servitude.

Toute la population mâle de Tldumée est exterminée par le même David, le roi protégé de Dieu. Quant aux Ammonites, il fait scier en deux leurs corps ; il les fait écraser sous des chariots aux roues de fer; il les fait jeter dans des fourneaux pour y être brûlés.

Un jour David désobéit à Dieu en faisant contre son ordre le recensement du peuple. Dieu, pour punir sa faute, fait mourir de la peste soixante-dix mille Israélites. En face de l'immolation de ces victimes innocentes, David lui-même ne peut s'empêcher de s'écrier : « Qu'ont fait ces brebis ? Le pécheur c'est moi. »

On ne tarifait pas si on voulait énumérer les atrocités ou directement attribuées à Dieu, ou prescrites par Dieu, ou commises par des élus de Dieu sous le couvert de Dieu.

Nous devons admettre que Tâpre souvenir des misères de l'ancienne servitude et la commune barbarie des peuples expliquent en partie les férocités de la conquête et le farouche fanatisme d'un culte qui se confondait avec l'esprit national. Mais il y a là trop d'abominations. L'invincible instinct de la conscience les réprouve et est scandalisé par la doctrine sacrilège qui fait de Dieu leur auteur.

N'est-il pas étrange que ceux qui, jetant un voile pieux sur tant de monstruosités, s'obstinent à revêtir d'un caractère divin les lois et l'histoire des Hébreux,

peuple de Dieu, ainsi que les livres qui les racontent, soient ceux-là même qui, au moyen âge et dans les temps modernes, ont fait des Hébreux les souffre-douleur des nations? Ils ont traité ce peuple comme la peste du genre humain, tout en proclamant que les hommes de toute race sont frères ; qu'aux Hébreux appartient la paternité de la religion chrétienne, et que ses premiers apôtres furent des Hébreux.

Page 1