LES PSAUMES ET L'IDÉE DE DIEU
Les auteurs des chants religieux et nationaux d'Israël, longtemps attribués au seul roi David, manifestent le même enthousiasme qui possédait les prophètes et qui, d'après Osée, les faisait passer pour fous aux yeux de leurs ennemis.
Un ardent amour échauffe les cœurs des psalmistes et inspire leurs paroles : u Un feu s'est allumé en moi, dit Tun d'eux, et ma pensée jaillit comme une flamme. »
Leurs hymnes sont le plus beau monument de la prière humaine. Chez aucun autre peuple les effusions de la piété n'ont été si variées ni si pathétiques.
Chanter les louanges de Dieu avec accompagnement de la harpe, du psaltérion, du luth, de la cymbale, était une façon de prophétiser ; et le nom de prophète s'appliquait au poète que semblait animer l'inspiration divine.
Les psalmistes apostrophent les cieux et la terre, Tair et les eaux, les montagnes et les collines, les cités et les forêts ; et tout prend une âme, tout sent, tout prie, tout exalte la divinité.
L'univers ne porte-t-il pas l'empreinte de la majesté et de la puissance divine? L'Éternel s'est vêtu de lumière, et il vole sur Taile des vents. Qu'il le veuille ! Et les cieux se replieront comme un parchemin, et toute l'armée des étoiles tombera du firmament, comme tombent les feuilles sèches de la vigne ou les fruits
pourris du figuier. Qu'il le veuille ! Et les montagnes fondront comme la cire devant le feu ; et les sources des eaux paraîtront à découvert, et les fondements de la terre seront ébranlés : elle chancellera comme un homme ivre, elle sera enlevée comme une tente dressée pour une nuit. Qu'il le veuille ! Et sur les méchants tombera une pluie de feu; et des charbons ardents, du soufre enflammé, des vents brûlants, seront la coupe qu'ils devront épuiser.
Lorsque Kant dira que le ciel étoile au-dessus de sa tête et la loi morale au fond de son cœur le pénètrent du sentiment de la divinité, il ne fera que résumer la pensée du merveilleux psaume où la beauté des cieux qui racontent la gloire de TEterncl est mise en parallèle avec la beauté de la loi, dont la pure et douce lumière est le soleil des âmes.
Sans bornes, comme sa puissance, est Tintelligence de Dieu,prescient de Tavenir, partout présent, et voyant tout f « Éternel, vous me pénétrez; vous me connaissez ! Quoi que je fasse vous le savez ; et ma pensée n'est pas encore éclose qu'elle s'est déjà révélée à vous. Où pourrais-je aller pour me soustraire à votre vue ? Au ciel? Vous y résidez. Dans l'abîme? Je vous y trouve. Aux bords les plus lointains? Vous y êtes présent. Partout votre main et votre œil sont sur moi. J'aurai beau m'envelopper de ténèbres, les ténèbres ne me déroberont pas à vos regards ; car pour vous la nuit e.sl encore le jour. Eternel, comment pourrais-je ne pas vous glorifier? Mon existence est une merveille, fi l'exemple de toutes vos œuvres. Vous aperceviez la structure entière de mes os, quand mon corps se formait dans le sein de ma mère. Les fils de cette savante
broderie qui est mon être, étaient encore roulés en peloton ; et vos yeux me voyaient déjà tel que je suis. La seule idée des visions de votre pensée me confond. Elles sont plus nombreuses que les grains de sable delà mer. »