ASPIRATIONS A LA RELIGION IDÉALE
Ce sont les prophètes et les psalmistes qui de la conception de Jéhovah, Dieu national, s'élevèrent à la con-
ccption de Jéhovah, Dieu universel. C'est à eux qu'est dû l'éloge de la moralité mise au-dessus de la dévotion, (les bonnes œuvres mises au-dessus des sacrifices. C'est chez eux qu'on trouve des accents tout pénétrés de l'esprit révolutionnaire de Jésus qui proclamera qu'on ne met pas le vin nouveau dans de vieilles outres et qui annoncera « de nouveaux cieux, une nouvelle terre où la justice habite ».
Il faut que la parole de vérité coure par le monde ; et que toutes les nations louent rÉlernel. Son empire doit embrasser la totalité des générations et n'avoir de limites ni dans le temps ni dans l'espace. Partout où est une pensée, qu'il soit glorifié !
Quel que soit leur pays, il y aura fraternité entre tous ceux qui craindront l'Eternel et observeront ses commandements. Et les psaumes nous représentent tous les ôtres criant à Dieu leur reconnaissance, mOlant leurs voix dans un hymne à sa gloire, et ne formant qu'une grande cité prosternée sous sa loi.
Dans ce vaste temple que sera la terre, le vrai sacrifice, le sacrifice efficace, sera celui des cœurs.
Psalmistes et prophètes se font écho pour faire dire c\ Jéhovah : « La fumée de vos sacrifices monte sans cesse vers moi. Mais ce ne sont point les taureaux, ni les boucs de vos troupeaux que je vous demande. Tous les animaux des champs ne sont-ils pas à moi? Croyez-vous que je mange la chair des taureaux, que je boive le sang des boucs? Marchez dans mes voies; et apportez-moi en holocauste votre reconnaissance et vos vertus. »
L'Eternel est le Dieu des vertus ; et c'est de vertu en vertu que l'homme s*élève jusqu'à lui. Heureux ceux
qui suivent ses préceptes et font de sa loi la lumière de leurs pas, les délices de leur vie !
Commencez par haïr le mal, vous qui prétendez aimer Dieu. Ses préceptes sont profanés quand ils passent par une bouche impure. Aux justes seuls il sied de le glorifier.
En ce temps où Jérusalem deviendra le centre de Tunivers et où les peuples s'y assembleront de toutes les extrémités de la terre pour honorer rÉternel, doit éclore cet âge d'or que la plupart des peuples ont mis dans le passé et que les Juifs mettaient dans l'avenir.
C est merveille comme, aux pires jours, les voyants d'Israël se complaisent en beaux rêves et ouvrent à leurs compatriotes de magnifiques horizons de bonheur et* de gloire.
Rien n'est puissant sur les âmes croyantes comme ces hymnes de foi et d'espérance. Qui pourra compter les individus et les peuples en proie à la souffrance ou à l'oppression, qui ont puisé là le ressort de leur indomptable énergie ? De nos jours, il nous a été donné d'en voir dans les Boërs un inoubliable exemple.
Sans doute l'optimisme est une faiblesse quand il conclut à l'inaction se reposant de tout dans les bons offices d'un destin bienfaisant. Mais il est une force, quand il convie à l'action toutes les énergies de l'homme coopérant avec une justice supérieure qui n'aide que ceux qui s'aident eux-mêmes.
Un athée peut exceller par le caractère comme par le génie ; mais enfin ce n'est pas un avantage de se dire : « J'ai regardé la terre, et je n'y ai trouvé que néant ; j'ai regardé les cieux, et ils étaient sans lumière. »
Dans Tâme religieuse, telle que la veulent en leurs plus beaux accents prophètes et psalmistes, resplendit un soleil qui jamais ne s'éteint ; et sur ses pires maux luit la sérénité d'un immortel espoir.
Nobles et réconfortantes visions! L'idée d'une admirable entente entre les hommes remplace ces idées d'exterminations qui font dire à Isaïe que c'est un bonheur de prendre les petits enfants de ses ennemis et de les écraser contre la pierre. S'interrompant d'inviter Jéhovah à frapper les nations des fléaux de sa colère, les prophètes nous font assister à un miraculeux hymen de toutes les puissances ennemies.
Plus de guerre entre les hommes ; les épées sont converties en instruments de labour ; chacun repose tranquille à l'ombre de son verger ; le loup et l'agneau paissent côte à côte ; le nourrisson joue impunément avec la vipère; la terre, douce à l'homme, est fertilisée par la rosée du ciel ; et sur le monde transfiguré s'étend la paix sainte de Jéhovah.
Voici les grands abaissés; voici les humbles relevés ; voici les pauvres retirés de leur fumier ; voici les opprimés libérés de leurs chaînes. Il semble entendre déjà la grande parole de Jean : Dieu est charité. Jéhovah ne dit-il pas par la bouche d'Osée : « Le culte que je réclame c'est l'amour, non les sacrifices »? Ainsi qu'il est dit dans les psaumes, la miséricorde et la vérité vont au-devant Tune de l'autre ; la justice et la paix se donnent un mutuel baiser. Oh ! qu'il est beau de voir ainsi unie la famille humaine! La concorde fraternelle est aussi douce que l'odeur des parfums qu'on répand sur la tête du grand-prêtre, que la rosée du matin qui argenté la verdure ds la montagne de Sion.
Disparu le Dieu jaloux. Ce n'est plus seulement pour son peuple c'est pour tous les peuples que Dieu a ce cœur tout maternel dont parlait Isaïe, quand il lui mettait sur les lèvres ces paroles : « La mère oublierat-elle Tenfant qu'elle allaite ; sera-t-elle sans pitid pour le fruit de ses entrailles? Même quand elle oublierait son enfant, moi, ô Israël, je ne t'oublierai point. »
Quand Elie était dans sa solitude, rEtcrnel passa devant lui. Ce fut d'abord un ouragan qui déracinait les arbres. Mais Dieu n'était pas dans cet ouragan. Ce fut ensuite un tremblement de terre qui déplaçait les rochers. Mais Dieu n'était pas dans ce tremblement de terre. Puis ce fut un feu, qui consuma la forêt ; mais Dieu n'était pas dans ce feu. Après ce feu, ce fut un murmure de l'air doux et léger. Pour lors, Elie se voila la face. 11 avait senti Dieu présent.