‹ La pensée antique (de Moïse à Mare-Aurèle)Chapitre 22 sur 103 · DOCTRINES DES CHANANÉENS ET DES CHALDÉENS · texte numérisé non relu

DOCTRINES DES CHANANÉENS ET DES CHALDÉENS

Il nous reste rinscription d'une stèle où Mésa, roi des Moabites, fait savoir à la postérité que, s'étant rendu maître de la ville de Nebo, il a mis à mort toute la population mâle, et consacre à son Astarté les femmes et les filles, en faisant d'elles des prostituées.

Chez les Phéniciens, autrement dit chez les Chananéens du bord de la mer, le culte d'Adonis, le bienaimé d'Astarté, donnait lieu à des fêtes qui étaient le triomphe du luxe et de la licence.

A Byblos, une immense affluence de peuple célébrait tour à tour la mort et la résurrection du jeune dieu.

Au commencement de Tété, ce n'était que lamentations. On se pressait en pleurant autour de pompeux catafalques, dressés sur les hauts lieux. Dans la ville et par la campagne aux enivrantes senteurs, allaient et venaient en troupes des femmes désolées qui s'arrachaient les cheveux, déchiraient leurs vêtements, meurtrissaient leurs poitrines et poussaient des gémissements plaintifs pour mener le grand deuil du bel Adonis dont le simulacre recevait les honneurs funèbres.

L'automne venu, après les grosses pluies, quand de la pente des monts roulait vers la mer l'eau rougeâtre des torrents, il y avait une nouvelle crise de désespoir : « Voyez! s'écriait-on. Voyez le rouge sang d'Adonis! » Et de toutes parts éclataient des sanglots. Sept jours se passaient dans l'affliction. Le huitième jour, les prêtres disaient : « Réjouissez- vous ! Adonis est ressuscité » ! Aussitôt tous les échos retentissaient de cris de joie. La foule célébrait le jeune dieu rendu à son immortelle amante. Maintes femmes se montraient prises d'un éro-

tique délire; et, échevelées, dévêtues, elles se livraient en proie à la luxure du premier venu, moyennant des sommes d'or qui allaient grossir le trésor sacerdotal. Bien étrange cette vieille terre de Chanaan où on remarque, dans la vie publique, une perpétuelle alternative d'usurpations et de révoltes; dans la vie sociale, une perpétuelle émulation d'idolâtries et de vices.

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