‹ La pensée antique (de Moïse à Mare-Aurèle)Chapitre 32 sur 103 · L'AME, DIEU ET LES ÊTRES · texte numérisé non relu

L'AME, DIEU ET LES ÊTRES

Cette théorie de la préexistence qui, consacrant l'iniquité au nom de l'équité, servait à justifier l'un par l'autre Tordre social et Tordre divin, découlait logiquement des idées brahmaniques sur Tâme et sur Dieu.

On considérait dans Tâme ce qu'elle a de commun chez tous les êtres vivants et non ce qu'elle a de propre chez l'homme. Or si, en tant que force douée de conscience et de mémoire, elle peut commencer et cesser d'être, en tant que puissance pure, ne doit-elle pas toujours durer? L'être est susceptible de se modifier à l'infini ; mais du moment où il existe il a toujours existé et existera toujours. Par suite, Tâme peut s'incarner sous mille formes différentes, telles que celles de brahmane, d'esclave, d'animal, et monter ou descendredans la hiérarchie des existences; mais, tout comme elle n'a pas eu de commencement, elle ne saurait avoir de fin. On voit comment se lient les doctrines indiennes^ sur la préexistence, Timmortalité et la transmigration^ des âmes.

La raison de ces idées élait dans le concept qu'on se faisait de Dieu. Brahma est proclamé l'Être unique, infini, universel et éternel, d'où tout émane. Par cela même, il n'y a jamais ni véritable création, ni entier anéantissement. Tout ce qui est a toujours été et peut commencer ou cesser de paraître, mais non absolument commencer ou cesser d'être. Il y a seulement dans les choses des allcmatives d'activité et d'inertie, parce qu'il y a dans l'Être infini des alternatives d'action et de repos. Ainsi c'est dans un des moments d'action de Brahma que cet univers visible a été comme dégagé et produit :

« CELA n'était que ténèbres, incompréhensible à Tinlelligence, indistinct, ne pouvant être connu, ni par les procédés logiques du raisonnement, ni par la sagesse humaine, et comme endormi de toutes parts.

» Alors le grand pouvoir existant par lui-même, n'étant point vu, mais rendant l'univers visible avec les éléments primitifs et les autres grands principes, se manifesta dans toute la puissance de sagloire, dissipant les ténèbres.

n LUI, quel'esprit seul peut concevoir, dont l'essence échappe aux organes des sens, l'impénétré et l'impénétrable, l'éternel, le principe formateur de toutes les créatures, qu'aucune créature ne peut comprendre, apparut dans toute sa splendeur.

» LUI, l'esprit suprême, ayant résolu de faire sortir de sa propre substance les êtres divers, il les produisit. . .

M Tant que Dieu veille, l'univers accomplit ses actes ; dès que Dieu sommeille, dès que son esprit est en repos, l'univers s'endort et est comme évanoui. Fab». — ' Pensée antîqae. 7

» Durant le paisible sommeil de Brahma, les êtres animés pourvus de principes actifs quittent leurs fonctions, et le sentiment devient inerte.

» Et la vie de tous les êtres s'étant ainsi dissoute dans Tâme suprême qui fait toute sa vie, Tâme suprême sommeille doucement dans une parfaite quiétude.

» Puis, rheure arrive où, revenant à ses fonctions et se revêtant de nouveau de formes actives, elle se manifeste à travers les semences végétantes ou animales et reprend une face nouvelle.

» C'est ainsi que. par un repos et par un réveil alternatifs, rÊtre immuable dérobe ou fait naître à la vie tout ce qui a le mouvement et tout ce qui ne la pas. »

Donc tout naît, périt et renaît; tout sort de l'unité, y rentre et en sort encore.

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