TRINITÉ ET INCARNATION
Pour mieux marquer ces trois phases de la vie universelle, tour à tour donnée, retirée, rendue aux êtres, et figurer Faccord de la multiplicité avec l'unité, les Indiens imaginèrent les deux doctrines de la Trinité et de l'Incarnation.
On sépara dans Brahma la force qui produit, la force qui détruit, et la force qui reproduit. De là les trois dieux de la trinité brahmanique : Brahma qui demeure la personnification de l'énergie créatrice, Çiva le dieu destructeur qui résout les êtres dans TÊtre, et enfin Vichnou le Dieu réparateur et sauveur qui dégage de nouveau la multiplicité de l'unité et engendre Tuniverselle renaissance.
D'après les écritures indiennes, ces trois dieux n'en font qu'un. Voici, en effet, ce qu'ils répondent à un ascète qui les interroge : « Apprends, ô pénitent, qu'il n'y a point de distinction réelle entre nous; ce qui, aux hommes, semble devoir être distinct n'est tel qu'en apparence. L'Etre unique paraît sous trois formes, par les actes de création, de conservation et de destruction ; mais il est un. Adresser son culte à une de ces formes, c'est l'adresser aux trois ou au seul Dieu suprême. »
Le centre de la trinité indienne, le lien entre Brahmu et Çiva, c'est naturellement Vichnou, le médiateur toujours prêt quand le salut d'un monde le réclame, qui, « ne dédaignant pas de s'incarner sous la forme de la créature, naît d'âge en âge pour la protection des hommes de bien et pour le rétablissement de la justice, » qui, enfin, se manifeste en chaque homme par l'énergie de la vie, l'élévation de l'intelligence et la droiture de la volonté.
Ainsi complétaient tout le reste, et se complétaient l'un l'autre, dans les constructions métaphysiques des brahmanes, le dogme de la Trinité et le dogme de l'Incarnation ou plutôt des Incarnations.
Il arriva bientôt, comme il fallait le prévoir, que Brahma, dans son paternel repos, fut un peu négligé pour Vichnou, dont l'active bonté touchait plus les âmes et attirait davantage l'adoration.
C'est ainsi que les chrétiens s'adressent à Dieu le fils plutôt qu'à Dieu le père. Dans nos églises, pour une image du Père Eternel, il y a mille images du Christ, son fils unique.