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LE DESPOTISME DES ANCÊTRES

En Chine, le despotisme du monarque est contenu et canalisé par le despotisme de la tradition et des ancêtres.

Le mot d'Auguste Comte « les vivants sont gouvernés par les morts. » est vrai surtout pour la Chine.

D'autres ont un idéal et regardent vers l'avenir. Le Chinois n'a que des traditions et regarde vers le passé.

Chaque logis, du plus humble au plus opulent, a son autel des ancêtres. Aux ancêtres le respect et l'amour! Innover serait les méconnaître et les outrager.

Ce culte aveugle des ancêtres a immobilisé les Chinois dans les cadres tracés depuis des siècles. Toute la discipline sociale, comme toute la discipline individuelle, conspire au maintien du vieil ordre des choses.

La môme force d'inertie qui fait que les habitants de l\5kin s'accommodent de piétiner dans les ordures et '

de respirer des miasmes, explique racceptation bénévole des jougs traditionnels, voire des coups de bambou réglant les petits comptes des justiciables.

Emmaillotée dans ses usages comme une momie dans ses bandelettes, patriarcale, agricole, pacifique, prolifique, disciplinée, hiérarchisée, cérémonieuse, la Chine fait l'effet d'une sœur très ressemblante de l'Egypte.

Les Chinois ont acquis, à Técole de leurs philosophes, un prodigieux don de patience et d'impassibilité.

L'aspiration au progrès ne hante pas ces cerveaux pétrifiés par Tinfluence d'habitudes séculaires. Aujourd'hui répète hier; demain répétera aujourd'hui. Un peuple heureux n'a pas d'histoire...

Les vicissitudes de notre vie publique, la multiplicité de nos inventions font sourire ces sages. Ils nous trouvent bien fous. Nous leur semblons des enfants ou des barbares. Ils n'ont pour nous que pitié ou mépris.

Comment comprendraient-ils le va et vient de nos modes, lamobilité de nos usages, le tumulte de nos agitations? Ces pacifiques ne se contentent pas de penser avec raison que la recherche des distractions est un témoignage qu'on n'est pas heureux. Us délestent tous les changements dont est faite la variété de l'existence, et ils ont le secret de ne trouver aucun ennui dans l'uniformité. Entre eux et les Hellènes, qui ont placé le bonheur dans l'action, il y a un monde.

Rester Chinois à la façon de leurs pères est tout pour les Chinois. Ils quitteraient la vie plutôt que de quitter leurs mœurs. Et cette immutabilité de leurs mœurs les fait indomptables. On peut les vaincre; les absorber, jamais. Les conquérants Tartares durent se faire Chinois. Jamais les Chinois ne se seraient faits Tartares.

Ce grand corps de la Chine ne saurait périr que par sa propre décomposition. Ne nous étonnons pas si cette décomposition se prolonge pendant des siècles. Le règne de la routine, qui est la faiblesse de la Chine, est aussi sa force. Moins elle dépense de vitalité, plus elle dure. Sa longévité a de beaucoup dépassé celle de la Grèce et de Rome. C'est ainsi que la vie de Tarbre, toute végétative, est plus longue que celle de l'homme.

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