ÉCOLE IONIQUE
Cicéron assure que ce poète philosophe, tout en développant sa physique grossière, enseignait Téternité des âmes ; et d'anciens historiens rapportent que^ comme devait le faire plus lard Descartes, il voyait dans les animaux de simples machines.
HERACLITE
Avec Tobscur Heraclite, commence, au cinquième siècle, une nouvelle période de la philosophie ionienne, désormais dominée par celte conception du penseur d'Ephèse : à proprement parler, rien n'est ; tout devient.
Si Tair est plus pur que Teau, plus pure elle-même que la terre, il semble que le feu est plus pur que tous ces éléments et a en soi quelque chose de vivant qu'ils n'ont point. Aussi est-ce à l'élément igné qu'Heraclite prétendit tout ramener, expliquant comment le feu anime tout et détruit tout, si bien que toutes choses, sans cesse en lutte les unes avec les autres, sont dans un écoulement perpétuel, et que cet univers embrasé fera place à une succession de nouveaux univers.
D'après ce philosophe demeuré illustre, le monde extérieur n'est qu'une jflusio^ mais il y a une raison suprême, émanation la plus pure de la substance ignée, qui rayonne à travers le vain tourbillon des phénomènes et nous permet de saisir l'universel.
Affligé de voir que tout passe et que rien ne subsiste véritablement, que toute vie naît de la mort et aboutit à la mort, que la divine harmonie du tout nécessite les ténèbres à côté de la lumière et la guerre à côté de la paix, Heraclite gémissait et pleurait. Aussi est-il célèbre par son humeur mélancolique qu'il poussa, ce
semble, jusqu'à la misanthropie. Mais il était de ces misanthropes qui se dégoûtent de l'humanité par amour des hommes ; il haïssait Thomme bien moins qu'il ne le plaignait : « Qu'est-ce que l'homme? disait-il. Son savoir n'est qu'ignorance, sa grandeur que bassesse, sa force qu'infirmité, son plaisir que douleur. » Du moins, dans ses tristesses, il avait conservé ce sens de la vertu civique qui est un des caractères du génie grec. C'est de lui cette parole : « Les peuples doivent combattre pour leurs lois comme pour leurs murailles. » Les docteurs de la primitive Eglise, et maints savants, ont exalté Heraclite. Les premiers lui ont su gré de la profonde métaphysique qu'il dissimulait sous des formules physiques, et qui aboutit à voir, par delà le feu matériel qui, tour à tour éteint ou rallumé, défait et fait les mondes, le feu spirituel, raison primitive et âme éternelle des êtres; puis de la haute morale qui lui faisait dire que c'est peu de beaucoup savoir si on n'a souci de bien vivre et que la véritable sagesse réside dans la connaissance et la pratique de ce qui convient en toute circonstance. Les seconds le louent d'avoir enseigné que les modifications dynamiques ont pour expression des combinaisons mécaniques ; que les changements des choses, soumises à un perpétuel devenir, se ramènent à des mouvements, et que, si tout change, rien ne se perd.