‹ La pensée antique (de Moïse à Mare-Aurèle)Chapitre 8 sur 103 · HAUTE PHILOSOPHIE DES LIVRES SACRÉS · texte numérisé non relu

HAUTE PHILOSOPHIE DES LIVRES SACRÉS

D'après l'histoire des Egyptiens, difi'érents initiateurs, participant de la divinité et apportant son verbe aux hommes, s'étaient montrés sur la terre. L'un d*eux était le dieu Thotht qui enseigna aux hommes le langage parlé et écrit, en môme temps que les arts.

Aux prêtres appartenait le dépôt des livres sacrés, trésors des remèdes de l'âme, source de la science des choses divines.

En divers endroits de ces livres et sous diverses formes il était dit :

« L'existence véritable est le premier des biens; et il

n'y a pas d'existence véritable en dehors du permanent et de l'immuable.

» L'existence véritable est impossible sur la terre parce que toute chose y est une matière, revôtue d'une forme sensible, sujette au changement, à l'altération, à la corruption, à de nouvelles combinaisons.

» L'homme n'est pas véritablement; celui-là seul est véritablement qui a tiré son essence de soi-même et qui reste ce qu'il est.

M Toute chose qui périt est mensonge ; la terre n'est que corruption et génération, et toute génération procède d'une corruption. Ne cherchez donc pas ici réternellc vérité; il n'y en a que des imitations imparfaites qui sont par rapport à elle ce qu'est une peinture par rapport à la réalité vivante.

» Il est difficile à la pensée de concevoir Dieu et à la langue d'en parler. On ne peut connaître par les sens, et on ne peut faire connaître par des moyens sensibles l'incorporel, l'immatériel sans couleur et sans forme ; et ainsi nous comprenons que Dieu est nécessairement incompréhensible. Nous ne pouvons rien en dire sinon qu'il est inelTablc.

» Aux hommes bons, pieux, saints, la pensée divine vient en aide et aussitôt ils ont des clartés de tout, et le Père est pour eux propice et miséricordieux, et leur esprit purifié retourne h Dieu,

» hommes, pourquoi vous précipitez-vous vers la mort, puisque vous êtes capables d'obtenir l'immortalité? Fuyez les ténèbres de l'ignorance, retirez-vous de la lumière obscure, échappez à la corruption, engagezvous dans les voies du salut !

« A l'origine des choses, les germes flottaient dans

rocéan du chaos ; et sur ce chaos planait le Dieu éternel né de lui-même, l'Être en qui seul la vie a toute sa plénitude, père des pères et mère des mères.

» Lui-même est à la fois le père, la mère et le fils, triple en son action, un en son essence. Les dieux, collaborateurs de sa providence bienfaisante, sont ses créatures; il se sert d'eux comme Thomme des membres de son corps.

» Honorons la Divinité; remplissons nos devoirs, chacun selon notre condition ; souvenons-nous qu'être méchant envers les hommes, c'est être impie envers les dieux ; et quittons chargés de bonnes œuvres nos hôtelleries d'un jour.

» Fort est Dieu ; faible l'impie ! Lumineux est Dieu ; ténébreux l'impie ! Bon est Dieu ; méchant l'impie ! Dieu est vie ; à Timpie le néant !

» Être invisible dont nul ne connaît l'image ! Seigneur des années, qui développes le temps du sein de ton éternité ! créateur de toi-même, qui as fait le ciel, la terre, la mer et les vivants ! La création te bénit. Les dieux, en qui tu t'incarnes, se prosternent devant ta sainteté. Salut à toi ! Gloire à toi! »

Hérodote raconte comme quoi il lui fut donné d'assister à un de ces mystères où les prêtres égyptiens représentaient, devant la foule assemblée, la passion et la résurrection d'Osiris, mis en lambeaux par Typhon, à la tombée de la nuit, et renaissant le matin, avec Téclat de Taurore... Ainsi de l'homme, selon les

sages de l'Egypte. Il ne s'enfonce dans les ténèbres de la mort que pour renaître à la vie; et de même qu'il vit encore après être mort, il avait déjà vécu avant de naître.

DOCTRINES DKS ÉGYPTIENS il

C'est Osiris, que la superstition commune se représentait comme le Seigneur de vérité et de justice, qui préside le tribunal des divins juges et devant lequel comparaissent les âmes pour plaider leur cause.

Les momies portaient sur elles des papyrus funéraires oîi étaient écrites, pour la fatale comparution, diverses formules de prières qu'on peut ainsi résumer :

« Hommage avons, Dieu grand, dont il m*est donné de contempler les perfections. Je sais qu'à vous il appartient de peser les paroles et les actes et que vous écrasez les pécheurs sous les coups de votre justice.

» J'ai été un homme de vérité. Jamais je n'ai rendu de faux témoignages ; jamais je n'ai menti. Je ne connais pas la mauvaise foi.

» J'ai été un homme de probité. Jamais je n'ai médité des gains frauduleux ; jamais je n'ai faussé l'équilibre d'une balance; jamais je n'ai clandestinement déplacé les bornes d'un champ; jamais je n'ai imposé aux travailleurs sous mes ordres une lâche plus grande que celle qu'ils devaient : j'ai fait de la justice mon pain quotidien.

» J'ai été humain : Je n'ai pas tué; je n'ai pas affamé; je n'ai pas fait pleurer. Jamais par moi la veuve n'a pâti. J'ai nourri celui qui avait faim ; j'ai désaltéré celui qui avait soif; j'ai vêtu celui qui élait nu. Partout où j'étais j'ai semé la joie.

» J'ai été actif, toujours en garde contre l'oisiveté et le relâchement, m'abstenant de toute négligence et de toute défaillance.

» J'ai été pieux, me gardant de prendre, aux filets, à la poche, à la chasse, les oiseaux, les poissons, le bétail sacré ; offrant des sacrifices aux dieux et des repas

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fao'énisr^ laïax d«éfanls : me ii^Df-i-rnLiiit aux riLes saints p<CHir îonifr^ offraDd«e-s et cérémonies, il' Je ^ois pur! *

L'AU-DELA FOCR LES Ê-STPTIENS

C'était ane croyance p«>palaîre en Egypte que la vie se continue, après ce qu'on appielle la mort, sous mille formes di%'erses et avec une juste répartition de récompenses et de châtiments.

Les âmes irrémétliablement coupables sont plongées dans l'abîme des ténèbres : elles ne voient plus le soleil lançant les rayons de son disque et elles n'entendent point la voix du Dieu grand, lorsqu'il traverse les mondes. Mais les âmes qui ont trouvé grâce aux yeux du Dieu grand habitent les demeures de gloire^ où l'on vit de la vie céleste. Les corps qu'elles ont abandonnés resteront dans leurs tombeaux tandis qu'elles jouiront à jamais de la présence de l'Etre suprême .

Aux hautes idées sur l'immortalité peu à peu triomphantes, continuaient toujours à se mêler des doctrines grossières, telles que celle du « double », projection éthérée de notre corps qui en demeurerait inséparable, garderait la vie dans la mort, et serait capable de jouir, au sein du tombeau, des biens où nous trouvons la joie de Texistence.

De là ces tombes monumentales, « maisons éternelles » des défunts, où étaient déposées des provisions pour leur nouvelle vie et où étaient tracées sur les murs mille scènes de Texistence réelle, comme si les peindre était les perpétuer.

DOCTRINES DES ÉGYPTIENS i'S

Très variées les épilaphes des Egyptiens. Il y en avait d'élevées, dans ce goût : x maître de l'univers, lu m'en es témoin! Tout le temps que j'ai passé dans le monde, j'ai dit la vérité et pratiqué la justice ; j'ai mené une vie de paix et de dévouement. J'aimai mon père et ma mère; je fus la joie de mes frères et l'amour de mes serviteurs. Vous tous qui descendez de moi, dites-vous : « Notre ancêtre fit le bien. Imitons-le! »

Mais quelquefois l'adieu des morts aux vivants était bien mélancolique. Voici les propos qu'une inscription funèbre prête à une jeune femme : « mon mari, mon frère, mon ami, vide la coupe de lajoie et ferme ton cœur aux soucis, aussi longtemps que tu seras sur la terre. La région des morts est une région de sommeil et de ténèbres. Les morts ne s'éveillent pas pour voir et reconnaître un père, une mère, un enfant. L'eau vivifiante abonde pour qui est sur la terre. Ici c'est une soif sans fin jamais satisfaite. Ah ! où sont les sources jaillissantesîOù est la douce brise des bords du Nil? C'est là-haut où tu vis qu'il fait bon être. Ici tout est inerte. Le Dieu qui règne ici c'est le Dieu Néant. 11 dit à tous les hommes : Venez! Et tous les hommes se soumettent. Il les voit tremblants, et il reste impitoyable. Que lui importe qu'on soit des grands ou des petits ? Il égalise tous les êtres, A quoi bon le prier? Les supplications le trouvent sourd. A quoi bon l'adorer? Aucun hommage ne fléchit sa rigueur. »

C'est selon le même esprit que, dans maintes salles de festin, on étalait des images de la mort, pour s'exciter à jouir de la vie. Dessous il était dit :

« Tels vous serez demain. Donc aujourd'hui buvez, et réjouissez-vous! »

té

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