‹ La pensée antique (de Moïse à Mare-Aurèle)Chapitre 70 sur 103 · MORALE ET POLITIQUE DE PLATON · texte numérisé non relu

MORALE ET POLITIQUE DE PLATON

Étendant de Dieu à l'homme sa théorie de l'identité du vrai et du bien, Platon affirme, avec Soc rate, que toute faute n'est qu'une erreur, et que bien connaître, ' — mais pour lui on ne connaît qu'autant qu'on aime — mène nécessairement à bien faire. Comment pourrionsnous ne pas aboutir là où nous sommes portés par la <louble force de l'esprit et du cœur?

Le pire des maux est la dégradation morale, et le

mal le plus grand après celui-là c'est de se complaire dans sa honte au lieu d'en souffrir. Tout vice et tout crime impliquent Texpiation qui ramène à Tordre celui qui s'en est dévoyé. Si le scélérat comprenait son intérêt, il irait de lui-même au-devant du châtiment. Vainement aura-t-il amis, santé, richesses , puissance, honneurs et bon renom. Mettez en face de lui un juste pris pour le plus injuste des hommes ; dépouillez-le de tout hormis de sa vertu; qu'il soit insulté, torturé, aveuglé, crucifié. C'est encore le sort du juste qui res* tera le plus enviable.

En même temps qu'il fait de la morale une branche de la dialectique, Platon ne voit dans la politique qu'une large application de la morale. Selon la doctrine accréditée dans la plupart des républiques de son temps, Platon croit à l'omnipotence de la cité, à qui le citoyen appartient, corps et âme. A ses yeux, l'État, au lieu de se réduire à une assurance mutuelle des droits inhérents à la personne humaine, doit organiser, d'abord par voie de persuasion et, quand la persuasion n'aboutit pas, par voie d'autorité, le règne de la sagesse, du courage, de la tempérance et de la justice, ces quatre parties de la vertu. Se substituant à la famille, il devient l'unique père et l'unique éducateur des enfants, dressés à tous les exercices du corps et de l'esprit ; tenus à l'abri de toutes les séductions, même celles de la poésie d'un Homère; élevés par la patrie et pour la patrie.

Cette dangereuse théorie de l'Etat-Providence fera du , communiste Platon le patron des écoles socialistes, avec cette différence qu'elles viseront le bien-être plutôt ^ que la vertu.

La vertu, nous formant à nous détacher des choses sensibles, à introduire ordre,.unité et beauté dans toutes nos actions et à faire du bien même à nos ennemis, rend l'homme semblable à Dieu et assure cette harmonie universelle, dont le grand ressort est Tamour. Le monde doit son origine à un acte d'amour et Tamour le fait vivre.

Tout y conspire à la réalisation successive des perfections que Dieu concentre dans son immuable unité; et les âmes, qui toutes ont subsisté avant cette vie et subsisteront au delà, s'acheminent à leur sanctification finale au milieu d'épreuves proportionnées à leurs fautes.

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