LE GÉNIE DE PLATON
De même qu'Arîstote est le plus grand des génies dogmatiques, Platon est le plus grand des génies évocateurs.
C'est un inspiré dont l'âme a des ailes et en donne aux autres âmes. Impossible de l'emprisonner dans un système. Toutes ses pensées ont des au delà. Il vogue dans rimmense Océan de l'idée avec une sérénité olympienne ; et sa langue est une musique dont l'harmonie fait de lui l'Homère de la philosophie.
Quand sa subtilité s'est bien jouée en inductions ou déductions prestigieuses, voici que tout à coup le dialecticien fait place au poète ; et son émotion nous pénètre ; ses images nous enchantent. Il fait mieux que démontrer; il donne la vision de l'idéal.
Ce puissant penseur, doublé d'un merveilleux fantaisiste, a exposé ses doctrines et ses rêves dans des dia-
logues qui renferment toutes les formes de Téloquence et dont plusieurs ressemblent à des compositions dramatiques, tant chaque personnage y est vivant et Faction bien jiouée. Platon allie les mythes aux raisonnements, les utopies audacieuses aux vues pratiques, les envolées lyriques aux traits de comédie, les satyres véhémentes aux souriantes ironies, la force à la finesse, la majesté à la grâce, avec un art dont seul Pascal s'est im peu approché. Que le maître écrivain fût moins ergoteur et plus concis, il faudrait reconnaître en lui la perfection. Avec le Phédon^ le Banquet et la République sont la gloire de Tesprit humain.
L'idéalisme de Platon prendra corps dans le christianisme, et le grand philosophe de la Grèce sera Je père des pères de TEglise.
Âristote, d'abord disciple de Platon, devint le rival de son maître.
Ce philosophe, qui fut le précepteur d'Alexandre, naquit à Stagyre en 384 et mourut à l'âge de soixantetrois ans. C'est en 334 qu'il fonda l'école péripatéticienne.