‹ La pensée antique (de Moïse à Mare-Aurèle)Chapitre 72 sur 103 · PARTICULARITÉS SUR ARISTOTE · texte numérisé non relu

PARTICULARITÉS SUR ARISTOTE

Aristote était en train de faire de grands voyages pour compléter par l'étude du monde les fruits de ses profondes méditations et de ses vastes lectures, lorsque ^Philippe, le roi de Macédoine, l'appela près de lui pour *tre le précepteur d'Alexandre : « Je rends grâces aux dieux, lui écrivait-il, de m'avoir donné un fils et surtout de me l'avoir donné de votre vivant, de telle sorte que, par vos conseils, il puisse devenir digne de vous et de moi ».

Alexandre, devenu roi, honora son maître. Il disait de lui : « Je lui dois autant qu'à mon père. Philippe m'a doté de la vie ; mais Aristote m'a doté de lumières et de vertus. Si je règne avec gloire, le mérite lui en reviendra. »

Fabrs. — Pensée antique. 15

Grand conquérant à sa manière, il semble qu'Aristote ambitionna Tempire de la science, comme son élève ambitionna Tempire de l'univers. Tandis qu'Alexandre soumeltait les peuples lointains, Aristote donnait des leçons qui embrassaient toutes les sphères de la pensée humaine. Ses disciples, qu'il enseignait en se promenant dansles allées du gymnase qu'onnommait le lycée, furent appelés de ce fait les péripatéiiciens, ou promeneurs.

Ayant appris qu'Aristote rendait publics ses doctes traités, Alexandre lui écrivit : « Quelle supériorité me restera-t-il maintenant sur les autres hommes? Les hautes sciences que tu m'as enseignées vont être du domaine de tous. Tu sais pourtant, quelles que soient mes victoires, que j'aime mieux primer par le savoir que par la puissance. Adieu. »

Après la mort du héros de Macédoine, l'envie s'attaqua à Aristote ; et, à Tinstigation de ses ennemis, un prêtre de Gérés l'accusa d'impiété devant les tribunaux d'Athènes. Aristote se souvint de Socrate : « Prévenons, dit-il, un nouveau crime contre la philosophie ! » Et, fuyant les juges, il se retira à Ghalcis, dans l'île dTubée.

L'exil fut courageusement supporté par ce sage qui disait : « La science est la joie de l'âme comme la lumière est la joie des yeux. Ses racines sont amères; mais ses fruits sont doux. Elle double la prospérité, et elle console de l'adversité. Par elle on s'accommode volontiers de ce qui pour les autres hommes est une contrainte. Avec la philosophie pour viatique, quelles que soient les traverses, on achève paisiblement le voyage de la vie. Oii qu'il se trouve, le nourrisson de la sagesse se plaît à vivre avec soi-même. 11 ne ren-

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contre en soi ni les confîils de passion qui troublent les vicieux, ni les remords qui les torturent; et le souvenir du bien qu'il a fait, joint à Tespoir du bien qu'il vise à faire, lui est une source de félicités. »

Aristote formulait en maximes générales le secret de sa, sérénité, sans se metlre lui-même en scène. C'est qu-'il pensait qu'on ne doit jamais parler de soi. « En dit-on du bien? c'est fatuité. En dit-on du mal? c'est sottise. »

Aristote comme Platon sacrifiait aux muses ; et 1 antiquité, ignorante de cette étroitesse de vues qui pt*étend toujours parquer un homme dans une spécialité, a loué le poète tout en admirant le philosophe.

I^armi les poésies qui nous sont restées sous son nom, ^1 en est dont Tauthenticité est contesfjiJ)le. Mais on a plein droit de considérer comme authentique le beau ^heint qu'il écrivit en l'honneur d'Hermias, soa kôle et ^^H ami.

Un membre de l'Institut de France, M. Emile Bou- •-^Oxix, en a donné la traduction suivante dans ses Études ^ histoire de la philosophie ,

« Vertu, objet de labeur pour le genre humain, prix ^^J>rême de la vie! Pour toi, vierge, pour ta beauté, *^s Grecs sont prêts à affronter la mort, à supporter ^es travaux terribles, infinis. Tant est beau le fruit que ^^ fais naître dans le cœur, fruit immortel, qui vaut ^^^ eux que l'or, et que la noblesse, et que le sommeil ^^ doux regard!

» Pour toi, lefilsdeZeus, Hercule, et les fils deLéda ^apportèrent beaucoup d'épreuves, nobles chasseurs Poursuivant ta puissance. Par amour pour toi, Achille

as LÀ PENSÉE DANS LE MONDE GREC

et Ajax entrèrent dans la demeure d'Hadès. C'est 1 c'est toi toujours qu'aimait, lui aussi, Hermias; et c pour ta beauté qu'il a privé ses yeux de la lumière soleil. C'est pourquoi il est chanté pour ses bel actions; et les Muses grandiront son nom et le fen immortel, les Muses, filles de M némosine, qui honon la majesté de Jupiter hospitalier et la gloire d'une ai tié fidèle. »

A son tour, l'auteur du présent ouvrage a essa non de traduire, mais d'imiter Thymne d'Aristote substituant à la Grèce la France et aux héros grecs héros français.

Hymne à la Vertu,

Vertu, fille du ciel à jamais jeune et belle.

Immortel Idéal de la race mortelle,

Salut! Souffrir pour toi, mourir pour ta beauté,

G vierge, et du devoir faire sa volonté,

Fut toujours, dans la France, un sort digne d'envie;

Si profond est l'amour dont tu remplis la vie.

Si durables tes fruits, plus doux que le sommeil,

Que de tendres parents, que le riant soleil.

Pour toi les du Guesclin, les Bayard, lesTurenne, Les d'Assas, les Marceau, moururent à la peine Superbes et sereins. C'est ton charme vainqueur Qui seul de Jeanne d'Arc fit palpiter le cœur. Peupla de visions son candide délire, La grandit, héroïne, et la soutint, martyre.

G vierge, rends-nous tous prêts à de beaux trépa Où chacun sait mourir, le pays ne meurt pas.

LA MÉTHAPHYSIQUE D'ARISTOTE

Aristote combat les Idées de Platon, qu'il p vent pour des notions générales, au lieu d types universels des choses.

Pourtant il est manifeste que Thommc en soi, par exemple, n'est pas, pour Platon, celui qui réunit les caractères les plus indéterminés de Thomme, mais celui qui contient, comme ramassées dans leur plénitude, toutes les perfections humaines.

Aristote nous initie à la philosophie par l'analyse des formes de la pensée ou des catégories; et, à la relation, à la quantité, à la qualité, à tous ces modes de l'être, il oppose ce qui les rend possibles, Fêtre proprement dit, la substance, dont toute la réalité est dans l'action.

A l'égard de chaque substance, il distingue ce dont elle est faite, ou sa matière; ce qui fait qu'elle est ce qu'elle est, ou sa forme; ce qui l'a faite, ou sa cause efficiente; ce pour quoi elle est faite, ou sa cause finale; et il enseigne que la matière se résout dans la forme, la cause efficiente dans la cause finale.

La nature ne nous offre que des substances qui, ne se Suffisant pas à elles-mêmes, ont une existence purement A^irtuelle, et qui, toujours perfectibles, sont toujours imparfaites. Cette immense hiérarchie d'existences virtuelles suppose une existence pleine et achevée, prin- ^pe et fin des mouvements de tous les êtres. L'univers, Xiiû par le désir, est suspendu à cet Être qui, réalisant ^n lui toutes les puissances de l'être, est l'Acte parfait, la Pensée pure connaissant tout en soi et se connaissant toute, source de toute pensée et de toute activité.

Aristote, isolant cette Pensée souveraine, qui est Dieu

ïnôme, dans une éternelle contemplation de sa grandeur

Solitaire, sembleméconnaître toute action providentielle.

A l'entendre, tout dans l'univers subit l'attraction

de Dieu l'étemel moteur, et pourtant Dieu ne s'occupe

pas de Tunivers.

Aussi ce grand philosophe n'ouvre-t-il pas aux hommes le vaste horizon de Timmortalité. Il enferme toute notre destinée dans cette minute que dure la vie, et ne reconnaît rien d'éternel que la raison qui éclaire les hommes et qui leur survit parce qu'elle est un rayonnement de la pure pensée.

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