‹ La pensée antique (de Moïse à Mare-Aurèle)Chapitre 73 sur 103 · LA MORALE D'ARISTOTE · texte numérisé non relu

LA MORALE D'ARISTOTE

La négation de Timmortalité personnelle n'empêche pas Aristote de priser par-dessus tout la science des mœurs.

Il affirme le libre arbitre de l'homme, que Platon, ramenant la vertu au savoir, semblait méconnaître; il montre comment l'habitude, dont la sage mise en œuvre est le tout de l'éducation, convertit les peines du bon vouloir en penchants de plus en plus naturels; il donne d'excellents préceptes sur la prudence, la tempérance, la justice, la libéralité, la douceur, le courage ; il parle magistralement de la magnanimité, la grande vertu des temps antiques; et de l'amitié, qui est pour lui l'esprit de fraternité et de charité ; enfin, il subordonne le droit positif au droit naturel.

Toutefois Aristote voit trop exclusivement dans la morale Tart d'être heureux, et il paraît plutôt nous fournir les résultats d'une savante expérience que nous exposer une théorie approfondie des vertus humaines.

11 définit la vertu « une moyenne entre les passions ».. Mais, avec celte théorie, tout vice qui n'est pas excessif ne peut-il pas se donner pour vertu? toute vertu incomplète ne peut-elle pas justifier sa tiédeur ?

On objectera que le milieu recommandé c^estle milieu

de rhomme bien constitué. Mais tout ceci ne reste-t-il pas bien indéfini? Où et à quels signes reconnaîtrezvous ce sage imaginaire? S'il est certains signes qui vous le désignent, où donc puisez-vous Tidée de ces signes? N'est-ce point en une certaine idée du bien qui, plus ou moins obscurcie, plus ou moins mélangée, est dans votre raison et dans toute raison humaine, et que détermine le sentiment de la personnalité?

Gardons-nous de convertir en une simple question de mesure ce qui est avant tout une question de principe.

Il manque à Aristote quelque chose de cet enthousiasme moral qui animait Platon, de même qu'il manque à Platon quelque chose de ce bon sens profond qui dirigeait Aristote.

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