L'ACADÉMIE ET LE LYCÉE
Les continuateurs de Platon.
Aristote, quoiqu'il se posât en adversaire du platonisme, était plus platonicien que les prétendus continuateurs de Platon. L'école de celui-ci, nommée V Académie parce qu'il enseignait dans les jardins d'Académus, fut représentée tour à tour par Speusippe, dialecticien original ; par Xénocrate, mathématicien et prédicateur austère de la vertu ; par Polémon et Crantor, plus moralistes que métaphysiciens.
Speusippe, enfermé dans un étroit esprit de système, découronna la philosophie du Bien pour adopter une espèce de panthéisme où la multiplicité des choses, quels que soient leurs perfectionnements successifs, a pour principe une unité indéterminée, et ses successeurs, dociles à son impulsion, ramenèrent peu à peu le platonisme au pythagorisme et la métaphysique aux mathématiques, en assimilant les Idées aux Nombres.
Les continuateurs d'Aristote .
A son tour, le Lycée^ école d'Aristote, réduisit de plus en plus le spiritualisme du maître à une cosmo-
Fabre. — Pensée antique. 16
logie et à une psychologie purement empiriques ; mais du moins conserva-t-il quelques restes de ce vaste et profond esprit scientifique qui distingue Taristotélisme.
On y remarque Théophraste, dont nous avons, outre ses fameux Caractères^ traduits par Labruyère, une Étude sur le sentiment et rimagination^ une Histoire des plantes^ un Ti^aité des pierres et un Traité des causes de la végétation ; Aristoxène, dont les Éléments harmoniques nous ont comme révélé la musique ancienne ; Héraclide de Pont, auteur» d'un Traité sur la constitution des divers États ; Dicéarque, historien et géographe ; enfin Straton, surnommé le Physicien.
Ce dernier, accentuant les tendances matérialistes de ses prédécesseurs, rapporta entièrement la pensée au cerveau et essaya d'expliquer Tordre et la vie de l'univers par un pur mécanisme, à Texclusion de toute finalité.
Ainsi, à l'exemple des disciples de Platon, les disciples d'Aristote finissaient par prendre le contre-pied de la doctrine de leur maître et préparaient par là l'erreur des nombreux critiques qui ont méconnu le spiritualisme si élevé et si positif de l'auteur de la Métaphysique.