‹ La pensée antique (de Moïse à Mare-Aurèle)Chapitre 82 sur 103 · SÉNÈQUE · texte numérisé non relu

SÉNÈQUE

à s'entretenir sur la terre des pensées du ciel, où les ombres se dissiperont, où il verra à son foyer même la lumière divine. Dieu est pour lui ici un pur esprit, là le souffle inconscient de la vie universelle, ici une clairvoyante Providence, là le destin aveugle.

Mais les objurgations vertueuses sont le thème habituel de Sénèque et celui où triomphe sa verve intarissable. Il répète en mille manières : La question n'est pas de définir les vices. Ils^agit de les combattre. Prenez pour guide un sage dont la conduite soit une leçon et qui, non content de dire ce qu*on doit faire, le prouve en le faisant. Une fois choisi votre modèle, ne le perdez jamais de vue ; vivez toujours comme en sa présence. Que de fautes on éviterait si au moment de les commettre il y avait là un témoin, pénétrant nos plus secrètes pensées! Mais Dieu n'est-il pas ce témoin?. . . L'univers n'est qu'un corps dont nous sommes les membres. La nature nous a faits tous parents ; c'est en vertu de ses lois que nous devons trouver meilleur de subir le mal que de le faire, et nous dévouer tous au bien de tous, oui de tous, même des esclaves. Les esclaves sont des hommes égaux à vous. Leur condition est moindre ; mais, comme eux, vous êtes sujets de la fortune. Il se peut qu*un jour vous les voyez libres et qu'ils vous voient esclaves. Traitez votre inférieur comme vous voudriez être traité par votre supérieur. Ce n'est pas diaprés son emploi c'est d'après sa valeur morale qu'il faut apprécier Thomme. Mais quoi ! On n'a souci que des beaux dehors et des faux biens. Au lieu de demander à Dieu la santé de Tàme et puis celle du corps, on ne craint pas 4e lui adresser des vœux coupables, dont on rougirait s'ils devenaient publics.

C'est pis que nier Dieu, c'est le dégrader. Il faut vivre avec les hommes comme si Dieu nous voyait, et parler à Dieu comme si les hommes nous entendaient. Le seul culte exigé par Dieu c'est que nous soyons bons à son image, et que tout malheur nous trouve résignés. Pensons toujours à la mort pour ne la craindre jamais.

On comprend que TertuUien ait dit en parlant de Sénèque : « Il est souvent des nôtres ».

Tour à tour rabaissé ou exalté, ce merveilleux styliste, qui excelle dans la censure des vices et dans le panégyrique des vertus, demeuré lé premier sermonnaire de l'antiquité.

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