‹ La pensée antique (de Moïse à Mare-Aurèle)Chapitre 83 sur 103 · VIE D'ÉPICTÈTE · texte numérisé non relu

VIE D'ÉPICTÈTE

Du vivant même de Sénèque, et sous le règne d'un des monstres les plus raffinés que produisit et que poussa au trône la corruption romaine, sous le règne de Néron, naquit à Hiérapolis le héros du stoïcisme, Epictète, plus grand sous sa bure d'esclave que ne le furent jamais les Alexandre ou les Auguste sous leur pourpre de roi ou d'empereur.

On le dépeint petit et difforme. Mais où trouver une âme plus grande et plus belle ?

Épaphrodite, dont il était l'esclave, eut un jour la fantaisie de lui tordre la jambe. Epictète le supporta sans mot dire. Epaphrodite ayant recommencé avec plus de force : « Si vous continuez vous me casserez la jambe », lui dit tranquillement Epictète. C'est ce qui arriva. Et Epictète sans se fâcher : « Je vous l'avais bien dit que vous me casseriez la jambe. »

On reconnaît bien là le sage stoïque dont la doctrine reposait sur ce double principe : s'abstenir et supporter.

Rendu libre par la mort de son maître, Epictète vécut à Home dans la plus grande pauvreté, et il bénit les

dieux de sa misère, parce qu'elle lui permettait de

leur servir de témoin auprès des autres hommes.

11 disait, et sa vie le disait mieux encore : << Celui-là est heureux qui fait consister son bonheur dans la pratique de la justice et dans l'humanité. Regardons au dedans de nous; c'est au dedans, et non au dehors, qu'est la source de tout bien, une source intarissable, pourvu qu'on fouille toujours. »

De nombreux disciples venaient écouter la simple parole de cet apôtre du stoïcisme, et, après l'avoir entendu, ils se sentaiçnt meilleurs.

Que si se présentait à lui un homme méchant et perdu de débauches, Epictëte lui faisait comprendre qu'il faut se purifier pour s'éclairer utilement. « Examine si ton vase est pur avant d'y rien verser; sinon, tout ce que tu y auras mis tournera en corruption. » Conformément à cette remarque, tous les enseignements d'Epictëte tournaient au sublime, parce que sublime était le cœur d'où il sortaient.

Dédaigneux de la renommée, Epictète ne songea jamais à concentrer ses leçons dans un livre; mais Arrien, son disciple, nous en a transmis le souvenir ', et le recueil intitulé Entretiens d'Épictéte demeure l'immortel écho de cette âme si tendre et si forte. Bieto à plaindre ceux qui ne seraient point remués par o«* énergiques appels de la conscience à la conscience.

Les lignes qui vont suivre n'offriront, hélas ! qu'iJO pâle résumé des doctrines de ce grand esprit, donf Pascal a admiré les lumières en regrettant qu'il n'ai* pas connu l'impuissance de l'homme, aussi bien que ses devoirs.

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