UN EMPEREUR PHILOSOPHE
Il convient de rapprocher de Tesclave Epictète Tempereur Marc-Aurèle.
Platon disait : « Les peuples ne seront heureux que quand ils seront gouvernés par des philosophes. »
Cette parole sembla vérifiée par Thistoire, aux derniers jours de Rome, lorsque les Antonins, faisant une halte dans la décadence, vinrent laver de son opprobre le manteau impérial et réconcilier Thumanité avec le pouvoir.
— « Prends garde de faire le César », se répétait sans cesse Marc-Aurèle ; et, respectueux de la liberté, il se regardait comme le premier citoyen d'un Etat -;^ composé de citoyens égaux en droits.
On peut lui reprocher les mêmes égarements dans lesquels tomba plus tard saint Louis, le Marc-Aurèl du Chistianisme.
Mais s'il fit appliquer contre les Chrétiens les édits de Néron et d'Adrien, c'est que, prévenu contre eux, il les jugeait criminels et prenait la secte nouvelle pour une ligue d'ennemis publics.
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Autrement il était bien convaincu que la force n'a rien à faire dans le domaine de la pensée. « Marc- Âurèle, sans un libre consentement qu'auras-tu autre chose que des esclaves gémissant de leur servitude ? Qu'auras-tu autre chose que des hypocrites ? a
Que ne lui fut-il donné de mieux connaître ces chétiens qu'il prit pour de dangereux rebelles? S'il eût lu les évangiles et qu'il eût pratiqué quelques-uns des (îdëles observateurs de l'enseignement de Jésus, il leur eût sans doute dit : « Frères, soyez les bienvenus ! Vous êtes stoïciens commemoi. Nous communions dans la même vérité. Communions dans le même amour les uns pour les autres et pour l'humanité. »
Et un saint Justin, ce mâme saint Justin qui, hélas ! périt martyr sous son règne, lui aurait répondu : « Marc-Aurèle, comme je l'ai écrit au sujet de Socrate et d'Heraclite, vous aussi, vous êtes chétien sans le savoir. »
L'idéal .de Marc-Aurisle n'était pas d'être un de ces hommes de force qui dépeuplent et étonnent le monde. Il n'avait que compassion pour tous ces héros de parade que le vulgaire envie et admire.
« Qu'est-ce qu'Alexandre et César, en comparaison d'Héi'aclite et de Socrate? Ceux-ci connaissaient les principes des choses ; et leurs âmes étaient toujours dans le même calme. Mais cliez ceux-là, que de projets divers! Combien de sortes d'esclavages ! »
Etre un Socrate sur le trône, voilà donc où visait Marc-Aurële. L'homme qui régnait sur le monde entendait que la raison régnât sur lui.
La fatalité des choses empêcha ce grand Romain de
romplîr tout son mérite. Absorbé par la répression de multiples révoltes et par de constantes luttes contre les barbares, partageant . son temps entre les méditations philosophiques et les travaux guerriers, il rencontra la mort au cours de ses victoires sur ces peuplades septentrionales qui devaient finir par submerger Rome.
Donnons-nous ici le plaisir d'admirer les réflexions qui occupaient un Marc-Aurèle au milieu de ses expéditions aux confins du vieux monde, et songeons, en nous rappelant les pensées de ce saint du stoïcisme, qu'au témoignage de tous il fut ce qu'il voulait être et sanctionna ses idées par ses actes.
Que sont les systèmes à côté d'une âme ? Les belles
âmes que la philosophie a façonnées sont ses plus
belles œuvres, et il convient d'arrêter nos regards
sur un de ces livres vivants pour voir de quoi elle fut
et de quoi elle demeure capable.