‹ La pensée antique (de Moïse à Mare-Aurèle)Chapitre 89 sur 103 · LUCIEN · texte numérisé non relu

LUCIEN

Parmi les païens, à côlé des esprits crédules, il y avait les incrédules. Au premier rang parmi ceux-ci se trouve un homme qui se fit un malin plaisir de montrer

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dans Apollonius un imposteur habile à exploiter la bonne foi populaire, et qui, généralisant ses attaques, cribla des flèches acérées de son ironie l'ancienne religion.

Cet homme, le Voltaire du paganisme, est Lucien, né à Samosate, en Syrie, au commencement du second siècle de Tère chrétienne.

Grand frondeur des vanités, des bizarreries, des inconséquences, des hypocrisies de l'espèce humaine, Lucien se piquait d'être l'ennemi de l'imposture et de l'orgueil, l'ami de la vérité et de l'humanité. Ses Dialogues des mortSy son Jupiter confondu^ son Assemblée des dieux témoignent de l'ardeur qu'il mil à saper le vieil édifice païen.

Néanmoins, essentiellement sceptique, il n'avait rien à mettre à la place. Il mentionne bien, en passant, le christianisme, qui alors commence à faire du bruit; mais ce n'est que pour railler « les adorateurs du sophiste cloué à une croix », la sotte habitude qu'ils ont de mettre leurs biens en commun, par une foi aveugle dans les enseignements de leur maître, et leur mépris des supplices, procédant de leurs illusions sur l'immortalité des âmes.

En même temps qu'il se moquait de l'imbécillité de ces chrétiens en qui son ignorance voyait les dupes d'un misérable charlatanisme, Lucien tournait en dérision le roi de l'Olympe : « Jupiter, s'écriait cet audacieux blasphémateur à qui ses ironies rapportaient argent et renommée, dis-moi, vieil assembleur de nuages, ce qu'il est advenu de tes étincelants éclairs et de ton bruyant tonnerre? Voilà déjà longtemps que toutes ces histoires sur ta puissance et ta foudre ont tout

Fair de sols contes, éclos de la cervelle des poètes. Il n'en reste qu'un vain cliquetis de mots laborieusement ajustés pour remplir les lacunes des rythmes. Un homme méditant le larcin craindrait le lumignon d'une lampe mal éteinte, plutôt que les flammes de cette foudre dont la crédulité des anciens avait armé tes mains. »

Restait que ce sceptique, qui se moquait de tout, se moquât de son propre scepticisme. Il n'y manqua point. Dans les Sectes à teiicariy Lucien cingle du fouet de sa satire les Pyrrhoniens, en même temps que les philosophes dogmatiques. On voit en scène un citoyen qui achète Pyrrhon. Comme Pyrrhon, devenu esclave, continue à douter de tout, même de Texistence de son maître, celui-ci entreprend de Téclairer à grands coups de bâton. Je te bâtonne, donc je suis. Battu mais obstiné, le sceptique répète qu'il s'abstiendra de rien décider. Mais les coups de pleuvoir plus fort, tant et si bien que Pyrrhon décide de reconnaître son maître et le suit au moulin, où il tournera la meule.

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