‹ La pensée antique (de Moïse à Mare-Aurèle)Chapitre 90 sur 103 · PLUTARQUE · texte numérisé non relu

PLUTARQUE

Opposer Plutarque à Lucien, c'est opposer le plus pieux au plus impie des païens.

Plutarque naquit au milieu du premier siècle de l'ère chrétienne à Chéronée. Parent, ami, citoyen modèle, il ne quitte jamais sa ville natale, sauf pour de courts voyages dans les villes grecques et à Rome. « Je suis né, disait-il, dans une ville fort petite; et pour rempecher de devenir encore plus petite, je veux m y tenir. »

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Esprit conciliant, Plutarque avait & cœur de mettre d'accord religions et philosophies. Ainsi il s'applique à montrer dans la religion des Egyptiens l'Idée des Idées, le Verbe de Platon ; el ii fait des emprunts à Pythagore non moins qu'à Aristote.

Sa sagesse fuit tout rigorisme; mais il entend qu'on adore la providence partout présente.

■ Lui-m&me, prêtre d'Apollon assidu aux sacriiices, il croit aux songes qui sont des avertissements d'en haut, aux oracles qui prophétisent l'avenir, aux auspices qui, dans les circonstances délicates, marquent le parti à prendre, aux démons dont l'action mystérieuse se mèlc à notre existence.

On s'étonnera que cet esprit si ouvert, si élevé, ait pu être la dupe naïve des plus sottes superstitions. C'est que son respect des choses antiques, à force d'être profond, était aveugle.

Mais comment lui en vouloir d'avoir été trop bonhomme, quand on lit ses ouvrages qui sont bien véritablement le plus riche et le plus intéressant répertoire de la sagesse antique?

On disait un jour à un homme de goût : « Si toutes les oeuvres de la Grèce et de Rome allaient être livrées à la destruction, sauf celle d'un seul auteur, laquelle voudriez-vous sauver? — L'œuvre de Plutarque, » répondit-il.

Les Vies des grands hommes, malgré un mélange de fables et d'exagérations, sont une magnifique école dé vertu et d'héroïsme. Les Traités moraux, où n'ont pas dédaigné de puiser Montaigne, Montesquieu, Rousseau et Joseph de Maistre, abondent en vues substantielles sur les mœurs, les devoirs el les croyances.

Voici, résumées, quelques-unes des réflexions où se complaisait ce judicieux moraliste.

Toute éducation doit être dominée par Tétude de la sagesse. La philosophie est le grand remède de toutes les infirmités de Tâme.

Il faut que notre esprit s'habitue à aller au fond des choses, au lieu de s'arrêtera la forme. Celui qui, lisant les écrits des grands philosophes, se contente d'en admirer le style et l'ordonnance systématique, ressemble au malade qui se contenterait de remarquer la couleur et l'odeur des plantes salutaires, au lieu d'en mettre à profit les vertus.

Pour juger de la valeur de nos lectures il faut faire un retour sur nous-mêmes. Si un livre porte de bons coups à nos mauvaises passions, adoucit nos peines, fortifie notre raison, nous enthousiasme pour la vertu, c'est un bon livre.

A Torigine d'une vie honorable ou honteuse, que trouverez-vous le plus souvent ? Ici une bonne, là une mauvaise éducation.

La vertu est une de ces plantes vigoureuses qui peuvent prendre racine dans toute sorte de terrains.

De môme que la négligence peut amener à se corrompre le naturel le plus heureux, la bonne éducation peut rectifier les caractères les plus vicieux. C'est ainsi qu'une sage culture tire d'un arbre sauvage de doux fruits et qu'un dressage quotidien apprivoise les animaux les plus féroces.

Qu'arrive-t-il? C'est qu'on ne se fait pas scrupule de prendre dans sa domesticité une personne gourmande, ivrogne, menteuse, pour lui confier son enfant, à Tâge où la volonté est le plus ployable en tous sens.

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