‹ La pensée antique (de Moïse à Mare-Aurèle)Chapitre 91 sur 103 · PLUTARQUE · texte numérisé non relu

PLUTARQUE

Pour nous convertir au bien, il faut d'abord nous purger de toute présomption et de toul orgueil. Dans une tête pleine de vent et de fumée on ne peut loger rien de bon.

Quelle passion singulière que Tavarice! Le gourmand no se refuse pas la bonne chère par gourmandise, ni rivrogne le vin par ivrognerie. L'avare, lui, se refuse les richesses pour amasser des richesses.

La colère a deux aspects, Tun terrible, Tautre ridicule. Selon que Tun ou l'autre domine, elle nous attire soit la haine, soit le mépris.

Les eaux se corrompent , quand elles sont stagnantes. C'est ainsi que Finaction est funeste au corps et à l'âme.

Quels avantages dépendent de nous ? La naissance? Les parents en décident. Les richesses ? La fortune en dispose. La gloire? Les caprices de l'opinion la dispensent. La santé? Un rien nous l'enlève. La vie? Nous sommes tous condamnés à mort. Nous n'avons en propre que la bonne conscience. Seule la vertu dépend de nous. Elle est le premier des biens.

Il est peu de maux dont on puisse dire qu'on est sûr de ne jamais les éprouver. Mais il est en notre pouvoir de nous abstenir de toute imposture, de toute fraude, de toute injustice, de toute méchanceté, et d'empôchcr ainsi que notre âme soit jamais dévorée par cet ulcère rongeur qui s'appelle le remords.

La plupart des hommes ressemblent à des malades qui ne savent supporter ni le chaud ni le froid. Affolés par le bonheur, désespérés par le malheur, ils sont toujours en proie au trouble, dans la bonne comme dans la mauvaise fortune.

La vertu mérite de nous attirer par sa beauté propre. Le désir des éloges, la crainte des châtiments sont des mobiles puissants, mais des mobiles inférieurs.

Quand nous inclinons à trouver un défaut chez autrui, examinons si nous ne l'avons pas nous-mêmes et tâchons de nous censurer avec la même sincérité rigide que nous mettons à censurer le prochain.

Fais-tu ce que tu loues chez les autres et évites-tu ce que tu y blâmes ? Voilà ce qu'il faut te demander pour savoir si tu suis le droit chemin.

Il ne faut pas dire de Dieu qu'il a été ou qu'il sera. Il faut dire qu'il est.

L'athéisme et la superstition sont deux maux également dangereux qui procèdent de l'ignorance.

Mieux vaut nier Dieu que de le faire méchant. Si on disait que j'existe pour ajouter aussitôt que je suis injuste^ dur et vindicatif, je trouverais préférable qu'on prétendît que je n'existe pas.

Oui, les générations humaines vont se fanant, dépérissant et tombant comme les feuilles des arbres; mais, tandis que les corps pourrissent, les âmes demeurent verdoyantes ; et il y a en chacun de nous une racine de vie qui, par delà le tombeau, germe dans l'immortalité.

La mort est le retour à la patrie commune.

Dire que les âmes sont impérissables et dire que les dieux se mêlent de la conduite des hommes c'est une même chose. Immortalité et providence s'cnlrc-supposent.

Le crime est un hameçon où le criminel se laisse prendre par l'amorce de la volupté; il devient aussitôt le prisonnier de la justice divine. S'il arrive encore. à

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