‹ La pensée antique (de Moïse à Mare-Aurèle)Chapitre 93 sur 103 · APULÉE · texte numérisé non relu

APULÉE

Vers l'époque où mourut Plutarque naquit Apulée, philosopheencorepluséclectiquequelesagedeChéronée

La langue de cet africain est une mosaïque de toutes les langues et sa philosophie une mosaïque de toutes les philosophies.

C'est dans l'Ane d'or, roman où il raconte les tribulations d'un âne qui a été un homme et finit par le redevenir, que se trouve le plus beau mythe qui nous ait été légué par le vieux monde, le mythe de Psyché, dont s'inspireront des poètes tels que La Fontaine, Cor-

neille, Molière, Lamartine et Laprade, des sculpteurs tels que Canova, des peintres tels que Gérard, et tous les philosophes aimant à trouver dans les vieilles fables des allégories de la vérité éternelle.

De l'histoire de Psyché, comme des histoires de Pandore et de Prométhée, on peut dire : Ce ne fut jamais réel et c'est toujours vrai.

Apulée passa une partie de sa vie à courir par monts et par vaux à la poursuite des nouveautés de toute espèce.

Devenu prêtre d'Esculape, ce platonicien qui s'était initié à tous les rites religieux, dans les mille cités où l'avait mené son humeur vagabonde, eut une constante prédilection pour les mystérieuses pratiques des enchanteurs et des magiciens. Il croyait à la divination, aux sortilèges, aux maléfices.

Sa renommée devint telle que son compatriote saint Augustin a pu écrire qu'on se faisait un plaisir de comparer avec le Christ ou même de lui préférer un Apulée et d'autres païens très experts dans les arts de la magie.

Dans sa curiosité maladive de lettré, de naturaliste et" de raisonneur, dans son mysticisme superstitieux mêlé d'insinuations sceptiques, dans ses prédilections pour la démonologie orientale, cet esprit inquiet reflète bien les tendances d'une foule de se^s contemporains qu'on voyait frapper mélancoliquement à la porte de tous les sanctuaires et de toutes les écoles.

Page 1