L'EMPEREUR JULIEN
C'est à ce moment-là qu'aurait pu se produire avec quelque apparence d'opportunité cette restauration du polythéisme que tenta Tempereur Julien, deux cents
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ans plus tard, quand le christianisme avait commencé à s'emparer du monde.
Cet empereur, à qui Montesquieu a rendu ce témoignage qu' « il n'y a point eu après lui de prince plus digne de gouverner les hommes », avait sans doute de grandes qualités ; mais il se montra un esprit chimérique en entreprenant, en plein iv* siècle, de renouveler la religion païenne. Une religion ne se refait point comme une machine. C'est un organisme vivant. Vous pourrez bien surexciter un corps décrépit; mais le rajeunir vous est impossible.
Julien ne négligea pourtant aucun moyen, et il s'ingénia habilement à couler dans le moule ancien le meilleur des idées nouvelles.
A peine monté sur le trône, il rend leur ancien éclat à toutes les fêtes païennes; en même temps, il institue, à côté de Tétude de la vieille liturgie, un enseignement théologique dont le fond est fourni par le néoplatonisme s'ajoutant au stoïcisme; enfin, pour confirmer la doctrine par les œuvres, il s'applique à créer un grand courant de charité, et, à l'exemple de Marc- Aurèle, il multiplie les institutions secourables. « L'expérience montre, dit Julien, que jamais l'aumône n'appauvrît qui la fait. Donnons à tous, plus libéralement aux gens de bien, mais sans refuser le nécessaire à personne, pas même à nos ennemis. Il faut établir dans chaque cité des hospices pour que les malheureux bénéficient de nos ressources et de nos soins, quelle que soit d'ailleurs la religion qu'ils professent. » En même temps il reconnaît que l'exemple de la bienfaisance est donné, et par les juifs, parmi lesquels on ne voit aucun mendiant, et par les chrétiens : « La
secte impie des Galiléens, écrit-il, nourrit non seulement ses pauvres, mais souvent les nôtres. »
Autour de Julien se presse un énorme concours de partisans. Ce sont les lettrés, les mystiques, les politiques et la foule de ceux qui sont nés troupeau.
Rhéteurs et grammairiens ne voulaient point entendre parler de ce qu'ils auraient volontiers appelé la barbarie chrétienne. Au fond ils se souciaient peu des dogmes du paganisme ; mais ils aimaient, ils adoraient \e génie du paganisme.
A côté, il y avait les théurgistes qui, pleins d'engouement pour les rêveries et les pratiques de l'Orient, identifiaient les anciennes divinités à ces esprits ou démons partout répandus qu'ils croyaient évoquer par des opérations magiques.
Leurs hallucinations produisaient chez ceux-ci le môme effet que produisaient chez ceux-là leurs prédile étions littéraires. Les uns et les autres se rallièrent autour de Julien.
Avec eux firent nombre, d'abord les habiles qui, indifférents pour toute religion, adhèrent toujours à la religion de TEtat, et pour qui prier Dieu est une manière de solliciter les hommes; puis les faibles qui, naïvement et par esprit de suite, inclinent vers l'opinion dominante. Julien avait avec lui toute la plèbe servile du monde officiel ; mais le vrai peuple lui échappait.
L'empereur philosophe ne dédaigna pas de prendre la plume pour justifier son œuvre, et il écrivit la Défense de r Hellénisme, Le point essentiel de sa polémique revient à dire : Rendons aux Juifs ce qui est aux Juifs et aux Grecs ce qui est aux Grecs. 11 oppose
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Platon à Moïse ; il reproche aux chrétiens de s'être approprid le bien des païens, et il soutient qu'il faut compter à. lavoir du polythéisme la fleur des anciens philosophes que la religion nouvelle méprise, après avoir fait de leurs dépouilles sa principale parure.
Julien, recourant ainsi à la discussioa et en appelant à la raison, prétendait bien ne pas employer la violence. « Ni le ferni le feu, disait-il, ne changent l'homme. Si !e corps cède, l'âme proteste. »
Mais, dans la pratique, il oublia maintes fois ces belles idées. Il traita d'abord le christianisme en religion purement tolérée, ce qui était déjà un commencement d'intolérance ; puis, par une pente fatale, il en fit une religion persécutée. *
C'était lui donner une occasion de se retremper et de retrouver celte force, cette supériorité morale que, selon la parole de saint Grégoire de Nazianze, « les chrétiens avaient acquise par le malheur et perdue par la prospérité ».
Il advint que sur le champ de bataille, Julien fut grièvement blessé par les Perses. Souvent il avait dit : « Celui qui veut mourir quand il faut vivre est un lâche. Mais celui qui s'accroche à la vie quand il faut mourir est plus lâche encore. Le sage paie sa dette sans murmurer. » Et, en effet, tout sanglant, torturé par la douleur, Julien donna ses derniers moments à un paisible entretien avec ses amis : « C'était la destinée que je ne pusse achever ma tâche, dit-il. Je rends grâce à l'éternelle Bonté, qui permet que je meure en pleine jeunesse et en pleine victoire. »
Julien expira. Un chrétien prit sa place et la réaction fut terrible.
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