L AGONIE DU PAGANISME
nous raconte Thistoire de prêtres mendiants qui, avec leurs divinités syriennes hissées sur un char, allaient de village en village ; se livraient à toute sorte de contorsions, et puis quêtaient à la ronde. Le mal est qu'il leur arrivait de prendre sans se donner la peine de quêter. Cela gâta Teffet de leurs artifices. On ne vit plus en eux que des voleurs et on les traita en conséquence.
Les campagnes dernier refuge de la religion mourante.
C'était dans les campagnes que la superstition polythéiste avait ses plus profondes racines. Elle y florissait encore au moment oii dans les villes elle ne pouvait plus se soutenir sérieusement.
Ce n'est pas que dans les villes il n'y eût point de païens religieux. Mais ils prenaient le parti d'interpréter la tradition : ils montraient dans le vieux culte la vivante expression d'une providence universelle qui s'exerce par grands et petits intermédiaires, et, avec le poète Manilius, ils regardaient les dieux comme des figures multiples du Dieu unique, de pures personnifications des vertus divines.
Lui-môme, un illustre pontife de Jupiter, Symmaque, se fera ainsi l'interprète de l'éclectisme dominant : « Nous contemplons tous les mêmes astres ; un même ciel nous environne, et nous adorons tous le même Dieu. Qu'importent les chemins divers que nous prenons en cherchant à le bien connaître? à lui tous aboutissent. »
Triste manière de défendre le polythéisme, en le sacrifiant !
C'est avec une bien autre assurance que s'affirmait
le christianisme, plein de sève et d'avenir. Aussi la majorité des villes, toujours ouverte au progrès, lui fut-elle vite conquise. Au contraire les campagnes, où les têtes, moins assouplies par le frottement social, sont plus lentes à prendre et à quitter une idée, demeurèrent très longtemps rebelles à la foi nouvelle ; et on put appeler ironiquement la vieille religion, la religion des paysans^ le paganisme.
Mais qu'importent les apparences de renouveau qu'à divers intervalles put prendre le culte antique ? Ce vernis de vie plus ou moins brillant, sous lequel une religion pourrie cache sa mort, dure pendant quelques cents ans, et puis le cadavre apparaît.