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l'indique, d'un apôtre du naturalisme. L'article était faible et je regrette que le P. Tyrrell lui ait fait une place à côté de ce qu'il a écrit depuis.
Le naturalisme ou évolulionnisme ou plus simplement le vieux matérialisme est en somme la doctrine qui ne voit dans l'univers que les manifestations successives dune seule substance. Le télescope nous montre dans le ciel des traînées lumineuses dont les dimensions confondent l'esprit. En effet un certain nombre de ces amas singuliers se révèlent au spectroscope comme des mondes d'étoiles, semblables à notre voie lactée, perdus dans les abîmes du ciel, et leur éloignement comme leur masse épouvantent limagination. Mais un grand nombre de ces vapeurs bleuâtres étudiées dans le même instrument se trouvent être non des soleils lointains, mais des nébuleuses, de la matière dispersée, des mondes en formation. Dansdes millions d'années ces particules subtiles soumises à la force commune qu'on appelle gravitation, s'aggloméreront, s'échaufferont, et deviendront des étoiles semblables à toutes les étoiles. Ces soleils se dévoreront comme le nôtre pendant de lentes suites de siècles, mais peu à peu ils se contracteront, leur périphérie s'épaissira, cette croûte légère brisée mille fois par des éruptions victorieuses finira cependant par se durcir, l'astre sera apparemment éteint. Si pourtant il se trouve tourner autour d'un autre soleil que sa masse tienne incandescent plus longtemps, son existence ne sera pas celle des autres astres vraiment morts. Elle sera assez semblable à celle de notre Terre. Qui sait? Il y a dans l'infini assez de mondes pour supposer qu'elle sera à très peu près la même. Peu à peu l'atmosphère entourant ce globe
formera des mers à sa surface. Alors commencera la lutte lente et invisible mais constante de l'eau, de la croûte solide et du feu central toujours rebelle et mugissant. Alors se dessineront les continents. Alors aussi apparaîtront des objets nouveaux bien autrement extraordinaires. Ils seront formés comme les autres de quelques corps simples répandus entre le ciel et le feu, mais leur arrangement sera si merveilleux que, môme infiniment petits, ils se comporteront d'une manière toute différente des corps voisins. Ils se déplaceront, s'empareront d'éléments étrangers dont ils sentiront l'approche, parmi lesquels ils feront un choix, et qu'ils s'assimileront. Enfin avant de redevenir apparemment inertes, ils donneront naissance à des êtres semblables à eux. Ces êtres ne resteront pas toujours les mêmes. Des causes insoupçonnées les feront varier peu à peu : donnez-leur du temps, donnez-leur des millions d'années pendant lesquelles la masse de leurs cadavres formera des montagnes et même des continents, ils deviendront peu à peu mollusques, poissons, reptiles, mammifères, hommes. Ici un nouveau phénomène apparaîtra. Le langage informe des autres animaux deviendra dans la bouche de l'homme d'une complexité, d'une subtilité prodigieuses. Ces sons correspondront à des images innombrables que les générations se légueront en les augmentant. Leur somme formera une sorte de peinture de l'univers, et que cette peinture soit de réalités ou seulement d'apparences, elle donnera à celui qui la possède une telle supériorité sur le reste du monde qu'il pourra s'en croire le roi. Cependant le progrès des sciences et des républiques n'empêchera pas que peu à peu le soleil nourricier se refroidisse.
Un jour il s'éteindra et avec lai la vie et l'intelligence et ses merveilles. Les orbes toutefois continueront leur course circulaire silencieuse et invisible. La force qui les fait tourner est aveugle et ne se soucie ni de lumière, ni d'intelligence. Insensiblement elle les rapprochera. Un moment viendra où ils tomberont les uns sur les autres et la réserve immuable de force qu'ils possèdent agissant sur leur masse immuable, le monde redeviendra nébuleuse et la nature recommencera le jeu éternel de ses transformations. Telle est l'histoire scientifique et matérialiste des mondes, du chaos au cosmos et du cosmos au chaos. Point de Dieu, point d'âme, point de liberté. Rien que de la force et de la matière. Que si l'on veut aller plus loin et s'informer de la nature de cette nébuleuse initiale et finale, les savants vous diront qu'elle est composée d'atomes. Mais qu'est-ce que l'atome, qu'est-ce que la matière? Nous n'«^n savons rien, diront-ils ; chaque fois que nous la dissocions pour en saisir les éléments premiers elle nous fuit. De corps composé elle devient corps simple, de solide elle devient liquide, vapeur, gaz. Si nous la poursuivons plus loin, elle entre dans un quatrième état où ses propriétés deviennent inquiétantes et nous semblent l'acheminer vers un autre encore plus subtil, le mystérieux éther dont nous sommes obligés de supposer l'existence mais dont nous ne savons rien sinon qu'il est un Protée insaisissable et toujours en mouvement.
Et la force qu'est-elle? Les réponses n'ont guère varié depuis Spinoza. Elle n'est, répondait-il, qu'un aspect de la substance unique dont l'autre face est l'étendue. Elle est à la fois matière et énergie, disent
du Dubois-Reymond et Haeckel, mais la sensation et la matière sont précisément les dernières énigmes insolubles. La force est tout, dit Herbert Spencer, mais demander ce qu'elle estjC'est comme demander ce qu'estDieu : elle est l'Inconnaissable dont lesapparences qui composent l'univers nous révèlent la présence sans nous rien dire de sa nature. 11 n'appartient pas aux êtres chétifs roulés dans la fange marine de spéculer sur l'océan infini.
Voilà le Monisme et voilà l'Agnosticisme. Le Monisme professe presque toujours le dédain de la métaphysique; mais il lui arrive à chaque instant d'en faire lui-môme avec une inconscience qui le rend aisément ridicule. Quant à l'Agnosticisme, sa conception du monde et ses limitations de l'esprit le rattachent à une doctrine ancienne et difficilement réfutable. Chaque fois que l'homme craindra, comme le dit Goethe, de ne savoir à quel point il est anthropomorphique, il tendra vers la conception d'Herbert Spencer. Le P, Tyrrell lui-même n'aurait probablement pas insisté autant que nous verrons qu'il le fait sur le caractère analogique de la religion, s'il n'appartenait à une génération profondément méfiante de la raison. Seulement l'Agnosticisme n'a pas d'influence seulement sur des esprits comme le sien : il charme le bourgeois ami des lumières et sa tranquillité scientifique revient volontiers aux plaisanteries de nos vieux libres penseurs. C'est dans un cas de cette sorte que le P. Tyrrell a préféré l'étudier et son étude a souffert des défauts du modèle. Imaginez le P. Gratry réfutant le Catéchisme d'Edgar iNIonteil et tombant sur l'affirmation « que les savants ne peuvent ni se tromper, ni nous tromper».
Cette besogne est bonne pour ceux que le P. Tyrrell lai-même appelle « controversistes au marteau-pilon » et non pour un délicat comme lui. Il est pénible de le voir laisser la discussion vraiment intéressante des principes, pour s'attacher à des détails sur lesquels il nest pas toujours en mesure de prononcer, et dont la réfutation est étrangère à l'attitude apologétique qu'il recommande, C'estl'impression qu'il laisse presque toujours quand il veut discuter des faits scientifiques en contradiction apparente avec le dogme. On ne dirait plus le même homme . 11 s'emporte, il nie. il subtilise. Que gagne-t-il à poursuivre Manéthon dont l'autorité a été sans cesse grandissant? à traiter la géologie de science tâtonnante, comme un jeune vicaire ? à mettre Prestwich en contradiction avec Lyell sur un détail, comme le font trop souvent ceux qui veulent discréditer toutes les conclusions de la science? Je ne crois pas qu'il voulût aujourd'hui encore se fâcher sur la question du déluge ou celle de l'antiquité de l'homme, pour ensuite déclarer qu'elles ne font absolument rien au dogme. Il s'efforcerait plutôt de montrer à ceux, amis ou ennemis, qui croient qu'elles importent, qu'ils se trompent, et ce serait un tout autre gain. En tout cas, la besogne ingrate de réfuter M. Laing l'a détourné de celle infiniment utile de montrer lespoints faibles de Herbert Spencer ou de Huxley, et son apologétique ne nous convaincrait guère si elle s'arrêtait là .
Elle n'est pas beaucoup plus satisfaisante dans la discussion^ d'un chapitre spécial de la doctrine évolutionniste : l'animisme.