‹ La pensée catholique dans l'angleterre contemporaineChapitre 18 sur 41 · The Making of religion · texte numérisé non relu

The Making of religion

L'animisme est un essai d'explication naturaliste de l'origine des idées d'âme et de Dieu. Dans cette théorie, l'idée de Dieu que les philosophes ont amenée progressivement jusqu'au centre de la métaphysique aurait eu des commencements bien humbles. Nos ancêtres quaternaires n'ont pas eu la révélation du Créateur dans un paradis terrestre où ils l'auraient vu journellement. D'autre part ils étaient trop grossiers pour chercher dans la notion d'un être supérieur la réponse à une question sur l'origine des choses qu'ils ne se posaient certainement pas. 11 leur a fallu bien des siècles pour élargir à ce point leur confuse idée de cause. Où donc pourrons-nous saisir les commencements de ce que les philosophes naturalistes appellent l'illusion du Grand Fantôme cosmique? Dans les témoignages qui nous servent à essayer une histoire des religions et surtout dans les échantillons qui nous restent encore de l'humanité primitive, chez les sauvages. La psychologie comparée de l'homme et de l'animal fournira aussi d'utiles indications.

Le goût de ces recherches étant venu à une époque où les esprits sont pénétrés de l'importance des faits, elles ont produit surtout des résultats positifs, un amas énorme de constatations littéraires, archéologiques ou ethnologiques ^ Jamais science n'a rassemblé plus vite les matériaux de son information que la science des religions. Aussi a-t-elle vu de bonne heure les théoriciens se joindre aux chercheurs patients qui travaillent encore pour elle. Leurs généralisations aboutissent en somme à deux

1. Le nombre des monographies réunies h la bibliothèque du musée (iuimet peut en donner une idée.

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systèmes, le fétichisme et l'animisme. L homme a commencé, comme certains sauvages, par adorer des fétiches, ou comme d'autres, par adorer des esprits, mais dans l'un et l'autre cas, son culte ne comportait nullement l'idée d'un Être infini. La doctrine de l'évolution se vérifie ici comme partout.

Le sauvage est blessé par un rocher qui sans cause apparente se détache de la montagne ; la foudre tue sous ses yeux un animal ou un homme : son instinct est de s'arrêter à ces objets et de craindre le rocher et le feu comme le chien redoute le piège où il a été pris : voilà le fétichisme. L'explication animiste est tout autre. La présence d'une sorte de double dans le corps de l'homme est l'origine de ridée de Dieu. Il constate en lui-même l'action d'un être qui lui est semblable mais qui n'est pas indissolublement fixé à son corps, qui en sort dans le rêve, dans la folie, dans le délire, qui s'en échappe enfin à la mort avec le souffle qu'il ne tarde guère à appeler àme ou esprit. Cet être mystérieux subsiste après la mort, puisqu'il revient visiter les vivants dans leur sommeil. Ainsi les âmes des morts forment une peuplade invisible semblable à la tribu. De là à lui donner un chef qui deviendra le Grand Esprit il n'y a qu'un pas. Ainsi, la crainte des agents naturels et la crainte des revenants sont la source où remontent les cultes, les religions, et peutêtre les philosophies.

Ces théories très plausibles a priori pour quiconque est prêt à rencontrer l'évolutionnisme en histoire comme partout ailleurs, ne sont pas que de pures théories. Le P. Tyrrell avoue que l'animisme est tout a hérissé de preuves de faits », et que le

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premier exposé qu'il en lut dans l'ouvrage de Tylor sur la Primitive Culture lui parut une difficulté insurmontable ^ D'autre part, bien loin de mettre l'évolutionnisme à la base de la défense de la foi, comme le font déjà d'autres apologistes protestants et catholiques, il est constamment hostile même à son acception la plus restreinte. Cela se voit au ton force de cet aveu : « Il n'est pas inconcevable que Dieu, sans avoir recours directement à l'erreur et au mal pour conduire à la vérité et au bien, permette néanmoins passivement l'erreur [should passively permit error), en vue de la vérité qu'il prévoit devoir en sortir. » Aussi ne faut-il pas s'étonner qu'il ait accueilli les premiers arguments capables d'ébranler l'animisme.

Ces arguments lui ont été fournis par l'un des esprits les plus libres et les plus curieux que nous connaissions en Angleterre, M. Andrew Lang, dans son livre The Making of religion. M. Lang croit que l'humanité est redevable de l'idée d'âme non pas à des phénomènes normaux comme le rêve, mais à des manifestations insolites comme l'hallucination, la télépathie, l'hypnotisme, tous les phénomènes en un mot dont s'occupent ce qu'on appelle les sciences psychiques. Or ces cas extraordinaires ne sont pourtant pas rares; et non seulement ils doivent suggérer au sauvage l'idée d'une substance différente du corpsf mais le savant moderne lui-même ne peut guère en rendre compte sans une conception à peu près semblable. Ainsi ces faits mystérieux ont une valeur double : ils peuvent expliquer mieux que les faits

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