l'tfalism in si rails
mais aussi que notre liberté est à chaque instant limitée. Elle lest surtout par la liberté de l'Être inlini qui ne peut dépendre de la nôtre que dans la conception la plus anthropomorphique. En réalité notre volonté est constamment pressée par la sienne. 11 faut donc un acte de foi pour croire à la liberté.
3" Le problème du mal au moins du mal moral) est intimement lié à la persuasion où nous sommes que nos droits sont limités et nos devoirs conditionnés par d'autres moralités — finies ou Infinie — que la nôtre. Or cela est un passage au réel qui ne sexplique que si nous croyons à une « unité de superposition » comme celle de la Trinité.
Ces idées brillantes que jaffaiblis nécessairement en les résumant plaisent à l'esprit subtil du P. Tyrrell. On s'aperçoit cependant avec plaisir, qu'il ne triomphe pas, comme tant d'autres, des points faibles de l'idéalisme. Sa conclusion que je vais traduire pourrait recommander à quelques personnes une modération dont elles s'écartent trop facilement en jugeant des grands hommes et des doctrines qu'elles ne comprennent peut-être pas toujours, faute sans doute de les prendre à leur source.
« Ce qu'il nous faudrait, dit le P. Tyrrell après avoir indiqué ces objections à l'idéalisme, c'est une synthèse supérieure, si elle est possible à l'esprit humain, ou bien, l'aveu franc que la foi est un complément nécessaire de toute philosophie. Une chose au moins s'impose : reconnaître honnêtement les difficultés inhérentes au réalisme comme à l'idéalisme et faire consciencieusement la critique de leurs prémisses. On ne peut aborder avec quelque chance de succès la thèse idéaliste si on la tient absurde ou
ridicule, si on n'a jamais cru y voir la moindre vérité, si on est réaliste sans faire pour cela aucun effort. Car alors on se bat contre un homme de paille qu'on a fait soi-même, et tous les arguments qu'on apporte on les fabrique en supposant que le réalisme est vrai. Il est trop clair que les meilleurs esprits des temps modernes n'ont pu être les jouets d'un sophisme dont un écolier sait faire justice. Le même désintéressement est indispensable de la part de l'idéaliste trop porté à regarder le réalisme comme grossier, sans critique et barbare. Nous avons tous nos antinomies, nos impasses intellectuelles, et nous en sommes tous réduits à boucher les trous de nos systèmes avec des « il faut admettre » et des « il est évident » sans preuves. »
Voilà le P. Tyrrell philosophe. Quand les questions de fait n'interviennent pas, il est toujours disposé à aller chercher l'esprit humain sur la plateforme la plus étroite où il lui plaise de se réfugier. Dans le domaine de la raison pure il ne veut bâtir que sur les certitudes au delà desquelles l'analyse s'abdique elle-même. Quelques-uns ne manqueront pas de l'appeler kantiste. Je les prierai de vouloir bien lire son essai intitulé Prospects of reunion. Ils verront à quel point un kantiste peut se rapprocher d'eux quand il s'éloigne de son point de départ.
Cette parenthèse fermée, revenons à notre dessein premier, en remarquant que, si le P. Tyrrell croit en Dieu, ce n'est pas que la métaphysique théiste lui paraisse entièrement dégagée de doutes, mais parce qu'il trouve les mêmes doutes à la base d'autres métaphysiques moins intelligibles que le théisme.
La même conclusion associée à la même tendance
libérale se dégage du quatrième essai critique qu'il nous reste à examiner *.
Cet article est long et travaillé, il ressemble plus qu'aucun autre à une dissertation ex professa. Je ne suis pourtant pas sûr de l'avoir bien compris et je ne me porte garant que de la pensée générale qui lui a donné naissance.
L'argument est basé sur les grandes lignes de l'évolutionnisme. C'est la philosophie à la mode et, comme je le disais plus haut, le P. Tyrrell recherche toujours les formes mentales les plus actuelles. Cependant il est assez clair qu'il ne veut faire qu'un argument et qu'il n'accepte les données évolutives que provisoirement. En fait, il s'efforce en vingt endroits de les rendre suspectes, et si cette tendance n'affaiblit pas sa démonstration, elle cause cependant quelque inquiétude au lecteur. L'évolutionnisme a perdu en tant que philosophie : il était trop simple et nous sommes encore loin de l'intuition de génie qui expliquera par la même for mule, les faits intellectuels et moraux aussi bien que physiques. Comme hypothèse scientifique il a constamment gagné : c'est un fait indéniable, et il est puéril de recourir à des réticences pour le reconnaître. Cependant le P. Tyrrell n'en paraît nullement convaincu. Il n'est pas sûr que cinquante explications différentes ne rendissent aussi bien compte des faits et dans cette idée il se reprend plusieurs fois à discuter avec Darwin. J'avoue qu'il ne sort guère de ce qu'il y a de plus philosophique dans la biologie, mais même dans ces limites où l'on est plus reçu à contredire le
\. Adaplabilily as a proofof religion.
savant, ses affirmations sont loin de satisfaire. Il se fait en particulier une conception de la vie, dont l'expression fréquemment renouvelée étonne toujours. Non seulement il refuse, comme Huxley l'a fait avant lui^, d'y voir une sorte d'entité aussi absurde que le serait Vaquosité de l'eau, mais il l'identifie avec les fonctions de la vie. « Admettons, dit-il, — et c'est l'évidence, — que la vie n'est pas autre chose que la somme des fonctions employées à préserver la vie; que par suite elle n'est pas la même chose dans l'homme et dans la tortue -. » Si ce n'est pas là une tautologie, que veut dire le P. Tyrrell?
Passons néanmoins : notre philosophe croit, en eiïet, que l'on peut discuter la philosophie évolutive, même si l'évolution des êtres vivants est une certitude. Voici comment il raisonne.
L'idée-mère de l'évolutionnisme scientifique n'est pas la constatation d'une tendance au progrès, c'est simplement l'affirmation que les plus aptes survivent et qu'ainsi la nature tend, avant tout, à augmenter la quantité de vie. Or ce principe est loin de rendre compte de tous les faits observables. L'homme indubitablement tient la place principale dans la création et ce qui caractérise l'homme bien plus que son aptitude à survivre, c'est la présence en lui d'aspirations intellectuelles, morales, esthétiques. Ces aspirations, le grand axiome darwinien ne les explique pas. Au contraire, il tendrait, pour pou qu'on voulût en presser l'application, à renverser l'échelle de notre conception de la nature organisée. \jQ microbe