Cf. Libéral Catholicism el Rationalism in Religion
avidement du moindre renseignement surnaturel. Ce qui n'est qu'une formule abstraite pour celui qu'ils appelleront facilement le philistin utilitaire, est pour eux la racine d'une efflorescence religieuse qui les charme. Aussi le P. Tyrrell consacre-t-il plus de pages qu'on ne s'attendrait à en trouver dans un ouvrage moderne, à la défense de ce qu'il appelle simplement le dogme mais qu'on appelait autrefois le mystère. La contradiction apparente des termes ne l'effraie pas : il y trouve toujours un côté lumineux où il s'attache et par lequel il justifie toutes les obscurités.
Il est remarquable que si cette lumière est plus intellectuelle que morale, il veut cependant qu'elle soit toujours humaine, qu'elle puisse se tourner en amour.
. Rappelons-nous bien que le P. Tyrrell se soucie peu de la logique pure; qu'il est avant tout religieux; que son idée dominante est que nous parlons du surnaturel comme on parlerait des sons en termes de couleurs; qu'au fond, par conséquent, il est plus sûr de ce qu'il sent que de ce qu'il sait et qu'il y tient davantage. Donnez-lui donc un aliment à sa contemplation, mais choisissez-le convenable au simple chrétien qui est en lui, autant qu'au philosophe.
Il met l'intuition d'un esprit spontané au-dessus de la déduction du savant. Un sauvage des bois connaît mieux la nature qu'un gardien de musée; celui qui voit un homme vivant est plus renseigné que s'il avait vu un squelette savamment articulé. Quand le paysan pense à rame, il voit une sorte de fantôme intérieur confusément semblable à son corps. Il se
trompe, mais le philosophe se trompe tout autant quand il met Tàme dans le corps entier et entière dans chacune de ses parties. Son affirmation n'a de valeur que comme correctif de celle de l'homme simple. Prise en elle-même elle combine deux idées incompatibles et qui aboutissent à zéro*.
De même pour l'idée qu'on se fait de Dieu. Le philosophe qui met son omniprésence dans un point mathématique et son éternité dans l'intervalle imaginaire qui sépare deux moments de la durée, doit corriger sa conception par celle plus grossière qui fait de Dieu l'Ancien des Jours et le voit dans tout l'espace. La notion du philosophe est aussi analogique que celle de l'ignorant. Les formules les plus abstraites restent anthropomorphiques. L'anthropomorphisme ne consiste pas tant à parler de Dieu en termes humains, puisque cela est inévitable, qu'à oublier que ces termes, quels qu'ils soient, sont toujours analogiques.
Ce principe doit servir de régulateur aussi bien à la dévotion qu'à la théologie. La première tend constamment à exagérer le côté sensible de la révélation, la seconde à exagérer son côté abstrait. Nous lisons : N'affligez pas l'Esprit-Saint », et : « Mon Esprit ne luttera pas toujours avec l'homme ». Ces textes et mille autres qui dans la Bible représentent Dieu comme sujet à nos passions, ne sont pas adéquats sans doute; mais la philosophie théologique qui le montre indifférent et impassible n'est pas adéquate non plus. La même opposition accompagnée de la même insuffisance se retrouve dans toutes les con-