‹ La pensée catholique dans l'angleterre contemporaineChapitre 35 sur 41 · Problems and Persons · texte numérisé non relu

Problems and Persons

sacrés de tous les peuples est étudiée dans un esprit de révérence bien différent de la hauteur qui dépare souvent les meilleures pages de Renan. A mesure que certains savants catholiques semblent vouloir écarter davantage le mot d'inspiration, d'autres qui ne le sont pas l'emploient plus fréquemment et dans un sens plus proche de sa signification théologique. Les religions, y compris les dogmes et les cultes, sont attribuées, comme la morale et comme le mouvement d'ascension de notre univers, à une raison d'être qui est Dieu, même quand la crainte d'une association d'idées anthropomorphiques fait qu'on évite de lui donner ce nom.

On peut donc le dire, la science , — du moins les sciences que leur objet amène plus rapidement à se poser les questions de causes, comme la physique, la biologie, l'histoire sociale et littéraire, celle des sociétés et des religions, — la science devient théiste à mesure qu'elle perfectionne son évolutionnisme, et M. Ward ne se trompe pas en disant que la synthèse nouvelle n'entraîne pas de conclusions hostiles à la religion pour laquelle il plaide.

11 s'agit de voir si, en retour, la religion peut s'accommoder de la synthèse évolutionniste.

Un examen superficiel pourrait faire conjecturer d'abord le contraire. Ne sera évolutionniste en religion que celui qui l'est dans sa conception générale de l'univers : or c'est un fait que beaucoup de catholiques — tous les simples, cela va sans dire, et probablement la majorité des théologiens — sont hostiles même aux formes les plus exclusivement scientifiques de la théorie darwinienne. Assurément on la trouve défendue dans les ouvrages de plus

•2Hi) LA PENSEE CATHOLIQUE EX ANGLETERRE.

d'un auteur catholique et il y a longtemps quon ne craint plus qu'elle soit jamais condamnée par Rome ; cependant, elle est toujours réfutée dans la plupart des manuels d'apologétique placés entre les mains des fidèles et des étudiants en théologie, et je ne puis oublier qu'un travail de M. l'abbé Guillemot qui s'y rallia en 1894 au congrès de Bruxelles, ne put paraître intégralement dans les comptes rendus de ce congrès. Aujourd'hui encore il n'est pas rare d'entendre des prêtres assez instruits s'autoriser de quelques restrictions faites par les néo-lamarckiens à la doctrine de Darwin pour affirmer que la science désavoue ce grand homme. Les mêmes personnes arguent d'un passage fameux d'un discours très paradoxal de M. Poincaré pour donner raison à l'Inquisition contre Copernic et Galilée. Si l'on répugne à admettre des modifications lentes dans les êtres qui peuplaient, il y a des millions d'années, des mers devenues aujourd'hui continents; si l'on croit l'inerrance de la Bible intéressée à ce que la terre ne tourne pas, ou du moins tourne aussi peu que possible, à plus forte raison ne voudra-t-on pas que dans ce qui touche de plus près à la religion, dans les conceptions dogmatiques, intervienne le principe de progrès. 11 est hors de doute que seule une faible minorité dans l'I^^glise catholique se rend compte qu'en disant flexibilité on entend bien réellement progrès et non changement et, tôt ou tard, destruction.

Si cela est, comment M. Ward peut-il dire que la religion n'est pas plus antipathique à l'évokition que celle-ci n'est hostile à la métaphysique théiste?

C'est que, par bonheur, on ne juge pas des res-

sources d'une doctrine par ce qu'en disent ses champions. Quand sous des formules il y a des vérités qui touchent au fond de la nature humaine, elles sont inépuisables, insaisissables, et aussi difficiles à exprimer que la nature même. Il faut donc s'attendre à ce que des aspects toujours nouveaux s'en découvrent que non seulement les esprits vulgaires, mais même les prophètes d'une époque, n'avaient pas soupçonnés. Bossuet voyait certainement les vérités chrétiennes sous un angle moins large que Fénelon et Malebranche et ceux-ci à leur tour auraient vu dans une lumière plus vive ce qu'ils n'apercevaient que par éclairs si la synthèse moderne eût écarté les obstacles qui les gênaient. S'ils avaient pu se rendre compte que l'action divine dans la création physique apparaîtrait tout autre dans les explications d'une science plus avancée que dans les récits hébreux, leur idée des rapports de l'homme avec Dieu s'en fût singulièrement élargie. Les ennemis du christianisme qui se font une arme contre lui de la physique ou de la géologie rudimentaires de quelques-uns de ses représentants, même officiels, donnent la preuve de leur propre inintelligence. La vraie philosophie n'a jamais tenu compte des personnes. Et sûrement, beaucoup de philosophes parmi ceux qui nous combattent, un Quinet ou un Vacherot, par exemple, ont dû sentir la puissance de résistance et d'adaptation du christianisme beaucoup mieux que ceux mêmes qui le défendaient contre eux- Quand une école théologique tout entière s'entêterait à garder une position visiblement indéfendable, qu'est-ce que cela prouverait si, à côté, un ou deux indépendants en indiquaient une autre qui fût bonne?

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