LE TALMUD
Le produit capital de cette espèce de scolastique qui se conslilua chez les juifs au lendemain de la captivité, a élé le Talmud, recueil de récits et de commentaires relatifs à la Bible, rédigé par différents rabbins du ii*" aii VI* siècle de l'ère chrétienne. Dans cette encyclopédie religieuse, à côté de légendes édifiantes et de sages préceptes, abondent les détails minutieux, les réglementations compliquées, les définitions alambiquées, les distinctions raffinées, enfin les mille vétilles d'une casuistique sotte ; mais on y reconnaît l'œuvre collective d'une forte race qui de sa religion s'est fait une patrie C'est là qu'est racontée la mort du docteur Akiba, exécuté sous Tempereur Adrien. Le généreux martyr, entendant sonner l'heure de la prière au moment où on
2i> LEGLKGTISMt: JL:IK
lui faisait subir les dernières tortures, se prit à souriret, interpellé par ses bourreaux, il leur répondit : « Je r^M^ songe pas à vous braver; mais, toute ma vie, quand j ^ récitais ces paroles : « tu aimeras Jéiiovah, ton Dieu, âi^ tout ton cœur, de toute ton âme et de toutes tes forces, » je me suis demandé avec tristesse si je pourrais jamais manifester à Dieu cet amour que nous prescrit notre \oi en lui faisant le sacrifice de mon être. Or voici qu'aujourd'hui je lui rends ce témoignage à l'instant même où c'est l'usage de redire le précepte qui en fait un devoir. Voilà la cause de ma joie. » Ce disant, il expira.
Outre de belles actions, le Talmud rappelle de belles leçons morales. Ainsi un rabbin disait : « Il suffit que quelqu'un se soit montré plus sévère que moi pour que je m'interdise à moi-môme ce que je permets aux autres. »
Quelques-uns enseignaient que la meilleure manière d'adorer Dieu consiste à bien faire et à se taire dans la contemplation de sa majesté.
Mais cela n'empêchait pas le commun des rabbins d'être intarissables sur les scrupules de conscience et sur les pratiques dévotes. Piété, mais piété mal entendue que celle qui aboutit à des prescriptions de ce genre : «Eùt-on un serpent enroulé autour du talon, on ne doit pas interrompre sa prière. »
Voilà, au surplus, un héroïsme dont peu de pharisiens étaient capables. Les docteurs du Talmud le savaient bien. Ils distinguaient ingénieusement parmi les pharisiens différentes catégories : ici, le pharisien contraint, acceptant la loi comme un fardeau et tout semblable à un homme qui charge les commandements de Dieu sur ses épaules pour les déposer au bout de deux pas; là, le pharisien intéressé qui a Tair de dire : prêtez-moi de l'argent
LA KABBALK 23
si VOUS voulez que j'accomplisse le préceple ; plus loin, le pharisien plein croslentation, qui se frappe la lôte contre les murailles pour éviter lâ vue d'une femme. A ces dévots dont la crainte est le mobile plus ou moins avoué, le ïalinud oppose ceux qu'inspire Famour, et il ajoute : Ceux-là sont les hons.