LA KABBALE
Ln certain nombre de Juifs rejetèrent le Talmud et s'en tinrent à la Bible : d'où leur nom de Caraïles, partisans du texte.
Mais, comme pour témoigner que la pensée ne saurait abdiqner ses droits, ces adversaires de l'interprétation classique du texte mosaïque comptent parmi les adeptes les plus fervents de cet ensemble de traditions connu sous le nom de Kabbale, qui a été la quintessence philosophique de la théologie et de la cosmogonie juive.
Le Talmud se rapporte surtout à la pratique, la Kabbale saltache à la spéculation; le Talmud vise le matériel de la loi, la Kabbale en dégage l'esprit.
A vrai dire, dans la Kabbale, Tin lépendance de la raison s'abrite sous la protection des doctrines du passé. I^ès un temps reculé les Juifs non orthodoxes se préoccupaient de trouver leurs idées les plus exotiques au fond Jes vieux textes, et réussissaient à les v trouver en les y niellant sous le couvert du mystère ou avec Taide des symboles. Ainsi la nouveauté se déguisait en tradition, la philosophie en religion, pour s'assurer sécurité et succès.
Dabord clair-semés, les Kabbalistes commencent à faire quelque figure au premier siècle de l'ère chrétienne, et
!* LÉCLECTtSME JUIF
ils entoureot leurs doctrines mystiques d'un profond secret qui ne les rend que plus vénérables. Ces doctrines se perpétueront durant le moyen fige, toujours envelop- I péçs d'ombre et de silence, dépôt privilégié aux mains | (le quelques hommes qui ne les communiquent que de ! loin en loin, avec les plus grandes précautions, à un très ' pclit nombre de personnes dont la prudence, l'&ge et le ] mérite semblent autoriser cette rare faveur.
Les deux grands monuments de la Kabbale sont le Livre de la création, et surtout le Livre de la lumière. On n'est pas bien sûr de l'époque où ces deux œuvres ont été rédigées. Mais la plupart des enseignements qu'elles contiennent remontent au moins à Sîméon Ben Jocbaï, disciple d'Akiba, qui vivait au commencement du n' siècle, et qui, lui-même, ne faisait que transmettre les secrets de l'antique sagesse juive, ou plutùt de l'antique sagesse persane transplantée chez les Juifs.
ISAIIE ET J