LA GÈNE CHRÉTIENNE
prochain de la résurrection des morts, où il devait reparaître visible à tous, pour ouvrir Tëre de la vie éternelle ? Oui, dans ce pain, la foi leur montrait sa chair ; dans ce vin elle leur montrait son sang ; et le rite joyeux d'un banquet faisait revivre en leur pensée et en leur cœur les inoubliables scènes du calvaire.
Ils n'avaient pas besoin pour cela de recourir à celle étrange imagination qu au cours de son dernier repas Jésus aurait tenu littéralement son propre corps dans ses mains, quand il disait : « Ceci est mon corps », et qu'il en aurait fait le contenu de la coupe quand il ajouta : <c Ceci est mon sang », si bien que réellement chacun de ses apôtres l'aurait avalé, et qu'il se serait avalé lui-même.
Leur tendre vénération envers le maître n'était pas si matérialiste qu'il leur fût nécessaire, pour le sentir présent, de croire qu'ils le buvaient et le mangeaient en chair et en os. Ils pensaient que les paroles de Jésus sont esprii et vie, à condition qu'on ne s'enchaîne pas à la lettre qui tue.
Cette sainte communion se terminait dans la joie cl dans les cantiques, en mémoire de l'hymne de louange a Dieu que chantèrent Jésus et ses disciples, avant de se rendre du cénacle à la montagne des Oliviers, et qui a fait dire à saint Jean Chrysostome, ainsi qu'à saint Augustin, qu'en cette circonstance Jésus chanta une hymne pour apprendre aux chrétiens à en faire autant. « Alléluia ! Serviteurs de rElernel; louez le nom de rElernel! Béni soit le nom de l'Eternel, maintenant et à jamais! Du lever du soleil à son coucher, loué soit TEternel ! »
.Plus saisissante encore était la Cène, quand lapersécu-
ïftS l.i; DOIJMATISMK CATHOLIQUE
lion obligea de la faire dans les catacombes, à cclk' heure la plus mystérieuse des lénèbres qui succède à minuit et précède le lever du soleil. Avec quelle ferveur les chrétiens persécutés commémoraient la mort de celui qui avait tant aimé les hommes ses frères, et qui leur avait appris que la plus grande preuve d'amour c'est de donner sa vie ! Avec quel courage ils se promettaient que, tout comme plusieurs grains de blé et plusieurs grappes de raisin ne font qu'un pain et un breuvage, ils demeureraient unifiés avec le Christ et les uns avec les autres, quelles que fussent les menaces, quels que fussent les tourments ! En espérance contre l'espérance 1
l'église APOSTOLlyUE FIDÈLE AUX VIKUX SACIIIKICES
Saint Marc, saint Mathieu et saint Luc nous représentent Jésus fidèle jusqu'au bout aux pratiques du Mosaïsme, et expliquent que ce dernier souper où il institua l'eucharistie fut consacré à la célébration de lai'âque juive. Les disciples, d'après l'ordre formel de Jésus, avaient pris soin de se procurer, selon les rites d'Israël, un agneau d'un an et sans laclie, qui fut immolé au temple [)ar les prêtres et dont le sang fut répandu sur l'autel des holocaustes. Cet agneau est la victime que Jésus mangea le soir avec les douze, en niiîme temps que du pain sans levain, pour faire religieusement sa Pàque, qui, comme il en fit mélancoliquement la remarque, devait ètie la dernière.
Lé collège des apâtres, elles disciples qu'ils formèrent, ne firent donc que se conformer à l'exemple de Jésus eu demeurant allacliés, après sa mort, aux observances judaïques, en fréquentant la synagogue et en allant tous
LA FIN DES SACRIFICES D'APRÈS L'ÉPiTRK AUX HEBREUX 2r>3
les jours au Temple soit pour y prier, soil pour y offrir des sacrifices : coutume où leurs continuateurs persévérèrent jusqu'à la destruction de Jérusalem par l'empereur Adrien, Tan 136. *
Mais, comme nous Tapprend le livre des AcleSy en
même temps qu'ils étaient quotidiennement assidus au
Temple et prenaient part aux cérémonies de la Loi, ils
célébraient dans des maisons particulières Infraction du
pain où, au lieu d'être mêlés aux Juifs non chrétiens,
j/s ne se trouvaient plus qu'en compagnie d'autres fidèles
^'u Christ, et festinaient tous ensemble avec amitié, allé-
g'i^esse et simplicité de cœur.
MJl fin des sacrifices d'après l'ÉPITRE aux HÉBREUX
rencontre des apôtres et des chrétiens de leur suite
1^ î prenaient toujours part aux sacrifices judaïques,
^^ï Kit Paul et ses disciples proclamèrent la fin des sacri-
fi^^s et. des sacerdoces. Dans leur christianisme il n'y a
i^ prêtre que Jésus-Christ résidant désormais près de
^i^u, et de sacrifice que celui de Jésus-Christ sur la
«^ï'oix.
Voici, en leur substance la plus sommaire, les enseigisements de TEpttre aux Hébreux.
Un prêtre est un homme choisi entre les hommes
pour offrir à Dieu les sacrifices de ses coreligionnaires
eu expiation de leurs péchés. Jésus ne s'est pas élevé
de lui-même à la dignité de grand prêtre ; il l'a reçue de
Dieu qui l'a mis en possession du sacerdoce éternel, et
qui veut qu'il se tienne non dans un sanctuaire terrestre^
mais dans un sanctuaire qui nest pas fait de main
d'homme, ...
-11.1 LI-. UOliMATISMi; CArFll)l.l(Ji;ii.
Au lieu qiiR les nulles punlifes. Icis ijue les porilifes juifs, soiiL ubli^'és d'oll'rtr tous les Jouiii des victimes, d'iiliord [luiir leurs propres péchés, puis pour ceux du peuple, Jésus s'est oITerl lui-mëmo une fois pour toules et est devenu par là le médiateur d'une alliance autrement fécunde que celle qui existait entre Israël et Jéhuvitli.
Les anciens sacriûces témoig'uent du sentiment qu'avaient les hommes qu'ils ne pouvaient éviter la mort éternelle qu'en subrogeant à leur place quelqu'un qui mourût pour eux. Mais la justice divine ne pouvait être satisfaite par l'elTusion du sangd'ôlres de mince prix. Ln vain |M'uccilait-on chaque jour à de nouveaux égorgeinents, l'immense quantité des victimes ne suppléait pas au manque d'une victime de dignité assez éminentu.
A [lailir du sacrilîce de Jésus, qui, elanl le sacrifice par/ait, doit demeurer unii/up. c'en est fait des œuvres mortes et du régime de l'ancienne loi.
Le sang des boucs et des taureaux ne faisait que purifier extérieurement ceux qui étaient souillés. L'obtation du Jésus a opéré lu sanctification intérieure et créé le royaume des saints par lu pleine rémission des péchés et le don de la grâce que doit accompagner notre renaissance dans une vie de Justice, de joie, d'amour et de paix. C'est dans les cœurs qu'il a imprimé sa loi.
Si ceux à qui s'est une fois découverte la lumière divine et qui ont goûté le don céleste delagr&ce, lonibeot il'un ai haut élat, il csl impossible qu'ils soient renouvelés f>ar la pénilencf.
Garduiis-nous donc de tout péché volontaire, une fois initiés à ta connaissance de la vérité chrétienne. // ne reste plus désormais de sacrifices pour les péchés ; mais une attente terrible du jugement. ^^^J
LA FIN Dl*:S SACRIFICES D'APRES L'EPITRE AUX HEBREUX 265
N'oublions pas que nous touchons à la fin des siècles et que nous n*avons pas ici de cité permanente. Excitonsnous mutuellement à la charité et aux bonnes œuvres. Que la foi, qui rend présent ce qu'on ne fait qu'espérer et visible ce qu'on ne voit point, nous prosterne devant le Dieu unique qui récompensera ceux qui le cherchent ! <juel fut le viatique des grands Hébreux dont parle l'Ancien Testament? La foi. Elle inspira les actes de leur vie et éclaira les visions de leur mort.
En même temps qu'il n'y a qu'un seul Dieu^ il ny a ^fu'un seul intermédiaire entre Dieu et les hommes^ ^^tamme qui est Jésus-Christ. (Voir la première épître à 'ioaolhée.)
Elevons nos pensées vers ce médiateur de la nouvelle ^'I tance, auteur et consommateur de la foi, qui, n'en-
n^^eant que la joie qui lui était réservée, a souffert la ^''c^ix, a méprisé Tignominie et demeure assis à la droite J^ trône de Dieu.
C*est la victime toujours présente pour îious devant '^ face de Dieu; c'est le prêtre qui, détenteur d'un ^(^t^erdoce non transmissible, est toujours vivant pour '^'^ercéder en notre faveur. Par lui présentons sans cesse ^ t^ieu une oblation de louanges et de vertus! C'est par '^5 cblaiions de cette sorte qu'on se rend Dieu favorable.
Soit qu'on l'attribue à saint Paul avec saint Jérôme et ^^9 coQciles, soit qu'on l'attribue à Apollos avec Luther, ^oit qu'on l'attribue encore à saint Barnabe, le compagnon de Paul, VÉpitre aux Hébreux demeure un des Principaux livres canoniques du Nouveau Testament. Or ^%itre aux Hébreux est la plus nette condamnation du ^^crifice catholique et l'éclatant commentaire de ces fiers
266 LK nOUMATISME CATHOLiyCK
propos des premicrH apologistes i|iii réponJaient anx païens qu'eu elTet les chrétiens n'avaient ni autels, ni saci-ilices, vu qu'ils avaient inauguré dans le muiide l'adoration en esprit et en vérité.
i.H SACU1F1CE CiTUOLlUCE
Avec (les églises sans hiérareliie tii sacrlllces, telle! que les instituaient Paul, Apollos, Barnabe, Tiinolhée. Tite, Sîlvain, émules ou disciples de Paul, avec une religion allant à Dieu directement a. travers le Christ, le sacerdoce, c'esl-à-dire, selon l'élyjnologie latine, le ininis/ère des sacrificateurs en possession du privilège d'offrir des victimes à la divinité, n'avait aucune raison d'être.
Les pasteurs des communautés chrétiennes en vinrent à ne pas s'accommoder d'attributions aussi restreintes que celles de l'immersion baptismale, de l'imposition des mains, de la prédication et des prières. Il était besoin d'un sacrilice dont le monopole leur appartint, pour que fût renouée la chaîne sacerdotale. Un rite d'importance souveraine, reconnu irréalisable sans le prêtre, devait rendre sensible la nécessité du prêtre, et lui conférer, avec une prérogative précieuse, une suprême autorité.
Puis, le moyen ite retenir dans une religion, u'admetlanl aucune sorte de sacriQce, ces juifs et ces païens convertis qui avaient appartenu à des religions dont te sacrifice était l'essentiel'? Grandissons le rite du sacriQce, peosa-t-on; mais ne le supprimons pas. 11 ne sera plus sanglant ; mais il sera. Nous devons avant tout assurer la vitalité de la religion nouvelle en remplaçant par quelque chose d'équivalent ce que niius déU'uisua».^