‹ La pensée chrétienne des Évangiles à l'Imitation de Jésus ChristChapitre 12 sur 244 · OES SYMBOLES · texte numérisé non relu

OES SYMBOLES

Tout d'abord les Kabbalistes, voulant s'appuyer sur les livres sacrés du judaïsme pour enseigner ce que ces livres n'enseignent pas, allèguent la nécessité de les con- | sidérer comme une suite de symboles. « .Malheur à l'homme, disent-ils, qui ne voit dans la loi que de simples récits et des paroles ordinaires ! A ce compte nous pourrions aujourd'hui niÈme composer une loi bien autrement admirable. Mais il n'en est pas ainsi. Chaque mot de la loi renferme un sens élevé et un mystère sublime. ' N'imitons pas ces insensésqui prenncntle vètementpour |] lecorpset ne songent pas même â l'âme. 11 y a d'abord r&me ■' de la loi ; puis, il y a des commandements qu'on pour- '

USAGE ET ABUS DES SYMBOLES i5

rait appeler le corps de la loi ; enfin, il y a des récits qui sont comme le vêtement dont ce corps est recouvert. Les simples ne prennent garde qu'au vêtement ; les hommes plus éclairés ne font pas attention au vêtement mais au corps qu'il enveloppe ; les sages, les serviteurs du Roi suprême, ne sont occupés que de Tàme qui est la loi elle-même ; et dans les temps futurs ils seront préparés à contempler Tâme de cette âme qui respire dans la loi. » Ainsi, ni le fait historique, ni le précepte légal ne doivent être pris au pied de la lettre, et, au nom même de la piété, la libre interprétation peut s'étendre à tout.

Une fois pénétrés de cette pensée qu'il y a un mystère à démêler au fond de chaque phrase, de chaque mot, de chaque syllabe du livre de la loi, on se trouva engagé sur une voie où certainement toute vérité pouvait avoir accès mais qui menait aussi à toutes les extravagances. On no s'en fil pas faute. Les plus folles imaginations, les plus chimériques subtilités eurent cours parmi les initiés de la Kabbale.

A la façon des Persans leurs maîtres, ils se perdirent cil rêveries sur les démons, ministres du mal auxquels préside Fange de la mort, et sur les esprits saints, ministres du bien dont Dieu fait ses messagers : d'où les pratiques de la magie.

Us imaginèrent aussi que les constellations sont comme des lettres gravées dans le ciel sur lesquelles on peut lire l'avenir : d'où les pratiques de l'astrologie.

Enfin, ils firent consister le meilleur de la connaissance dans un entier ravissement de rame : d'où l'apologie de l'extase.

Bien plus : il considérèrent comme des révélations Mcrées de puériles combinaisons de mots, et poussèrent

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aux derniers excès TidolAlrie des formules cabalistiques. C'est ainsi qu'on s' abêtit à force de vouloir s'exalter par-dessus Thumaine sagesse.

Cela n'empêchera pas que, dans le moyen âge, les kabbalistes ne rendent de grands services à la philosophie et à la science. Aux ferrailleurs empêtrés dans le syllogisme, ils opposeront Tesprit d'intuition qui, à son plus haut degré, fait le génie; aux docteurs ennemis de toute invention ils opposeront les recherches de Talchimie qui prépare la chimie, les essais de Tempirisme qui prépare la médecine moderne, enfin l'esquisse d'un art de connaître d'après nos traits extérieurs les traits de nos âmes qui deviendra la physiognomonie.

LA THKOLOGIE KABBALISTR

Dans la doctrine des Kabbalistes, Moïse transfiguré parle comme Zoroastre ou Platon. Ainsi la création devient une série d'émanations successives; à l'opposition de Dieu et de la nature est substituée l'idée d'une substance unique qui produit tout en se développant elle-même; au monde visible est opposé le monde invisible; à côté de l'homme, milieu entre Dieu et le monde, sont conçues diflerentes hiérarchies de bons et de mauvais anges donnant lieu à une mythologie céleste et à une mythologie infernale; la science est re[)résentée comme une véritable réminiscence ; la préexistence des âmes et la nécessité de transmigrations rédemptrices et purificatrices est affirmée ; enfin est proclamée la sanctification finale de tgus les êtres définitivement réunis dans l'unité d'où ils sont sortis.

LA THtOLOGŒ KABBALISTE 2

Dèslorigine, Dieu, la Lumière primitive, remplissait tout Je soa immensité. 11 s*est spontanément amoindri pour tirer tous les êtres d'un résidu de son être propre. Au fond, rien ne vient de rien, rien ne va à rien. Ni création, ni annihilation absolue. Lorsqu'on affirme que les choses ont été tirées du néant, on ne veut pas parler du néant proprement dit; car jamais un être ne peut venir (lu non-ètre. Le néant, c'est le possible antérieur à l'univers. L'univers est une bénédiction de Dieu.

De même que rien ne se crée, rien ne se perd, pas même la vapeur qui sort de notre bouche ; rien ne tombe dans le vide, pas même les paroles deThomme : chaque chose a sa place et sa destination.

Tout ce qui se manifeste à nos sens ayant préexisté dans l'entendement divin, il s'ensuit qu'il faut distinguer deux mondes, le monde sensible et le monde intelligible, luQ inférieur, l'autre supérieur. Le monde inférieur a été fait à la ressemblance du monde supérieur dont les formes ont ici-bas leur image, et au fond les deux mondes . ne sont qu'une seule chose. Entre le ciel et la terre il y a un commerce continuel; la vie est puisée en même temps deii haut et d'en bas; la source universelle se renouvelle sans cesse; c'est une mer toujours remplie qui distribue ses eaux en tout lieu.

La même unité qui relie le monde inférieur et le

inonde supérieur relie ces deux mondes et Dieu. Dieu,

1 intelligence de Dieu et les objets auxquels l'intelli-

gence de Dieu s'applique, sont une seule et même

chose. Le créateur est tout à la fois la connaissance, ce

qui connaît et ce qui est connu. En elïel, sa manière de

ronnaîlre ne consiste pas à appliquer sa pensée à des

choses qui sont hors de lui; c'est en se connaissant lui-

même qu'il connaît tout ce qui est. Rien n'existe qui ne soit uni à lui et qu'il ne trouve dans sa propre substance. Il est le type de tout être, et toutes choses existent en lui sous leur forme la plus pure et la plus accomplie. La perfection des créatures lient précisément à Tinlimit^ de leur union avec la source de leur être. Elles déclinent à mesure qu'elles s'en éloignent.

Mais, aussi déchue qu'elle soit, aucune créature ne perd son caractère divin. Tout ce qui existe est de nature spirituelle. Les manifestations de Dieu peuvent être représentées par des cercles concentriques dans lesquels la lumière divine, qui est le point central, rayonne et se circonscrit graduellement avec une clarté plus ou moins intense. Là où l'ombre commence, commence la matière. En elle Tesprit s'obscurcit; il ne s'évanouit pas. 11 est partout et en tout.

La Pensée est d'abord ignorée et renfermée en ellemême. Quand la Pensée commence à se répandre, elle arrive d'abord à ce degré où, n'étant plus renfermée eu elle-même, elle prend le nom d'Intelligence. L'Intelligence à son tour se développe, et il en sort une Voix qui réunit en elle tous les chœurs célestes. En réfléchissant à tous ces degrés, on voit que la Pensée, l'Intelligence, la Parole sont une seule chose, et que la Pensée est le principe de tout ce qui est.

De même qu'avant la création toutes les choses de ce monde étaient présentes à la pensée divine sous les formes qui leur sont propres, ainsi toutes les âmes humaines, avant de venir sur la terre, existaient devant Dieu sous la forme qu'elles ont conservée ici-bas, et tout ce qu'elles apprennent sur la terre elles le savaient avant d'y arriver.

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