M> Li: DOGMATISMK CA'J ilOLIQUl
sauce, il faut la placer, ainsi que la confinnalion, à ul^^ âge où les enfants, devenus capables de raisonner, aiea ^ pu être mûrement préparés ù l'initiation eucharistique -
N'imaginez pas que l'Eglise soit embarrassée pou^ expliquer cette nouvelle évolution, profitable à so influence. Elle se réclamera de la parole de saint Paul « Que chacun s'éprouve et ainsi mange de ce pain e boive de ce vin ! » N'est-il pas bien évident que celt parole condamne la communion des petits enfants? Comment s'éprouveraient-ils, eux en qui la conscience n'est pas encore éveillée?
Et voilà comme ce qu'on prescrivait hier, on le défend aujourd'hui, et toujours avec un appoint de formules sacrées, les unes disant oui, les autres disant non, selon les besoins du moment.
l'RVTlOlES SACRILKGES, JAfHS ORTHODOXKS
Qu'adviendrait-il aujourd'hui d'un catholique qui, agenouillé à la sainte table, prendrait dans sa main l'hostie consacrée que le prêtre met dans la bouche de chaque communiant?
Qu'adviendrait-il d'un catholique qui se procurerait des hosties consacrées, les déposerait dans une boîte ou dans un linge et s'estimerait autorisé à s'administrer luimême tous les matins Teucharislie ?
Qu'adviendrî^il-ild'un catholique qui, affligé de plaies, les frictionnerait avec l'hostie consacrée, ou qui, dans les occasions périlleuses, se la collerait au corps comme un porte-bonheur?
Qu'adviendrait-il d'un catholique qui enverrait de Paris à Pétersbourg à un de ses coreligionnaires des
liuslies Consacrées, sous prélexle tic communier avec lui?
Qu'ailvicntlruil-il d'un calholii|ue qui Jonnuiail à des enfants, pour qu'ils les mangenl, les liosLies restantes après la distriliulion faite aux communiants'?
Qu'adviendrait-il d'un catlioliquo qui luetlrail au feu 'les hosties consacrées (tour qu'elles y soient consumées ?
Quoi 1 En user ainsi avec Jésus-Clirist mùiue, avec Dieu en personne! On crierait à l'attentat, au crime; et si, au lieu de vivre au xx' siècle, nous vivions au SIX* si6c1e, sous la Restauration, au lendemain de la loi du sacrilège, ces profanateurs de t'euclianslie seraient /jM«(.ï '/(' mort.
Pourtant chacun d'eux n'aurait fait qu'accomplir co *:\ue l'Église a, je ne dis pas toléré, mais admis et approuvé pendant une longue série de siècles.
L'Eglise enseigne que le prêtre seul peut administrer l'eucliaristie ; or c'est le diacre, non le prêtre, qui portait le calice a la bouche des fidèles.
L'Église prescrit qu'un s'assuie que le vin qui sera consacré est absolumoul pur. Or le vin consacré êtail un mélange des diverses espèces de vins apportés par les fidèles.
Le pain consacré, dit également aux liliéralités des communiants, leur était livré entre les mains. D'où toutes
sortes d'abus. Tel faux chrétien, telle fausse chrétienne,
nme le rapporte l'hislorieu Sozomènc, feignait de oimuuier pour obéir ù ses proches, dissimulait le pain iDsacré aussilùt reçu et prenait en cachette à sa place il pain commun, Vers le v" siècle, le concile de Sarra-
208 LK nOr.MATISMt; CATriOLUJL'K
gosse et le concile de Tolède furent amenés à frajip^^r d'anathtrme les fidèles qui n'avalaient pas l'euchariâtie ^^l jouaient la comédie d'une communion à laquelle ils voi ilaient paraître parliciper, tout en n'y participant poiii I. L'eucharistie était portée aux malades, tanlùt p^^^iP des diacres, tantôt par des laïques et par des femme^^s- Au rapport de saint Denis d'Alexandrie et d'Eusèbe ^F^^ Césarée qui n'y trouvaient rien à reprendre, c'est par u^^>' petit garçon que le prêtre envoya reuctiarislie au sol -^'" taire Sérapion.
Ce sont sans doute les persécutions qui donnèrent tîe^'^'' à la coutume d'emporter chez soi l'eucharistie ; mais 1^^^' coutume se maintint longtemps après l'ige des martyr^^*'
C'est par le secret usage qui était fait du sacreniei^t^^ ainsi conservé â domicile que les théologiens ont oxpU -^■*" que le silence gardé sur la communion de nombreuse saints à leur mort. Ils constatent que c'est bien 1^^* même sacrement qu'on s'administrait au logis et qu'oïC" recevait à l'église.
Dans les deu\ livres qu'il adresse à sa femme, en guise^^^ de testament, pour lui recommander de ne pas se reraa— ""^ rier, Tertullien la dissuade surtout de devenir l'épouse d'un païen après avoir été l'épouse d'un prêtre du Glirisl; et une raison qu'il allègue, c'est les étranges suppositions que ferait son mari en s'apercevant que « chaque jour elle goùto quelque cliose en secret avant ses repas ••. En effet le pain trempé de vin avec lequel les chrétiens communiaient dans leur particulier passait pour être du pain trempé du sang d'un enfant immolé.
Comme le rapportent saint Basile et saint Cyrille en l'approuvant, les solitaires avaient l'habitude de faire à
PRATIQUAS SAGRILH:Gt:S, JADIS ORTIIODOXKS 299
Pâques leur provision d'espèces consacrées, pour pouvoir communier chaque jour de Tannée au désert où il n'y avait pas de prêtre.
Le moine Jean Moschus témoigne que cet usage se continuait au \\\^ siècle. Ses pieuses histoires nous parlent des approvisionnements de portions eucharistiques que faisaient les fldèles, chaque jeudi saint, dans les églises d'Orient, et qui leur servaient jusqu'au même jour de Tannée suivante.
Même au x® siècle, nous voyons une solitaire, sainte Théotiste, retirée dans Tîle de Crète, qui se fait apport-er dans une boîte les dons divins.
Saint Jérôme constate qu'à Rome les chrétiens, au lieu c3e s'astreindre à prendre Teucharistie à Téglise, la pressaient quotidiennement dans leurs maisons. On ne trou- "^ait point qu'il fût irrévérent de permettre aux fidèles <3'emporter chez eux le pain consacré dans des « paniers cJ'osier » et le vin consacré dans des « verres ».
Où apparaissent dans de telles pratiques et \^ présence réelle érigée en dogme et Vaderatioîi érigée en loi par l'Eglise du moyen âge ?
Au surplus, était-ce là vraiment communier ; et comment put-on faire dégénérer à ce point Tagape fraternelle établie par Jésus?
De tabernacles sacrés, pas question. C'est dans des coffrets qu'on serrait Teucharistie. Les dévots emportaient ces coffrets avec eux quand ils faisaient un voyage sur terre ou sur mer. L'oblation sainle leur était comme un talisman.
Saint Ambroise nous raconte que son frère Satyre, quoique étant simple catéchumène, se trouvait en pos-
aOO LE DOliMATISMi: GATI10LIQUI-:
session de l'eucharistie, habituellement réservée à ceux qui avaient reçu le baptême. Surpris par un naufrage, Satyre lia autour de son cou la précieuse amulette et se jeta bravement h la mer. Le missel ambroisien a fixé ce souvenir dans la messe de saint Satyre : « Après avoir mis le sacrement de Notre-Seigneur dans un linge, il se l'attacha au cou. Avec une telle protection, il ne craignit pas de s'abandonner aux flots écumeux, et il fut sauvé. »
Saint Grégoire de Nazianze nous dépeint sa sœur, sainte Gorgonie, affligée d'une maladie où les médecins n'entendaient rien. Son corps n'était qu'une plaie. « Elle se mit à oindre et frotter ses membres avec les espèces eucharistiques, en y mêlant ses larmes », et voilà que toute inflammation disparut; elle se trouva guérie.
Il est bien évident que ni saint Ambroise, ni saint Satyre, ni saint Grégoire, ni sainte Gorgonie, tout en attribuant les plus précieuses vertus à Teucharistie, ne la prenaient pas pour Dieu en personne, comme l'Église Ta enseigné depuis.
Les vieilles histoires ecclésiastiques nous montrent les chrétiens s'envoyant les uns aux autres l'eucharistie en signe de fraternité. Saint Irénée, par exemple, représente tel fidèle qui réside à Rome faisant parvenir les saintes espèces de la communion à un autre qui réside dans une ville d'Asie.
Certes je pense que ces chrétiens se faisaient une loi
f^e discerner le corps du Christ^ selon le mot de saint Paul,
3st-à-dire de respecter les sacrés symboles, et de ne
i manger l'eucharistie comme on mange une viande
nmune; mais à qui persuadera-t-on qu'ils prétenit se faire mutuellement cadeau de Jésus-Christ
LA ritAKbSLBSTANTIATIO.'S UISUAMNKK 301
■nème, subslilué dans toule sa réalité corporelle el spirituelle à la substance du pain et du vin?
Quoi ! c'était Jésus-Christ même qu'on donnait aux petits-enfants, quand on mettait à leur disposition les particules sacrées qui restaient de l'eucliaristie ?
En France, Grégoire de Tours nous représente les Itambins venant prendre eux-mêmes, "sur la table qui Servait d'autel, ces restes de la communion.
De petits infidèles se mêlaient aux petits chrétiens. Ëvagre raconte l'histoire souvent répétée d'un enfant juif qui, au vi' siècle, communia de cette sorte dans l'église de Constantinople. Son père furieux le jeta dans un four. Mais il paraît que le feu l'épargna.
Dans diverses églises, et notamment dans l'église de Jérusalem, si vénérée, si sainte, où afQuaienl les pèierÎDs, ou faisait mieux. Les restes eucharistiques étaient jetés au feu pour y être consumés.
Osez dire que les prôlres de ces églises croyaient Jésus-Christ réellement contenu dans chacune des saintes pdrticules dont ils faisaient un tas- destiné au bâcher. Osez dire qu'il était naturel qu'ils ne se fissent aucun scrupule de brûler vif Jésus-Christ, au lieu de se le réserver.
LA TRANSSUBSTANTIATION CONDAaNËE
Cooclurons-aous des pratiques si longtemps en vigueur dans l'Eglise, que tout le monde ne voyait qu'un pain et un vin ordinaires, purement lîguratifs, dans le pain et lo vin de l'eucliaristie ?
Nullement,
Lr; [JOL;.\lATls^
Il esL faux qu'a article de foi) que l'i de
iri'it (et
isl devenu dei
!-Die
puis I
, en loule l'inlégril * son être, se substiluAt à la subslance du pain et <)■
vin ; mais il est vrai qu'on croyait généralement, ave^^^ , plusieurs pèrea de l'Egliae, que, par l'action du Saint — -* Esprit, il s'opérait dans le pain et dans le vin une trans — **; formation leur donnant les vertus de la chair et diE^^^ sang de Jésus-Christ. Pour les sens rien n'était changé^ I mais il y avait un changement pour la foi. j
Ce qui engage dans les deux erreurs contraires, c'esV ^ tantâl l'emploi fait par les Pères de termes lels quV/H — *
blême, sii/ne, si/nifinle, induisant à voir dans le sacre '
ment une pure métaphore ; et tantôt l'usage d'exprès ■ —
sions mystiques, qui. prises dans un sens absolu, feraiei croire à la présence réelle.
Pour tout mettre au poinl, adressons-nous au maître des docteurs, au plus grand des pèrea de l'Eglise.
Saint Augustin ne s'écartait pas de la terminologie consacrée ; il admirait avec saint Jean Chrysostome U dignité des prêtres, >< dans les mains de qui le Verbe s'incarne comme dans le sein df la Vierge Marie » ; et. avec la plupart des Pf?res. il disait: « Le pain sanctiiié parla parole de Dieu est le corps de Jésus-Christ ; le vin sanctifié par la parole de Dieu est le sang de Jésus-Christ, n
Voulait-il dire qu'il y eût transformation de substance? Pas du tout. Il vous expliquera que c'est l'habitude, quand on parle d'un sacrement, de suhalituer au signe la chose signifiée : <t Si les sacrements, écrivait-il à Boniface, n'avaient pas quelque ressemblance avec les choses dont ils sont l'emblcine, ils ne seraient pas des sacrements. C'est précisément k cause de cette ressemblance qu'^Q,
llro^ I
LA TRANSSUBSTANTIATION GONDAMNEIC 303
leur donne le nom de la chose qu'ils représentent. » Et saint Augustin ajoute ces paroles dont on comprendra la portée : « Ainsi le sacrement du corps de Jésus-Christ est à certains égards le corps de Jésus-Christ; le sacrement du sang de Jésus-Christ est à certains égards le sang de Jésus-Christ. »
Dans son livre contre Adimante le manichéen, il est encore plus explicite; car il y fait cette constatation décisive : « Lorsqu'il donnait le signe de son corps ^ Jésus-Christ n'a pas hésité à dire : (c Ceci est mon ce corps. »
Saint Augustin n'entend donc point qu'on prenne à la lettre ces mots : « Ceci est mon corps » ; pas plus que rious ne prenons à la lettre les paroles de Jésus quand il dit à la Samaritaine : « Celui qui croit en moi n'aura plus jamais soif, et Teau que je lui donnerai deviendra ^n lui une source d'eau jaillissante pour la vie éterïielle. »
Il appelle le pain consacré la figure du corps du Christ,
^l le vin consacré la figure du sang du Christ. D'un
^Oté il montre les présents eucharistiques modifiés par
^ tie sorte d'irradiation du Verbe, et il déclare que leur
Vertu existe pour un Judas comme pour les autres
apôtres; mais d'un autre côté, c'est principalement dans
l'état intérieur des communiants qu'il place l'efficacité
de l'œuvre sacramentelle. 11 voit s'opérer entre les
fidèles une étroite union en Jésus-Christ. « Ils ne sont
plus qu'un seul corps dont Jésus-Christ est la tète. »
k ses yeux, être baptisé et communier ne sont que deux manières distinctes de participer à la chair et au saDg du Christ. Une de ses homélies, adressée aux
304 LE DOGMATISMK CATHOLIQUE
nouveaux baptisés, qui communiaient sitôl le baptême reçu, met en pleine lumière le symbolisme de sa doctrine. Il y montre les nouveaux chrétiens, « pétris en quelque sorte par Teau baptismale et cuits par le fe^ du Saint-Esprit », devenant « un seul pain et un seo\ corps, le corps de Jésus-Christ ». Il ajoute que, dans ^^ sacrement de Teucharistie, « ils reçoivent ce qu'ils sont ^'• Sur quoi saint Fulgence, TAugustin du vi* siècle, fait ^^ commentaire, que quiconque reçoit le baptême, se tro^^' vant fait membre de Jésus-Christ par cette incorporatic:^^ à Tunité chrétienne, « se trouve être déjà ce que Te charislie signifie ».
Finissons par le témoignage d'un pape. Dans ses écri contre les deux hérétiques Eutychès et Nesloriiis, l pape saint Gélase exalte Teucharistie qui nous fait pa ticipants du Verbe ; il voit en elle une vertu divine mais en même temps il précise qu'il n'y a aucun chan fjement de substance ou de nature ni dans le pain n dans le vin.
Je cite ici sa formule latine parce qu'elle est un négation catégorique de la transsubstantiation : c( Tame non desinit esse substantia vel natura panis et vini. »
LA TKANSSLUSTAMIATION TlUOMPirANTE
Au moyen âge il y eut beaucoup de ces hommes qui, selon une pensée Je saint Fulgence, se plaisent à exagérer le mystère dont la vérité est enveloppée, au lieu de dégager la vérité qui est enfermée dans le mystère.
Le pieux Paschal Radberl, abbé de Corbie, fut un de
LA TRANSSUBSTANTIATION TRIOMPIIANTI-: 305
ces hommes. Dans un livre célèbre sur le Sacrement du corps et du sang de Notre-Seigneur^ écrit vers le milieu du IX* siècle, il enseigna qu'à partir de la consécration il n'y a plus sur Tautel d'autre substance que Jésus- Christ môme qui est là réellement en corps et en âme et qu'il faut adorer. En même temps, il raconta toute sorte de prodiges attribués à Teucharistie. Sa doctrine et ses récits mirent en effervescence beaucoup d'imaginations. La doctrine de saint Radbert fut^combattue, dès le I3C* siècle, par un moine de son abbaye, Ratramne, avec 1 ^ approbation de Charles le Chauve, et par l'illustre tî^vêque de Mayence, Raban-Maur, qui, avec la majorité d ^ ses contemporains, continuait à ne voir dans le pain ^ t: dans le vin que des symboles sacrés. Les disputes se ^^*^ iiltiplièrent. Radbert eut son parti de plus en plus S'ï^ossi. Au xi* siècle, Adelman, évêque de Brescia, et *^— ^nfranc, le grand archevêque de Cantorbéry, soutinrent ^ thèse de Radbert contre le fameux archidiacre de " ^urs, Bérenger, qui signalait les impossibilités de la F^^ésence réelle et affirmait une présence sacramentelle, ï^^rement figurative.
L'histoire nous montre Bérenger successivement con-
^^mné par plusieurs conciles, et amené à se condamner
^^î-même. A deux reprises il renie sa foi; puis revient
^Ur ses dires; puis a peur et renie encore. On lui fait
ligner des formules où il maudit l'opinion fausse et
Aaranable qu'il a avancée ; où il reconnaît qu'après la
consécration, le pain et le vin sont devenus le corps et
^^ sang de Dieu; où il proclame que, dans la sainte
Cène, c'est bien le corps du Christ qui est « matérielle-
nient touché par les mains du prêtre^ brisé et broyé par
*« dents des communiants. »
Fabrc. — Pensée chrétienne. 20
Voilà, direz- vous, un singulier mélange de Ihéophag'^® et d'anthropophagie !
Saint Radbert et saint Thomas semblent l'avoir senâ- ^*' car ils disent Tun et l'autre que, si les apparences se ^' sibles du pain et du vin persistent, si le Christ se dis^^^' mule à nos sens, c'est parce qu'il nous répugnerait manger et de boire une chair et un sang qui seraie^^^ visiblement de la chair humaine, du sang humain, ^ qu'une telle pratique, étalée à la vue du mond rendrait les fidèles odieux aux gens qui ne sont p chrétiens.
Le sacrement n'opère que lorsque la inanducation e tout à fait réelle. Qui laisserait l'hostie fondre total ment dans sa bouche, sans qu'il en entrât rien dan l'estomac, n'aurait pas communié.
Au surplus, peu importe la quantité de ce qu'on avale Les théologiens scolasliques décident que, sous chaqu parcelle du pain et sous chaque goulte du vin, son également enfermés toute la chair et tout le sang d^^ Jésus-Christ, ainsi que toute sa divinité.
On comprend dès lors la suppression de la coupe poui^ les fidèles. Quoi! L'Église tolérerait que ces hommes qui portent barbe et moustache continuent à en plonger les extrémités dans le calice quand ils y boivent! Elle tolérerait qu'ils retiennent ainsi sur leurs poils des gouttes de vin, maintenant qu'elle professe que ce^ gouttes de vin ne sont qu'apparentes et que chaque goutte est la chair de Dieu, le sang de Dieu, Dieu luimême ! Cela ne se pouvait.
Que si cette pratique avec tous ses inconvénients avait été perpétuée pendant les siècles précédents, c'est
^^^^^ LA THASSSL'BSTANTIATION TillOMl'IlANÏlî 3U7 ■
visiblement que, [lendanL les siècles précédents, d'autres idées avaient prévalu dans l'Eglise.
La rupture de la tradition était le désaveu de l'Église <)u passé par l'Église du moyen âge, et, pour qui va au fond des choses, la condamnation de l'Eglise elle-même.
Mais le moyen de faire aulrenienl? Il Fallait ou sacrifier la Iranssubstantiation, ou abandonner un rite profanatoire qui en était la négation manifeste.
On eut d'abord recours à un expédient, l'emploi de chalumeaux. Au lieu de boire à même le calice, les «communiants humèrent le liquide consacré. Mats toujours aux chalumeaux adhérait quelque goutte de vin, «*est-à-dire Dieu même.
Il ne restait qu'un parti efticace, réserver au seul célébrant la communion du vin. et, malgré les paroles expresses de Jésus, la supprimer aux lidèles, admis «lepuis l'origine à y participer. Ainsi fut-il procédé; et le concile de Trente, à la suite du concile de tjonslance, fit de cette innovation une loi de l'Eglise.
En mi'^me temps que la suppression de la communion sous les deux espèces, c'est du moyen âge que datent les extrêmes précautions prises pour préserver Je tout accident les espèces .eucharistiques.
Les pères de l'Eglise disaient que laisser tomber des jturticules eucharistiques, c'était laisser tomber de l'or «et (les pierreries; que les laisser perdre, c'était laisser perdre la semence de vie, et qu'il convenait plutôt de s'en frotter les yeux, ou toute autre partie du corps. 1
Leur langage marquait la vénération, non l'adora- J
^VMais maintenant c'est une autre alTaire. La moindre fl
négligence est une profanation, un sacrilège. D'o^ ^ tant de recommandations que tout le monde connaît*-
Ce n'est plus debout comme autrefois, c'est à genou ^ et les yeux baissés qu'on communie. Il faut tenir la tel — ^ ferme, crainte d'accident, et avancer la langue sur le ^^^ lèvres avec précaution pour recevoir la sainte hostie. S=ae==^^ rhostie s'attache au palais, il faut la détacher seulemen -^^^ avec la langue sans y porter les doigts. S'il arrive qu^ ^^ quelque particule adhère aux Ikvres, il faut avec rêvé — ^^' rence l'attirer dans sa bouche, en se gardant toujours ^^'^ d'y employer la main.
De la même époque date le grand mouvement d^^ -^ l'adoration du saint sacrement.
Ce Jésus qui n'a jamais demandé l'adoration qu< pour Dieu son père et notre père ; ce Jésus à qui, pendant toute sa vie, ses disciples ont témoigné une tendre^^^^^^ vénération, sans jamais l'adorer; ce Jésus dont, après -^^^"^ sa mort, Pierre et Paul eux-mêmes, qui le déclaraient '^ ressuscité et qui le proclamaient le médiateur entre les hommes et Dieu, parlaient comme d'un homme privilégié entre tous, mais enfin comme d'un homme, le voici adoré dans sa divinité qu'on loge sous des particules de pain et de vin !
N'aurait-on pas mieux fait de ne point attribuer à Jésus ce titre de Dieu auquel il n'a jamais prétendu, et de respecter davantage sa grande institution du souper eucharistique, si complètement dénaturée?
LA FhVrR DU SAINT SACREMENT
Au xni' siècle, il y avait à Liège une recluse, du nom de Julienne, qui a en quelque sorte préparé Marie Ala-
LA FKTK UL* SAINT SACBKMKNT aon
coque, (le mémo (jue Tadoralioii de l'euciiai-ÎKlie a préyaré l'ailoration du Sacré Cœur.
Celte voyante raconta ()u'elle avait aperçu un Irou dans le beau disque de la lune, et que la Sainte Vierge lui avait expliqué que ce trou sigiiiliait qu'il manquait à l'Eglise une fêle, la Tète du saint sacrement.
D'autres visions de religieuses vinrent appuyer les dires de sœur Julienne. Des moines lirent écho. Selon la règle, on parla do miracles. Aux porles de Rome, à Bolensa, disait-on, un prôlre qui, en célébrant la messe, Vêtait laissé aller à un doute sur la transsulistantiation, avait été aussitôt inondé de gouttes de sang !
La fiMe fut instituée en 12(i4 par le pape Urbain IV, et saint Thomas d'Aquin en composa l'office.
A la suite, on établît la procession du saint sacrement "ti de h Fête-Dieu, célébration publique des conquêtes ''« l'orthodoxie sur l'iiérésic et adoration publique de ' eiK^linristie.
4je Jour-là, au son des cloches lancées à toute volée, '^ prêtre sort Dieu du tabernacle, et le porte victorieu- **^iin;[it par les villes ou les villages. Les rues sont jon- "^■lées de feuilles et de Heurs ; les maisons sont ornées '' ^ tentures et de festons ; les places sont décorées d'arcs ^ Iriompho. Sur toute la route la piété des croyants * dressé de loin en loin des autels, tantôt rustiques, '^■«ilôt somptueux. «le sont autant de reposoirs. où s'arrè- '^ ra Dieu, avec toute la pompe qui l'environne, pour ""ï-re plus particulièrement adoré.
El les prêtres, vêtus de splendidcs chasubles, entou- *'*i nt le riais, sous lequel, simple pain en apparence, trône ^ Divinité, réellement et aubstantiellement présente liiB l'oslensoir d'or qui resplendit comme un soleil.
alO LL D(HiM\TISMK CATUOLKJUB
Devant elle îles enfants sèment les roses et les lis: devant elle des lévites balancent les encensoirs au suave parfum.
Rois et reines, princes et princesses, chevaliers et châtelaines, moines et soldats, magistrats et clercs, dames cl demoiselles, bourgeois et manants, les premiers ie la Cour et les derniers du peuple, tout le corps des fiJèles est là, afOrmant sa foi et faisant cortège au roi du cîel.
Que d'insignes et de bannières ! Qic de chants et de prières !
Quand, aux reposoira, le pontife, qui lient Dieu en sa main, le présente à ces foules agenouillées, il se fait un grand silence dont la majesté parle aux ànies encore plus haut que les accords de toutes les voix réunies.
Beau spectacle certes 1 Mais, en même temps, on édiclail des proscriptions, on organisait des tuerie?, on dressait des bûchers contre ceux qui n'adhéraient pus au dogme reçu.
On appelait la Fête-Dieu lu fêle des victoires do l'unité calliolique; on s'imaginait arrêter les audaces naissantes de la libre recherche; on ne voyait pas que l'œuvre des sacerdoces, aussi savante soil-elle, ne saurait tenir devant les progrès certains de la raison humaine.
Le triomphe de la transsubstantiation était le Irioniphc du prèlre, dont la parole opère journellement cet iciimense miracle, auquel aucun autre ne peut être comparé.
Voici le prèlre proclamé en possession d'un pouvoir plus grand que celui de remettre ou de retenir les péchés;
Li: POUVOIR DU phethl: 311
car il est participant de la puissance divine, par cela même (\u il produit dans le temps le mente Verbe que le Père a engendré de toute éternité ; il est participant de la fécondité de Marie, par cela même que, sous des espèces sensibles, il donne à Dieu un nouvel être.
Entendez le langage de deux illustres contemporains de ce brillant concile de Latran, où le glorieux pape Innocent III, assisté de trois patriarches, de soixante* onze archevêques, de quatre cent douze évêques, de Iiuit cents abbés et prieurs, décréta le dogme de la t^ranssubstantiation :
Saint François d'Assise dit : « Si la bienheureuse "Vierge Marie est justement vénérée pour avoir porté «Jésus dans son sein, si le sépulcre ou il reposa trois jours est honoré d'un si grand culte, oh ! combien est donc grande la sainteté et la dignité du prêtre qui touche de ^es mains, qui reçoit dans sa bouche, qui distribue aux autres Jésus vivant, celui dont la vue réjouit les anges! » A son tour Tauteur du quatrième livre de limitation, consacré tout entier à Teucharistie, déclare que même le plus pur des anges, même le plus grand des saints, saint Jean-Baptiste, ne serait digne de toucher le saint sacrement; il remarque qu'il n'y a que les prêtres qui aient le pouvoir de célébrer le sacrifice de la messe et de consacrer le corps de Dieu, et il s'écrie : « Combien grande est la dignité des prêtres dotés d'un pouvoir qui n'a pas été accordé aux anges ! Le prêtre, revêtu des ornements sacerdotaux, tient la place du Christ. »
Et, pour se mettre d'accord avec saint Paul, les théologiens décident qu'aussi nombreux que soient les prêtres formant la hiérarchie sacerdotale, ils ne sont, dans l'exercice de leurs fonctions, qu'un seul prêtre, Jésus-Christ,
3li 1-i: DOGMATISME CATHOLI(,ll!i:
le prciie sans tacbe, le prèlre universel, \ éternel.
|.r6tr
Après les paroles de François d'Assise el de l'auleur du quatrième livre de rimitalion, on comprend qu'il soîl demande aux prêtres de vivre de la vie des anges et cîe refléter on eux la sainteté de Dieu ; ou s'explique l*s exigences de l'abLé de saini Cyran, quand il dit qu'un prèlre, étaiil plus t/ii'un ange, doit le montrer par &"îs vertus, el ajoute que « c'est à peine si on peut trou^^cr un bon prêtre sur dix mille » ; on approuve enfin c« tla plainte de Pascal : '< Est fait prètro qui veut l'êl k'C' C'est une cliose horrible qu'on nous propose la dis-*'pline de l'Église d'aujourd'liui pour tellement bot:» oe , qu'on fait un crime de la vouloir changer. Autrefois c? I'^^ . était bonne iuruilliblenienl, et on trouve qu'on a pa '» changer sans péclié; el maintenant, telle qu'elle est, *>» j ne la pourra souhaiter changée ! Il a bien été permis J^ changer la coutume de ne faire des prêtres qu'avec lar" * de circonspection qu'il n'y en avait presque poiot qui n'e^ -* , fussent dignes; el il ne sera pas permis de se plaindre d^^j la coutume qui en l'ail tant d'indignes! "
Que de chemin parcouru, depuis ce temps oii les communautés chrétiennes, calquées sur la synagogue, avaient à leur tôle non pas des pn'lirs, mais un corps essentiellement laïque composé des niicirnx ou fircshi/tref, choisis parmi les premiers convertis, en qui on voyait les « prémices de l'Eglise u!
Distributeur de Dieu par le sainl sacrement, distributeur de la grâce par les autres sacrements, distributeur de la vérité par la prédication, justicier des consciences
a: WHMli W. LA TlUNSSUltSTANiUTIn.N .tU
«r la Konfession, ajoutant au pouvoir législatif, d'où "ésultent les commandements de l'Kglise, le pouvoir Kcoercitif inhérent à l'alisoluLion qu'il accorde ou refuse, dépositaire enfin des foudres de l'excommunication jadis si redoutables, le prèlre s'est de plus en plus opposé au laïque et s'est arrogé la souveraineté dans le domaine des âmes, destituées de l'autonomie chrétienne qu'avait
Irvoulue Jésus.
' Mais que résulle-t-il de toute celle magie des sept ■acrements? Que résulte-t-il de cette perpétuelle interposition du sacerdoce entre les âmes et Dieu? C'est qu'au délrimenl de la pure adoration en esprit et en vérité, on ne fait qu'osciller entre la superstition et l'athéisme. Ici des hommes préparés à tout croire; là des hommes (]Di ne croient à rien.