‹ La pensée chrétienne des Évangiles à l'Imitation de Jésus ChristChapitre 114 sur 244 · I.K imiillE IIP. l.A TriANSSlUSTAMIATld · texte numérisé non relu

I.K imiillE IIP. l.A TriANSSlUSTAMIATld

^De par les rlécrets du concile de Trente, est anathëme Uiconque refuse à l'hostie le culte dii au vrai Dieu ; Est anathème quiconque nie la transsubstantiation et " *^ommet le crime, l'attentat horrible d'oser détourner ' \in sens métaphorique les paroles de Jésus instituant ■^eucharistie »;

BP Est anathème quiconque ne croit pus que « Jésus-Christ *^l tout entier sous l'espèce du pain et sous la moindre r*^ rtie de cette espèce, comme aussi sous l'espèce du vin **■ sous toutes ses parties ■> ■

Est anathème quiconque dit que, dans l'eucharistie. P'ésus n'est mangé que spirituellement et non réellement.

Le simple fidèle ne friit ipie manger Dieu; le pn'^tre

314 liî: dogmatisml: gatiioliqui:

le mange et le boit; mais l'un ne reçoit pas plus que Tautre, et chacun reçoit Dieu tout entier.

Aussi minime que soit la portion de pain ou de vin avalée par chacun, un même corps est donné à tous avecla personnalité complète de Dieu. Dans son corps on m^ son san^; dans son sang on a son corps: dans l'un et^ dans Tautrc on a son âme et sa divinité.

D'une hostie qui est Jésus-Christ, le prêtre peut faire^ pour une quantité indéfinie de communiants, une quantité indéfinie d'hosties dont chacune sera également- JésuS'Chvhij /w?nfne parfait et Diet( parfait^ loutcomm^nous pouvons casser un miroir en plusieurs morceaux^ dont chacun réfléchira le même visage que reflétait \er miroir tout enlier.

De môme que, s'il reçoit un vingtième d'hostie, il ne^ reçoit pas moins qu'en une entière, le communiant qui recevrait vingt hosties ne recevrait pas plus qu'en une seule.

Sous la parcelle consacrée qu'il mange, chacun des communiants mange intégralement Jésus-Christ; et pourtant Jésus-Christ demeure en soi unique, entier, inaltérable.

Jésus-Christ est corporellement, avec la plénitude de son humanité et de sa divinité, sur chaque autel et dans le corps de chaque communiant, en même temps qu'il demeure toujours à la droite de Dieu son père, (ju'il ne quittera qu'à la lin du monde pour juger les vivants et les morts.

Voilà le dogme qui a été élaboré dans les ténèbres du moyen âge, qui a été consacré par les conciles, et qui est imposé comme article de foi par l'Eglise romaine.

« 0 merveille iaelTable! s'écrie saint Thomas.

LIDOLATHIK EUCHARISTIQUE 315

L'homme, humble et pauvre esclave, mange le Seigneur

son Dieu! »

Cicéron avait dit : « La superstition est à bout d'insanités. Il ne reste plus aux hommes qu'à manger le Dieu qu'ils adorent. »

b'mOLATRIE RUGHARISTIQUE

Si quelqu'un s'étonne qu'un admirateur du souper ucharistique, institué par Jésus et célébré par les preiers chrétiens, traite d'idolâtrie le dogme fondamental ^ Biventé au moyen âge par TEglise catholique, je veux ^ mii dire que moi aussi, tout enfant, j'ai adhéré à ce ogme, et que, quand la raison se mit à me parler plus ort que la coutume, je lus avec ardeur tout ce qui aurait u raffermir ma foi chancelante. Je.disputai ma croyance ^^ontre le doute, comme on dispute sa vie contre un "péril de mort.

Pouvais-je oublier tant de croyants qui ont tressailli de vénération et de joie lorsqu'ils s'imaginaient recevoir dans leur bouche le corps même de Dieu? Ne savais-je pas, par d'inoubliables exemples, quelles hautes vertus se sont alimentées à la sainte table?

Dans les rites les plus étranges où le pur sentiment religieux a mêlé son arôme, il y a quelque chose qui commande le respect, tout en laissant libre le droit d'examen fait pour demeurer intangible.

Il fut un temps où des millions d'âmes, pleines d'amour et de foi, vivaient du pain eucharistique. Si ces temps duraient encore, ma plume eût hésité peut-être. Mais ces temps ne sont plus.

jNous sommes environnés de catholiques, qui, tout en

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s'abstuniiiitilc coinrnuiiier, s'imposent rouliniérement «le père en fils la première commuuion, à la fois la [>'' miëre et la dernière. Un grand vent d'émancipalioci^s soufflé sur les intelligences, alTranchies enfin de l"oppr«E! sion inquisitoriale, contemporaine du dogme delà IraK^s subslanliation. Toute cette magie des vieux rites sac»^menteis a fondu au soleil de la pensée. S'accommode' des vieilles idules, ce n'est pas empêclier le vide fait da"* les âmes; c'est retarder le jour où ce vide sera combla par une religion réconciliant la raison et la foi, et faisan* sa part à l'incompréhensible sans codifier l'absurde.

L'ironique silence dont on a l'Iiabitude est plus pf***' dent peut-être; mais à coupsiïr il est moins respectue*J^ que la franche critique, qui, elle du moins, n'est i»^* faite de dédain ni de mépris.

C'était bien la peine de traiter d'idol&tres un Epicl^ **' et un Marc-Aurèle, ces saints du paganisme qui eus*? *' g'naienl que l'homme ne doit Jamais souiller par ses pe** * sées ni par ses actes Dieu, ri<]spril universel, parloi' présent et hiMe perpétuel de nosànies! L'itlgltsc ordonn^^ de croire, sous |ieine des tourments éternels de l'enfer, qu'à la parole du prêtre, une pâte faite de froment devietil Dieu ; un Dieu qu'on expose corporellenient sur l'autel h l'adoration des fidj;les, un Dieu qu'on otl're corporellenient comme victime, un Dieu qu'on mange corporellement comme nourriture.

Il est bien vrai que la blancheur, la rondeur et le goût du pain demeurent; que si ce pain avait été empoisonné, il vous empoisonnerait, et que. comme tout aliment, il produira des déjections. N'empêche. Vous êtes teuus de penser que ce pain, qui garde pour vos sens

^^^^^ 1,'inOLATRIK CL'CIIARISTHIUI';

LouLes ses inodalUés antérieures, estilc faitan^anlî el t]u'h sa place se Irouve le corps de Jésus-Chrisl « Ici qu'il é lail sur la terre lors île son dernier repas avec ses disciples u, le môme corps qui fut supplicié sur la croix.

De même qu'en nous voyant dans une glace nou^i jugeons à l'eucontre des apparences qu'il est faux que nous soyons derrière la glace et que derrière la glace il y B un mur. on doit se dire qu'il est Faux (|u'il y ail là une pâle cuile el qu'en réalité il y a une têle, une poitrine, •ics liras, des jambes, tout un corps vivant, le corps de ■^îeu, et puis une àme et Dieu môme.

Imaginez que des animaux mangent îles husiies consacrées, ces animau.Y auront mangé Dieu. La question '''l soulevée, au xui' siècle, par le docteur Alexandre ^•^lès, à propos d'une souris. La souris reçoit Je; ^hpiat, disait Ilalès. Non, répondait saint Honavenlure. lUela chose scandalisait. Klle le reçoit, prononça saint ' nomas d'Aquin. L'opinion de saint Tliomas fait loi.

t)ieu mangé par une souris, voilà où on arrive! Les ^'^éologiens qui avilissent ainsi la divinité ne feraient-ils pas aimer les utiiées qui se contenlent de la iiierV

Supposez que nous eussions vécu en dehors de col l'éritage de croyances, de traditions, de pratiques, dont ^st circonvenue notre pensée, el que nous eussions à luger la transsubstantiation comme une doctrine accré- Jilée zhez une peuplade de l'Afrique ou de l'Océanie. (Combien nous prendrions en pilié ces barbares, crédules m pré Ire disant : « L'ne-pai'ole sortie de ma bouche a laili l'instant de cette pâte votre Dieu. Dieu est là en f'iair el en os. Mangez Dieu 1 ■>

La chair ne sert de rien », avait dit Jésus ; et par là.

le grand adversaire de tous les pharisaïsmes avait marqué dans quel esprit devait être comprise et appliquée toute sa doctrine.

Dans les paroles où il institua la Cène eucharistique, commémoration de sa mort, il avait mis le corps d'un côté et le sang de l'autre; et pourtant TEglise enseigne que ces mots ne doivent pas être pris au pied de la lettre ; qu'il n'y a qu'une séparation emblématique ; qu'au corps est mêlé le sang et qu'au sang est joint le corps. Pourquoi ne pas dire aussi qu'il n'y a qu'une réalité emblématique du corps et du sang sous les espèces du pain et du vin? C'est l'interprétation qui prévalut au beau temps du christianisme, quand les convives de ces festins d'union, d'amour et d'espérance, qu'on nommait agapes, attablés autour d'un même pain et se passant la même coupe, fraternisaient en Jésus; s'imprimaient dans la pensée les souvenirs du crucifié; voyaient en lui le cep dont ils étaient les sarments, le corps dont ils étaient les membres; priaient que son esprit demeurât en eux et qu'ils restassent unis en lui pour porter de bons fruits devant Dieu.

Mais l'esprit sacerdotal prend de plus en plus d'empire, et l'Église catholique se fait la plagiaire du paganisme idolâtre.

De même que, dans les sacrifices païens, il y avait une manducalion de la chair des victimes en témoignage qu'elles étaient immolées pour eux, l'Eglise proclame que, dans le sacrifice de la messe imaginé par elle, le corps et le sang de Jésus-Christ leur est réellement donné à boire et à manger, comme gage certain qu'il s'est olTert pour eux.

Voilà l'Eglise bien définitivement engagée dans la voie

LiDOLATRIE EUGHARlSTÏQUb 319

qui mène à tout concentrer sur le culle et sur le prêtre, au lieu d'en faire les simples auxiliaires de la sanctification morale et de Teffort individuel et social; la voilà acheminant les masses ignorantes à Tidolàtrie des images, des reliques, des scapulaires, du saint rosaire, du saint sacrement, du Sacré Cœur, des Vierges immaculées; la voilà enfonçant dans ce matérialisme qui veut que nous ressuscitions avec nos corps, comme si la vie éternelle ne se comprenait pas sans des estomacs, des intestins, et le reste; dans ce matérialisme qui ne voit jamais Jésus-Christ que sous Tenveloppe corporelle qu'il eut pendant sa vie terrestre; dans ce matérialisme qui, appliqué à Teucharistie, inspire à un Bossuet les paroles suivantes : « L'amour fait pour ainsi dire Timpossible pour se contenter et pour contenter son cher objet. Dieu aussi a fait pour nous l'impossible. L'Eglise le mange, l'Eglise le reçoit. Comme épouse, elle jouit de son corps ; elle lui est unie corps à corps, pour lui être aussi unie cœur à cœur, esprit à esprit... Dans le transport de l'amour humain, qui ne sait qu'on se mange, qu'on se dévore, qu'on voudrait s'incorporer en toute manière, et enlever jusqu'avec les dents ce qu'on aime, pour le posséder, pour s'en nourrir, pour s'y unir, pour en vivre? Ce qui est fureur, ce qui est impuissance dans l'amour corporel, est vérité, est sagesse dans l'amour de Jésus : Prenez^ mangez^ ceci est mon corps : dévorez, engloutissez, non une partie, non un morceau, mais le tout. »

Ne semble-t-il pas qu'ici, à propos de Bossuet, on pourrait s'écrier, comme il le fait à propos de Melanchton : « 0 faiblesse extrême d'un esprit d'ailleurs admirable, et hors de ses préventions si pénétrant ! »

3i0 LK DOGMATISME CATHOLiQUK

Les communiants mangent Jésus-Christ pour être consommés en un avec liii^ ce qui signifie que l'homme est uni avec le Christ et le Christ avec Thomme, corps à corps et esprit à esprit.

Mais, une fois cette union opérée, pourquoi assimiler Dieu à la nourriture matérielle qui a besoin d'être quotidiennement renouvelée?

Et pourtant, c'est ce qui ressort du vœu formulé par le concile de Trente : « L'Eglise désirerait que Ton communiât tous les jours. »

Quoi donc ? Jésus reçu hier se Irouve-t-il consumé aujourd'hui?

S'il est présent, il n'y a qu'à le garder; il n'y a pas à le renouveler.

Quand vous recevez encore Jésus-Christ le lendemain, qu'est-il donc advenu de Jésus-Chrisl, que vous avez reçu la veille dans toute la réalité de son être corporel et spirituel?

Le pain peut s'altérer ; mais Dieu n'est-il pas inaltérable ?

En vérité, le sacré concile ne distingue pas assez Dieu des vulgaires aliments. Quoique le concile ail formellement condamné comme un attentat horrible toute interprétation métaphorique, je me refuse à prendre ici au pied de la lettre le mot manger.

La communion quotidienne ne se comprend que si elle est un acte de commémoration, de fraternité, d'édification purement mystique, comme on l'entendit à Torigine, et qu'il ne s'y mêle pas l'idée de cette transsubstantiation qui en fait une basse idolâtrie.

Cette transsubstantiation idolalrique n'est pas simple-

LA MORALK SOPHISTIQL'KK PAR LA THLOLOGIL: :î21

ment incompréhensible, elle est ininlelligible. On peut avoir des raisons d'admettre ce qui dépasse la raison ; on ne saurait admettre ce qui absolument va contre.

11 est contradictoire de dire que le corps de Jésus peut nous être donné tout entier sous la forme d'un atome de pain, et que pourtant ce corps est tel qu^il était le soir de la Cène.

Il est contradictoire de dire que ce môme corps est reçu par des milliers de personnes dont chacune Ta tout entier, et que pourtant il reste unique.

Il est enfin contradictoire de dire qu'un môme corps peut ôtre tout entier et simultanément en plusieurs lieux. Dieu même ne peut faire qu'une chose soit et ne soit pas en même temps ; et c'est ridiculiser sa toute-puissance que de rétendre à Tabsurde.

Un jour, les deux grands géomètres Fourier et Laplace conversaient sur les énormités que TEglise catholique impose à la croyance de ses fidèles. Fourier trouvait surtout monstrueux le péché originel. Laplace trouvait surtout monstrueuse la transsubstantiation. Ils se mirent d'accord en concluant que le péché originel était ce qu'il y avait de plus immoral dans le catholicisme et que la Transsubstantiation était ce qu'il y avait de plus absurde.

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