‹ La pensée chrétienne des Évangiles à l'Imitation de Jésus ChristChapitre 115 sur 244 · LA MORALE SOPHISTIQUÉE PAR LA THÉOLOGIE · texte numérisé non relu

LA MORALE SOPHISTIQUÉE PAR LA THÉOLOGIE

Du moment où elle récusait, pour le vrai, l'autorité de la raison, la théologie catholique devait récuser, pour le bien, Tautoriié de la conscience. Aussi, se prévalant de ce principe de saint Paul : ioui ce qui ne procède pas de la foi est péchés saint Augustin prononce, avec

Pabrr. — Pensée chi^tiennp. 21

32! [.i: uocMAiisMH (;atiiûi.h.ii:i-:

la majorilc Jes Pères, que n loule justice doni la [iiclé n'esl pas le mobile, n'est pas de ta justice », et il est logiquemeot amené à nélrir tous ces honnêtes geas, tous ees grands hommes du paganisme, que l'impartialité philosophique lui avait faitaulrefois célébrer. Dans leurs vertus il ne voit plus quu le vernis brillant de vices cachés.

De même que la jusUee est injustice sans la piété, ne pourrait-il pas se faire que par la piété l'injustice fût transformée en justice?

Il semble que c'est là un elîet naLurel du privilège et de l'arbitraire que la prétleslînation et la grâce Introduisent dans l'ordre moral.

Saint Augustin l'admet donc, l'hilosopbe, il avait été porté à croire que le bien est essentiellement immuable; théologien, il le subordonne au bon plaisir de la divinité.

Eux aussi, les Tertullien et les Lac tance, avaient enseigné qu'il y aurait outrecuidance à discuter le précepte divin, et qu'il faut faire ce que Dieu ordonne, non parce que ce que Dieu ordonne est bien, mais parce qu'il l'a ordonné.

C'est la doctrine que Pascal résumera en ces mots : u La raison pour laquelle les péchés sont péchés, c'est seulement parce qu'ils sont contraires à la volonté de Dieu. »

Un Bcolastique rigoureux. Guillaume d'Occam. tirera de là cette conséquence singulière : « Si Dieu commandait de le haïr, la haine de Dieu serait une vertu. "

Bien autrement graves sont les conséquences auxquelles cette doctrine conduisit saint Augustin, et après lui saint Thomas, le second maître de l'orthodoxie cfttholique. malgré les resiriclions qu'il y mêlait. ^^

LA MOKALE fiOPHlSTlyUI';)'; l'AR LA THEOLUiilK iii

Écoulons tl'alord saint Auguslin. Il enseigne que ri'homiciile esl un crime, puisque Dieu a tlil : Tu ne i tueras point. Mais s'il n'y a plus tie iléfense il n'y a plus Wie crime, et si Dieu par une prescription générale ou K«péciale orJonne Je tuer. l'Iiumiciile devient vertu, a II PB'en faut bien par exemple qu'Abraham ait été accusé fie cruauté pour avoir voulu tuer son Hls. Il en a au [ Gonlraire été loué comme d'un acte de piété et d'obéis-

A son tour, étant admis qu'un ordre intérieur du

f Saint-Esprit suffit k faire que le crime ne soit plus crime,

Bainl Thomas n'hésile pas à déclarer que l'homicide,

l'adultère et le vol sont justifiés, du moment où il s'agit

^ d'obéir à Dieu,

^ft Voici son argumentation : « Puisque jusles et coupa-

^Hiles meurent tôt ou lard de mort naturelle et que cette

^^■inort naturelle esl édictée par la puissance divine en

^^P conséquence du péché originel, on peut bien, sans injus-

^^■tice, afin d'obéir à Dieu, ùter la vie à uu homme, qu'il

^^K Boit coupable ou innocent. De même pour l'adultère. 11

^^Kconsiste dans les rapports charnels avec une femme

autre que celle qui nous a été assignée conformément à

la loi divine. Par suite, on peut bien, sans adultère ni

fornication, avoir des rapports charnels avec une femme

^^L quelconque, pourvu que telle soil la vuloiité de Dieu.

^^KBe même encore pour le vol. 11 consiste dans une

^V appropriation du bien d'autrui contraire à la volonté de

^V Dieu. Or, tout ce qu'on s'approprie conformément à un

^F commandement de Dieu, qui est le maître de toutes

choses, on ne se l'approprie point contre sa volonté, et

lies lors il n'y a plus vol, »

Il faut croire (juc Montesquieu songeait à quelque

Hit Llî DOliMATISME 'lATHOLIQUE

argumentation Ae ce genre quand il disait : « La i^v^ tion trouve, pour autoriser de mauvaises actions, des raisons qu'un lionni^le homme ne saurait trouver.

i JIISÏTFIIIATION IlES «OVENS

Une fois la porte ouverte h l'arbitraire, il est à craindre que la politique ne décide souvent de k moralité; que tous les compromis ne deviennent possililes, et que le droit immuable ne soit sacrifié aux l)esoins variables d'une puissance spirituelle qui, comme interprèle de la volonté divine, revendique le privilège de lier et délier les consciences.

Les questions de devoir n'étant plus que des questions d'autorité, on ne piiche pas, quoi qu'on fasse, sï on a pour soi un docteur grave; et il est donné beau jeu au probabilisme corrupteur de ces casuistes que Pascal a mis en scène dans ses Pruvincia/es .

À l'encontre du rigorisme priiniliF, il se constituera tout un système d'accommodements ijui dispensera des règles établies en matière de jeftues, d'offices, de mariages, de vœux, moyennant appel aux supérieurs ecclésiastiques et bonnes redevances; qui, par l'opposition des péchés vénielc aux péchés mortels aussi réduits que possible, ménagera aux pécheurs toute la marge désirable, qui enfin, même dans les cas les plus scabreux, enseignera à rectifier le vice des actions |iar la pureté des intentions.

Avec les principes posés il était fatal que. même chei les meilleures âmes, un zèle pieux fil fléchir la rigidité des règles morales.

Saint Jérôme, par exemple, se fait le défenseurj^^H

LAPOLOGIE DE L'INTOLERANCE 325

arlifices employés à bonne fin, e^, parmi les habiles qui disent non ce qu'ils pensent mais ce qui profite, à côté de saint Cyprien et de Lactance, il cite saint Paul. En effet, saint Paul se glorifiait d'avoir vécu en juif avec les juifs et en gentil avec les gentils, pour gagner juifs et gentils : « Avec ceux qui sont sous la loi de Moïse, disait-il, j'ai fait pour les gagner comme si j'étais sous la même loi quoique je n'y fusse plus assujetti. De même, avec ceux qui n'avaient point de loi, j'ai fait pour les gagner comme si je n'en eusse point eu moi-même, quoique j'eusse celle du Christ. Ainsi, je me suis rendu faible avec les faibles pour gagner les faibles. Je me suis fait tout à tous pour les sauver tous. Je cours, et je ne cours pas au hasard. Je combats, et je ne donne pas des coups en l'air. »

Si le zèle pieusement intentionné du grand saint Paul a eu ses ombres, quel ne devait pas être l'abus chez les âmes vulgaires? L'histoire nous a légué un tas de sophismes théologiques imaginés pour excuser non seulement la fraude et l'imposture, mais encore des attentats sanglants où semblait intéressée TEglise.

l'apologie de l'intolérance

Du moment où la fin justifie les moyens quand il s'agit du salut des âmes, il est évident que l'intolérance est permise pour peu qu'elle soit efficace. « C'est en vue du bien des hérétiques, dit saint Augustin, qu'on les contraint à changer de foi. Agir autrement à leur égard, ce serait leur rendre le mal pour le mal. Supposez que nous voyions un de nos ennemis qui, dans le transport de la fièvre, courrait à un précipice, ne serait-ce pas lui rendre

SÏ6 LL UUtiMATlriMK CATllOLlQlt

le mal pour le mal que de lui permettre de s'y jeler, si nous pouvions l'en empêcher en l'enchalnanl? Tous, il est vrai, ne prolilenl pas égolerneDl «le celle inéilecine salutaire. Mais faut-il les abamlonner tous, parce que quelques-uns sont incurables? On n'est pas toujours ami en épargnant, ni toujours ennemi en frappant. Les blessures d'un ami sont préférables aux baisers trompeurs d'un ennemi. Il vaut mieux qu'on vou^ ramène avec sévérité (juc si on vous égare avec douceur. Il est plus humain d'ôler le pain de la bouche à celui qui. sur de son pain, négligera la justice, que de rompre le pain avec lui, pour qu'il se repose dans les séduclions de l'injustice. Puis, comparez ce que font les hérétiques et ce qu'ils subissent ; ils tuent des âmes, on les frappe dans leurs corps, l'euvent-ils se plaindre de recevoir la mort temporelle, eux qui infligent la mort éternelle ? » Tout différent avait été le langage de l'Eglise persécutée, au temps même où Origène, dans son écrit conlrb Celse, bénissait Dieu d'avoir contenu le zèle des persécuteurs, borné le nombre des martyrs, et voulu que les pa'iens ne lissent pas aux chrétiens une guerre d'extermination, sous laquelle aurait succombé le christianisme. i< Nous demandons le droit commun, s'écriait Tapologisle Alhénagore. Parce que nous jiorlons le nom de chrétiens, est-ce donc un motif de nous haïr et de nous poursuivre? » Et TerluUien : « Prenez, garde que ce ne soit un crime d'irréligion do refuser la liberté dans la religion. Serons-nous donc les seuls à qui il sera interdit d'avoir une religion propre? De quel droit m'imposer une divinité? Pourquoi ne pas me permettre d'iionorer qui je veux'.' Pourquoi me forcer à honorer qui je ne Personne ne veut des honueui

L APOLOGIL Dfc: L'INTOLERANCE 3i7

P^-^ même un homme. » Enfin Laclance : « La religion

^^ t la seule chose où la liberté ait élu domicile. Elle est

V^-r-dessus tout volontaire. Nul ne saurait être assujetti

'*^ adorer ce qu'il ne veut pas adorer. Il feindra peut-

^^re ; mais il ne voudra point. »

Autre temps, autres principes. Sujets, on opposait U droit au privilège ; maîtres, on oppose le privilège au droit. On est pour la justice ou on est contre, selon qu'on a la force contre soi ou pour soi.

Ne croirait-on pas entendre un inquisiteur du xiif siècle, quand on lit le réquisitoire que Tévêque Firmicus dédiait au fils de Constantin, sous ce titre : De l'erreur des reiigioîis profanes? le n'en donne qu'un léger sommaire : (c Les philosophes n'empêcheront pas, avec toutes leurs explications allégoriques, que le paganisme ne soit une école de vices et de crimes. Très saints empereurs, vous avez vocation pour étendre l'empire du Christ et soulager Thumanité des plaies de l'idolâtrie. A l'œuvre pour le salut des hommes! Elevez l'étendard de la foi ! Guérissez ces malades qui se complaisent dans leur mal ! Sauvez ces malheureux en train de périr! Extirpez Terreur! La loi de Dieu, très saints empereurs, vous en fait une obligation indispensable. N'est-il pas dit, dans VExode^ que ridolàtre doit être retranché de la terre jusqu'à la dernière branche de sa famille? Le Deutéronome ne portet-il pas ce commandement : 5/ vous vérifiez que des habitants dune des villes que Dieu vous a données disent : « Allons servir d'autres dieux » vous brûlerez la ville, après avoir passé au fil de Vépée tous ceux qui l* habitent. Ainsi faisant^ vous trouverez miséricorde près f/ff Seigneur et serez comblés de sps biens. Exterminez

aas L\L DOGMATISME CATIIOLIQLt; I

donc tous les idalûtres, Irès sainls empereurs, si vous voulez que Dieu, selon sa promesse, proJig'Ue les trésors de sa lonlé à vos personnes sacrées ! »

C'est ainsi que les chrétiens, qui avaient si fort réclamé la liberlé de toutes les consciences, ne voulurent plus, au lendemain de leur triomphe, que la liberté de leurs propres consciences et l'oppression des autres.

Si on leur opposait le passé, ils revendiquaient, avec le monopole de la vérité, le monopole de l'intolérance ; ils se représentaient comme les auxiliaires humains de la ^r&ce divine, et ils disaient : quand on nous persécute on est injuste; quand nous persécutons nous sommes justes.

» Les bons et les méchants peuvent faire la même chose, écrit saint Augustin, mais dans des desseins difTérents. C'est par juste sévérité et par amour que les bons persécutent les méchants; c'est par injustice et par tyrannie que les méchants persécutent les bons. ».

Hésumons ici la vigoureuse proleslalion que le païen Thémistius, philosophe éclectique, opposait à ces excès de doctrine et de conduite : n La loi qui veut que chacun prenne une croyance do son choix est une loi contemporaine de l'humanité : c'est l'éternel décret de Dieu. En appeler à la force contre la conscience, c'est entrer en guerre avec Dieu, puisqu'on essaie ainsi de ravir aux hommes un droit qu'ils tiennent de lui. Au surplus, il y a des bornes où expire le pouvoir de la force. On peut contraindre les mouvements du corps ; maïa aux pensées intimes de l'âme appartient une indépendance absolue. Le despotisme, qui prétend imposer les senlimenl de quelques-uns ù tous, n'aboutit qu'à une chose : c'est que plu-

L'APOLOGIE DE LUNTOLERANGE 329

sieurs dissimulent en face des supplices leurs sentiments véritables, sans d'ailleurs se convertir. Ce qui est hypocrite ne saurait durer. Or, une religion née de la crainte et non de la volonté, qu'est-ce autre chose qu'une hypocrisie? C'est avec notre intelligence et non avec celle d'autrui que Dieu veut que nous le méditions. Nos persécuteurs se figurent que, par leurs violences, ils nous amèneront à la pratique de leur religion ; ils se trompent. Ceux qui paraissent avoir changé de culte sont restés tels qu'ils étaient. Ils vont avec les chrétiens aux églises; mais, en faisant semblant de prier, ils ne prient point; ou c'est à leurs anciens dieux qu'ils s'adressent en secret. Or donc, chrétiens, recourez à la persuasion, non à la force. Puisque vous voulez que nous soyons chrétiens, commencez par Tôtre vous-mêmes en pratiquant la loi chrétienne qui veut qu'on soit doux et qu'on n'obtienne rien que par mansuétude. »

Saint Augustin avoue qu'il y a eu un moment de sa vie où il croyait, comme Thémistius, à l'inefficacité de l'intolérance et ne se figurait pas encore que Dieu pût avoir pour prêtres des bourreaux. « Ma première opinion, dit-il, était que personne ne saurait être conduit de force à entrer dans Tunité du Christ; qu'il fallait agir par la parole, combattre par la discussion, vaincre par le raisonnement, de peur de transformer en faux catholiques ceux que nous avions connus hérétiques déclarés. »

Et, se rappelant ces temps' où lui-même ne voyait en Jésus-Christ qu'un homme supérieur, adoptait les rêveries des millénaires, croyait aux devins ainsi qu'aux astrologues, et était de la communion des manichéens, il écrivait sagement à ses contradicteurs : « Je dois vous supporter comme on m'a supporté autrefois, et

;i;iO l.K lliJiiMATISMlv CATHOLIQUE

user envers vous de la même tolérance donl on a usé

envers moi quand j'êlais dans régarement. »

Mais sainl Augustin dépouilla le vieil liomme el, en loi, le théologien mit îi la raison le philosophe. Il Ut aux dissidents l'application de ces paroles de Jésus : H (îonlrains-les d'entrer. <> Il se rappela l'ordre donné pai' Dieu à Moïse : « Citoyen ou étranger, que quiconque hlaspliémera le nom du Seigneur soit puni de mort, et que tout le peuple se réunisse pour le lajiiderl » Il se remit en mémoire ces prescriptions de saint Paul : « Ne vous attachez point au même Joug avec les infidèles; car quelle union peut-il y avoir enirc ta justice et l'iniquité? quel commerce enli'e la lumière et les ténèbres? » 11 songea que saint Jean, l'apôtre de l'amour, avait dit ; " Si quelqu'un vient vers vous et ne professe point la doctrine de Jésus, ne le recevez point dans voire maison el ne le saluez point, car celui qui le salue devient participant de ses méfaits. •> Il pensa enfin que le bien des âmes excusait toutes les immolalions, puisque Dieu lui-mC'ine avait livré à la mort son lils unique

D'ailleurs, îi l'exemple d'autres évi>ques qui ne cessaient de lui vanter l'excellence du procédé, il expérimenta que les moyens violents ne demeuraient pas sans résullals : » Je fus amené, dit-il. pur la puissance ilcs faits, à reconnaître comhien est efficace pour la conversion des dissidents la rigueur de la discipline. Sans doute, il vaut mieux être conduit h Dieu par la persuasion de la vérité que par la crainte du châtiment; mais de ce que renseignement suflil auprès de plusieurs, il ne s'en suit pas que l'on doive délaisser les autres. Or il en est beaucoup qui. comme de méchants servitçj

L Al'OLOGIE DE L INTOLÉRANCE 331

Ont besoin d'être souvent rappelés au devoir par le fouet des douleurs temporelles. Il ne faut pas regarder si on force, mais à quoi on force. Laisser un hérétique dans sa liberté, c'est comme si on laissait un léthargique dans son assoupissement. Ceux que la charité attire sont meilleurs; mais ceux que la crainte corrige sont en plus grand nombre ».

Telles étaient les idées où aboutissait et où devait aboutir forcément saint Augustin. Lui qui aimait tant à aimer, il dut bien des fois, dans la pratique, contredire ses paroles. Autant sa doctrine était inexorable, autant son cœur était compatissant. Mais ce contraste ne rend que plus visible la logique impérieuse des principes qu'il avait adoptés.

Saint Jean Chrysostome, lui, veut bien consentir à ce qu'on ne tue pas les hérétiques; mais il estime que c'est justice de les priver du droit de parler et d'écrire, de les empêcher de se réunir, et, s'il le faut, de les emprisonner.

A son tour Bossuet, le Chrysostome français, déclarera que « les princes peuvent contraindre par des lois pénales tous les hérétiques à se conformer à la profession et aux pratiques de TEglise catholique » ; il ajoutera que « cette doctrine doit passer pour constante dans TEglise, qui a non seulement suivi, mais encore demandé de semblables ordonnances » ; enfin il proclamera qu' « interdire toute rigueur en matière de religion, c'est être dans une erreur impie, » et que la puissance royale ne saurait manquer de se mettre au service des saints évèques pour faire sentir aux incrédules, par des châtiments rigoureux, l'autorité des doctrines auxquelles ils refusent ItMir foi.

33Î LE DOGMATISME CATUOLIQLK

On le voit, ce n'est pas seulement aux chrétiens sectateurs de, l'Arianisme, mais c'est encore à ses coreligionnaires catholiques que saint Hilalre aurait pu dire : « Il faut gémir sur les folles opinions d'un temps où l'on croit que les hommes peuvent protéger Dieu, et où l'on travaille à défendre Jésus-Christ par les intrigues du siècle. Les apôtres cherchaient- ils quelque crédit emprunté à la cour, lorsqu'ils chantaient un hymne à Dieu dans un cachot, au milieu des fers, après les tourments? Etait-ce par les édils du prince que Paul, donné en spectacle dans le cirque, formait une Église à Jésus- Christ'? Se défendait-il par l'appui de Néron, de Vespasien, de Dèce, tous empereurs dont la haine a fait fleurir l'Evangile ? Rappelez- vous ce temps où les apàlres se nourrissaient du travail de leurs mains, s'assemhiatent en secret dans des chatrihres hautes, parcouraient les villes, les hourgades et toutes les nations, malgré les sénatus-consultes et les édits des chefs d'Elat. N'est-ce pas alors que la prédication de l'Evangile lit ses plus grandes conquêtes, d'autant plus puissante qu'elle était plus entravée? Mais aujourd'hui, ô douleur! des protections terrestres recommandent la foi divine, et le Christ semble dépouillé de sa vertu, tandis que l'on intrigue on son nom, »

Dire qu'intrigues et violences profitent peu en matière de foi, ce n'est pas encore assez dire. Proliteralent-elles beaucoup, et l'histoire du catholicisme montre qu'elles sont loin d'èlre sans eti'et. elles n'en demeurent pas moins injustes et sacrilèges. Fléau de l'humanité, l'intolérance n'estjamais excusable, sinon contre l'intolérance. C'est la profonde tare du dogmatisme catholique d'avoir toujours condamna la liberté de la pensée.

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